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huit ans, mais d'une intelligence au-dessus de son âge. A un extérieur et à des manières nobles qui indiquaient son origine, elle joignait un esprit charmant, des sentiments délicats et une tendresse de cœur exquise. Elle parlait également bien l'anglais, le français et le sauvage.
Ses qualités aimables l'avaient rendue l'idole de la communauté. La jeune fille, de son côté, s'était éprise d'une profonde et sincère amitié pour les sœurs, et en particulier pour la sœur de Saint-Ignace, qu'elle regardait comme sa mère. Elle aimait à s'instruire des A'érités de notre sainte religion et proposait ses doutes avec une franchise et une naïveté qui attendrissaient la mère de Saint-Ignace. Sur les instances réitérées de cette enfant, on se crut en droit de l'admettre à la première communion, qu'elle fit avec une grande innocence et avec des dispositions ravissantes.
Les scènes d'atrocité dont elle avait été témoin au moment de sa captivité l'avaient rendue extrêment nerveuse. Chaque fois qu'elle voyait un sauvage elle devenait pâle comme une morte et tremblait de tous ses membres. Les religieuses souriaient de ses appréhensions et tâchaient de la rassurer ; mais elle se jetait dans leurs bras et leur disait en sanglotant.
"Si vous aviez vu. comme moi, votre père égorgé- par ces hommes-là, vous ne pourriez jamais les voir sans horreur. Quand je pense qu'ils ont eu la cruauté de me faire passer par-
dessus le cadavre de mon grand père ! Ah ! les monstres ! "
Lorsqu'on vint lui dire que ses compatriotes la réclamaient pour la reconduire dans son pays, elle fondit en pleurs et ne s'arracha des embrassements des religieuses qu'aA'ec les marques des plus vifs regrets et après leur avoir promis de toujours rester fidèle à la foi catholique.
Une année après son retour à Boston, elle écrivit à la mère de Saint-Ignace et lui raconta les divers incidents de son voyage. Dans sa lettre, où elle avait renfermé une pièce d'or, elle lui disait qu'elle continuait à persévérer dans les mêmes sentiments. Un de ses frères, qui était officier dans la flotte anglaise, ayant aperçu un petit crucifix qu'elle portait à son cou, voulut le lui arracher ; mais elle persista à le garder malgré ses reproches, et, afin de le dérober à sa vue, elle le cacha sous son aisselle.
On apprit plus tard, par des prisonniers anglais, que cette excellente jeune fille était morte dix-huit mois après son arrivée à Boston. Dieu, sans doute, voulut la rappeler à lui avant que le contact de l'hérésie n'eût enlevé les précieux germes qui avaient été déposés dans son âme.