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monde une barrière infranchissable, ces grilles qui, selon l'énergique expression de Bossuet, repoussent si étrangement ceux qui en approchent. C'est pour les malades qu'elle travaille, qu'elle veille, qu'elle prie. Vers eux convergent ses pensées, ses sentiments, toutes les énergies de son être. C'est pour eux qu'elle se sanctifie, qu'elle se livre à de longues prières, à de fréquentes oraisons, qu'elle châtie son corps par de sanglantes disciplines, par de rudes pénitences. Lorsque, prosternée au pied des saints autels, elle approche son cœur du cœur de Jésus-Christ, dans le sacrement de l'Eucharistie, c'est pour y puiser le baume du bon Samaritain qu'elle va ensuite verser sur les plaies du malheureux avec d'ineffables paroles de consolation, avec d'incomparables exhortations, avec des soins et des attentions d'une tendresse toute maternelle. Et voilà que ces suaves devoirs étaient presque interdits à nos mères, comme si la plus belle page de leurs constitutions avait été arrachée, comme si l'âme de leur institut, l'ange de la charité, se fût envolé loin d'elles.
Lorsqu'elles reportaient leurs pensées vers les temps anciens de leur Hôtel-Dieu et qu'elles repassaient dans leur esprit les phases critiques qu'il avait traversées, elles n'en rencontraient aucune qu'elles n'eussent préférés à l'heure présente. Quand, à peine logées dans des maisons d'emprunt, accablées de travail et de veilles, souffrant de la faim et du froid, n'ayant à soi-
gner que des sauvages d'une révoltante malpropreté, elles avaient sans cesse à leur porte les féroces Iroquois qui les menaçaient de la captivité et de la mort avec d' incroyables supplices, du moins avaient-elles la consolation de remplir avec une pleine et entière liberté les exercices de leur vocation. Hélas ! les temps étaient bien changés ! Elles étaient captives dans leur propre cloître, et Jésus-Christ, visible dans cette multitude de pauvres qui erraient sous leurs fenêtres, n'avait pas une pierre où reposer sa tête. L'enceinte sacrée, réservée aux seules filles de Sion, était profanée par le contact de L'hérésie. Le sanctuaire qui retentissait naguère des hymnes et des chants divins, répétait maintenant les cris soldatesques et les propos de corps-degarde. Quand elles ouvraient au chœur leurs livres d'office' et qu'elles récitaient les belles et touchantes lamentations de Jérémie, elles y trouvaient une si frappante analogie avec leur situation présente, qu'elles croyaient lire une page de leur propre histoire ; et elles mouillaient de larmes les feuillets de leurs livres.
" Seigneur, disaient-elles avec le Prophète, considérez notre affliction parca que nos ennemis se sont élevés avec orgueil.
" Les chemins de Sion pleurent, ses portes sont renversées, ses prêtres gémissent, ses vierges sont désolées.
" Tout le peuple est dans les gémissements et cherche du pain. Ils ont donné tout ce qu'ils
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avaient de plus précieux pour soutenir leur vie. Voyez, Seigneur, et considérez l'abaissement où nous sommes réduites.
" Le Seigneur a renversé son tabernacle. Il a fait oublier dans Sion les jours de fêtes.
" Il a livré entre les mains des ennemis les murs de ses tours ; et ils ont jeté des cris dans la maison du Seigneur."
Cependant, quel que sombre que parût l'avenir, nos pauvres Hospitalières étaient loin de soupçonner jusqu'à quel temps se prolongerait la douloureuse situation qui leur était faite. Un quart de siècle devait s'écouler avant qu'elles reprissent l'entière possession de leur monastère. Durant cette période, Notre-Seigneur les voulait plus que jamais intérieures, détachées, mortes au monde, cachées en Dieu, parfaites en toutes sortes de vertus. La succession des malheurs les avait préparées de longue main à ce complet dépouillement d'elles-mêmes et de toutes choses. Aussi était-ce un spectacle ravissant, digne du regard de Dieu et des anges, que celui dont on était témoin lorsqu'on jetait un coup d'œil attentif sur les physionomies monastiques qu'on voyait alors se mouvoir derrière les grilles de l'Hôtel-Dieu. L'esprit d'abnégation, d'obéissance, de sacrifice, la stricte observance des règles, les saintes ardeurs de la pauvreté et de l'humilité se lisaient sur toutes les figures, se reflétaient sur tous les esprits, dans toutes les actions. Rivalisant de zèle et d'amour pour la
perfection, les yeux sans cesse tournés vers les montagnes éternelles, ces saintes filles gémissaient sur la terre comme des tourterelles et se plaignaient tendrement à Dieu avec le Prophète, parce qu'elles voyaient se prolonger le temps de leur exil.
Les annales de l'époque se ressentent même de cet esprit tout intérieur : elles semblent plus que jamais intimes et sont tout imprégnées des arômes de la croix, des parfums de la solitude. Le bruit des événements extérieurs n'arrive guère plus au fond de cette retraite, aussi isolée du monde qu'une île au milieu de l'océan. A peine laisse-t-il quelques traces sous la plume de l'annaliste, qui se confine presque exclusivement au récit des affaires du cloître et à l'éloge de celles qui partent pour l'éternité.
Après la longue série d'affliction dont on connaît l'histoire, il semble que le calice des amertumes devrait êlre épuisé. Il n'en est rien cependant : voici de nouveaux deuils, rie nouveaux déchirements de cœur. A peine crientelles de retour à Québec et pauvrement installées dans un coin de leur maison, que deux nouvelles croix s'élevaient sur deux lombes où venaient de s'ensevelir les deux plus brillantes lumières de la communauté, au moment où les ténèbres étaient plus épaisses et où l'avenir était plus rempli d'incertitudes et d'alarmes.
La première était celle de la vieille et aimable mère assistante, Louise-Thérèse des Meloises de
la Sainte- Vierge, fruit mûr pour l'éternité, que le souffle de toutes ces tempêtes avait détaché de l'arbre monastique et jeté dans les jardins du ciel. La seconde était cette grande et bien-aimée supérieure Duplessis de Sainte-Hélène, la rivale en talents, en influence, et en vertus de la mère Juchereau de Saint-Ignace, son élève et sa coopératrice dans l'œuvre des annales, et dont le nom se trouve mêlé à tous les événements du cloître depuis près d'un demi-siècle.
La mère des Meloises de la Sainte-Vierge touchait à sa soixante-dixième année et avait porté le joug du Seigneur pendant cinquante cinq ans, avec la vaillance d'un corps et d'une âme infatigables. Lorsqu'on entendait aux jours de fête sa voix pure, flexible et sympathique qui remplissait le chœur d'une si suave et si céleste harmonie, on n'aurait jamais soupçonné qu'elle pût être celle de cette puissante ouvrière qui était toujours la première aux veilles et aux durs travaux. Quatre mois avant sa fin, elle fut attaquée d'une dissenterie obstinée qui lui fit endurer d'atroces douleurs et qui fut aggravée par les frayeurs et les dérangements du siège. Sa mort fut austère et pénitente comme avait été sa vie. La riche héritière des Davennes des Meloises, qui avait été élevée dans l'or et dans la soie, expira sur un pauvre grabat, sans que ses sœurs, réduites à la dernière pauvreté, eussent même la consolation de pouvoir lui procurer les remèdes et les aliments qu'aurait exigés sa
maladie. Ainsi meurent les privilégiés de Dieu, ces mendiants sublimes dont les richesses sont à l'abri de la rouille et des vers.
La perte de cette fille, de cette conseillère et de cette amie acheva de briser le cœur de la mère de Sainte-Hélène déjà si navrée de douleur. Elle sentit que le reste de ses forces s'en allait avec ce cercueil qui emportait son plus solide appui, et qui était le quinzième qu'elle voyait sortir de l'infirmerie depuis cinq ans. Il n'y a peut-être aucune Hospitalière dont la vie ait été pendant longtemps plus radieuse, et à la fin plus attristée. Rien ne ressemble plus à son existence qu'une de ces journées d'été de notre pays, sereines et resplendissantes jusqu'au soir, et qui finissent par un orage. On voit le soleil parcourir la plus grande partie de sa course sans qu'une seule tache apparaisse dans l'azur immaculé du ciel. On croirait, à voir cette sérénité parfaite, que le jour va finir avec le même éclat que son aurore et son midi ; mais un nuage, qui s'est formé lentement derrière les crêtes des Laurentides, élève bientôt son fantôme menaçant à l'horizon, et jette sur le soleil un voile de ténèbres. La tempête éclate avec fureur, le ciel est en feu, la foudre ébranle les montagnes jusque dans leurs fondements, et l'on se demande, saisi de crainte, si l'on verra le lendemain. C'est l'image frappante des vicissitudes qui se rencontrent dans la carrière de la mère de Sainte-Hélène. Le jour où elle vint
s'asseoir sur les bancs du noviciat, l' Hôtel-Dieu était dans tout l'éclat de sa prospérité. Richement doté par l'état, il s'appuyait sur de hautes protections, tant dans l'Ancienne que dans la Nouvelle-France. La dernière main venait d'être mise à ses vastes bâtiments qui avaient été agrandis d'âge en âge. Les meilleurs sujets affluaient au noviciat, et le sceptre de la communauté était aux mains d'une femme de génie et de vertus. Le temps ne fit qu' accroître et affermir cette prospérité et le jour arriva où la mère de Sainte-Hélène se trouva placée elle-même à la tête de cette puissante institution qu'elle gouverna pendant longtemps au milieu du calme et de la stabilité. Rien ne laissait prévoir la décadence, lorsque tout à coup elle vit tous les malheurs fondre l'un après l'autre sur l'institut. Après l'incendie vint la mortalité, puis l'invasion et enfin la ruine. La mère de Sainte-Hélène en était réduite à se demander si elle n'allait pas être condamnée à voir même la suppression de sa communauté. Cette suite de calamités et d'appréhensions avaient jeté sur son âme un voile de tristesse qui la mettait à l'agonie. Les efforts qu'elle faisait pour cacher à ses sœurs ces douloureuses anxiétés épuisaient le reste de ses forces. Dans sa profonde humilité, elle s'accusait elle-même de ces malheurs, se persuadant qu'elle en avait été la cause par ses infidélités. Elle passait des heures prosternée devant le Saint-Sacrement, se frappait la poitrine
comme une pécheresse et arrosait le parvis du chœur de larmes intarissables.
La mère de Saint-Hélène avait toujours été d'une santé délicate, sujette à des crachements de sang qui avaient plus d'une fois mis sa vie e^n danger. Dans la crainte de compromettre des jours si précieux et si nécessaires à la communauté, ses compagnes la ménageaient plus que l'humble septuagénaire ne l'aurait voulu. Ella avait passé sa vie dans les plus hautes charges de la maison. Elue maîtresse des novices six ans après sa sortie du noviciat, puis nommée économe des pauvres par Mgr. de Saint-Vallier, elle avait été ensuite alternativement supérieure et assistante pendant l'espace de trente ans. Dans la nuit du 17 janvier 1760, elle eut un accès de frisson accompagné d'une violente douleur au côté qui prit en peu d'heures un caractère trèsalarmant. On lit venir un médecin français dont les soins ne purent lui obtenir aucun soulagement. Le général Murray qui avait conçu pour la mère de Saint-Hélène une très-haute estime dès qu'il l'avait connue, ayant appris sa maladie, lui envoya un habile médecin de l'armée qui ne la quitta plus ; mais toutes les ressources de l'art furent inutiles, et en peu de jours l'état de la sainte malade fut désespéré. Elle reçut les derniers sacrements de M. le Grand- Yicaire Briand, supérieur et ami dévoué de la communauté, qui allait bientôt succéder à Mgr. de Pontbriand sur le siège épiscopal de Québec.
Les religieuses, frappées de stupeur et de consternation, n'avaient pas quitté le lit de leur chère supérieure. Elles ne pouvaient se persuader que Dieu voulût leur enlever, dans un moment si critique, celle qui était la lumière et la colonne de leur institut.
Cependant la mère de Saint-Hélène voyait approcher la mort avec des sentiments de ferveur, de componction, d'amour de Dieu et de soumission à sa divine volonté qui ravissaient tous ceux qui en étaient témoins. Mais ce qui mettait le comble à l'admiration et à l'attendrissement, c'était de la voir si douce devant la mort, si souriante devant ses sœurs, si éloquente pour les exhorter à la confiance et à la résignation à la volonté de Dieu, quand on savait qu'elle mourait le cœur percé d'un glaive de douleurs en pensant qu'elle laissait sa communauté dans une extrême détresse, manquant de tout, abaissée jusqu'au point d'être obligée de mendier son pain à des étrangers, écrasée sous une dette de plus de cent mille livres, contractée pour le rétablissement du monastère, et sans espoir de pouvoir l'acquitter. Elle conserva une parfaite lucidité d'esprit jusqu'à son dernier moment. Son agonie fut paisible comme une prière, et sa mort douce comme un sommeil. Sa belle âme s'envola dans le sein de Dieu le vingttrois de janvier, après cinq jours de maladie, dans la soixante et treizième année de son âge et la cinquante deuxième de son entrée en religion
Deux jours après son décès, M. Briand adressa à la communauté une lettre de condoléance qui renferme un trop bel éloge de l'admirable défunte et des exhortations trop paternelles pour que nous en puissions rien retrancher :
" Je ressens vivement la grandeur de la perte que vous venez de faire par la mort de la mère de Sainte-Hélène, votre supérieure. Mon attachement à votre maison, sur la sincérité duquel je me flatte qu'aucune de vous n'entre en soupçon, ne me permet pas de voir d'un œil sec et avec un cœur indifférent votre affliction et vos justes larmes. Je mêle les miennes volontiers aux vôtres et je ne rougis point de pleurer une vraie et sincère amie, dont j'ai toujours honoré et respecté les vertus. Je suis donc bien éloigné de blâmer vos regrets, je souhaite au contraire que votre douleur continue et qu'elle serve à vous rappeler dans la mémoire les exemples admirables de vertus et les puissants enseignements qu'elle vous a donnés. Ne perdez jamais de vue cette bonne et tendre mère, vous trouverez en elle un beau tableau de toutes les vertus religieuses. Je ne vous en ferai pas le détail, vous en avez été les témoins, vous avez connu sa douceur, sa débonnaireté, sa prudence, sa modestie, son humilité, sa pauvreté, son amour pour la prière, sa mortification, sa régularité et fidélité entière à tout, même dans les plus petites choses, par lesquelles elle s'est élevée à cette union intime à Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui
fait les délices des saints. Voilà ce que vous ne devez jamais oublier, non plus que les paroles pleines d'onction et de l'esprit de Dieu par lesquelles elle tâchait, ou de vous consoler, ou de vous animer à la vertu, et de vous inspirer le goût des choses de Dieu dont elle était ellemême si pénétrée. Mais il ne suffit pas de conserver la mémoire de toutes ces choses, il faut vous efforcer de marcher par la même route, si vous voulez arriver au même but. Il faut vivre de la vie des saints ; il faut que vous imitiez ses vertus, si vous voulez vous réunir avec elle dans le séjour des bienheureux, car, après tout, il n'y a point d'autre route pour y arriver que celle qu'elle a tenue, et quiconque ne s'efforce pas comme elle de marcher dans la religion par la voie étroite qui conduit à la perfection s'expose à une perte inévitable. Et qu'on ne s'y trompe pas, il y a dans la religion une voie large tout comme dans le monde, c'est par elle que marchent les âmes languissantes, qui portent avec peine le joug du Seigneur, qui se plaignent de sa rigueur et qui cherchent toujours à en alléger le poids. Je pense qu'il n'en est point de telles parmi vous, filles d'une mère si fervente, si intérieure, si recueillie, si détachée de la terre, de ses faux plaisirs, de ses fades amusements, si scrupuleuses pour les plus petits points de la règle. Si vous n'êtes pas encore parvenues à sa fidélité, vous en avez toutes du moins un vrai désir et c'est tout ce que Dieu
demande de plusieurs, surtout de celles qui ne sont qu'au commencement de leur carrière. Je pense, avec une sensible consolation, que vous cherchez toutes la perfection et l'accomplissement des desseins de Dieu sur vous ; et ce n'est point pour vous y exciter que j'ai pris la liberté de vous écrire de cette sorte, mais uniquement pour vous exhorter à persévérer et à veiller sur vous-mêmes, de crainte que l'ennemi du salut ne détruise ces saintes et heureuses dispositions." De toutes les supérieures qui ont gouverné l'Hôtel-Dieu, aucune n'a laissé un nom plus doux, une mémoire plus suave que la mère de Sainte-Hélène. Avant elle la mère Juchereau de Saint-Ignace avait été le type de la femme forte ; la mère de Sainte-Hélène fut celui de la femme tendre. Chacune d'elles avait reçu de Dieu un esprit approprié aux besoins de son temps. L'une ressemblait par son énergie à Judith ; l'autre par sa douceur faisait penser à Esther.
CHAPITBE DEUXIEME
Capitulation de Montréal — Lettre de la duchesse d'Aiguillon à Lord Chatham — Mort de la mère Davis de Sainte-Cécile — La dette de l'Hûtel-Dieu — Servitudes auxquelles les Hospitalières se réduisent pour l'acquitter — Mgr. Briond — Sa générosité — L'invasion américaine (1775) — Les Hospitalières reprennent possession des appartements occupés par les troupes — Salles ouvertes aux pauvres — La mère de Saint-Gabriel et la mère de Saint-Martin — Mort de la mère de Gaspé de Saint-Ignace.
Deux mois après la mort de la mère de Sainte- Hélène, le canon grondait encore une fois sous les murs de Québec. Le général de Lévis jetait un dernier reflet de gloire sur nos armes en remportant la victoire de Sainte-Foye, et mettait le siège devant la ville. Espérant être bientôt secouru par la France, il s'était hâté, dès le printemps, de prendre l'offensive à la tête des milices canadiennes et des débris de l'armée
française qui avaient hiverné à Montréal ; mais l'arrivée de la flotte anglaise l'avait contraint de retraiter sur cette ville, où. devait se passer le dernier drame de la conquête. Par la capitulation de Montréal, dont les clauses furent signées le huit septembre et ratifiées plus tard par la France (1*763), le Canada fut cédé définitivement à l'Angleterre.
Déjà depuis trois mois, Mgr. de Pontbriand reposait dans les caveaux de l'église de Montréal. La dernière pensée de ce saint prélat avait été pour ses chères communautés. Il avait inter rompu les prières des agonisants que lui lisait M. de Montgolfier pour lui adresser ces admirables paroles :
" Dieu est bien servi dans les communautés. et je vous charge, autant qu'il dépendra de vous, d'y entretenir la ferveur. Rappelez-leur à toutes, dans l'occasion, tout ce que vous avez pu recueillir de mes sentiments pour elles, dans les différents entretiens que j'ai eus avec vous, surtout depuis que la Providence m'a conduit dans votre maison. J'ai la consolation de mourir pauvre, faites-leur bien sentir combien je me glorifie de cette qualité, et que si dans cet état je pouvais avoir quelque regret, ce serait de ne pouvoir en mourant faire aucun bien à ceux à qui j'ai été si fortement attaché pendant la vie."
A ce témoignage d'intérêt et de sympathie vint s'en joindre peu de temps après un autre qui alla droit au cœur de nos mères. Cette
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marque d'attachement était d'autant plus attendrissante qu'elle arrivait de cette France tant aimée, avec qui on avait toujours entretenu des relations d'une si filiale tendresse, où l'on comptait tant de vieilles amitiés, et dont on venait d'être séparé par l'abîme de la conquête. Une petite nièce de la fondatrice, héritière de son grand nom et de son grand cœur, la duchesse d'Aiguillon, écrivit aux Hospitalières pour pleurer avec elles la catastrophe qui les avait jetées dans l'exil. Elle leur transmettait en même temps une lettre du comte de Chatham, ministre d'Angleterre, à qui elle avait écrit pour lui exposer la triste condition où se trouvait l'Hôpital qu'avait fondé sa grande tante, et rpour le supplier d'accorder sa haute protection à cet institut. Le noble Lord s'était montré à la hauteur des sentiments qui faisaient agir la Duchesse, et lui avait répondu en ces termes : " Monsieur Pitt est pénétré de la marque flatteuse de sentiments favorables dont Madame la duchesse d'Aiguillon a bien voulu l'honorer. Il se croit heureux d'avoir à s'employer pour un objet qui intéresse à la fois l'humanité, et lui procure l'honneur d'obéir aux ordres de Madame la duchesse d'Aiguillon. Pour ce qui est de l'Hôtel-Dieu de Québec, il a la satisfactiou de pouvoir assurer que des personnes aussi respectables ont été respectées, et que nos officiers, qui se louent très- fort des soins charitables de ces dignes religieuses envers nos malades et blessés,
ont tontes les attentions pour elles que la pitié et le malhenr exigent."
Ces paroles n'étaient pas une stérile protestation de convenance. Lord Chatham en écrivit an général Murray,qui fît preuve d'une attention et d'une libéralité dignes de toute éloge. Outre la remise des lods et ventes qui se montaient à la somme de 3389 livres, que les Hospitalières avaient été condamnées à restituer au domaine du roi par l'intendant Bigot, elles reçurent en effets, dans le cours de l'année 1760, pour la valeur de 3408 livres, sans compter 808 livres pour le loyer des appartements occupés par les troupes et 3085 livres pour l'usage des meubles, linges et ustensiles de l'hôpital.
Les mères de l'Hôtel-Dieu reconnurent l'influence bienfaisante de la duchesse d'Aiguillon dans ces actes de justice et de bienveillance qui ne pouvaient être demandés à un ennemi de la veille. C'est par cette délicate et touchante marque de protection que se terminent les rapports qui avaient existé depuis la fondation entre l' Hôtel-Dieu et la famille d'Aiguillon. A partir de cette date on n' en trouve aucune trace dans les annales de l'Institut, et il est facile de s'en rendre compte, lorsqu'on se rappelle que les communications avec la France furent à peu près interdites pendant bien des années, et qu'ensuite arrivèrent les grands bouleversements de la révolution française. Les Hospitalières de Québec se sont demandées bien des fois ce
qu'était devenue, dans la suite, la famille de leur fondatrice ; à quelles vicissitudes ses arrières-neveux furent soumis pendant les tourmentes révolutionnaires qui ont traversé la France. Cette famille, qui s'est assise autrefois sur les marches du trône, a-t-elle conservé son antique srjlendeur ? Ou est-elle tombée dans l'infortune et son nom dans l'oubli ? S'il en est ainsi, il est du moins un coin de terre où ce nom sera éternellement béni. Il est gravé en lettres d'or au cœur de chacune de nos Hospitalières et des pauvres dont elle est la providence. Il y aura bientôt deux siècles et demi que cette reconnaissance dure ; et l'on peut affirmer, sans crainte, qu'il en sera ainsi tant qu'il y aura une Hospitalière pour continuer l'œuvre de la duchesse d'Aiguillon.
Dans la matinée du treize juin, la cloche du monastère sonnait encore une fois un glas funèbre : c'était celui d'une compagne du noviciat de la mère de Sainte-Hélène, dont l'origine et les premières années nous sont bien connues.
On se souvient, en effet, de cette jeune et intéressante captive de la bourgade abénaquise de Saint-François-du-Lac, dont la destinée nous avait d'abord paru si cruelle et si lamentable, mais qui avait bien vite vue tomber ses chaînes par la bénigne influence du Père Vincent Bigot, et qui avait fini par se trouver plus heureuse sous la cabane d'écorce des sauvages que sous le toit des blancs. On l'a vue sous la direction du
saint vieillard qui lui serrait de père, correspondre merveilleusement à la grâce de Dieu, devenir, par son obéissance, aussi flexible que le roseau des savanes et croître en lumière comme l'aurore, en restant pure comme elle au milieu d'une peuplade grossière. De la solitude des bois, on l'a vu passer dans la solitude du cloître où lui furent révélés, dans toute leur adorable beauté, les desseins de Dieu sur elle. Pendant les cinquante-un ans de sa vie religieuse, la mère Davis de Sainte-Cécile ne connut que trois amours, Dieu, les pauvres, et sa communauté qui était devenue en même temps sa patrie. C'était la fille du monde la plus intérieure et la plus unie à Dieu, n'étant surpassée par aucune de ses sœurs en obéissance, en humilité, en estime pour sa vocation et en dévotion pour le très-saint Sacrement, pour la sainte Yierge et saint Joseph.
Notre-Seigneur voulut la purifier de ses moindres imperfections par quinze années de maladie, durant lesquelles elle vécut habituellement dans l'infirmerie, et où sa piété, qui avait toujours été si grande, eut ces admirables déployements d'ailes qu'on remarque chez les âmes qui achèvent de se consommer en Dieu. Quelles que fussent ses souffrances et les incommodités de sa maladie, elle n'omettait ni un point d'oraison, ni le moindre article de la règle. La mère de Sainte-Cécile avait toujours eu le pressentiment qu'elle mourrait soudainement,
et elle se confessait régulièrement deux fois la semaine, afin d'être toujours prête au premier appel de Dieu, comme une sentinelle vigilante. Il y avait six ans qu'elle était paralysée, lorsque cinq jours avant sa mort elle fut frappée d'un coup d'apoplexie qui la laissa insensible et sans aucun autre signe de vie qu'une faible respiration. Enfin elle s'endormit imperceptiblement du sommeil de la mort pour se réveiller à jamais dans le lieu du rafraîchissement, de la lumière et de la paix.
Le fardeau de la supériorité était passé des mains de la mère de Sainte-Hélène en celles de la mère Marie-Ursule Chéron des Anges. Cette humble religieuse n'avait ni les talents, ni l'éclatante réputation de sa devancière, mais elle avait la même confiance en Dieu et le même esprit d'abnégation. Ce fut peut-être précisément pour cela que Dieu la choisit de préférence, en ces jours critiques, afin de mieux . rendre visible le doigt de sa providence. Le premier soin et la constante préoccupation de la nouvelle supérieure furent d'arracher sa communauté à l'abîme de dettes dans lequel l'avait plongée les désastres des dernières années. Cette dette s'élevait à la somme énorme de 107, 185 livres, et il ne restait presque aucune ressource pour y faire face. Sans parler de bien des pertes qu'on avait subies pendant la guerre, les terres n'étaient presque d'aucun rapport n'ayant pu être ensemencées depuis deux ans. Les ouvriers et les
autres créanciers se succédaient les uns aux autres à la cloche du parloir pour réclamer le remboursement de leurs deniers, ou le prix de leur travail.
Le 26 mars 1762, la mère des Anges assembla le chapitre pour lui exposer l'état de détresse où se trouvait la maison, et pour prendre conseil sur l'avenir. Il ne restait plus de farine dans les greniers que pour un mois ; elles avaient épuisé toutes leurs provisions de viande, de lard, de bois et n'avaient aucun moyen de s'en procurer. Comme dernière ressource la mère supérieure proposa de faire vendre le peu d'argenterie qui se trouvait dans l'infirmerie. Toutes y consentirent unanimement. Cette vente produisit la somme de 680 livres, sur laquelle il fallut retrancher 200 livres qu'elles avaient empruntées de M. Monier, et 103 livres qui étaient dues au boucher. Il ne restait donc que 337 livres pour subvenir aux besoins du moment. Elles vendirent même, quelque temps après, leur grande horloge pour le prix de 192 livres. Mais ces faibles sommes n'étaient qu'un grain de sable dans la mer. Par quelle suite de sacrifices, de labeurs de jour et de nuit, de privations de tout genre, sont-elles parvenues à triompher de tant de difficultés et à remettre leur maison dans un état florissant ? C'est le secret de Dieu et de leur humilité. Le peu qu'on en connaît est encore trop long pour qu'on puisse rémunérer en détail. Nous ne pouvons que l'indiquer sommairement
Ces héroïques mères no reculèrent devant aucun travail, quelque dure qu'il fût. Elles entreprirent d'abord le blanchissage du linge d'église d'un bon nombre de fabriques. Elles se firent ensuite boulangères du Séminaire, cuisant tout le pain qui était nécessaire à cette institution. Elles se privèrent d'un bon nombre de leurs appartements pour les louer à des dames pensionnaires. Ces moyens et bien d'autres n'étant pas suffisants, ces saintes filles s'arrachèrent souvent le pain de la bouche pour payer leurs créanciers. Elles vendirent plusieurs concessions de terrain qui leur avaient été faites ; en particulier celles qu'elles avaient au bas du coteau Sainte-Geneviève, à Québec, où sur trentedeux concessions qu'elles possédaient, il n'en reste plus que pour une valeur de six cents livres. Les aumônes des âmes charitables firent le reste.
Parmi leurs bienfaiteurs, le plus insigne fut Mgr. Briand, qui avait été choisi cette année même (11 septembre) par le chapitre de la cathédrale pour successeur de Mgr. de Pontbriand. Comme ce saint prélat, le nouvel évêque se montra le père de la communauté tant qu'il vécut. Non content de mettre à l'œuvre toute son influence auprès de ses diocésains, il retrancha même de son revenu particulier des sommes considérables pour l'assister, et il savait relever le prix de ses dons par une délicatesse de procédés charmante. Un jour il vint dire un mot à
l'oreille de la Supérieure. Celle-ci assemble aussitôt le chapitre, et annonce que Mgr. l'évêque lui conseille de faire à la communauté certaines réparations qui lui paraissaient urgentes. Malgré l'extrême gêne des affaires, toutes les vocales accordent leur consentement sans faire la moindre réflexion, par déférence pour leur saint ami. Après les avoir félicitées de leur bon esprit, la supérieure leur dit en souriant que l'évêque se chargeait de tous les frais de l'entreprise.
Le travail obscur mais fécond auquel se livrèrent les mères de l'Hôtel- Dieu jusqu'à l'extinction de leur dette, ne fut guère interrompu que par un seul incident qui soit digne de remarque : c'est celui de l'invasion américaine. La conquête du Canada, qui avait donné à l'Angleterre la suprématie en Amérique ; lui fut bientôt presque aussi fatale qu'à la France. Les colonies anglo-américaines, orgueilleuses de leurs rapides progrès, ne se virent pas plus tôt débarrassées de leur seul ennemi redoutable, qu'elles songèrent à secouer le joug de leur mère-patrie et à se constituer en peuple indépendant. Elles n'attendirent plus qu'un prétexte pour lever l'étendard de la révolte. Le cri de guerre parti de Boston en 1774, fut répété immédiatement sur tout le littoral de l'Atlantique.
N'ayant pu réussir à entraîner le Canada dans ce mouvement insurrectionnel, les Américains résolurent d'en faire la conquête. Deux
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armées d'invasion furent dirigées l'une sur Montréal par le lac Champlain, l'autre sur Québec par la vallée de la rivière Chaudière. Après s'être frayé, avec des peines inouïes, un chemin à travers les forêts du Kennébec, le général Arnold, qui commandait ce dernier corps d'armée, traversa le fleuve Saint-Laurent un peu au-dessus de Québec, et fit sa jonction avec le général Montgomery qui arrivait de Montréal avec les troupes venus par le lac Champlain. Ils mirent le siège devant Québec au commencement de décembre 17*75.
Le gouverneur anglais, qui commandait alors dans la ville, était Sir G-uy Carleton, mieux connu sous le nom de Lord Dorchester, le plus habile homme d'état que la Grande-Bretagne ait eu dans cette colonie. Par sa prudence et son esprit conciliant à l'égard des Canadiens, il valut à l'Angleterre plus qu'une armée, et l'on peut dire que si Wolfe a conquis le Canada, c'est Carleton qui l'a conservé. Nommé gouverneur du pays à quatre époques différentes, il y a laissé une réputation que le temps n' a pas fait oublier.
Les Hospitalières se mirent à l'abri des batteries américaines en se réfugiant sous une des voûtes de leur monastère. Elles y dressèrent leur chapelle et y firent tous les offices du chœur. C'est là qu'eurent lieu les funérailles de la mère Ursule Chavigny de Sainte-Véronique, qui était décédée le 28 mars 1*776, à l'âge de 53 ans, après 27 ans de religion.
Malgré la mort du général Montgomery, qui avait été tué à l'assaut nocturne du 31 décembre, et les pertes sensibles que les Américains avaient éprouvées, ils continuèrent cependant le siège jusqu'au printemps, qu'ils furent obligés de battre précipitamment en retraite devant les forces supérieures qui arrivaient d'Angleterre.
Québec ayant été le seul point qui eût résisté à l'invasion étrangère, le gouvernement de Londres en comprit plus que jamais l'importance stratégique, et dépensa des sommes considérables pour augmenter ses fortifications. Les murs d'enceinte furent complétés, les travaux de la citadelle ouverts et poursuivis avec activité. Ce ne fut cependant qu'en 1784 que les nouvelles casernes qu'on avait construites furent en état de recevoir les troupes auxquelles les salles de l'Hôtel-Dieu servaient de logement. Ces troupes furent internées régulièrement dans le cours du printemps. La joie qu'éprouvèrent les filles de Saint-Augustin en apprenant la libération entière et définitive de leur monastère est plus facile à comprendre qu'à exprimer. Elles s'occupèrent sans délai à reprendre les devoirs de l'hospitalité, dont elles avaient été si douloureusement privées depuis le nouveau régime, et que la misère publique avait, rarement rendus aussi nécessaires. L'évêque de Québec fit un appel à la générosité des citoyens pour subvenir aux frais d'installation des malades. Cette souscription s'éleva à environ quinze cents
piastres. L'inauguration de l'hôpital eut lieu le premier de mai, par l'ouverture de deux salles qui ne renfermèrent d'abord que dix-huit lits, dix pour les hommes et huit pour les femmes. Quels que modestes que fussent ces ommcncements, ils absorbaient cependant tous les revenus dont pouvait disposer la communauté.
Cette rentrée des malades dans leur antique maison, d'où ils étaient absents depuis un quart de siècle, est une époque dans les annales de l'Hôtel-Dieu. Elle marque la fin des grandes épreuves et l'aurore de l'avenir meilleur qui va s'ouvrir. On dirait que du jour où Notre-Seigneur, voilé sous les haillons des pauvres, est venu s'asseoir au banquet de la charité auquel il avait été convié avec un si vif et si tendre empressement, ait voulu apporter avec lui toutes les bénédictions de la terre en même temps que celles du ciel. Le temps n'est pas éloigné, en effet, où nous allons voir le vieil arbre de Saint- Augustin, dépouillé par les tempêtes, reverdir sous les rayons d'un nouveau printemps, et se charger de fleurs et de fruits. Le noviciat, où l'on comptait depuis des années tant de places vides, va ouvrir ses portes pour laisser entrer un essaim de jeunes fiancées qui aspirent aux noces virginales de l'Epoux et qui vont repeupler les cellules désertes. Bientôt nous allons assister à la bénédiction de la première pierre de la nouvelle église conventuelle, et peu de temps après, à l'érection de cet immense cloître que
nous voyons aujourd'hui se dresser majestueusement, avec ses nombreux corps-de-logis, ses toitures métalliques et son gracieux clocher, au-dessus des remparts de Québec. Enfin il sera réservé à notre époque de voir l'œuvre de la duchesse d'Aiguillon s'élever à un degré de prospérité et d'importance qu'il n'avait jamais atteint dans les âges précédents.
Le noviciat est le cœur de tout institut : c'est là que s'élabore la vie monastique et que se prépare l'avenir. Ce fut aussi dans le noviciat que Notre-Seigneur répandit d'abord la rosée plus abondante de ses grâces et qu'il commença ce travail divin de réorganisation et d'épanouissement auquel nous allons assister.
Depuis l'incendie de 1755, le courant de vocations religieuses qui avait alimenté l'Hôtel-Dieu s'était presque tari. Pendant les trente années qui avaient suivi, il n'y était entré que douze postulantes de chœur. Aussi la communauté, décimée par les épidémies, les fatigues, la pauvreté, la vieillesse, se trouvait réduite de moitié. En 1787 elle ne comptait que vingt-six professes.
Ce fut à partir de cette date que le noviciat parut refleurir et reprendre peu à peu l'éclat et la fécondité des âges passés. Voici d'abord venir deux novices distinguées, l'une par la noblesse, l'autre par l'importance de sa famille, mais plus distinguées par leur caractère et par leur vertu ;
d'une valeur intellectuelle peu commune, et qui vont devenir ici de grands instruments entre les mains de Dieu.
La première était Ànne-Elizabeth G-odefroy de Normanville, en religion sœur de Saint- G-abriel, dont les ancêtres, originaires de Normandie, avaient acquis un nom illustre dès l'origine de la Nouvelle-France. Les lettres de noblesse accordées par Louis XIV au chef de cette famille résument ainsi les services signalés qui lui avaient valu cette distinction :
" Jean G-odefroy, y est-il dit, a travaillé un des premiers à former la dite colonie, a dépensé beaucoup de biens tant à défricher des terres qu'au service de Sa Majesté contre les Iroquois, qui faisaient pour lors une cruelle guerre à nos sujets du dit pays. Il était journellement aux mains avec les sauvages, accompagné d'un de ses frères et de dix de ses enfants, dont cinq furent tués et son frère fait prisonnier et brûlé par ces barbares. " x
Mlle, de Normanville était native du cap Saint-Ignace, et avait pour mère dame Elizabeth- Gabrielle Vincelotte, descendante des premiers seigneurs de cette paroisse. Après avoir passé les premières années de son enfance chez son aïeul maternel, elle fit son éducation aux Ursulines de Québec et des Trois-Eivières, et