milalion de Jésus-Christ, Livre IV, chap, V
talières exprimaient, dans leurs relations, les témoignages de reconnaissance qui lui étaient les plus sensibles, en lui rendant compte du grand bien qui s'opérait parmi les enfants des bois, grâce à ses munificences.
L’'achèvement des édifices de l'Hôpital, dont les frais de construction dépassaient la somme de huit mille livres, avait été dû au surcroît de ses aumnônes. Par son influence, elle avait obtenu de li Compagnie des Cent-Associés, la remise d’une dette de onze cents livres que les Hospitalières avaient été obligées de contracter au magasin de cette Société. La chapelle de l’Hôpital avait été enrichie de tableaux et d’ornements de prix qu’elle avait envoyés en présents: en son nom et au nom du Cardinal de Richelieu. En un mot elle se dévouait tout entière et ne reculait devant aucun sacrifice pour l’affermissement de l'institution qui était le chef-d'œuvre de sa charité.
L’affluence des sauvages à Sillery dans le cours de cette année, augmenta considérablement le nombre des malades et des infirmes dans la bourgade. La salle de l'Hôpital ne pouvant les contenir tous, les infirmières se dévouèrent à venir les soigner dans leurs cabanes, malgré la répugnance qu'inspiraient la malpropreté et l'infection de ces toits enfumés.
Il en résultait un autre inconvénient, c'était l'impossibilité pour les religieuses de tenir propres leurs vêtements dont la couleur blanche
rendait les taches beaucoup plus visibles. Malgré les plus grandes précautions, une robe qu'elles mettaient nette le matin ne l'était guère à la fin du jour, ce qui multipliait les lavages bien plus que ne le permettaient leurs occupations.
Les Jésuites leur conseillèrent de remplacer leurs vêtements blancs par des robes noires ou grises, qui auraient été moins faciles à ternir, mais l’idée d'abandonner leur costume religieux était pour elles un sacrifice si pénible, qu’elles ne purent s’y décider au premier abord. Mais enfin, elles durent céder devant l’impérieuse nécessité. Comme il n'était pas facile de se procurer dans le pays les étoffes convenables, elles prirent le parti de teindre leurs robes dans une décoction d’écorce de noyer et de bois d'Inde, ce qui, disent-elles, leur donnait ‘“ la couleur des vêtements de ramoneurs. ” Ce ne fut pas sans verser quelques larmes qu'elles se virent revêtues pour la première fois de ce triste costume. Elles ne le quittèrent plus pendant tout le reste de leur séjour à Sillery, et ne reprirent leur habit blanc que la seconde année après leur retour à Nuébec.
Leur existence était soumise à un antre genre d’inconvénient qu’elles partageaient avec le reste des colons : c'était la difficulté des communications avec la France. L'isolement complet où l’on se trouvait du monde civilisé, pendant le cours de chaque hiver, faisait désirer avec impatience l'ouverture de la navigation et Îles arrivages
d'outre-mer. Les navires apportaient avec les marchandises et les approvisionnements de la Compagnie, les nouvelles et les correspondances d'Europe. Ces lettres dont il est facile d’apprécier l'intérêt, formaient souvent des cahiers entiers qu'on se passait de main en main, de famille en famille, et qui alimentaient les conversations pendant plusieurs semaines.
Durant ce temps la jeune France vivait de la vie extérieure, et participait au mouvement de lacivilisation : toutes les figures s'épanouissaient en croyant respirer l’atmosphère de la vieille patrie. En 1642, la flotte du printemps si ardemment attendue n’entra dans le port de Québec qu'au commencement de juillet.
Sur un des navires, les supérieures de Dieppe avaient expédié une jeune fille, qui avait témoigné le désir de se consacrer à la vie de mission.
Mile. Marie Irwin appartenait à une noble famille d'Ecosse,réfugiée en France pour y exercer librement la religion catholique. : C'était une personne vertueuse, mais qui n’avait point passé par les épreuves du noviciat, et qui ne s'était pas fait une juste idée de la vie austère et crucifiée, des durs travaux, des emplois vils et
1. ‘‘ Elle était d’une des premières maisons d’Ecosse alliée à Marie Stuart. Une de ses sœurs avait épousé le marquis de Bagni, italien, et ce qui relevait infiniment la noblesse de cette famille, c’est que ses parents n'avaient quitté leur patrie que pour conserver leur religion. ” /isloire de l'Hôtel-Dieu de Québec, page 41.
presque toujours rebutants, pour la nature, qu'elle venait embrasser ici. Quand elle se vit cloîtrée dans le monastère isolé de Sillery, n'ayant d'autre horizon que le rideau des grands bois, d'autre perspective que l'étendue solitaire et uniforme du flruve sillonné de fois à autre par quelques canots d’écorce, qui glissaient silencieusement le long du rivage, d’autres distractions que les exercices religieux et les courtes récréations de la communauté, d'autre société que celle de quelques rares européens, de passage à Sillery, et celle des sauvages, à l'aspect farouche et repoussant, dont elle ne comprenait pas la langue, elle sentit son âme accablée sous le poids d’un ennui inexprimable et d’une défaillance morale qui touchaient au désespoir. Les religieuses eurent beau chercher à la distraire par leurs conversations enjouées et par quelques promenades au dehors, Mile. Irwin n'eut plus qu'une seule pensée : celle de retourner en France.
Lorsque la Supérieure vit que sa résolution était irrévocable elle ne songea plus qu'à favoriser son départ. En attendant, elle l’admit au nombre des pensionnaires de l'Hôpital et la traita avec tous les soins et tous les égards dûs à son rang et à son mérite. Mille. Irwin s’embarqua en effet pour la France au printemps suivant. De retour à Dieppe, elle sentit renaître toutes ses inclinations pour la vie religieuse. On s’aperçut bien alors que le découragement qui
avait fait fléchir sa volonté n'avait été qu'une tentation de l'ennemi du salut pour lui faire perdre sa vocation. Car ayant demandé et obtenu son entrée au monastère de Dieppe, elle subit courageusement toutes les épreuves du noviciat, et fut admise à la profession religieuse. Quelques années plus tard, la maison de Québec ayant besoin de nouvelles recrues, elle s’offrit spontanément, fut acceptée, revint au Canada, y vécut plusieurs années, et y mourut après avoir donné l’exemple de toutes les vertus claustrales.
Cependant la mère de Saint-Ignace qui voyait approcher le terme de sa première triennalité, se réjouissait d'avance dans l'espoir de se voir déchargée du fardeau de la supériorité. Mais le conseil s'étant assemblé dans la matinée du premier d'août, elle fut réélue supérieure pour la seconde fois au grand contentement de la communauté qui avait vécu durant cette première période de la fondation dans une union et une régularité parfaites, sous son joug à la fois suave et ferme. Sa sagesse, son énergie et son expérience consommées étaient plus que jamais nécessaires devant l'avenir plein d’alarmes et de désastre qui s’ouvrait pour la colonie.
En effet, depuis la rupture des conférences qui avaient été tenues, l’année précédente, aux Trois-Rivières, les Iroquois avaient enveloppé tous les Français dans la haine mortelle qu’ils avaient vouée aux Hurons et aux Algonquins.
Ils avaient résolu dans leurs conseils cette guerre
d’extermination qui allait entrainer la ruine totale de la mission huronne créée par les Pères Jésuites, et l’anéantissement de cette malheureuse tribu. Déjà leur armée divisée en escouade de cinquante, cent et deux cents guerriers était disséminée sur la surface de la Nouvelle- France. Cachés en embuscade aux confluents des principales rivières qui se jettent dans le Saint-Laurent et l'Ottawa, ils attendaient, avec la patience caractéristique de leur race, le passage des canots ennemis, dont la plupart étaient obligés de descendre et de remonter par cette grande voie de communication. Le tomahawk ou l’arquebuse à la main, ces bandes iroquoises se tenaient toujours prêtes à s’élancer au premier signal, en poussant leur terrible cri de guerre.
Plusieurs détachements de Hurons et d'Algonquins avaient été ainsi surpris et massacrés, ou traînés en captivité.
Les Iroquois ambitionrsient maintenant de s'emparer de quelques peaux blanches et surtout des Robes Noires. Ce n'était que par une protection toute particulière que le Père de Brébeuf, lors de sa dernière descente du fort de Sainte- Marie : à Québec, avait échappé à leurs poursuites. Il est hors de doute que, s'ils avaient soupçonné l’état de faiblesse de la colonie, et s'ils avaient concentré leurs forces, comme ils le
1, Le fort de Sainte-Marie était la priucipale résidence des Jésuites au pays des Hurons.
firent plus tard en quelques circonstances, ils se seraient facilement rendus maîtres de toutes les positions et auraient exterminé jusqu'aux derniers Français. Mais alors ils ne songeaient qu'à faire des conquêtes partielles. On apprit plus tard qu'ils avaient même concerté le plan de faire une incursion jusqu’à Sillery et d'en enlever les Filles Vierges.
Quoique les Hospitalières ne connussent pas toute l'étendue des périls qui les menaçaient, elles étaient cependant loin de vivre sans alarmes. De vagues rumeurs étaient parvenues jusqu’à leurs oreilles, et les personnes qui s’intéressaient d'avantage à leur sort, tels que le chevalier de Montmagny et les Pères Jésuites commençaient déjà à s'inquiéter de leur isolement dans ce lieu ouvert aux embuscades,
Telle était la situation et l’état des esprits, lorsqu'un matin, (c'était probablement le jour même de la réélection de la Supérieure) celle-ci fut demandée au parloir par deux Pères Jésuites, L'un de ces pères était un homme d’une assez petite taille et d’une complexion plutôt frêle que vigoureuse. Ses traits réguliers et délicats, sa figure ovale, son front large et développé indiquaient une belle intelligence, mais l'ensemble de sa physionomie dénotait un caractère plutôt fait pour l’obéissance que pour le commandement.
Il portait la barbe à la manière des missionnaires qui étaient obligés de suivre les sauvages dans les bois pour les évangéliser. Sa longue robe
noire toute flétrie et tout rapiécée portait la marque de ses pénibles courses au milieu des forêts. La modestie de ses regards, qu'il tenait presque toujours baissés par une longue habitude de recueillement, et l'extrême réserve de sa contenance lui donnaient une apparence de timidité et même de gaucherie qui aurait fait sourire un homme du monde. Personne, hormis ses supérieurs, et ceux qui avaient pénétré dans l’intérieur de son âme, n'aurait pu soupçonner, tout ce qu’il y avait d’indomptable énergie dans cet humble prêtre, lorsqu'il agissait sous l’empire de l’obéissance ou d’une conviction surnaturelle.
Lorsque la mère de Saint-Ignace se fut approchée de la grille, elle ne put retenir une exclamation d’agréable surprise.
—Comment! s’écria-t-elle, c'est vous, Révérend Père Jogues. Quelle joie nous avons ressentie en apprenant votre heureuse arrivée à Québec, après tous les dangers que vous avez courus !
. C'était, en effet, ce saint apôtre dont on connaît la vie et le martyre. Il était de retour du pays des Hurons depuis le 14 juillet. Avec cette simplicité sublime qu’il apportait dans toutes ses actions, il s'était dévoué à cette périlleuse entreprise au premier désir que lui en avait manifesté son supérieur. Dès que celui-ci eût montré que la gloire de Dieu et le bien des missions y étaient intéressés, il n'avait pas hésité un instant à exposer sa vie à tous les hasards d’une expédition de plus de trois cents lieues à
travers un pays infesté par des nuées d'Iroquois. Lui et ses compagnons ne s'étaient dérobés à leurs recherches que par une suite de circonstances heureuses qu'il était difficile d'espérer. Le Père Jogues était à la veille de son départ pour Sainte-Marie des Hurons et il était venu faire ses adieux à la communauté de Sillery. Il était accompagné en ce moment d'un autre Jésuite qui lui était égal en courage et en mérite, mais qui était doué d'un tempéramment et d'un génie tout différents. C'etait un homme d’une taille et d'une force athlétique, mais d’une grandeur d'âme encore plus remarquable. Ses traits puissamment accentués révélaient la trempe de son esprit et la vigueur de son caractère.
Enflammé comme le Père Jogues du zèle apostolique et de la passion des souffrances, il soupirait, comme lui, après la couronne du martyre, qu'il était destiné à cueillir après lui sur un autre théâtre et au milieu d'une sanglante tragédie qui devait marquer le dernier jour d’une nation. Ce religieux n'était autre que le Père de Brébeuf, le géant des missions.
L'intérêt qu'il portait aux Hospitalières et le soin qu'il prenait de leurs affaires, depuis son retour à Québec, l'avait conduit ce jour-là au monastère avec le Père Jogues.
—Ma Révérende Mère, dit-il à la Supérieure, après les premières salutations, le Père Jogues nous a rapporté des nouvelles peu rassurantes de la part des Iroquois. Tous leurs guerriers,
paraît-il, sont en campagne et ils en veulent, cette fois, non plus seulement aux sauvages, mais aussi »ux Français.
—Oui, repartit le Père Jogues, ils ont fait leur apparition aux environs de Montréal et des Trois-Rivières. Plusieurs de nos chasseurs ont été attaqués par eux : quelques uns ont été tués, d’autres faits prisonniers. Pendant notre voyage, nous avons observé en plusieurs endroits les traces de leur passage.
—Pensez-vous, répondit la mère de Saint- Ignace, qu'ils ôsent venir jusqu'ici ? ?
—-Ce n'est pas probable pour le moment, repartit le Père de Brébeuf, muis ce n’est pas non plus impossible. Leur audace a redoublé depuis que les Hollandais leur ont fourni des armes et des munitions.
—Mais alors quels conseils nous donnez-vous ? reprit la Supérieure avec inquiétude.
—Celui de prévoir toutes les éventualités, ma Bévérende Mère. Dans le cas où les Iroquois viendraient faire une descente à Sillery, vous seriez exposées à de graves dangers ; car la bourgade n’est pas en état de résister longtemps à leurs attaques. Si la guerre s'allume davantage, comme on a raison de le craindre, vous devez prévoir le jour où vous serez forcées d’abandonner cette résidence, et de vous réfugier à Québec.
—Quoi ! s’écria la mère de Saint-Ignace, seraitil possible que nous fussions réduites à quitter notre Hôpital qui nous a coûté tant de aépenses ?
—C'est un grand sacrifice sans doute, mu Révérende Mère, mais il vaut encore mieux prendre ce parti que d'exposer vos chères sœurs et vos malades aux surprises de l'ennemi et aux horreurs de la captivité.
Après une longue discussion, on conclut qu'il était prudent de reprendre les travaux de l'Hôpital qui avaient été commencés à Québec. Le Père Jogues fit ensuite ses adieux à la Mère Supérieure, et se recommanda, ainsi que ses compagnons de route, aux prières de la communauté avec des paroles qui firent voir un pressentiment du sort qui l’attendait.
Il quitta Québec le 2 d'août suivant pour retourner à Sainte-Marie des Hurons. Ce fut au commencement de ce voyage qu'il tomba aux mains d:s Iroquois et qu'il eut à subir cette aftreuse captivité, dont il a tracé lui-même de ses doigts mutilés, l’'admirable récit,
On sait comment, après sa délivrance, il eut l'incroyable courage de retourner chez les Iroquois et comment il y souffrit le genre de mort qu il avait si longtemps désiré.
L'annonce de la captivité du Père Jogues répandit la consternation et augmenta la frayeur parmi toute la population. Les sauvages affluèrent en plus grand nombre que jamais à Sillery. Plusieurs habitants, ne se croyant plus en sûreté dans les campagnes, se replièrent sur Québec.
La famille de La Poterie qui s'était établie depuis peu à Portneuf, vint demander un asile
auprès de l'Hôpital. Les Augustines les assistèrent dans leur détresse avec leur charité ordinaire et leur firent même construire un abri aux approches de l'hiver.
Cependant plusieurs ouvriers, sous la surveillance du Père Vimont, avaient été employés à élever la maçonnerie et la charpente du monastère de Québec. Afin de restreindre leurs dépenses, les Hospitalières ne gardèrent plus que quatre domestiques, au lieu de hxit ou dix qu'elles avaient coutume d'occuper. Encore étaient-ils employés autant pour le service des sauvages que pour leur propre usage.
La rumeur du déplacement projeté ayant transpiré parmi les néophytes, on put voir quelles profondes racines avaient jetées dans leurs cœurs le dévouement ct la charité de nos aumônières. Ils accoururent en foule pour les supplier de ne pas abandonner Sillery ou de leur ménager un espace de terrain, auprès du monastère de Québec, pour y transporter leurs cabanes.
La fin de l’année 1642 et l’année 1643 s'écoulèrent sans autre incident qu'un surcroît de travail et de dépenses occasionnées par l’accroissement de la population. Chaque mois arrivaient quelques débris des tribus errantes qui fuyaient devant le terrible tomahawk de l'Iroquois, et qui venaient abriter leurs tentes sous les murs du couvent. La plupart étaient dénués de toute ressource et venaient tendre la main à la porte
de l'Hôpital, dont les greniers ne suffisaient pas à nourrir tant de misères. ‘Les vivres nous manquèrent souvent, disent les annales, quoique Dieu permit, par une merveille qui accompagne quelquefois la charité, que le peu que nous en avions se multipliât sensiblement, ce qui fut fort remarquable, en ce qu’une barrique de pois, dans laquelle on prenait tous les jours plusieurs boiz:seaux, nous dura plus de deux mois. Nous ressentimes cette même bonté en plusieurs choses semblabies : une protection si visible redoublait notre confiance et nous entretenait dans une sainte joie beaucoup plus grande que celle que l’on goûte dans l'abondance de tous les biens de ce monde. Nous en rendions continuellement des actions de grâces à Dieu et chacune de nous s’efforçait par sa fidélité de correspondre à tant de faveurs.”
On n’a pas oublié cette obscure mais précieuse auxiliaire que la Providence avait placée sur la route des fondatrices à leur départ de Dieppe. Catherine Chevalier s'était offerte à les accompagner et à les servir au Canada, à la seule condition qu'au bout de dix ans, on lui donnerait l’habit de religion. Cette excellente fille avait montré depuis, tant de bonne volonté, de dévouement et de dispositions pour la vie religieuse, qu’on s'était cru en droit d’abréger le temps de son épreuve. Elle reçut donc le saint habit avec des marques de véritable vocation et de vive reconnaissance.
Mais on ne tarda pas à s’apercevoir qu'on avait eu tort d'anticiper l’heure de la Providence. ‘ L'application excessive que cette sœur mit à son avancement spirituel porta atteinte à son cerveau. Sa raison s'égara et, dans son pieux délire, elle se livra à des extravagances qui causèrent de graves inquiétudes à ses supérieures. Chaque fois que ses occupations l’appelaient dans la basse-cour, et qu’elle rencontrait sur son passage un animal domestique, volaille ou autre, elle l’apostrophait et lui demandait s’il aimait le bon Dieu. Désespérée de n’en pas recevoir de réponse, elle se mettait à sa poursuite et cherchait à l’assommer, en s’écriant que toute créature qui n’aimait pas Dieu ne méritait pas de vivre.
Après qu'on eut essayé, sans succès, tous les remèdes pour calmer cette surexcitation, on finit par lui ôter l’habit religieux. Le médecin de l'hôpital, M. Giffard, persuadé qu’un changement de lieu produirait une salutaire réaction sur son esprit, l’emmena avec lui dans sa famille à Beauport. En effet, elle se remit parfaitement et ne se ressentit plus jamais dans la suite de cette atteinte.
Au terme révolu des dix années qu'elle s’était assignées elle-même, on la revêtit de nouveau de l’habit religieux, et elle devint une excellente sœur converse.
Durant l’été de 1644, la communauté s'était accrue par la venue de deux nouveiles auxiliaires
de Dieppe : la mère Marthe Sermontos de Sainte Geneviève et la mère Marie Deschamps de Saint-Joachim. La joie de leur arrivée fut :
tempérée par l'annonce d’une triste nouvelle dont elles furent les messagères. Elles annoncèrent la mort du Cardinal de Richelieu, survenue le 14 décembre 1643. Cette mort fut un grand deui: pour la communauté, qui perdit en lui son plus puissant protecteur. Si la France eut souvent à gémir sous la main de fer de ce grand ministre, le Canada ne connut de lui que des bienfaits, et ne lui doit que de la gratitude.
Les Augustines déployèrent toute la pompe de leurs cérémonies funèbres dans le service qu'elles firent chanter pour le repos de l’âme de cet insigne bienfaiteur, et elles mandèrent à sa nièce, la duchesse d'Aiguillon, toute la part qu'elles prenaient à sa grande douleur.