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Ce n'était qu'une chapelle intérieure

belles fêtes du monastère de Dieppe. Le chœur des religieuses offrait un coup-d'œil nouveau et tout réjoui qui ne s'était pas vu depuis assez longtemps. Toutes les Hospitalières avaient repris l’habit blanc de leur ordre qu'elles ne devaient plus quitter à l'avenir. Il est facile d'imaginer avec quelle joie elles s'étaient dépouillées du sombre et triste vêtement que la nécessité les avaient forcées de prendre à Sillery.

Ce changement était le signe de l’ère nouvelle qui s'ouvrait en ce jour pour l’Hôtel-Dieu de Québec. On était en effet arrivé au terme de toutes les pérégrinations par lesquelles il avait fallu passer, avant de se fixer définitivement. À la vie d’agitation et d'embarras dans laquelle on avait été plongé depuis l’crigine de la fondation, allaient succéder des années moins tourmentées et moins pénibles à traverser. On ne serait plus contraint par des circonstances incontrôlables, à enfreindre les limites de la clôture : les règles et les observances de la vie monastique pourraient être désormais suivies avec la régularité ordinaire.

Le cloitre dont la partieessentielle était maintenant construite, allait s’agrandir peu à peu, voir accroître ses ressources, augmenter le nombre des saintes ouvrières qu'il abritait et prospérer l’œuvre de charité qu'elles travaillaient à fonder.

Cette ère de régularité et d'agrandissement plus ou moins progressif, qui s'ouvre avec

l’année 1646, marque le terme de la première période de cette histoire. Nous l'avons fait connaître avec la variété de ses incidents, de ses difficultés et de ses périls.

La seconde période des annales de l’Hôtel- Dieu dont nous allons maintenant entreprendre le récit, contient la matière d’études également intéressantes, également instructives au point de vue religieux. Elle renferme en particulier la vie de l'une des âmes les plus extraordinaires dont il soit fait mention dans les annales de la Nouvelle-France. Nous voulons parler de la vénérable mère Catherine de Srint-Augustin, religieuse du monastère de Bayeux, venue au Canada en 1648, et décédée à l’Hôtel-Dieu de Québec, en 1668.

La vie toute céleste de la mère de Saint- Augustin a été écrite par le Révérend Père Ragueneau, de la Compagnie de Jésus, ancien missionnaire au Canada. : Cette vie, dédiée à la duchesse d’Aiguillon, a été publiée à Paris en 1671. Elle forme un volume considérable qui est devenu aujourd’hui d’une excessive rareté. Cette histoire a les défauts des livres du même genre écrits à cette époque. Le style vieilli,

1. LA VIE DE LA MÈRE CATHERINE DE SAINT-AUGUSTIN, religieuse Hospitalière de la Miséricorde de Québec en la Nouvelle- France, composée par le Révérend Père Paul Ragueneau, de la Compagnie de Jésus. A Paris, chez Florentin Lambert 1671. Un volume in 8°, 384 pages.

diffus, prolixe, en rend la lecture sinon impossible, du moins extrêmement ardue. Toutefois on ne peut fermer ce livre après en avoir fait la lecture, sans en garder une profonde impression, sans éprouver un sentiment d’admiration et de reconnaissance à la vue des merveilles de grâces que Dieu a opérées dans la mère de Saint- Augustin, des lumières surnaturelles qui lui ont été communiquées et qui l'ont fait entrer si avant dans les secrets et la familiarité de Dieu.

Quant à l’authenticité des faits et-des témoignages rapportés dans cet ouvrage, on a pour garant la parole de Mgr. de Laval, sous les yeux duquel cette vie a été écrite. (C’est par son ordre que la mère de Saint-Augustin écrivit elle-même sa vie et les opérations de Dieu dans son âme. Le Père Ragueneau composa ensuite son livre sur ces notes qui lui furent communiquées par la supérieure de l’Hôtel-Dieu.

On connaît la haute raison, la science théologique, aussi bien que les vertus austères et la vie monacale du premier évêque de Québec. Le sentiment de ce prélat est une des plus hautes autorités qu’on puisse invoquer en cette matière.

La mère Marie de l’Incarnation, émule en sainteté et contemporaine de la mère de Saint- Augustin, aété justement surnommée la Thérèse de la Nouvelle-France. On peut dire, avec autant de vérité, que la mère de Saint-Augustin en a été la Catherine de Sienne.

Les communications qu’elle a eues avec le

monde invisible sont aussi étonnantes que celles dont a été favorisée la sainte d'Italie. Elle était du nombre de ces êtres prédestinés qui semblent s'être dépouillés dès ici-bas de toutes les défectuosités de ia nature humaine et s'être revêtus d'avance des perfections angéliques.

Quand la vie de la mère de Saint-Augustin sera connue dans notre pays, elle excitera une vénération aussi grande que celle de la mère Marie de l’Incarnation. Si elle n’a pas eu la trempe supérieure de son génie, ni la mâle élévation de son caractère, elle en a eu l’héroïsme et le dévouement, l'enthousiasme et les extases.

Le temps est venu, croyons-nous, d’arracher à l'oubli, dans lequel il a été enseveli depuis les malheurs de la conquête, le nom de la mère Catherine de Saint-Augustin qui fut autrefois si honoré et si invoqué par nos aïeux, de proposer à l'admiration, à la piété et à la vénération publique cette ancêtre spirituelle qui nous a été donnée et qui est sans aucun doute un des anges protecteurs les plus puissants que le Canada possède au ciel.

C’est le but principal que nous nous sommes proposé en entreprenant d'écrire l’histoire de l'Hôtel-Dieu.

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