‹ Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec [microforme]Chapitre 36 sur 86 · HISTOIRE D£ L'HOTEL-DIEU · texte numérisé non relu

HISTOIRE D£ L'HOTEL-DIEU

surnaturelle. La foule qui se succédait aux abords de la grille ne pouvait se rassasier de contempler cette figure de bienheureuse sur laquelle on croyait voir un reflet de la béatitude éternelle.

“ Madame d’Ailleboust, racontent les annales, vint comme bien d’autres pour la voir, et comme elle contemplait ce corps pénitent, qui avait été le temple du Saint-Esprit, il lui parut comme une image de la paix et de la sainteté ; et elle fut remplie d’un sentiment assuré de la gloire dont cette sainte religieuse jouissait déjà dans le ciel. Notre Seigneur lui dit fort intelligiblement: ‘“ O ma chèrefille! si tu voyais la beauté de son âme, et combien le jugement qu'elle a reçu a été doux et favorable, de quel bonheur elle jouit et quelle est la récompense de ce qu'elle a souffert.”

‘“ Madame d’Aiïlleboust se retira l'âme irondée d'une sainte componction et les yeux remplis fe larmes, emportant avec elle une idée extraordinaire de la sainteté de la mère de Saint-Augustin.”

Ses funérailles eurent lieu au milieu du concours fle tout ce qu’il y avait de marquant parmi le clergé et les citoyens de Québec, Ses restes furent inhumés dans le caveau de l’Hôtel- Dieu, en attendant le jour où le bruit de ses miracles et l'accroissement de la vénération publique inspireraient aux Hospitalières la pensée de relever sa précieuse dépouille pour la déposer, avec plus d'honneur, dans un cratoire érigé dans l’intérieur du cloître.

Aussitôt après la mort de la mère de Saint- Augustin, Mgr. de Laval chargea le Père Ragueneau d'écrire sa vie d’après les mémoires que ses directeurs l'avaient obligé de rédiger pour faire connaitre ies voies de Dieu sur elle. La plupart des lettres qu’elle avait écrites en France furent recueillies par les Hospitalières et remises également au Père Ragueneau.

La vie de la mère de Saint-Augustin parut à Paris en 1671, et fut accueillie avec une grande faveur parmi le monde religieux, qui était avide de ce genre d'ouvrages. Le mysticisme et les révélations dont ce livre abonde et qui en rendent aujourd’hui la lecture presqu'impossible,faisaient alors ies délices des âmes pieuses. La foi ardente et les discussions doctrinales de cette époque y avaient préparé les esprits. Bientôt il n’y eut guère d'institution religieuse ou de monsstère qui ne possédât un exemplaire de la vie de la mère de Saint-Augustin, et qui n'apprîit à vénérer et à invoquer cette illustre servante de Dieu comme une sainte. Ce livre,qui dévoilait les secrets les plus intimes d’une âme d'élite avec ses aspirations sublimes, ses actes d’immolation personnelle et de dévouement sans réserve, alla réchauffer la ferveur en excitant l'admiration de cette foule d’âmes consacrées à Dieu. fl servit d’aliment à la piété des familles chrétiennes aussi bien dans l’Ancienne que dans la Nouvelle-Francé et contribua à augmenter l'intérêt qu’on portait aux missions du Canada. Il

fut même, pour quelques-uns, l’étincelle divine d’où jaillit le rayonnement de la grâce,et devint l'origine de vies fructueuses : témoin le fait suivant.

Un jeune parisien oisif, qui promenait. son désœuvrement dans les rues et les places publiques, s’amusait un jour à feuilleter quelques-uns des livres qu’on avait coutume, alors comme aujourd’hui, d’étaler sur la rampe des quais de Paris. Ses yeux tombèrent par hasard sur la Vie de la mère de Saint-Augustin. Il en lut quelques passages et fut frappé d’admiration des sentiments célestes qu'il y découvrit. Il acheta le volume, l’emporta chez lui, en fit sa lecture quotidienne, et fut tellement enivré des parfums d'amour de Dieu qui s’exhalaient de ces pages qu'il résolut de tout quitter, son avenir, sa famille et sa patrie, pour se consacrer à l’œuvre des missions. Il s’embarqua pour la Nouvelle- France, se mit au service des missionnaires, et termina ses jours dans l'exercice de la charité et de la mortification chrétienne, édifiant tout le monde par les élans de son zèle apostolique.

Des miracles éclatants arrivés tant en France qu'au Canada attestèrent à différentes reprises que Dieu avait pour agréable le culte de vénération qu'on rendait à la mère de Saint-Augustin. Le fait suivant eut pour théâtre une des villes de cette même Normandie d’où était native notre sainte hospitalière. A Caen, dans un

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couvent de la Visitation, une religieuse nommée sœur Anne-Suzanne des Maires, avait reçu, en tombant, une grave contusion au genou. Depuis près de trois mois, elle ne pouvait se soutenir ni marcher autrement qu'avec une béquille.

Sur le récit qu'on lui avait fait de la vie et des rares mérites de la mère de Saint-Augustin, elle eut la pensée de recourir à son intercession et pria plusieurs de ses compagnes de se joindre à elle pendant une neuvaine qu’elle commençait en son honneur. Ses prières ne furent pas d’abord exaucées ; mais sans perdre courage elle entreprit une seconde neuvsine avec un redoublement de ferveur et de confiance. Elle appliqua en même temps sur son genou un morceau du voile de la vénérable Mère, qui avait été envoyé au monastère.

Le dernier jour de sa neuvaine, s'étant fait conduire au chœur pour assister à la bénédiction du Saint-Sacrement, elle ressentit tout à coup d'étranges douleurs, accompagnées de craquements au genou qui lui causèrent une extrême frayeur. Elle se précipita à genoux toute saisie et tremblante, et à l'heure même se sentit parfaitement guérie. À l'issue de l'office, elle se releva et se mit à marcher avec la même facilité que si elle n’avait jamais souffert aucune incommodité. Le: médecin qui la pansait vouiat constater par lui-même la vérité‘de ce miracle ; il visita son genou, il n’y trouva ni enflure, ni rougeur, mais seulement une peau nouvelle et

fraiche qui indiquait une entière guérison.

Toute la communauté en rendit des actions de grâces à Dieu et à la Sainte du Canada.

Le second fait qui nous reste à rapporter est plus rapproché de nous, de temps et de lieu.

Un colon canadien, nommé Nicolas Malte, établi sur la seigneurie de Dombourg : , aujourd’hui la Pointe-aux-Trembles, avait un enfant qui souffrait depuis sa naissance d’un tremblement convulsif que les médecins avaient déclaré incurable. La grande dévotion que l'on avait alors dans notre pays pour la mère de Saint-Auguastin et les merveilles qui s'étaient opérées par son intercession, lui suggérèrent de recourir à sa puissance auprès de Dieu en faveur de son fils. Il commença avec sa famille une neuvaine en l’honneur de la mère de Saint-Augustin. A peine était-elle terminée que l'enfant ne gardait plus aucune trace de son infirmité. Le père, au comble de la joie, s’empressa de rendre gloire à Dieu en proclamant hautement la sainteté de la mère de Saint-Augustin, et en offrant même de signer de son sang l'attestation de ce miracle. Ces merveilles et bien d’autres qui ne peuvent trouver place dans cette histoire engagèrent en 1689 les religieuses de l’Hôtel-Dieu à demander à Mgr. de Saint-Vallier, successeur de Mgr. de

1. Dombourg est l’anagramme de Bourdon, et fut désigné ainsi par le premicr propriétaire de cette seigneurie, Jean Bourdon, procureur du roi en la Nouvelle-France.

Laval, l’autorisation d’exhumer le corps de leur vénérable défunte. Ses précieuses dépouilles furent déposées dans un riche coffret et transportées solennellement à l’intérieur du cloître dans une cellule désignée sous le nom d'oratoire du Calvaire.

En 1717, quelques-unes des religieuses de l'Hôtel-Dieu firent exécuter un autre coffret d’un bois plus précieux et plus richement decoré. C’est dans ce coffret que reposent encore aujourd’hui les restes de la sainte du monastère. La seconde translation qui eut lieu en cette circonstance fut faite avec une pompe extraordinaire la veille de l'Exaltation de la Sainte-Croix.

C’est devant ces saintes dépouilles que sont venues s’agenouiller l’une après l’autre et prier toutes les générations d'Hospitalières qui se sont succédé dans l’Hôtel-Dieu depuis un siècle et demi. C'est là que chaque religieuse vient encore aujourd'hui écouter, dans le silence ct le secret du cœur, la grande voix qui s'élève de cette tombe et qui lui prêche la pratique de toutes les vertus claustrales dont la bienheureuse Catherine a été le modèle.

En retour de tous les bienfaits qui ont découlé du pied de cet oratoire, il est une dette de reconnaissance dont les Hospitalières doivent s’acquitter envers celle qui s’en est faite la médiatrice. C'est de hâter par leurs ardentes prières le jour où sa gloire éclatera au-delà de l'enceinte de

leur monastère, où son nom béni sera sur toutes les lèvres, comme il le fut autrefois sur celles de nos ancêtres, où enfin l'Eglise proclamera de sa voix infaillible la sainteté, et autorisera le culte public de la mère Catherine de Saint-Augustin.

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