Ce message était daté Au 5 mai
Hospitalières dont il était l'ami et le protecteur. Non content de leur donner ce témoignass de sympathie, il voulut, avant d'agir, prendre connaissance de leurs intentions ultérieures. On lui répondit qu'il serait trop pénible pour l’évêque de Québec de voir anéantir sa fondation, que d’ailieurs le retour des religieuses de l'Hôpital-Grénéral ne serait pas avantageux pour l'Hôtel-Dieu, que les divergences d'opinions qui avaiént existé entre les deux communautés, avaient refroidi leurs rapports mutuels, et que leur présence dans la maison pourrait devenir une cause de désunion. Quant aux jeunes professes de la nouvelle maison qui avaient consenti à prononcer leurs vœux, malgré les remontrunces faites à l'évêque, elles ne seraient jamais reçues dans l’Hôtel-Dieu.
L'expédient qui parut à M. de Callières le plus convenable pour concilier les ordres du roi avec les intérêts des deux communautés, fut de faire revenir la Supérieure de l’Hôpital-Grénéral avec les novices au voile blanc, et d'y laisser les autres religieuses. Puis on écrivit en France pour obtenir la confirmation du nouvel ordre de choses.
“ Mgr. de Québec, remarquent les annales d l'Hôtel-Dieu, apprit ces nouvelles avec un déplaisir très-sensible ; il vint nous témoigner sa douleur avec des expressions si touchantes et un maintien si affligé qu'il nous fit pitié. Nes manières étaient insinuantes et son air affectueux.
Il pleurait d’une telle abondance que nous ne pouvions retenir nos larmes.”
Le prélat prit la résolution de passer en France pour y plaider lui-même les intérêts de sa communauté. Il s'embarqua, en effet, le :3 octobre 1700 sur un vaisseau du roi nommé /a Seine, et arriva le 29 novembre suivant à Rochefort, après avoir couru de grands dangers dans le fleuve Saint-Laurent.
Mgr. de Saint-Vallier séjourna quelques angées en France où il ne négligea rien pour faire réussir son projet.
En l’année 1704, il se remit en route pour le Canada, sur le même vaisseau qui, quatre ans auparavant, l'avait conduit ‘n France. Par malheur, il fut fait prisonnier, puis conduit en Angleterre où il demeura pendant cinq ans. Ce ne fut qu’en 1713 qu'il revint au Canada où il arriva le 18 août.
Douze ans auparavant (1701), M. de la Touche, premier secrétaire de M. le comte de Pontchartrain, avait informé la Supérieure de l’Hôtel- Dieu qu’un ordre de la cour en conseil, tenue à Versailles le 21 mai 1701, était adressé à Messieurs de Callières et de Champigny, portant que l'Hôpital-Général serait maintenu et que l'Hôtel-Dieu pourrait en prendre la direction, s’il le jugeait à propos ; que dans le cas contraire, l'Hôpital: rénéral deviendrait indépendant, mais sans pouvoir prétendre à aucun droit sur l'Hôtel- Dieu ; qu'il était permis à l'Hôpital-Général de
recevoir des religieuses, mais seulement au nombre de douze y compris la Supérieure, savoir, dix religieuses de chœur et deux sœurs converses ; que les Hospitalières qui avaient été rappelées avaient droit de s’en retourner ; enfin, que les novices qui avaient été ramenées à l’'Hôtel-Dieu, et que l’on y gardait depuis unan, pourraient y faire profession, si l’on y consentait, et si elles le souhaitaient elles-mêmes, ou bien qu'elles prononceraient leurs vœux à l’Hôpital- Général, si elles le préféraient ; qu’autrement elles étaient libres de rentrer dans le monde.
En recevant ces instructions, M. de (allières en donna communication aux Hospialières, afin de connaître quelles étaient leurs intentions, et sur leur réponse qu'elles désiraient s’en tenir à l’acte de séparation conclu en 1699, toutes les clauses de la sentence royale furent immédiatement mises à exécution ; et l'existence de l'Hôpital-Général fut reconnue conformément à ce qui avait déjà été stipulé entre l’évêque et Les deux communautés.
Telle fut la fin de ce long démêlé qui avait été la source de tant de äéboires pour les deux communautés, et durant lequel tant de saintes âmes qui avaient, de part et d’autre, de bonnes intntions, ne purent se comprendre, mais dont le résultat fut la création d’une de nos maisons les plus édifiantes, et qui a rendu des services inappréciables à notre pays.
Ainsi Dieu tire sa gloire de nos propres fragi-
lités, et il permet ces difficultés à l’origine des grandes œuvres afin de montrer à tous qu'il est l'auteur de tout bien comme il est l’auteur de toute grâce.
Tous les points en litige ayant été ainsi heureusement réglés, il ne restait plus qu’à faire disparaitre les dernières traces de ce refroidissement des cœurs, dont la pauvre nature humaine ne peut jamais se défendre d'une manière absolue.
La réconciliation eut lieu, avant même le retour de Mgr. de Saint-Vallier. Au printemps de 1712, quelques religieuses de l'Hôtel-Dieu, ayant eu l'autorisation de sortir du cloitre pour visiter leur terre de Saint-Sauveur, par rapport à certaines difficultés de route, furent vivement sollicitées par M. l’abbé Guillaume Serré de la Colombière, chapelain de l'Hôpital-Général, de venir faire visite à cette communauté. Elles se rendirent à sa prière et furent introduites dans le cloître de Notre-Dame des Anges, où elles reçurent l'accueil le plus empressé. Les heures s’écoulèrent trop rapidement dans cette fraternelle réunion et quand, sur la fin du jour, il fallut se séparer, on se donna de part et d'autre toutes les assurances d’une parfaite amitié.
Les religieuses de l'Hôtel-Dieu, ne voulurent pas rester en arrière de politesse avec leurs sœurs ; et quelques temps après, elles demandèrent et obtinrent la permission de recevoir chez elles la communauté de l'Hôpital-Général.
La mère de Saint-Ignace en écrivit d’une manière fort obligeante à la mère de Saiïnte- Madeleine, Supérieure de l'Hôpital-Général, et il fut convenu que la promenade aurait lieu le 2 juillet, fête de la Visitation. ‘“ Ce jour-là, disent les annales de Notre-Dame des Anges, après avoir entendu ia messe et communié, l’on se mit en route... Nous trouvâmes à notre porte les carosses de Mgr. le Gouverneur et de M. l’intendant ; ces commodes voitures nous transportèrent chez nos Révérendes Mères à six heures du matin ; leur communauté était assemblée à la porte conventuelle. Elles nous reçurent avec les plus grands témoignages d'affection, qui furent réciproques, et nous conduisirent au chœur, où M. Thiboult, leur chapelain, célébra la sainte messe, pendant laquelle elles chantèrent plusieurs motets. Nous allâmes ensuite à leur salle de communauté où on nous présenta un trèsbon déjeûner. MM. Thiboult et de la Colombière partagèrent la satisfaction de cette journée en la passant avec nous. La matinée fut employée en la visite de la maison, qui est fort belle et d’une grande propreté. Il nous restait encore à voir leur réfectoire où l’on nous conduisit ; nous y trouvâmes une table de seize couverts que Messieurs nos chapelains et quatorze religieuses occupèrent ; on nous présenta trois services magnifiques, et l’on nous servit au soir des mets aussi délicats qu’au diner. Après avoir passé le jour le plus agréable
que l’on puisse souhaiter, nous fimes nos adieux et partimes à six heures du soir.”
Depuis cette heureuse époque, les deux communautés ont toujours vécu comme la mère et la fille, dans une étroite union et une parfaite amitié.
L'Hôpital-Général a eu pendant longtemps le double mérite-d’être un hospice d’invalides et une maison d'éducation admirablement dirigée. L'abandon de cet enseignement, en 1868, a permis à l'Hôpital-Général de fournir des sujets à l'Hospice du Sacré-Cœur fondé, en 1872, dans le Faubourg de Saint-Sauveur, par Mgr. Taschereau, archevêque de Québec.
Nous avons dû anticiper sur les dates pour ne pas interrompre la suite des événements relatifs à la fondation de l’Hôpital-Général. Il nous faut maintenant remonter jusqu'à 1698 pour ass:ster aux derniers moments de la mère Marie Forestier de Saint-Bonaventure, la seule survivante des trois religieuses fondatrices : en elle s'éteint la première génération de nos Hospitalières.
Son heureuse mort arriva le 25 mai, dans la quatre-vingt-deuxième année de son âge, et la soixante-quatorzième de son entrée en religion.
Nous avons fait connaître dans le troisième chapitre de cette histoire, les vertus et le caractère de cette vénérable mère ; nous avons dit l'aurore immaculée de sa vie, ses charmes intérieurs et extérieurs, son entrée, dès l’âge de huit ans, au
monastère de Dieppe, ses merveilleuses aspirations vers la vie parfaite, sa générosité, son zèle apostolique, qui la firent choisir pour venir implanter les premiers germes de la vie monastique sur le sol de la Nouvelle-France. Dieu permit qu’elle vit, non-seulement croître ce jeune arbrisseau qu’elle avait arrosé de ses sueurs, mais qu'elle le vit s'épanouir et devenir un grand arbre à l'ombre duquel venaient en foule s'abriter les pauvres et les souffreteux de Jésus-Christ. Il voulut prolonger sa carrière jusqu'aux dernières limites de la vie humaine, afin qu’elle fût un modèle et comme une règle vivante pour ses jeunes sœurs. Il la laissa attachée au rivage de la vie comme un de ces phares lumineux qu’on élève au bord de la mer pour indiquer aux navigateurs les écueils à éviter et la route à suivre.
Ici, comme à Dieppe, la mère de Saint-Bonaventure fut toujours l’ouvrière laborieuse et fidèle, tout entière à Dieu dans l’oraison, tout entière au prochain dans l’action. On ne connaitra que dans l'éternité toute l'étendue de la gloire que Dieu réserve à de pareilles existences : quatre-vingts années de vie pure et sans tache, où l’on peut dire qu’il n’y a pas eu un moment qui n’ait été consacré à Dieu, pâs une pensée, pas une démarche qui n'aient eu l'amour de Dieu ou du prochain pour principe et pour mobile.
On reste saisi de confusion et de crainte en comparant la stérilité de sa propre existence à ces carrières si pleines et si fécondes.