HISTOIRE DE L’HOTEL-DIEU
mais le surlendemaïn, vers quatre heures du matin, elle fut prise d'un vomissement de sang si soudain que sa supérieure qui logeait dans l'appartement voisin n’eût que le temps d’accourir, de lui adresser quelques paroles d’exhortation et de recevoir son dernier soupir.
Elle fut inhumée dans le caveau des Ursulines, où elle repose encore.
Ses obsèques furent les plus solennelles qu’on eût vues jusqu'alors dans ce pays pour l’enterrement d'une religieuse.
Les deux communautés qui, réunies, formaient quatre-vingt-douze religieuses, étaient rangées en hémicycle dans le chœur, chacune d’entre elles tenant en main un cierge allumé: les Hospitalières en avant près du catafalque, avec leurs habits blancs de chanoiïinesses, qui tranchaient sur les costumes noirs des Ursulines. Cette réunion imposante, jointe à la majesté des prières de l'Eglise, le recueillement de ce sanctuaire cloîtré, l’onction de piété qu’on lisait sur toutes ces figures ascétiques, la douceur magnifique du chant des religieuses, donnaient à cette cérémonie l’apparence d’une vision céleste. En d’autres circonstances, cette réunion eût été pour nos Hospitalières la source de suaves émotions, mais sous le coup de leur terrible accident et du saisissement qui en avait été la suite, elles n'étaient guère en état d'y être bien sensibles. Les regrets même que leur causait la perte de cette sœur qu’elles voyaient étendue
dans sa tombe ouverte, étaient tempérés par la pensée du triste avenir qui leur était réservé. Elles étaient plutôt inclinées à envier son sort et à remercier Dieu de l'avoir délivrée des tribulations et des misères qui allaient être leurs compagnes inséparables jusqu’au jour où elles rentreraient dans leur monastère reconstruit.
La mère de Saint-André n'était âgée que de trente-six ans, dont elle avait passé dix-neuf en religion. Entrée au noviciat avec une santé florissante et avec une constitution en apparence forte et résistable, diverses ‘maladies l'avaient vieillie avant le temps et l'avaient laissée en proie à des langueurs dont elle ne revint plus. Pendant les treize dernières années de sa vie, elle ne sortait guère de l’infirmerie que pour y retourner quelques jours après.
Mais si elle fut peu utile à la communauté par se: travaux, elle la servit peut-être plus effcacement par la ferveur de ses prières et par l’holocauste continuel qu’elle faisait à Dieu de ses infirmités avec la patience, la douceur, et la résignation d’une sainte.