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CHAPITRE DEUXIÈME

Capitulation de Montréal—Lettre de la duchesse d'Aiguillon à Lord Chatham-Mort de ja mère Davis de Sainte-(iécile— La dette de l'Hôtel-Dieu—Servitudes auxquelles les Hospitalières se réduisent pour l'acquitter--Mgr. Briend—Sa générosité—L'invasion américaine (1775)—Les Hospitalières reprennent possession des appartements occupés par les troupes—Salles onvertes aux pauvres—La mère de Saint-Gabriel et la mère de Saint-Martin—Mort de la mère de Gaspé de Saint-Ignace,

Deux mois après la mort de la mère de Sainte- Hélène, le canon grondait encore une fois sous les murs de Québec. Le général de Lévis jetait un dernier reflet de gloire sur nos armes en remportant la victoire de Sainte-Foye, et mettait le siège devant la ville. Espérant être bientôt secouru par la France, il s'était hâté, dès le printemps, de prendre l'offensive à la tête des milices canadiennes et des débris de l’armée

française qui avaient hiverné à Montréal ; mais l’arrivée de la flotte anglaise l’avait contraint de retraiter sur cette ville, où devait se passer le dernier drame de la conquête. Par la capitulation de Montréal, dont les clauses furent signées le huit septembre et ratifiées plus tard par la France (1763), le Canada fut cédé définitivement à l'Angleterre.

Déjà depuis trois mois, Mgr. de Pontbriand reposait dans les caveaux de l’église de Montréal. La dernière pensée de ce saint prélat avait été pour ses chères communautés. Il avait interrompu les prières des agonisants que lui lisait M. de Montgolfier pour lui adresser ces admirables paroles :

“ Dieu est bien servi dans les communautés, et je vous charge, autant qu'il dépendra de vous, d'y entretenir la ferveur. Rappelez-leur à toutes, dans l’occasion, tout ce que vous avez pu recueillir de mes sentiments pour elles, dans les différents entretiens que j'aieus avec vous, surtout depuis que la Providence m'a conduit dans votre maison. J'ai la consolation de mourir pauvre, faites-leur bien sentir combien je me glorifie de cette qualité, et que si dans cet état je pouvais avoir quelque regret, ce serait de ne pouvoir en mourant faire aucun bien à ceux à qui j'ai été si fortement attaché pendant la vie.”

À ce témoignage d'intérêt et de sympathie vint s’en joindre peu detemps après un autre qui alla droit au cœur de nos mères. Cette

marque d’attachement était d'autant plus attendrissante qu'elle arrivait de cette France tant aimée, avec qui on avait toujours entretenu des relations d'une si filiale tendresse, où l’on comptait tant de vieilles amitiés, et dont on venait d’être séparé par l’abîme de la conquête. Une petite nièce de la fondatrice, héritière deson grand nom et de son grand cœur, la duchesse d'Aiguillon, écrivit aux Hospitalières pour pleurer avec elles la catastrophe qui les avait jetées dans l'exil. Elle leur transmettait en même temps une lettre du comte de Chatham, ministre d'Angleterre, à qui elle avait écrit pour lui exposer la triste condition où se trouvait l'Hôpital qu'avait fondé sa grande tante, et pour le supplier d'accorder sa haute protection à cet institut. Le noble Lord s'était montré à la hauteur des sentiments qui faisaient agir la Duchesse, et lui avait répondu en ces termes :

‘“ Monsieur Pitt est pénétré de la marque flatteuse de sentiments favorables dont Madame la duchesse d’Aiguillon a bien voulu l’honorer. Il se croit heureux d’avoir à s'employer pour un objet qui intéresse à la fois l'humanité, et lui procure l'honneur d’obéir aux ordres de Madame la duchesse d’Aiguillon. Pour ce qui est de l’Hôtel-Dieu de Québee, il a la satisfactiou de pouvoir assurer que des personnes aussi respectables ont été respectées, et que nos officiers, qui se louent très-fort des soins charitables de ces dignes religieuses envers nos malades et blessés,

ont toutes les attentions pour elles que la pitié et le malheur exigent.”

Ces paroles n'étaient pas une stérile protestation de convenance. Lord Chatham en écrivit au général Murray,qui fit preuve d’une attention et d'une libéralité dignes de toute éloge. Outre la remise des lods et ventes qui se montaient à la somme de 3389 livres, que les Hospitalières avaient été condamnées à restituer au domaine du roi par l’intendant Bigot, elles reçurent en effets, dans le cours de l’année 1760, pour la valeur de 3408 livres, sans compter 808 livres pour le loyer des appartements occupés par les troupes et 3085 livres pour l'usage des meubles, linges et ustensiles de l'hôpital.

Les mères de l’Hôtel-Dieu reconnurent l'influence bienfaisante de la duchesse d’Aiguillon dans ces actes de justice et de bienveillance qui ne pouvaient être demandés à un ennemi de la veille. C’est par cette délicate et touchante marque de protection que se terminent les rapports qui avaient existé depuis la fondation entre l’Hôtel-Dieu et la famille d'Aiguillon. A partir de cette date on n’en trouve aucune trace dans les annales de l’Institut, et il est facile de s'en rendre compte, lorsqu'on se rappelle que les communications avec la France furent à peu près interdites pendant bien des années, et qu'ensuite arrivèrent les grands bouleversements de la révolution française. Les Hospitalières de Québec se sont demandées bien des fois ce

qu'était devenue, dans la suite, la famille de leur fondatrice ; à quelles vicissitudes ses arrières-neveux furent soumis pendant les tourmentes révolutionnaires qui ont traversé la France. Cette famille, qui s’est assise autrefois sur les marches du trône, a-t-elle conservé son antique splendeur ? Ou est-elle tombée dans l'’infortune et son nom dans l'oubli? S'il en est ainsi, il est du moins un coin de terre où ce nom sera éternellement béni. Il est gravé en lettres d’or au cœur de chacune de nos Hospitalières et des pauvres dont elle est la providence. Il y aura bientôt deux siècles ‘et demi que cette reconnaissance dure ; et l’on peut affirmer, sans crainte, qu’il en sera ainsi tant qu’il y aura une Hospitalière pour continuer l’œuvre de la duchesse d’Aiguillon.

Dans la matinée du treize juin, la cloche du fonastère sonnait encore une fois un glas funèbre : c’était celui d’une compagne du noviciat de la mère de Sainte-Hélène, dont l’origine et les premières années nous sont bien connues.

On se souvient, en effet, de cette jeune et intéréssante captive de la bourgade abénaquise de Saint-François-du-Lac, dont la destinée nous avait d’abord paru si cruelle et si lamentable, mais qui avait bien vite vue tomber ses chaînes par la bénigne influence du Père Vincent Bigot, et qui avait fini par se trouver plus heureuse sous la cabane d’écorce des sauvages que sous le toit des blancs. On l’a vue sous la direction du

saint vieillard qui lui servait de père, correspondre merveilleusement à la grâce de Dieu, devenir, par son obéissance, aussi flexible que le roseau des savanes et croître en lumière comme l'aurore, en restant pure comme elle au milieu d'une peuplade grossière. De la solitude des bois, on l’a vu passer dans la solitude du cloître où lui furent révélés, dans toute leur adorable beauté, les desseins de Dieu sur elle. Pendant les cinquante-un ans de sa vie religieuse, la mère Davis de Suinte-Cécile ne connut que trois amours, Dieu, les pauvres, et sacommunauté qui était devenue en même temps sa patric. C'était la fille du monde la plus intérieure et la plus unie à Dieu, n'étant surpassée par aucune de ses sœurs en obéissance, en humilité, en estime pour sa vocation et en dévotion pour le très-soint Sacrement, pour la sainte Vierge et saint Joseph.

Notre-Seigneur voulut la purifier de ses moindres imperfections par quinze années de maladie, durant lesquelles elle vécut habituellement dans l’infirmerie, et où sa piété, qui avait toujours été si grande, eut ces admirables déployements d'ailes qu'on remarque chez les âmes qui achèvent de se consommer en Dieu.

Quelles que fussent ses souffrances et les incommodités de sa maladie, elle n’omettait ni un point d’oraison, ni le moindre article de la règle. La mère de Sainte-Cécile avait toujours éu le pressentiment qu’elle mourrait soudainement,

et elle se confessait régulièrement deux fois la semaine, afin d’être toujours prête au premier appel de Dieu, comme une sentinelle vigilante. Il y avait six ans qu’elle était paralysée, lorsque cinq jours avant sa mort elle fut frappée d'un coup d’apoplexie qui la laissa insensible et sans aucun autre signe de vie qu’une faible respiration. Enfin elle s’encormit imperceptiblement du sommeil de la mort pour se réveiller à jamais dans le lieu du rafraîchissement, de la lumière et de la paix.

Le fardeau de la supériorité était passé des mains de la mère de Sainte-Hélène en celles de la mère Marie-Ursule Chéron des Anges. Cette humble religieuse n'avait ni les talents, ni l’éclatante réputation de sa devancière, mais elle avait la même confiance en Dieu et le même esprit d'abnégation. Ce fut peut-être précisément pour cela que Dieu la choisit de préférence, en ces jours critiques, afin de mieux rendre visible le doigt de sa providence. Le premier soin et la constante préoccupation de la nouvelle supérieure furent d’arracher sa communauté à l’abîme de dettes dans lequel l’avait plongée les désastres des dernières années. Cette dette s'élevait à la somme énorme de 107,185 livres, et il ne restait presque aucune ressource pour y faire face. Sans parler de bien des pertes qu'on avait subies pendant la guerre, les terres n'étaient presque d'aucun rapport n'ayant pu être ensemencées depuis deux ans. Les ouvriers et les

autres créanciers se succédaient les uns aux autres à la cloche du parloir pour réclamer le remboursement de leurs deniers, ou le prix de leur travail.

Le 26 mars 1762, la mère des Anges assembla le chapitre pour lui exposer l'état de détresse où se trouvait la maison, et pour prendre conseil sur l'avenir. Il ne restait plus de farine dans les greniers que pour un mois ; elles avaient épuisé toutes leurs provisions de viande, de lard, de bois et n'avaient aucun moyen de s’en procurer. Comme dernière ressource la mère supérieure proposa de faire vendre le peu d’argenterie qui se trouvait dans l'infirmerie. Toutes y consentirent unanimement. Cette vente produisit la somme de 680 livres, sur laquelle il fallut retrancher 200 livres qu'elles avaient empruntées de M. Monier, et 108 livres qui étaient dues au boucher. Il ne restait donc que 337 li-res pour subvenir aux besoins du moment. Elles vendirent même, quelque temps après, leur grande horloge pour le prix de 192 livres. Mais ces faibles sommes n'étaient qu’un grain de sable dans la mer. Par quelle suite de sacrifices, de labeurs de jour et de nuit, de privations de tout genre, sont-elles parve:.ues à triompher de tant de difficultés et à remettre leur maison dans un état florissant ? C'est le secret de Dieu et de leur numilité. Le peu qu'on en connaît est encore trop long pour qu'on puisse l’'énumérer en détail. Nous ne pouvons que l'indiquer sommairement |

Ces héroïques mères ne reculèrent devant aucun travail, quelque dure qu'il füt. Elles entreprirent d'abord le blanchissage du linge d'église d’un bon nombre de fabriques. Elles se firent ensuite boulangères du Séminaire, cuisant tout le pain qui était nécessaire à cette institution. Elles se privèrent d’un bon nombre de leurs appartements pour les louer à des dames pensionnaires. Ces moyens et bien d’autres n'étant pas suffisants, ces saintes filles s’arrachèrent souvent le pain de la bouche pour payer leurs créanciers. Elles vendirent plusieurs concessions de terrain qui leur avaient été faites : en particulier celles qu’elles avaient au bas du côteau Sainte-Greneviève, à Québec, où sur trentedeux concessions qu’elles possédaient, il n’en reste plus que pour une valeur desix cents livres. Les aumônes des âmes charitables firent le reste.

Parmi leurs bienfaiteurs, le pins insigne fut Mgr. Briand, qui avait été choisi cette année même (11 septembre) par le chapitre de la cathédrale pour successeur de Mgr. de Pontbriand.

Comme ce saint prélat, le nouvel évêque se montra le père de la communauté tant qu’il vécut. Non content de mettre à l’œuvre toute son influence auprès de ses diocésains, il retrancha même de son revenu particulier des sommes considérables pour l’assister, et il savait relever le r'ix de ses dons par une délicatesse de procédés charmante. Un jour il vint dire un mot à

l'oreille de la Supérieure. Celle-ci assemble aussitôt le chapitre, et annonce que Mgr. l’évêque lui conseille de faire à la communauté certaines réparations qui lui paraissaient urgentes. Malgré l'extrême gêne des affaires, toutes les vocales accordent leur consentement sans faire la moindre réflexion, par déférence pour leur saint ami. Après les avoir félicitées de leur bon esprit, la supérieure leur dit en souriant que l’évêque se chargeait de tous les frais de l’entreprise.

Le travail obscur mais fécond auquel se livrèrent les mères de l’'Hôtel-Dieu jusqu’à l’extinction de leur dette, ne fut guère interrompu que par un seul incident qui soit digne de remarque : c’est celui de l’invasion américaine. La conquête du Canada, qui avait donné à l’Angleterre la suprématie en Amérique ; lui fut bientôt presque aussi fatale qu’à la France. Les colonies anglo-américaines, orgueilleuses de leurs rapides progrès, ne se virent pas plus tôt débarrassées de leur seul ennemi redoutable, qu’elles songèrent à secouer le joug de leur mère-patrie et à se constituer en peuple indépendant. Elles n’attendirent plus qu'un prétexte pour lever l’étendard de la révolte. Le cri de guerre parti de Boston en 1774, fut répété immédiatement sur tout le littoral de l’Atlantique.

N'ayant pu réussir à entraîner le Canada dans ce mouvement insurrectionnel, les Amércains résolurent d'en faire la conquête. Deux

armées d'invasion furent dirigées l’une sur Montréal par le lac Champlain, l’autre sur Québec par la vallée de la rivière Chaudière. Après s'être frayé, avec des peines inouïes, un chemin à travers les forêts du Kennébec, le général Arnold, qui commandait ce dernier corps d'armée, traversa le fleuve Saint-Laurent un peu au-dessus de Québec, et fit sa jonction avec le général Montgomery qui arrivait de Montréal avec les troupes venus par le lac Champlain. Ils mirent le siège devant Québec au commencement de décembre 1775.

Le gouverneur anglais, qui commandait alors dans la ville, était Sir Guy Carleton, mieux connu sous le nom de Lord Dorchester, le plus habile homme d'état que la Grande-Bretagne ait <u dans cette colonie. Par sa prudence et son esprit conciliant à l'égard des Canadiens, il valut à l'Angleterre plus qu'une armée, et l’on peut dire que si Wolfe a conquis le Canada, c’est Carleton qui l’a conservé. Nommé gouverneur du pays à quatre époques différentes, il y a laissé une réputation que le temps n’a pas fait oublier,

Les Hospitalières se mirent à l'abri des batteries américaines en se réfugiant sous une des voûtes de leur monastère. Eïles y dressèrent leur chapelle et y firent tous les offices du chœur. C’est là qu'eurent lieu les funérailles de la mère Ursule Chavigny de Sainte-Véronique, qui était décédée le 28 mars 1776, à l’âge de 53 ans, après 27 ans de religion.

Malgré la mort du général Montgomery, qui avait été tué à l’assaut nocturne du 31 décembre, et les pertes sensibles que les Américains avaient éprouvées, ils continuèrent cependant le siège jusqu'au printemps, qu'ils furent obligés de battre précipitamment en retraite devant les forces supérieures qui arrivaient d'Angleterre.

Québec ayant été le seul point qui eût résisté à l'invasion étrangère, le gouvernement de Londres en comprit plus que jamais l'importance stratégique, et dépensa des sommes considérables pour augmenter ses fortifications. Les murs d'enceinte furent complétés, les travaux de la citadelle ouverts et poursuivis avec activité. Ce ne fut cependant qu’en 1784 que les nouvelles casernes qu'on avait construites furent en état de recevoir les troupes auxquelles les salles de l'Hôtel-Dieu servaient de logement. Ces troupes furent internées régulièrement dans le cours du printemps. La joie qu'éprouvèrent les filles de Saint-Augustin en apprenant la libération entière et définitive de leur monastère est plus facile à comprendre qu’à exprimer. Elles s’occupèrent sans délai à reprendre les devoirs de l'hospitalité, dont elles avaient été si douloureusement privées depuis le nouveau rézime, et que la misère publique avait rarement rendus aussi nécessaires. L'évêque de Québec fit un appel à la générosité des citoyens pour subvenir aux frais d'installation des malades. Cette

souscription s'éleva à environ quinze cents

piastres. L'inauguration de l'hôpital eut lieu le premier de mai, par l'ouverture de deux salles qui ne renfermèrent d’abord que dix-huit lits, dix pour les hommes et huit pour les femmes.

Quels que modestes que fussent ces ommencements, ils absorbaïent cependant tous les revenus dont pouvait disposer la communauté.

Cette rentrée des malades dans leur antique maison, d'où ils étaient absents depuis un quart de siècle, est une époque dans les annales de l’'Hôtel-Dieu. Elle marque la fin des grandes épreuves et l’aurore de l'avenir meilleur qui va s'ouvrir. On dirait que du jour où Notre-Seigneur, voilé sous les haïillons des pauvres, est venu s'asseoir au banquet de la charité auquel il avait été convié avec un si vif et si tendre empressement, ait voulu apporter avec lui toutes les bénédictions de la terre en même temps que celles du ciel. Le temps n’est pas éloigné, en effet, où nous allons voir le vieil arbre de Saint- Augustin, dépouillé par les tempêtes, reverdir sous les rayons d’un nouveau printemps, et se charger de fleurs et de fruits. Le noviciat, où l’on comptait depuis des années tant de places vides, va ouvrir ses portes pour laisser entrer un essaim de jeunes fiancées qui aspirent aux noces virginales de l’Epoux et qui vont repeupler les cellules désertes. Bientôt nous allons assister à la bénédiction de la première pierre de la nouvelle église conventuelle, et peu de temps après, À l'érection de cet immense cloître que

nous voyons aujourd’hui se dresser majestueusement, avec ses nombreux corps-de-logis, ses toitures métalliques et son gracieux clocher, au-dessus des remparts de Québec. Enfin il sera réservé à notre époque de voir l’œuvre de la duchesse d’Aiguillon s'élever à un degré de prospérité et d'importance qu’il n'avait jamais atteint dans les âges précédents.

Le noviciat est le cœur de tout institut : c’est là que s'élabore la vie monastique et que se prépare l'avenir. Ce fut aussi dans le noviciat que Notre-Seigncu: répandit d’abord la rosée plus abondante de ses grâces et qu'il commença ce travail divin de réorganisation et d’épanouissement auquel nous allons ussister.

Depuis l'incendie de 1755, le courant de vocations religieuses qui avait alimenté l'Hôtel-Dieu s'était presque tari. Pendant les trente années qui avaient suivi, il n’y était entré que douze postulantes de chœur. Aussi la communauté, décimée par les épidémies, les fatignes, la pauvreté, la vieillesse, se trouvait réduite de moitié. En 1787 elle ne comptait que vingt-six professes.

Ce fut à partir de cette date que le noviciat paru: refleurir et reprendre peu à peu l'éclat et la fécondité des âges passés. Voici d’abord venir deux novices distinguées, l’une par la noblesse, l’autre par l'importance de sa famille, mais plus distinguées par leur caractère et par leur vertu ;

d’une valeur intellectuelle peu commune, et qui vont devenir ici de grands instruments entre les mains de Dieu.

La première était Anne-Elizabeth Godefroy de Normanville, en religion sœur de Saint- Gabriel, dont les ancêtres, originaires de Normandie, avaient acquis un nom illustre dès l'origine de la Nouvelle-France. Les lettres de noblesse accordées par Louis XIV au chef &: cette famille résument ainsi les services signalés qui lui avaient valu cette distinction :

‘“ Jean Godefroy, y est-il dit, a travaillé un des premiers à former la dite colonie, a dépensé beaucoup de biens tant à défricher des terres qu'au service de Sa Majesté contre les Iroquois, qui faisaient pour lors une cruelle guerre à nos sujets du dit pays. Il était journellement aux mains avec les sauvages, accompagné d’un de ses frères et de dix de ses enfants, dont cinq furent tués et son frère fait prisonnier et brûlé par ces barbares. ” :

Mlle. de: Norinanville était native du cap Saint-Ignace, et avait pour mère dame Elizabeth- Gabrielle Vincelotte, descendante des premiers seigneurs de cette paroisse. Après avoir passé les premières années de son enfance chez son aïieul maternel, elle fit son éducation aux Ursulines de Québec et des Trois-Rivières, et

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