‹ Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec [microforme]Chapitre 61 sur 86 · Lord Dorchester · texte numérisé non relu

Lord Dorchester

grandir l'importance de leur œuvre avec l'accroissement rapide de la population. Les salles de l’hôpital étaient trop étroites pour le nombre de leurs malades ; et l’on songeait sérieusement à rebâtir sur de plus vastes proportions. Pour toute église, on n'avait encore qu’une chapelle intérieure bien insuffisante et peu convenable au culte divin. Dans lear zèle pour la maison du Seigneur et pour la beauté de ses tabernacles, les Hospitalières gémissaient de n’avoir pour sanctuaire que ce réduit qui rappelait par sa pauvreté la grotte de Bethléem ; tandis qu’elles n'auraient pas trouvé trop riche le temple de Solomon pour y chanter les louanges de leur Epoux. Il y avait si longtemps que l'église conventuelle avait été détruite par l'incendie, qu'il ne restait plus que trois religieuses qui y avaient prononcé leurs vœux. Le rétablissement de cette église était le rêve constant de toutes les sœurs, ét l’objet continuel de leurs prières. Il ne se passait guère de récréations, sans que, réunies autour de la Supérieure, elles ne s’entretinsent de ce pieux projet et desespérances de le voir se réaliser ; maïs où trouver les ressources nécessaires à une si coûteuse entreprise ? Le monastère était à peine sorti de ses dettes et ses. revenus étaient fort re:treints.

Un jour d'automne de l’année 1799, pendant qu'on discourait au temps libre, sur le même sujet, et que plusieurs des sœurs se plaignaient doucement à Dieu de ce qu’il ne suscitait pas.

lui-même les moyens de faire exécuter son œuvre, un vague souvenir vint à l'esprit de la supérieure. (C'était la mère Geneviève Parent de Saint-François. Elle se rappela avoir vu dans un appartement, écarté sur une tablette, un objet enveloppé d'une toile sur laquelle était cousu un papier qui portait quelques mots d'écriture relatifs à l'église. Elle envoya quérir cet objet, et l'ayant pris entre ses mains, elle lut tout haut l'inscription suivante :

‘On vous prie de mettre cette pierre dans les fondements de notre église; elle est destinée pour cela. Par miracle, elle a été sauvée de notre incendie.” C'était en effet la pierre qu'’avait si précieusement gardée la mère du Saint- Esprit, tant qu'elle avait vécu, et qui, après son décès, avait été mise à l’éoart. Reléguée ensuite dans un coin obscur, elle y avait été complètement oubliée depuis plusieurs années. L’enveloppe fut décousue, la pierre mise à découvert ; et on trouva dans les plis de la toile un papier sur lequel on lut, avec surprise, la complainte que nous avons citée au chapitre dix-huitième de cette histoire avec la critique qu’en avait faite la mère du Sacré-Cœur, ainsi que la prière composée par la mère du Saint-Esprit, afin de demander à Dieu son assistance pour la reconstruction de l’église. Cette prière où respire une foi naïve et ardente, lue en un pareil moment, dans la disposition d'esprit où se trouvait la communauté, fit sur elle une impression extra-

ordinaire: Les pieux désirs et les saintes ardeurs se transformèrent en enthousiasme pour l’entreprise. Cet incident singulier fut regardé comme une manifestation de la volonté du ciel : et il fut résolu qu'immédiatement on se mettrait à l'œuvre, se confiant pour le reste à la Providence.

La supérieure soumit ce projet à Mgr. Denaut, alors évêque de Québec, qui lui donna son approbation et conseilla même à la communauté de faire un appel à la générosité publique. En conséquence l'adresse suivante fut rédigée et envoyée aux curés des différentes parties du pays.

‘ Messieurs,

Nous soussignées, Supérieure et Discrètes de l'Hôtel-Dieu de Québec, avons l’honneur de vous représenter que, d’après les conseils de nos prem -s supérieurs, et les sollicitations de nos amis, nous avons enfin résolu d'exécuter un projet que nous avons à cœur depuis plus de quarante-quatre ans : c'est de rétablir notre ancienne église ruinée par l'incendie de 1755.

“ Ce projet n’est point fondé sur nos ressources, nous en sommes absolument dépourvues. Fondées uniquement sur la Providence qui nous a procuré autrefois les moyens de rebâtir une partie de notre monastère pour y recevoir avec nous les pauvres malades, et leur rendre les services que nous leur devons, nous

avons une ferme confiance que cette même Providence nous procurera les moyens d'élever un temple à Dieu, et d'y chanter ses louanges avec la dignité qui lui convient.

“ Nous croyons donc aller à la source même de la Providence, en nous adressant aux pasteurs de l'Eglise de Jésus-Christ, dont le zèle pour la gloire de Dieu trop étendu pour se borner à leur propre Eglise, se joindra, sans doute, à celui de ses servantes pour aider et encourager une si sainte œuvre.

“ S'il nous était permis de vous faire connaître le principal motif qui nous conduit aujourd’hui, nous vous dirions qu’à la vue de deux temples dédiés à la vraie religion, dont l’un est déjà détruit pour ne plus se relever, et l’autre : prêt à tomber entre les mains de l’hérésie, nous nous sommes senties animées d’une telle confiance que nous ne doutons nullement qu'avec nos faibles prières et vos secours charitables nous ne réussissions à conserver à la vraie religion le nombre de ses temples, et à procurer aux vrais fidèles un nouvel asile où ils puissent venir bénir le ciel et lui demander la conservation de la foi dans notre pays.

‘ Quels que soient les desseins de Dieu, sur le projet que nous avons formé, nous nous flattons,

1. L'église des Récollets, iacendiée le six septembre 1796, et l'église des Jésuites qui fut démolie peu de temps après.

au moins, Messieurs, que vous excuserez d’autant plus volontiers la liberté que nous prenons, qu'une telle requête est de celles que vous désirez, parce que vous désirez la gloire de Dieu.

“M. Robert, Procureur du Séminaire de Québec, qui a bien voulu se charger de vous faire parvenir notre adresse, se charge aussi de recevoir ce que nous espérons de votre charité. Nous n'avons qu'un moyen de la recunnaître et nous ne cesserons de l’employer, c'est de deman:der pour vous à Dieu, ce que vous lui demandez vous-mêmes : la santé et la force nécessaires pour travailler au salut des âmes qui vous sont confiées ; et jour ces mêmes âmes la grâce de correspondre aux soins et aux peines que vous vous donnez pour les conduire à Dien.

Nous sommes avec un profond respect, Messieurs, Vos très-humbles et obéissantes servantes, Les RELIGIEUSES DE L'HOTEL-DIEU.”

L'empressement avec lequel fut accueilli cet appel de l'Hôtel-Dieu fit voir, une fois de plus, quelles profondes racines il avait poussé dans les entrailles du peuple et quelle réputation d'estime et de vénération il avait acquise dans toutes les classes de la société. La souscription s'éleva, en peu de temps, à plus de quatre mille piastres qui furent suivies d’une foule d’autres dons, sans compter une quantité de matériaux

TROISIÈME ÉPOQUE. a9t

en bois, pierre et chaux, que s'empressèrent d'apporter les habitants des campagnes environnantes !

La construction de la nouvelle église, d’une sactistie et d’un chœur pour les religieuses fut commencée dès le printemps de l’année 1800. Les dimensions de l'édifice, proportionnées aux besoins du monastère et à l'utilité publique, étaient assez vastes pour donner du développement à un plan d'architecture simple, mais élégant, et bien approprié à sa destinatiou.

La bénédiction de la première pierre eut lieu le 22 mai, fête de l'ascension. L'annonce en ayant été faite le matin au prône de l’église paroissiale, les citoyens y étaient accourus en foule. À l'issue des vêpres, le clergé de la cathédrale se rendit en procession à l’Hôtel-

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