‹ Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec [microforme]Chapitre 68 sur 86 · Constilulions, Traité IIT. chap. IT, p · texte numérisé non relu

Constilulions, Traité IIT. chap. IT, p

couronne tous les autres. L'infirmerie devient l’antichambre du ciel, ou la fiancée de Jésus-Christ est introduite, au moment de consommer ses noces avec son divin Epoux. Le voici qui vient, Æcce sponsus venit, elle ne meurt pas, elle s’immole et tombe entre les bras de son bien-aimé qui la conduit dans la salle du festin éternel.

Aussitôt que la malade a rendu le dernier soupir, le prètre commence le répons Subvenite, et toutes prient dévotement pour elle. Peu après, on la revêt de son habit religieux, pieds nus, mains jointes entre lesquelles on met un crucifix et la copie de la cédule de sa profession.

A la tête du lit sur lequel elle est exposée, on dispose une crédence portant une croix entre deux cierges allumés, et à ses pieds de l’eau bénite sur une table. Deux de ses sœurs qui se relèvent d'heure en heure, veillent auprès d'elle, récitantle psautier pour le repos de son âme.

La levée du corps se fait la veille des funérailles, avec les cérémonies prescrites par le rituel. Le corps déposé dans le cercueil, et à demi assis, est porté au chœur par quatre ou six religieuses et placé au milieu sur des tréteaux où il reste découvert jusqu’après le service.

L'office des morts est récité alors en chœur.

Le lendemain ont lieu les funérailles et l’inhumation quise font conformément au rituel romain. Le clergé entre dans le chœur des religieuses pour l’absoute ; laquelle étant terminée, la supérieure avec quelques-unes de ses sœurs s’approchent et couchent la défunte dans son cercueil sur lequel elles étendent le drap mo:tuaire.

Le porte-croix accompagné de deux acolytes sort

du chœur suivi de toutes les autres religieuses ayant chacune un cierge en mainet le voile baissé ; après elles vient le clergé puis le corps porté par les religienses. La procession fait le tour du cloître pour se rendre au cimetière qui se trouve à l’un des angles de la cour intérieure et entouré de murs.

Les prières terminées et le corps descendu dans la fosse, la procession se sépare : Le clergé se rend à la sacristie par la salle des malades et les religieuses retournent au chœur par le même chemin qu’elles viennent de parcourir.

Comme le cimetière est fort petit et ne peut contenir qu'un nombre déterminé de tombes, les plus anciennes sont relevées d'époque en époque. On en recueille les ossements desséchés qui sont rangés en ordre dans un ossuaire ouvert dans la paroi contigue du monastère.

Quoique séparée de corps d'avec ses sœurs, la chère défunte qu’on a conduite en terre, n’est pas oubliée. Pendant les trente jours qui suivent son décès, le psaume De profundis doit se dire chaque jour proche du lieu de sa sépulture. De plus la communauté est obligée de faire célébrer, outre le service anniversaire, quatre services qui consistent en une grand'messe, deux basses et l'office des morts. Elle doit aussi faire dire trente autres messes. Chaque religieuse est obligée de réciter en son particulier trois offices des morts de neuf leçons et trois chapelets. Une circulaire, annonçant la mort de la défunte, est adressée à toutes les communautés de l’ordre, qui se compose de dixhuit maisons eu France et de deux au Canada, sans compter l'Hôtel-Dieu de Québec. Chacune de ces communautés doit faire dire trois basses

messes et doivent réciter un chapelet pour la défunte. Enfin, tant que l’ordre existera elle aura part à un service solennel qui se chante dans chaque communauté tous les ans, le 13 ou 14 novembre, pour toutes les religieuses de l'Institut qui sont décédées.

On voit par ce court résumé quel est l'esprit de l'Institut des Hospitalières. Ce n’est autre que celui de Jésus-Christ lui-même, esprit d'amour pour son Père céleste, esprit de charité pour le prochain. Ce sont là les deux pôles sur lesquels roule tout le système de la société. L’Ame généreuse qui s’y engage, entre dans un monde nouveau, elle fait partie de son orbite, elle devient un de ses astres, qui a son aurore, son midi, et son couchant, qui croît en beauté et en lumière à mesure qu’il se laisse pénétrer davantage par les rayons de la grâce et qu’il les reflète avec plus de fidélité.

Toute la vie de l'hospitalière, depuis son entrée en religion jusqu’à sa mort devient transformée en Dieu. Il n'y a pas jusqu'aux plus obscurs fonctions, jusqu'aux actions les plus humbles, comme le sommeil, les repas, les recréations qui, après avoir passé à travers ce moule divin, n’en ressortent toutes transfigurées. L'épouse de Dieu peut dire en toute vérité avec l’apôtre : Mihi vivere Christus est, ma vie c’est Jésus-Christ. A lui toutes mes pensées, nes désirs, mes mouvements, ma vie, ma mort.

L'héroïsme n’est plus qu'une conséquence toute naturelle de cette puissante organisation monastique qui tend sans cesse à détruire partout la nature, pour ne laisser vivre et agir que la grâce. Les obstacles les plus difficiles, les dangers, les

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fatigues, les sacrifices ne sont plus que les degrés de l’échelle par où l’on arrive à ce sommet. Là est l'explication de tant d'actes sublimes qu’on rencontre dans le cours de cette histoire. Heureuses les âmes assez élevées pour les comprendre et assez généreuses pour les imiter.

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