‹ Histoire de l'Hôtel-Dieu Saint-NicolasChapitre 10 sur 36 · ADMINISTRATION DES SŒURS · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION DES SŒURS

Eloi Gauchon n'eut point de successeur et pendant plus de quarante ans les sœurs dirigèrent elles mômes l'Hôtel-Dieu n'ayant plus qu'un confesseur au traitement de 330 livres. Les titulaires de cet emploi furent l'abbé Duquesnel, chapelain de la confrérie de h Charité, le père Bousat, du couvent des Carmes, et les abbés Lovergne, Matte et Desmonts (8).

Les événements rendaient peu facile aux sœurs l'administration de leur maison. A ce qu'elles avaient perdu de rentes à cause de la destruction d'une partie du faubourg Saint-Justin pour l'établisse-

(i) B 27 Case 4.

(2) Chanoine Parenty. Notice historique sur l'abbaye de Saint -André-au- Bois apud Je Puits Artésien 1840 p. 232-23?.

(3) B 29 Case 4.

(4) B 98 Case 8.

(5) A 10 Case i et A 5 Case 10.

(6j Antoine Boubert, chronique de Saint André.

(7) Registre des décès.

(8) E 9 Case 16 et E 41 Case 10.

ment des bastions formant l'avant corps Sud de la place (1630) (1), auX embarras qu'elles ressentaient dans le recouvrement de leurs revenus vinrent se joindre les passages continuels des troupes; l'arrivée d'un grand nombre de malades et de blessés pendant les sièges de Saint- Omer, Hesdin et Aire rendit souvent leur maison insuffisante si bien que le 20 février 1640 elles durent consacrer leurs dernières ressources à l'achat d'une maison appartenant à la veuve de Charles Flamichon, Marie Bigorgne (2) et le 12 février 1641 à la maison de refujre des moines de Saint-André-au-Bois alors « occupée par gens de « guerre de la garnison de la dicte ville (Montreuil) qui y faisoient

< de grandes ruines et dégradations » cette dernière acquisition moyennant la somme de 1,400 livres et l'abandon de quelques censives sur Ecquemicourt et Beaurain (3). j

Cependant les charges accablantes qui pesaient sur l'Hôtel-Dieu par suite de la misère générale due en grande partie au séjour de l'armée du comte d'Harcourt dans les environs (4) l'obligèrent à contracter de nombreux emprunts. Bientôt les particuliers auxquels ils s'adressaient ne furent plus eux mêmes en état de lui venir en aide de sorte que les sœurs durent recourir à la bienveillance du roi.

Louis XIII venait de mourir. Mais Anne d'Autriche s'empressa de réparer autant que possible le préjudice causé à l'Hôtel-Dieu dans ses possessions. A cette occasion le gouverneur de la ville Charles, comte, de Lannoy, délivra aux sœurs le certificat suivant :

< Nous, comte de Lannoy, chevalier des Ordres du Roy, gouver- « neur des ville et citadelle de Monstrœuil, certifions que par Touver- « ture de la guerre, les filles religieuses de l'hostel Dieu en ceste

< ville ont esté privez de la jouissance et revenu de leurs biens qui « sont situez en ce gouvernement et pays de Boullenois, plus proche « frontière des ennemis, et que les maisons de domaine quelles y « avoient ont esté entièrement bruslez par les feuz que les ennemis « y ont mis en telle sorte que, depuis, elles n'en ont pu jouir ny les

< faire restablir à cause de leurs nécessitez, ce qui leur apporte une « grande perte et dommage ; mesme que par les passages des armées « de Sa Majesté en ladite ville, lesdittes religieuses ont esté chargeez » d'un grand nombre de soldatz malades et blessez qu'elles ont sol-

(i) A I Case i.

(2) A 2 Case i,

(3) A 2 Case i. La maison de refuge de Saint-André située rue du Tripo tenait d'un côté à l'Hôtel-Dieu et aux maisons acquises depuis peu par ce établissement, de l'autre, en partie, à la Grande Rue Saint Firmin et à la ru des Juifs ou des Lombards. Ce refuge, libéré d'une rente foncière de 24 s. p envers an nommé Martin Hubert, fut entièrement détruit en 1537. Les reli. gieux le rétablirent mais dans de moindres proportion. C'est ainsi qn'en 157. ils cédèrent à Mathieu Benaut « une ancienne masure dite la grange de Sain « André laquelle faisoit partie du refuge à la charge de faire une muraille d « séparation et de pay^r une rente annuelle de 4 livres parisis. » Celte rent fut ensuite transportés aux chanoines de Saint Firmin en échange d'une pa reille somme que l'abbaye leur devait. En dernier lieu le refuge servait d manutention. (Bodbbrt.)

(4) B II Case 2, i liasse.

€ licitez avec peine et travail et aussi qu'il appartenoit audit hostel « Dieu plusieurs rentes seigneuriales sur les terres qui ont estô en- € fernieez dans les IbrLifications de la dite ville faites auparavant la € guerre, ce qui est cause qu'à présent elles n'en scauroient recevoir € aucune chose. En tesmoignagede quoy, nous avons signé ce présent « certificat pour servir aux dittes relligieuses ainsy qu'il appartiendra.

« Fait à Monstrœuil ce troisiesme jour d'Avril mil six cens qua- « rante trois. Lannoy »

Le placet présenté à la reine par les sœurs fut pris en considération et par lettres patentes données à Paris le 20 août 1643, il fut accordé à l'Hôtel-Dieu à titre d'indemnité pour trois ans, sauf renouvellement à l'expiration de ce délai, trois mesures de bois à prendre chaque année dans la forêt de Hardelot en Boulonnais (1).

L'Hôtel Dieu ne profita guères du temps de la Régence si vanté pourtant par les courtisans. Outre les soins qu'elles prodiguaient avec tant de zèle aux malheureux que la misère amenait chez elles de tous côtés, les sœurs, comme gardes malades avaient également à porter leurs secours chez les particuliers moyennant une légère rétribution (2) et, en 1646, leur grande salle « infectée de la maladie contagieuse (3) » ne désemplissait pas. De plus, les hostilités continuant sur les frontières, leurs biens n'étaient pas même à l'abri des déprédations des soldats qui, ennemis ou non, n'avaient d'autres ressources pour vivre que le vol et le pillage. Vainement avaient elles obtenu de Louis XIV le 4 avril 1647 des lettres de sauvegarde par lesquelles il était expressément défendu à tout chef de corps d'armée « de loger « ny souffrir estre logez aucuns gens de guerre en leur maison et « monastère dudict Monstrœul, en leur maison et ferme Saint-Nicolas « aux Champs proche dudict Monstrœul, et en leurs fermes seizes c< aux villages de Glenleu et Saint-Michel en Boulenois ny en icelles « prendre ou enlever aucuns bleds, vins, foings, avoisnes, pailles, « vollailes, bestial ou autres vivres et commoditez quelsconques sans « leur gré et consentement. > Ces défenses furent souvent violées (4).

D'après les comptes de l'Hôtel-Dieu de 1643 à 1647, les fermes de Saint-Nicolas, de Glenleu et de Saint-Michel furent brûlées et reconstruites par deux fois (5). Le dénument des sœurs émut alors Charles le Lorraine, prince d'Harcourt, qui, le 6 décembre 1652 les déchargea les droits de fourrages et de paille, qu'il percevait pour ses troupes mr la ferme de Saint Nicolas en sa qualité de gouverneur de Mon- ;reuil (6).

Ces maux, hélas ! la Fronde n'était pas faite pour les atténuer. La 'évolte de Fargues à Hesdin causa encore bien des ruines dans les 'învirons. Les soldats du dictateur, 'connus sous le nom de Coeur lins, ■56 répandirent dans le pays, détruisant les châteaux de Fressin, Beau-

t( (i) A I Case i.

(2) B 2 Case 2. Mises pour junirailUs faicUs aprt\ U decedi de la datmdeffuntê \£ar^uerite Grebert.

(3) B 97 Case 7.

(4) A I Case i.

(5) E 9 Case 10.

(6) A I Case i.

rain, Rollencourt, Labroye, Fontaine, Embry, Montcavrel et poussèrent Faudace jusqu'à venir incendier le village d'p]cuires aux porter mômes de Montreuil. La forme de Clenleu fut entièrement pillée celle de Saint Nicolas subit le même sort et la veuve Demillevilie qu exploitait cette dernière se vit forcée d'emprunter à la maison Deroan( de fortes sommes pour l'acquit •« des contributions exigées par le; « commandans de la dite ville de Hesdin». Dans leur « extresme né- « cessité > les sœurs recoururent au Maréchal d'IIumières et à l'inten dant de Picardie d'Ormesson dont elles obtinrent un secours de 60( livres et 42 setiers de farine qui furent « emploies pour la nourritun « desdits soldats pendant quelque tems. » Elles recueillirent auss une somme de 302 livres 7 sous lors du voyage à Montreuil en ma 1G57, du Roi, de la Reine Mère, du duc d'Anjou et du cardina Mazarin (1). Louis XIV venait de passer en revue dans cette ville le 6,000 Anglais que Gromwell mettait à la disposition de la France ei vertu du honteux traité du 9 avril précédent qui lui retirait le droit d donner asile aux fils de l'infortuné Charles P''.

C'est vers cette époque que l'Hôtel-Dieu se vit réduire des deu: tiers les ti'ois mesures de bois qui lui avaient été accordées dans 1 forêt de Ilardelot, c'était, il faut l'avouer, bien mal choisir le me ment. EnlOGl, les sœurs s'adressèrent au Roi pour qu'on leur rest: tuât le tout ; « De tout tems, lui exposèrent elles, auparavant le « guerres dernières, durant et depuis icelles et encore à présent « nous et nos devanciers avons charitablement et sans contredit rece! « en nos salles des pauvres tous nos soldats malades tant de la gar « nison dudit Monstreul que venant de vos armées et des villes voi « sines et aussi du costé de Flandres où il n'y a aucun hospital, e « aiant receu en telle année huict vingts à la fois tantost plus tantôt

< moins et encore ceste présente année cent soldats à une seule fo: « venans de vos armées du costé des villes conquises par Vosti

< Majesté en Flandre, Brabant et Hainaut, auxquels pour ne k « laisser misérablement périr au préjudice de Yostre Majesté noi « avons entièrement fourny toutes les assistances tant spirituelU « que corporelles, nourritures médicamens et entretiennement ju « ques à entière guerison et à cet effet y avons employé non seuil « ment si peu de biens que nous avons dépendant dudit hostel Die « mais encore en emprunts d'ailleurs jusqu'à la somme de 2,5' « livres et y avons consommé si peu de dots qu'aucune de nous y « apportées. » En effet, les blessés arrivaient de toutes parts et i grand nombre, « attendu que dans les villes d'Ardres, Calais et Bo

« logne ny dans tout le pays dudit Boulonnois il n'y a aucun hospitjJ « ni hostel Dieu pour les recevoir. » fl

Le Conseil auquel le Roi soumit cette requête émit l'avis de maii' tenir la réduction, mais de laisser aux sœurs la jouissance perpétue^ de la mesure de bois dont elles pouvaient encore disposer, ce qur Roi ratifia le même jour. Ce secours converti en 1667 en 200 livres i rente à prendre sur le produit des forêts du Boulonnais fut acquit plus ou moins régulièrement jusqu'en 1789(2).

(i) E 9 Case lé, (2) A I Case l.

Vers cotto ép()(iiiG, rHôtel-Diou eut aussi à se ressentir des suites 1(^ la révolte du 1 boulonnais connue sous le nom dérisoire de Guerre /rs Lus/ucrus pour les soins (|uo les sœurs eurent à donner aux suisses et aux chevau-16^^ers dirij^^és sur le château d'ifucqueliers et le plus pour les char^^es nouvelles qu'on voulait iin[)Oser à ses feriiiors dans cette pariio de la Picai'die. I Les sœurs furent-elles appelées à secourir les uialheureux paysans r|ui avaient osé se soulevci* pour la défense de leurs droits et qu'un ii^enient expédié à l'avance de l*aris à Monlreuil envoyait aux ^^a- "l'os pour compléter les équipaj,^es de la flotte parce qu'ils étaient

< loris et valides ? » On aimerait à le supposer. Mais l'a^^ont qui vint [trendre à Montreuil la conduite de la chaîne pour Toulon le 81 juillet 1062, les trouva dans leurs cachots à peu près nus, malades, décimés par la fièvre ; il es[)érait pourtant qu'ils se porteraient mieux « quand ils auroicnt pris l'air. » Un autre agent mandait le G août à sdolbert que les 400 forçats de Montreuil étaient bien misérables. « Il « faut, ajoutait il, faire un peu de dépense extraordinaire afin de les « remettre car ce sont de bons hommes qui pourront servir s'ils sont '« bien ménagés et secourus. Si l'on peut les conduire comme il faut, « ce sera un grand renfort pour les galères de Sa Majesté (1). s>

Les sœurs représentèrent au maître des requêtes Louis de Machault, le juge complaisant qui avait prononcé la condamnation, qu'imposer leurs fermiers du Boulonnais c'était les imposer elles mêmes et que « ledit hospital ne pourroit subsister et les pauvres « malades et soldats et autres personnes misérables, qui n'ont aucune « chose pour vivre se trouveroient réduits à mourir de faim et « dénuez de toutes assistances, Jiotamment en ce malheureux tems où

< la disette est sy grande en ce pays ci à cause de la chéreté du bled « et des vivres qu'il y a peu d'habitans en ceste place qui eussent le « moyen de faire la charité ordinaire audit hospital ainsy qu'ils sou- « loient faire ci-devant (2). »

Cependant elle ne furent pas écoutées et tout ce qu'elles obtinrent fut un sursis de deux mois pour l'acquit de leurs impôts. Les motifs qu'elles faisaient valoir n'étaient pourtant pas exagérés. La famine causait alors des ravages considérables en Picardie. A Montreuil, « le muids de froment valait 670 francs. Les pauvres se nourrissaient « de son détrempé dans l'eau et de tronçons de choux cuits dans cette « bouillie ; beaucoup moururent de faim ; on enterrait sur le bord « des routes les malheureux qui y succombaient; les allâmes dépeçaient « les animaux jetés à la voirie et en disputaient les lambeaux aux « corbeaux (3). »

Il peut être curieux de rappeler ici les conditions auxquelles la ferme de Saint-Nicolas fut louée en cette année 1662 à Marie Level veuve de Nicolas Demilleville cautionnée par Jean, son fils, demeurant à Bernieulles. La ferme, d'une contenance de 180 à 200 mesures, est louée pour une durée de trois, six ou neuf années moyennant une redevance en argent de 200 livres et une autre en nature consistant

(i) P. Clément, La Police sous Louis XIV,

(3) Baron de Caloane, hist, des Abbayes de Dommartin et de Saint'Andrè,

en 22 setiers et demi de blé et autant de seigle, en 48 setiers de méteil, en 47 setiers d' « avoine léale et marchande telle qu'à brasser « et semer », en 6 setiers de scourgeon et un de pois, en 250 gerbées, en autant de feurres en la moitié des fruits et en un mouton « qui

< sera choisi la veille du Saint-Sacrement par le boucher. » Le fermier est tenu en outre de faire le transport à l'Hôtel-Dieu de 25 setiers de blé dûs par les religieux de Saint-André et de 5 setiers dûs par la maison du Val et de participer jusqu'à concurrence de 4 livres aux réparations de la couverture en thuile de la ferme. Il devra enfin labourer et ensemencer deux mesures pour l'Hôtel-Dieu. Le pot de vin est fixé à 200 livres (1).

Un livre journalier des « mises et receptes » tenu par les sœurs dépositaires, le seul qui existe encore aux Archives hospitalières, mentionne les donations suivantes :

Au mois de mars 1668, la princesse de Ligne et, au mois d'Août suivant, Madame Golbert donnent chacune 60 sous à l'Hôtel-Dieu.

Les dons que cette maison recevait ainsi journellement, le produit des troncs déposés dans les églises de la ville et des quêtes faites à l'Hôtel-Dieu pendant les 15 jours de jubilé permirent aux sœurs le reml30ursement d'une somme de 802 livres 12 sous prêtée par « une

< personne en nos besoins. >

En mars 1665, Madame de Lumbres, épouse d'Antoine de Lumbres, sieur d'Herbinghem, ancien mayeur de Montreuil et ancien ambassa- : deur de France en Pologne et en Allemagne, donne 60 sous à l'Hôtel- Dieu.

Enfin, au mois de juin 1670, « au retour de ce voyage fameux où « elle avait remporté, dit Bossuet, tant de gloire et de si belles espé- « rances, » Henriette Anne d'Angleterre, duchesse d'Orléans, donne à l'Hôtel-Dieu 22 livres et sa suite 56 livres 6 deniers (2).

En cette année, la ferme de Saint-Nicolas passa aux mains de ' Pierre Demilleville, époux de Jeanne Le Rat. Le bail renferme les mêmes conditions que celui de 1662 ; il porte en 'outre le marnage se fera à frais communs jusqu'à concurrence de 40 livres, que les terres seront tenues en leurs solles, que les preneurs « tiendront toujours i

< les cheminées nettes crainte du feu » qu'ils ne pourront enfin « tasser aucune paille » sur les voûtes de la maison (3).

Lors de leur voyage en Flandre, Louis XIV, Marie Thérèse, Mesdames de la Vallière et de Montespan, le duc et Mademoiselle d'Orléans, Gondé, Turenne, le duc de Guise, le comte de Soissons et leur suite donnent à l'Hôtel-Dieu en passant à Montreuil vers la fin i d'avril 1671, une somme de 301 livres 15 sous. Madame Golbert lui fait en outre un don de 11 livres.

Enfin, au mois d'octobre 1672, l'Hôtel-Dieu reçoit d'Augustin des Mons, abbé de Ruisseauville, un don de 20 boisseaux de blé froment et 6 sous d'argent et aussi de « Messieurs de la ville > en mars 1673, une somme de 50 livres (4).

(i) B 29 Case 4.

(2) B 109 Case 10.

(3) B 29 Caie 4.

(4) B 109 Case zo.

Dans une lettre du 3 avril 1673, la supérieure Anne Duflos écrit aux sœurs qui se trouvaient à Paris qu'à Montreuil les denrées ont atteint les prix les plus élevés. Pendant le carême, dit elle, « ce quy

< se vendoit cinq sols dordinaire Ion le vendoit vin^^t ceste année. > Nous attendions de vous,continue-t-elle, l'annonce de la fin du procès que nous avons devant le Parlement, de la rénovation de nos privilèges, de r « exemption de nos pauvres fermiers » de faire partie de la milice boulonnaise (1) et de quelques aumônes « pour subvenir « aux besoins les plus pressans de nostre maison et, de tout cela, « rien du tout. Le bon Dieu nous esprouve dans toutes ces misères ;

< il faut le bénir et ne pas perdre courage et vous prions toutes de « continuer vostre ferveur de poursuivre les personnes charitables « que le bon Dieu aura inspirées de vous faire quelque aumône en ce

< saint tems de Pasques et'jubilé où nous sommes présentement, comme « vous nous aviez fait tousjours espérer. > Employons donc le peu que nous avons aux choses les plus nécessaires, ajournons la décoration de notre chapelle ; mais avant tout, terminons, évitons les procès, « car, je nen doute pas, mais les messieurs de Paris ne scavent pas « la misère de nostre maison... Je ne puis faire plus long discours « dans le saint tems où nous sommes ; présentement tout le monde « cesse les affaires extérieures dnns Monstrœul pour penser à celles « du salut, je crois qu'il en sera de mesme dans Paris ces deux saintes « semaines (2). »

Au mois d'octobre 1673 « Messieurs d'Angleterre » donnent 13 sous à l'Hôtel-Dieu. Au mois de janvier 1674, Madame Colbert donne également à cette maison une somme de 52 sous 6 deniers (3).

Le 12 octobre 1674 et le 23 novembre suivant, les sœurs assemblées capitulairement, réduisent de 50 livres les loyers de leurs fermiers de Glenleu et de' Saint Nicolas pour toute la durée de la guerre avec l'Espagne (4).

Au mois de mai 1676, les sœurs Marguerite Hochart et Sainte Glaire, de l'hospice des Orphelins, remettent à la sœur dépositaire de l'Hôtel-Dieu une somme de 68 livres qu'elles ont recueillie en faveur de cette dernière maison à la Cour (5).

Un mois plus tard, M. Queval donne à l'Hôtel-Dieu une somme de 50 écus dont 124 livres « en drogues et médecines qu'il nous avoit « fourny à diverses foys, à la charge de luy dire le jour de tous les « Saints à perpétuité, un de profundis (6). »

L'état de misère signalé plus haut devait se perpétuer sous le grand Règne :

« Remonstrent humblement les pauvres religieuses hospitalières « de Ihostel Dieu de Monstrœuil-sur-Mer, écrivaient-elles, en 1679 à « l'Intendant de Picardie de Breteuil, qu'icelle ville estant un lieu de

(i) Dés 1615 on avait commencé rorganisation réçolière dci troupes boulonnaises. La cavalerie était fonrnie par \t* fermes prmcipalei du pays tandis que les autres habitations fournissaient l'infaolerie.

(2) A I Case i.

(4) E 40 Case 10.

(51 B 109 Case 10.

(6) B 109 Case lo.

« passage et de garnison, elles ont continuellement leurs salles rem- « plies de troupes malades de Sa Majesté à l'entretien et subsistance

< desquelles il leur est impossible de fournir, n'ayant point de biens

< suffisans pour cela et que si peu qu'elles en ont, la maison est telle-

< ment chargée de quartiers d'hiver, de rations, tailles et entretien •« d'hommes et chevaux en la milice du Boulonnois que, s'il ny est

< pourveu, elle tombera en ruines et qu'elles seront obligeez de fer- « mer la salle à toutes sortes de personnes. De plus, le médecin et le « chirurgien négligent tout à fait d'y venir faire leurs visites faute de

< gages et, ce qui est plus fascheux c'est que les soldats ne seront I •c plus à l'avenir administrés des Sacremens n'y ayant point de cha- « pelain gagé ains seulement quelque prestre par charité, joint à tout

< ceci qu'elles sont tous les jours vexées à la requeste de M. Pierre

< des Essarts pour prétendus biens communaux aliénés sans aucun

< fondement comme il vous sera justifié. A ces causes et autres qu'il <( vous plaira suppléer, elles vous prient. Monseigneur, les genoux « fléchis en terre, de les regarder d'un œil de pitié et que, pour les <k encourager de continuer leurs charités aux dits soldats, vous des-

< chargiez leurs fermiers des choses ci dessus et spécialement de

< monter à cheval en ladite milice du Boulonnois ; que, conformément « aux ordonnances de Sa Majesté, elles auront les 4 sols de supplé-

< ment pour chaque soldat comme ailleurs et notamment en la ville

< de Calais et que Testât arresté par le sieur Gapy, commissaire pour « ledit lieu de Monstrœul, servira de règle à l'avenir, et au regard du « chirurgien et du chapelain qu'ils seront gagés de Sa Majesté. Au « moyen de quoy elle continueront leurs charités aux dits soldats « malades et prieront Dieu pour vostre santé et prospérité (1). »

De Breteuil fit droit en partie à cette supplique; conformément aux récentes instructions de Louvois, les sœurs reçurent une indemnité pour le séjour des troupes. Mais on verra bientôt comment l'Etat s'en acquitta. On mit fin aussi aux poursuites du sieur des Essarts (2). Quant au médecin ainsi qu'à l'aumônier, leur demande fut rejetée, ce que, plus tard, l'Hôtel-Dieu ne manqua pas de faire valoir lorsque l'Etat voulut lui imposer un médecin de son choix.

Religieuses professes, sœur Hypolite Foullon, Claude Foullon, Antoinette Cailleux, Jeanne Bâillon, Catherine Fouquet de Sainte Marthe, Anne Ternisien de Saint Nicolas, Anne de Lengaigne, Anne Duflos de Saint Augustin, Marie Gillot de Saint Joseph, Elisabeth Magnier de Sainte Thérèse, Jeanne Heuzé de Saint Charles, Françoise Queval de Sainte Elisabeth, Anne Paillard de Saint Alexis, NicoUe Lesselinne de S. J. B^% Marie Yon, Marie Sublet de Sainte Claire, Madeleine Haudebert, Marie Anne de Reynier de Saint Hubert.

jACQUiiS DESWAGUETS (1680-94)

Depuis que l'Hôtel-Dieu était administré par les sœurs et que celleci n'avaient plus qu'un directeur salarié pour le spirituel, certains

A I Case i.

£ )8 Case 2.

ibiis favorisés par les évôneinents s'étaient, parait-il, introduits dans a maison.

I.e 2 février 1080, à l'issue d'une naesse du Saint-Espric, l'ablié

"lançois Castelet, maître de l'Ilôtel-Dieu d'Amiens envoyé par l'é-

(Miue François Faurc pour s'enquérir de l'état des choses, assembla

•ai)itulairement les sœurs et la lecture faite de la rô^'le, les exhorta à

léclarer « avec simplicité, candeur et charité les défauts et manquo-

i< mens que l'on a reconnu s'estre glissés dans la communauté tant

; publics que particuliers contre les vd'ux, la régie et la constitution. »

^es jours suivants il les consulta chacune séparément sur les besoins

le leur maison, puis, après examen de l'état des revenus, il décida le

'élablissemenl d'un maître et invita les sœurs à porter leurs voix

jour en remplir les fonctions sur « un prestre d'âge, de probité et de

\t capacité reconnus. »

A la suite de cette décision, les sœurs nommèrent à l'unanimité .'abbé Jacques Deswaguets, leur confesseur depuis quatre ans, qui l'accepta le titre de maître que sur les instances des abbés François le Galonné, curé de Notre-Dame, Jean Bermon, curé de Saint- Waloy (1).

Désormais l'Hôtel-Dieu eut donc son gouvernement qui jouit, du luoins l'abbé Deswaguets, des mêmes prérogatives qu'autrefois, à cela près qu'il dut rendre compte de sa gestion à l'évêque et occuper une maison de la rue Tongris portant encore la date de 1645, que les sœurs avaient acquise de Nicolas Roussel le 28 novembre 1650 (2).

La communauté codfirma ensuite, ce même jour 2 février 1680, la sœur Anne Duflos comme supérieure et pouront pour trois ans, suivant l'usage, à tous les offices de la maison.

Une somme de 4 livres mentionnée à la date de 1680 sur le livre journalier précité pour un « cachet » porte à croire que c'est de cette épo^iue que remonte le sceau de forme ronde dont plusieurs empreintes se trouvent encore au verso de la couverture du Livre Doré (3) et sur lequel on lit cette légende : LHOTEL DIEV DE MONTREVIL autour de la représentation de Saint Nicolas vu de face, debout, crosse et mitre, bénissant les trois enfants symboliques. La matrice de ce sceau est perdue depuis longtemps et les sœurs se servent en-

core de nos jours d'un sceau de forme ovale, paraissant plus ancien, reproduit dans la planche précédente et où on lit cette inscription ; LHOSTEL DIEV DE MONSTREVL.

Cette même année 1680, les sœurs recueillirent une somme de

(i) A I Case i.

(2) A 2 Case 2.

(3) B 109 Case xq.

284 livres lors du passage à Montreuil de Louis XIV, de la Reine, du Dauphin et de la Dauphine (1).

En prenant la direction de l'Hôtel-Dieu, l'abbé Deswaguets com-' mença par reviser les titres de cet établissement et ainsi à remettre à. jour certains droits que, pendant les guerres, les sœurs avaient né^gligé de faire valoir. L'étude des lois à laquelle il s'était livré jusqu'à l'âge de 23 ans chez les procureurs de Montreuil, vraisemblablement sa ville natale (2), avant de se vouer à la prêtrise (3) lui frendait cette: tâche plus facile. Aussi n'hésita-t-il pas de l'entreprendre. Ses pre-f miers actes, il est vrai, soulevèrent de nombreuses contestations mais il n'était pas de ceux que l'on intimide et dès lors son nom se retrouve! dans nombre de procès dont plusieurs doivent être rappelés succinc-i tement ici.

Jacques Moullart ou Moullard, sieur de Vilmarest, capitaine aui régiment de Picardie, inspecteur des troupes dans les villes et cita-i délies de Montreuil et de Boulogne (4), tenait de Jean Moullart,i écuyer, sieur de Mottoy, son père, une masure que ce dernier tenait lui-même de François Lescot, ancien juge consul, bourgeois de Paris, et qui, relevant du fief que l'Hôtel-Dieu possédait à Waben, était astreint, à diverses redevances envers cet établissement charitable.

Les réclamations de l'abbé Deswaguets pour les recouvrer occasionnèrent un long débat. Moullart ne se montra plus alors le pieux personnage qui, en 1672, rapportait de Rome à l'Hôtel-Dieu des reliques de saint Candide, martyr de la légion thébaine (5); et allant jusqu'à contester les pouvoirs de Deswaguets, il refusa d'acquitter les redevances entre ses mains, prétendant de plus que, d'après d'anciennes déclarations, le gouvernement de l'Hôtel-Dieu appartenait à l'échevinage.

Le 22 août 1682, la sénéchaussée rendit contre lui une sentence. Moullart en appela au Parlement. Mais l'arrêt de la Cour ne lui fut pas plus favorable. En effet, le i^' août de cette année, Le Pottier, mayeur de Montreuil, et les échevins A. Hurtrel, Pasquier, procureur fiscal, Bermon, Benart, greffier, avaient attesté devant les notaires de Heghes et Lamarre que les malades étaient « receus audit hostel « Dieu et traités très humainement en toutes leurs maladies et infir-- « mités et que, de tout;.tems, le gouvernement de cette maison avait « dépendu de l'autorité' ecclésiastique. » De leur côté, le 4 avril 1683, Eloi Miroir, curé de Saint-Pierre, François de Galonné, curé deNotre-

(i) B 109 Case 10.

(2) Le nom de Deswaguets écrit aussi Deswaguetcs se retrouve fréquemment dans les Registre de l'Etat Civil.

(3) B ICI Case 9. Factum imprimé pour le procès François Thorel, ancien échevin, contre l'Hôtel-Dieu.

(4) Jacques Moullard, fils de Jean, lieutenant d'infanterie dans les régiment de Lannoi et de Longueval, qui s'était distingué an Pont de Ce, au siège d'Hesdin, au passage de Colm, aux Forts de Mardick et Landrecics, et de Octavie de Lamiable, était chevalier des Ordres de Notre-Dame du Mont-Carmel et de St Lazare. Il épousa Marie Héron, fille [de Nicolas Héron, ancien Joge Consul et Bourgeois de Poris, et de Marie Moullard. — d'Hozier.

(5) C 4 Case 2,

Dame, Joan Hormon, curé de Saint-Waloy, François Leroy, curô de Saint-Martin, avaient certifié au Parlement que « l'hostel Dieu en la- « dicte ville de Monstrœuil est si bien adnninistré et qu'il y a en cest « hospital une telle économie que nonol)stant la modicité du revenu « et le peu d'aumosnes, Ton y reçoit Jouanellement non seulement les « pauvres de la ville et de la banlieue, mais aussi tous les gens de « guerre tant de la garnison que ceux qui passent par ladicte ville de c Monstrœuil ; que ce seroit un préjudice notable à toutes les réli- X gieuses et la ruine entière des pauvres malades si ledict hostel vx Dieu estoit administré par des laïcs, soit qu'ils ne pourroient en « prendre soin, soit parceque ce seroit une occasion à certains de « s'enrichir aux despens desdicts pauvres, ce que l'expérience nous « fait assez cognoistre dans les administrations des biens de nos pa- « roisses. De plus, nous certifions et est de nostre cognoissance que « Jacques Deswaguets, prestre, administrateur dudict Hostel Dieu « s'acquitta avec piété, exactitude et diligence au fait de sa charge, « recouvrant par ses soins et travaux les biens aliénés et presque « perdus de ce pauvre hospital et assistant comme un bon et vigilant « pasteur les pauvres malades de ses salutaires instructions et par les « aumosnes qu'il leur fait de son patrimoine, ce qui est notoire à « toute la ville, ce que nous attestons véritable et avec nous François « Fauchatre, Jacques Bovery et François Desmonts, prestres habitués « audict Monstrœil. »

Un arrêt du 18 juin 1683 mit donc à néant l'appel de Jacques Moullart et donna aux sœurs acte de leur reconnaissance de l'abbé Deswaguets comme gouverneur. Toutefois, sur les réquisitions du procureur général Omer Talon, il fut ordonné que dans les trois mois qui suivraient le prononcé de l'arrêt, les habitants seraient appelés à donner leur avis sur la question de savoir si, après l'abbé Deswaguets, l'Hôtel-Dieu continuerait à avoir un administrateur ecclésiastique. Cet appel eut il lieu ? Toujours est il que nous voyons un ecclésiastique succéder à l'obbé Deswaguets comme administrateur de l'Hôtel- Dieu.

Vers cette même époque un différend s'éleva entre la Chartreuse de Neuville et l'Hôtel-Dieu au sujet d'un non paiement par celle-ci d'une rente foncière de 12 deniers dont elle était redevable aux termes de Noël et de Saint Jean pour une maison, « séant devant la « cloque ou demœure Golard de Boufiler », lit on dans le cueilloir de 1477. L'abbé Deswaguets cita les Chartreux devant Gui de Bar, grand bailli d'Amiens, qui, par sentence du 6 février 1685, les condamna à l'acquit de 20 années d'arrérages. Le 18 août suivant, entre Dom François de Bauquemare, prieur de Notre-Dame-des-Près,et l'abbé Deswaguets, intervint un accord par lequel les Chartreux reconnurent la légitimité des droits de l'Hôtel-Dieu, « et par ce moyen, lit on dans ce « titre, les parties sont sorties de tout procès et différend, pour con- < tinuer de vivre en paix et en bonne intelligence. »

Un procès à sensation fut celui qui, durant treize ans, divisa l'Hôtel-Dieu et les Carmes au sujet de deux censives Tune de 15 sous, l'autre de 8 dues à l'Hôtel-Dieu pour deux tenements situés dans la paroisse Saint- Wulphy.

Le couvent des Carmes et son église ayant été détruit par un incendie survenu le 26 juillet 1553, l'échevinage avait accordé à ces religieux un asile provisoire dans les bâtiments abandonnés de l'Hô-

pital Notre-Dame. Mais comme il se hâtaient pas de le relever sur un terrain qu'ils avaient acheté à Rohert Gorguelte, malgré les <r combles, « thuilles, boys, plombs, pierres, huis, fenestres, portes » provenant des forts d'Outreau et de Ghatillon et que Henri II leur avait donnée le 16 avril 1554 (1), le mayeur, après avoir longuement patiente, avait dû enfin les y contraindre en 1598.

Désireux de leur venir en aide, Jehan de Monchy, seigneur d( Montcavrel (2), leur donna son hôtel de Mon treuil que par suite d'alliance avec la famille de Brimeux, Pierre de Monchy (3), un de ses ancêtres, avait acquis le 17 juillet 1481. Les Carmes élevèrent alors leurs cloitres sur cet emplacement et, supprimant de plus la ruelle « qui perce dans la petite rue le long des murs du jardin de Saincte « Austreberte qui estoit anciennement le cimetière de Saincte Aus- « treberte (4), » accolèrent leurs bâtiments contre « le grand portail « de leur église, anciennement appelée Sainct-Wulphy » qui avait cessé d'être église paroissiale après la peste de 1596 et que l'évêque d'Amiens mit à leur disposition avec les droits dont elle jouissait le 17 Avril 1598.

Le 12 juin 1657, le prieur Cyrille de la Mère Dieu et le procureur Sébastien de Sainte Barbe achetèrent pour l'agrandissement de leur couvent, la maison de Louis Boudou faisant face au jardin du refuge des moines de Saint-Josse-sur-Mer(5).

Cette acquisition et la donation du sire de Montcavrel en reconnaissance de laquelle les Carmes avaient placé les armoiries de leur bienfaiteur au dessus de la porte d'entrée de leur couvent, furent la source du litige survenu entre eux et l'Hô tel-Dieu.

En effet, l'Hôtel-Dieu prétendait que les seigneurs de Montcavrel lui avaient de tout temps payé une censive de 15 s. p. sur leur hôtel et qu'il en était de même d'une autre censive, celle-ci de 8 s. p. grevant la maison Boudou. Alors que les Carmes soutenaient qu'ils ne devaient rien quant à l'ancien hôtel de Montcavrel et que, pour l'acquisition de 1657, s'ils étaient redevables d'une censive ce ne devait être que 7 s. p. au lieu de 8.

Il répugnait à l'abbé Deswaguets, ancien élève des Carmes, de s'engager dans un procès de ce genre. Mais les sœurs pouvaient elles abandonner ainsi les droits de leur maison « sans blesser leur cons- « cience et frauder le bien public ? »

Vainement avant de « se mettre en procès » l'abbé Deswaguets « se servit de toutes les voyes d'honneur chrestiennes et civiles qui « lui a esté possible pour desmouvoir lesdits religieux de plaider et « les incliner suavement au payement de ce qui leur est demandé

(i) Bénard et Hauttefeuille, Histoire de Boulogne t. ii p. 287.

(2) Jean de Monchy, seigneur de Montcavrel, Rubempré, un gouverneur d'Ardres et d'Etaples, époux de Marguerite de Bourbon, père de Madeleine et de Charlotte Cécile de Monchy, abbesses de Sainte Austreberte. — Moréri.

(3) Pierre de Monchy, seigneur de Montcavrel, Massi E., lieutenant de roi en Picardie, époux de Marguerhe de Lannoi, père de Claude, abbesse de Stc Austreberte, représenta la noblesse du Boulonnais aux états de Toars en 1483.

(4) Cette ruelle se trouvait sur l'emplacement de l'entrée actuelle du Tribunal.

(5) Cette maison de retuge encore existante porte la date de 1578. Elle fut donc construite sous Tabbé Guillaume Martel,

€ légitiment. » Vainement il « communiqua de bonne foy ses titres au « pôi'o Henry do Saint Alboi't, procureur du couvent, qui avait fait « voir audit maistro une copie du con tract pour sa défense de ne « point payer la censive de quinze sols. » Hien ne put ébranler la confiance des (larmes.

D'abord TaHaire lanj^niit. De part et d'autre, on se traitait de chicaneurs, les Carmes prétendaient ([ue c'était « par animosité et non par « justice et équité » que riiôtel-Dieu leur suscitait ces tracas ; on I éclianj^eait bien des volumineuses })rocédures. Mais rien n'avançait. Las d'attendre que les Carmes se soumissent, « quelque prière honeste « qu'on leur ait faite et voyant que le tems ne servoit qu'à fortifier « leur habitude de ne point payer », l'abbé Deswaguets obtint du Parlement en 1689, un arrêt qui l'autorisait à cause de ses différends avec les ju^^es de Mon treuil et d' « autres bonnes raisons » à citer les pères Carmes devant la sénéchaussée du Boulonnais. I Alors les contestations de redoubler, les récriminations les plus (violentes de s'ensuivre.

Le placet des pères Carmes était « rempli de tant et de sy atroces € injures contre l'honneur et la réputation du sieur Deswaguets qu'on « avait peine à croire que tout le venin dont cette pièce est infectée « ne fut sortie d'une autre boutique que celle de Satan ; car comment « peut on croire que des religieux couverts au dehors de la blancheur « du Carmel, seroient sy noirs au dedans et que leurs passions expri- « meroient de leur cœur des sentiments sy opposés à la charité quœ « non cogitât malwnl »

Quoi ! disent les Carmes, depuis plus de 80 ans nous jouissons paisiblement de la donation du sire de Montcavrel et c'est aujourd'hui seulement que vous exigez de nous le paiement d'une censive ! Assurément cette demande ne peut être qu'une « nouveauté et une inven- « tion d'une cervelle un peu creuse. » Dans tous les cas, nous invoquons la prescription.

Invoquer la prescription ! ! D'abord le peuvent ils, reprend l'avocat de l'Hôtel-Dieu, Saint-Grégoire ne dit-il pas au livre 11*^ titre XXVI de ses décrétales : Illud scire vos credimus tacUu7^nitatem atque paiientiam nostrcwi in rébus pauperum prejudicium non facturam^ Les sœurs ont la preuve du paiement des 15 sous avant et même après la donation du seigneur de Montcavrel ; elle est relatée dans le Livre Doré, les Carmes le savent et « quand ils disent qu'ils peuvent de « bonne foi alléguer la prescription sur de tels exposés c'est aller « contre leur conscience car ils n'ignorent pas les suites qu'ils font « que la mauvaise foi ne prescrit jamais. » Pourquoi d'ailleurs, refuser la communication des titres que soi disant ils possèdent, s'ils n'étaient, « selon le concile général tenu sous Innocent lll, possessor es malœ « fidei ? » Et c'est bien mal à eux de vouloir faire passer pour injustes les prétentions de l'Hôtel-Dieu « en continuant toujours d'offenser « d'injures leur prochain et, quand ils disent qu'ils ne songent qu'à « louer Dieu par rapport à leur institut et à leur règle, ils s'abusent « s'ils croient que leurs louanges soient agréables à Dieu : C'est plutôt « un dérèglement qu'une règle que de se servir de sa langue pour « louer Dieu d'un costé et pour déchirer son frère de l'autre et il « arrive ici, par malheur, ce que Saint Jacques déplore en sa lettre « canonique : in ipsa àenedicimus Dewn et in ipsa maledicimus homi- « nés. C'est vouloir faire sortir d'une môme source deux eaux dijQfô*

< rentes : Numquid fons \de eodem foramine émanât dulcem et ama- « rani aquam. »

Pour ce qui est de la censive de 8 sous, les Carmes se fondant sur les termes de leur acie d'acquisition de 1657 ne la reconnaissent que de six.

Mais, dit Tabbé Deswaguets, cet acte passé à notre insu entre vous et le vendeur ne nous regarde pas, il y a été omis un mot et il convient de l'interpréter ainsi : « On interprète bien toujours l'Ecriture « « Sainte, les Pères de l'Eglise et les auteurs obscurs en leurs écrits ; | « on ajoute à leurs écrits et on y diminue pour bien connoistre leur « sens et leur esprit, à plus forte raison peut on interpréter le sens « d'un auteur profane comme est celui qui a fait l'acte. » Ah ! que n'est il ici le tabellion qui Ta rédigé ! il en donnerait bien le sens et nous éviterions « un si gros procès qui cause un si grand mal spirituel « aux défendeurs qui, ne voyant le mal qu'ils font en voulant faire « passer leur passion, prennent ledit sieur Deswaguets pour meschant

< et fripon et commettent trois ou quatre crimes à la fois. En effet ils « pèchent contre la charité notablement en découvrant une faute si « considérable dans leur prochain que cette vertu leur commande de « cacher quand même il l'auroit commise et qu'elle seroit aussi cri- « minelle qu'ils le veulent faire passer ; ils pèchent contre la religion « en diffamant un prestre, une personne consacrée à Dieu qui ne « défend que les intérests de sa maison. En quoy, par une passion « déréglée, ils méconnaissent l'apostre Saint-Paul qui défend en sa « lettre à Thimothée de n'accuser un prestre sans raison et qu'après « avoir entendu deux ou trois témoins. Adversa presbiteruni accusa-

< tionem noli recipere nisi sub duobus aut tribus testibus. Or quels « sont ces témoins qui disent que celui qu'ils accusent aujourd'hui à « la face de la justice de friponnerie ait jamais vu dire un mot ou « faire quelque action qui soit cause d'un si grand mépris de 'la part « de ces pères ? ils pèchent, en un mot, contre toute la loi, en sont « les prévaricateurs, puisque l'apostre Saint Jacques dit que celui qui « pêche en un point pêche en tout : Qui peccat in uno factus est om- « nlum reus. >

Cependant, l'Hôtel-Dieu perdit en partie son procès, la censive de 15 sous ne lui ayant point été reconnue par la sentence de la sénéchaussée du Boulonnais du 21 mars 1690 (1). Il en avait appelé au Parlement et avait signifié aux Carmes son appel par exploit d'huissier requis au nom de « Louis le Grand, l'invincible monarque » quand le 4 septembre 1697, trois ans après la mort de Deswaguets, intervint entre le frère Charles de Saint Benoit, dôfiniteur des Carmes de la province de France, le frère Antoine de Sainte Marie et l'Hôtel-Dieu, une transaction par laquelle ce dernier abandonnait, selon la sentence de 1690 la censive de 15 sous et se contentait purement et simplement de celle de 8 sous, se déclarant en outre « sorti de tout procès. » Les Carmes s'acquittèrent régulièrement de cette redevance dont le der-

(i) Les cueilloirs de 1565 et celai de 1569, le Livre Doré et enfîa le terrier de 1620 meDiionoent la redevance de 15 sous, sous le Bom de Monchy-Montcavrel. Le bienfaiteur des Carmes ne l'ayant pas relaté dans son acte de doaatioQ, ce n'était pas aux Carmes mais aux sires de Mpotcavrel que l'Hôtel-Dieu devait réclamer ce droit.

ier rapport par le prieur Georges de Bailliencourt dit (^ourcol, les •ères Michel DusarL, sous prieur, et Eugène Leblanc, procureur, est u 24 janvier 1784 (1).

Les acquisitions les plus importantes faites par l'abbô Deswaguets , endant les sept premières années de son administration avaient été : Il Le 10 mars 1082, 60 mesures de terre à Beaumerie provenant de .cuis du Tertre de Beauval et de Marie de Monchy, sa femme (2) ;

Le 17 mai 1084, un fief sis à Ecuires possédé par Isaac de Maillocq lOur lequel l'Hôtel-Dieu rendit aveu en 1770 à Philippe Alexandre Immanuel François Joseph, prince de Ghistelles et du Saint-Empire, rrand d'Espagne de première classe, baron de Bretagne, Sénéchal léréditaire de Hainault, prévôt héréditaire de la ville de Douai, maruis de Groy, la Vieille-Chapelle et de Saint-Floris, vicomte de Monreuil, baron de Ghanes, châtelain de Bailleul, seigneur et pair de )omwast. Tours et Goroy, la Porte le Roy, d'Esquincourt Saint-Martin, ^eaumerie et autres lieux, époux de Louise Elisabeth de Melan, )etite fille d'Isaac de Maillocq, possesseur des fiefs de Val-le-Roy Beaunerie, etc. (3).

Le 8 novembre 1680, la maison de la rue des Juifs appartenant à \.ustreberte d'Heuzé et qui servit de presbytère après la Révolution (4).

Enfin, le 15 mars 1087, la maison de la Grande Rue Saint-Firmin orovenant du chevalier Antoine de Villeneuve (5).

Le principal bienfaiteur de l'Hôtel-Dieu à cette époque est Dom Grégoire du Muret (0), religieux profès de l'abbaye de Saint-Saulve et orieur de Beaurain.

« Le huit décembre 1088, lit on dans le Registre aux actes de s décès des directeurs et des sœurs de l'Hôtel-Dieu, est décédé Dom t Grégoire du Muret, religieux de Saint-Saulve en ceste ville et prieur c de Beaurain, lequel a demeuré en cette maison près de deux ans « malade et fort infirme d'une furieuse goutte et autres infirmités de c vieillesse. Il avoit soixante-douze ans et a donné à cette maison en < considération des pauvres malades 230 septiers d'avoine et 2,300 c livres d'argent et quelque peu de meubles. Il est décédé dans une « grande patience en ses infirmités et a mérité d'estre mis au nombre « des bienfaiteurs de cette maison (7). »

A quel degré d'irritation le legs ne porta-t-il pas les parties engagées depuis longtemps déjà dans un procès qu'il importe de rappeler ici I

Le 24 mai 1075, Dom du Muret, réfugié à « l'abbaye de Saint-Salve « dudit Monstrœul à cause de guerre d'entre les couronnes de France « et d'Espagne, avait par acte de M* Philippe Bloquel, notaire à Mon- « treuil, et en présence de François Le Roy, curé de Saint-Martin « d'Esquincourt, et de Guillaume Bailly, prêtre bachelier en théologie,

(i) B 99 Case.

(2) B 29 Case 4.

(3) B 4 case 2.

(4) B 19 Case 3.

(5) A 2 Case i.

(6) Du Muret porte : i*(?r, à une bande de gueules chargée d'une merleUt d'ar* gent. Borcl d'Hauterive, Amorial de France t. 11 p . 290.

(7) Registre des décès.

« résigné son prieuré de Saint-Martin à Beaurainville en faveur « d'Antoine Enlart, son neveu, religieux de l'Abbaye d'Auchy-les « Moines, moyennant une réserve de 2,000 livres de pension viagère à « prendre sur la dime de la paroisse de Verton dépendante du prieuré; « sur la maison Desessarts, sur les terres de Gampagne-lès-Hesdin et « la dime deLépinoy, et cela, avec faculté pour lui, lorsque ses infir- « mités le mettraient hors d'état de gérer par lui-même ces biens, de « s'en tenir à une pension de 2,000 livres que le resignataire s'enga- « geait à lui payer avec la caution de Gilles Le Roy, échevin de Mon- « treuil, de Jacques Enlart, conseiller et bailli prévotal de Waben et « si besoin est de rafraichir » l'abbé du Muret «en lui baillant nou- « velle caution. » Ce dernier lui laissait en outre les récoltes de l'an- « née et son mobilier de ferme pour une somme de 3,000 livres sur « lesquelles il en reçut 1,200 « claires et comptans ».

Les conditions de cette résignation ne furent parait-il pas scrupuleusement exécutées.

Enlart était un de ces hommes violents, hautains, tenaces dans leur prétentions et pour qui tout moyen est bon pourvu qu'ils atteignent le but qu'ils se proposent. Fatigué des réclamations de son oncle qui s'était vu dans la nécessité de recourir à la justice, il l'avait ni plus ni moins chassé du prieuré et réduit pour un temps à se retirer dans une « chaumière » du village de Beaurain, où il n'étoit pas hors d'atteinte des « insultes » et même d'attaques « à son honneur. »

C'est alors que du Muret songea à se retirer à l'Hôtel-Dieu de Montreuil et que le 9 octobre 1686, il écrivit à Deswaguets qu'il ne serait pas à charge à sa maison « ne prétendant faire train qui cause « embarras. » 1

Cependant, son entrée à l'Hôtel-Dieu éprouve des retards, pour le moment, il n'y a aucune place convenable pour le recevoir. « Depuis « vostre dernière visite, écrit-il alors au même, le 11 janvier 1687, je « suis en estât violent comme la pierre suspendue qui tend toujours « à son centre jusqu'à ce que je sois dans un paisible repos que « j'espère trouver chez vous... Si vostre maison, continue-t-il, n'étoit « celle des pauvres, je n'oserais m'y rendre dans le mauvais équipage « où je me vois, dénué de toutes choses et réduit à une pension mal « payée par l'ingratitude d'un meschant résignataire et la malice « d'un procureur de qui je ne puis tirer rien. »

Le mois de mars 1687 est enfin désigné pour le départ. Venez me chercher, mande du Muret à l'abbé Deswaguets « le plus tost que « faire se pourra sera le mieux. » En attendant, priez Dieu pour moi afin qu'il me donne « la force de supporter cette persécution. » Il prend en même temps des mesures pour que ses grains soient apportés désormais à l'Hôtel-Dieu : s'il ne les consomme, « les pauvre « en profiteront. »

Mais voici qu'accablé de souffrances, le soin des affaires lui devient de plus en plus insupportable par suite de la difficulté qu'il rencontre pour le recouvrement de ses redevances, témoin François Guérard, curé de Verton, qui lui devait les dimes de 1680 à 1687 .• « Je vous prie « de considérer que je suis icy à charge, lui écrivait-il le 8 novembre « 1687, et que la maison de l'hostel Dieu ne me peut pas soustenir et « alimenter de rien. J'ai besoin d'antidotes contre le venin de la « vieillesse et voici la foire de Saint-Martin d'Amiens qui approche

( OÙ il s'en distribue de bons. J'espère tout de vous que vous nie k ferez touclier un peu de nionnoye pour y pourvoir. »

Pour soi'tir do tous ces enil)arras, du Muret en vient donc à 'énoncer aux dinies et par acte passé entre lùilart et lui, il se contenei*a désormais de recevoir la pension de 2,000 livres qu'il s'est 'éservée. (^ette fois, le rési^iiataire se soumit aux termes du contrat, nais résista aux autres réclamations, principalement celle des 1,800 ivres qui restaient dues sur le mobilier do i'erme.

En présence d'une telle résistance, du Muret à qui le plus grand 'epos était devenu nécessaire ainsi que Tattestint les certificats du lecteur Queval et du chirurgien Boitel, confie par acte de M* Lovercne, notaire à Montreuil, le soin de ses afïaires à l'abbé Deswaguets, iôclarant en même temps faire l'abandon de tous ses droits à l'Hôtel- .)ieu.

Enlart donne alors aux débats du procès qu'il a intenté à l'Hôtel- )ieu devant le Conseil provincial d'Artois une tournure peu en rapport ivec son caractère de religieux. Le 25 juin 1688, il somma du Muret le rendre les titres du prieuré et les ornements de la chapelle dont il e serait emparé, n'en ayant laissé, d'après lui, que pour une valeur de lix à neuf livres ; il l'accuse de n'avoir aucune commisération pour «on ancienne maison en exigeant une pension de 2,000 livres, somme exorbitante « en ce tems de misère », il prétend enfin que l'abandon le ses droits à l'Hôtel-Dieu n'est que l'effet d'une « séduction sur une : personne infirme » et que l'abbé Deswaguets ne l'a attiré près de ui que pour s'emparer de sa pension sur laquelle il dépense 300 livres i peine par an et d'un coffre renfermant de 20 à 25,000 livres qu'il uirait dérobé au préjudice du prieuré. Si d'ailleurs, dit M^ François le Xempont, son avocat, dans sa plaidoirie du 28 novembre 1688, du ►luret pouvait se choisir un lieu de retraite pour y terminer ses jours, ie devait être à l'abbaye de Saint-Saulve dont il était profès ou dans on ancien prieuré où il n'aurait reçu de la part de son client que émoignages d' « amour » et de « respect « étant « son bienfaicteur et on oncle » et non à l'Hôtel-Dieu où il est 1' « objet de la séduction » )ù il a été amené par l'abbé Deswaguets qui est allé « l'enlever en ;arrosse et comme à la dérobée. »

Sur ces entrefaites l'abbé du Muret mourut le 8 décembre 1688 aissant par testament à l'Hôtel-Dieu tout ce qu'il possédait et expriuant en outre le désir d'y recevoir la sépulture.

Alors Enlart prétend que si son oncle a été inhumé à l'Hôtel-Dieu, '.'est que les sœurs ont voulu « éteindre sa mémoire et faire oublier : un très gros pécule qu'il y a apporté, enlevé qu'il a esté par les allê- '■ chemens et attraits, » ce qu'il prouvera par le témoignage d'un ^ouis Fournier, curé d'Airon-Notre-Dame, que l'abbé Deswaguets •écuse comme étant « repris de justice. » Il somme ensuite Deswa- ,'uets de lui rendre le corps de du Muret pour le transférer à l'abbaye le Saint-Saulve et, dans ce but, il entraîne avec lui Dom Josse Levaseur, prieur de cette abbaye, disant qu'un moine n'a point le droit de aire « eslection de sépulture. » En même temps il attaque les donaions. Un moine, dit-il, un moine n'a rien ; ce qui est à lui est à son aonastère : Quîd acquirit monachus acquirit monasterio et « il y a ; d'autant plus de raison de l'avoir ainsy statué que les alleschemens i; des hospitaux qui envisagent les biens de ceux qui meurent chez r. eux comme une proie conquise, causeroient sans cesse des dôsor-

« dres qui ne sont que trop souvent pratiqués chez eux. » En vain soutiendrez-vous qu'un moine bénéficier difiere de celui qui ne Test pas ; que le premier peut disposer de son pécule, ce que le moine simple ne peut l'aire par la raison que « c'est l'abbé seul qui peut « profiter de la desponible de son moine venant à décéder et que si « tel moine décédé a disposé sans permission de son abbé en tant qu'il « est sub ferulo ipsius, c'est à lui seul réclamer contre telle disposi- « tion et nullement à un autre moine.» En vain direz vous que ce n'est pas à moi, simple résignataire, mais à l'abbé de Marmoutier-les-Tours duquel il dépendait, à revendiquer les droits de l'abbé du Muret. Le prieuré de Beaurain a été laissé en ruines par lui, c'est avec son avoir dont il ne pouvait disposer qu'il doit être réparé. En tout cas, ce n'est pas à Deswaguets qu'il appartient de dire avec Saint-Bernard que « le bien du crucifix ne doit pas estre appliqué à des usages profanes, « car ce n'est pas l'intérest du seul hostel Dieu qu'il presche » : il ne rend pas compte de sa gestion à l'évêque, les échevins ne le surveillent pas comme ils le doivent ; il se dit agréé par l'évêque alors qu'il ne l'est pas « et il n'est pas juste qu'un particulier comme lui s'enri- « chisse d'un hospital. Et c'est très inutilement qu'il » me « donne des « avertissemens et me menace de punition. On sait et la pratique « journalière le sait et voit que ce sont les àines de Dieu qui sont « tourmentées et auxquelles il arrive des punitions. Il n'a jamais lu « l'histoire de Job puisque, s'il l'avoit fait, il auroit connu que Dieu en « a fait un miroir de patience. Quoi qu'il en soit, il s'oublie et il feroit « bien de se réformer en s'abstenant des dépenses immenses qu'il tait « à régaler ses compagnons. » Enlart se livre ainsi à toutes sortes d'invectives contre Deswaguets ; faute de raisons plausibles, il l'insulte, il dit qu'il a ses preuves et qu'elles suffisent «pour lui faire « chanter la palinodie, » il parle de l'enlèvement d'un coffre qui, sans aucun doute, n'exista jamais que dans son imagination; il reproche à Deswaguets l'inhumation de son oncle, son refus d'une entrevue avec lui et d'avoir ainsi empêché une « réconciliation sincère», enfin, comme péroraison, il traite Deswaguets de « tartufe, d'hypo- « crite, d'hétéroclite, de Pharisien » : « Qu'il ne se compare pas, dit-il, « ses filles et lui au Samaritain descendant de Jéricho ; il pourroit « plus justement se dire Pharisien, de ces faux docteurs de l'ancienne « synagogue qui n'ont que l'apparence et la frange au bout de la « robe. »

Ce que vous venez d'entendre, reprend M^ Le Roy, avocat de l'Hôtel-Dieu, « fait bien connoistre jusqu'où va la passion d'un reli- « gieux qui doit être un véritable modèle de piété et de charité. » Et, dans une plaidoirie aussi solide et aussi digne qu'avait été violente et insensée celle de son adversaire, il démontra que l'abbé du Muret n'était entré à l'Hôtel-Dieu que de son plein gré, qu'il pouvait, comme bénéficier, disposer de ses épargnes, ce que l'abbé de Marmoutiers ne contestait pas ; qu'il avait été inhumé à l'Hôtel-Dieu d'après ses volontés et que les allégations portées contre cette maison et son direo-,teur n'étaient que pure expression « de haine et de vengeance. » !|

Le Conseil d'Artois, par sa sentence du 20 novembre 1690, refusa de s'arrêter aux moyens de nullité proposés par Enlart et le condanna au paiement des 1,800 livres et à celui de la pension due jusqu'au jour du décès de son oncle, disant que le corps de du Muret restera à l'Hôtel-Dieu, car tel est le droit de cette maison et le désir du défunt

|ui « no pouvoit espérer place au prieuré après sa mort, puisqu'il

< on avoit esté chassé et si)olié de sou vivant avec outrage et violence ;

< et enfin qu'il n'y avait aucune apparence qu'il fût enterré à Saint-

< Saulve de Monstniml comme le vouloit le défendeur, veu que c'es-

< toit un lieu désert et abandonné qui servoit de cabaret à tous les

< habitans de Monstrœul, »(iuo l'Hôtel-Dieu, s'il est vrai qu'il en avait, •endrait les titres du prieuré à Enlart bien que par acte du 10 novembre 1688, Dom Jean Dumoulin, prieur de Saint-Josse-sur-Mer, eut enjoint à ce dernier au nom de l'abbé de Marmoutiers de ne s'en )oint dessaisir ; qu'en tout cas c'était audit abbé et non à Enlart qu'il ippartenait de réclamer « ce prétendu gros pécule » que, disait-on, il ivait emporté attendu qu'il « n'avoit pas droit de répéter un seul

< denier provenant de la succession dudit sieur du Muret » le décla- •ant en outre non recevable dans sa demande afin d'être admis à rapporter par témoins les faits par lui articulés pour l'imputation des iutres parties reprises au procès.

Enlart appela de cette sentence. Mais vainement employa-t-il tous es moyens pour entraver les saisies faites contre lui et retarder la conclusion du procès, le 28 février 1693, le Parlement rendit l'arrêt suivant : « Nostre dite cour, par son jugement et arrest a mis et met « l'appellation à son néant ; ordonne que la sentence de laquelle a

< esté appelée sortira effet ; condamne l'appelant en l'amende ordi-

< naire de douze livres et aux despens de la cause d'appel ; ordonne

< que le juge qui a rendu ladite sentence rapportera 40 escus de ses

< espices. Sy mandons... (1).»

A diverses reprise, l'abbé Deswaguets fut témoins d'une misère îffroyable. Les sœurs ne pouvaient plus rien obtenir de leurs débieurs, les malades étaient nombreux. Qu'on juge de la situation qui eur était faite :

Je suis prêt, comme il est de raison, de vous payer le blé que je 'ous dois, écrit l'abbé Antoine Godart, abbé de Saint-André-au-Bois, le 3 mars 1684, à Deswaguets, « mais il m'est impossible que je le paye : maintenant, parce que nous n'en avons point. Je crains qu'il m'en |: faudra acheter pour subvenir aux pauvres qui viennent à nostre ■: porte; partant, je vous prie d'avoir patience aussi bien quenous(2).» I « Nous écrivons à Monsieur l'Intendant, mande de son côté l'abbé '. Deswaguets à l'évêque d'Amiens le 8 décembre 1693, « pour le : presser de nous secourir dans l'accablement où nous sommes des I soldats malades » et que s'il ne donne ordre à pourvoir à leur sub-

• sistance, nous serons obligés de fermer la salle. Nous lui représen- ^\ tons l'impossibilité où nous sommes de fournir aux dépenses exf traordinaires qu'il faut faire à cause de la chéreté des vivres, que ^' nous sommes endettés considérablement et que, enfin, nous ne h sommes pas payés, tout le monde étant pauvre (3). »

• Malgré cet état de choses, en 1687 la redevance en argent de la 'erme de Saint-Nicolas, qui comptait 240 mesures, s'éleva à 350 livres

i en 1690 à 425 livres. Il faut dire ici que dans le bail de 1690

I (i)B 88 Case 8.

I (2) B 89 Case 7.

ij (3) B 89 Case 7.

l'Hôtel-Dieu renonça à la moitié des fruits dont jusqu'alors il avait toujours joui (1).

L'abbé Deswaguets mourut le 19 janvier 1694 (2). Sous son gouvernement, il eut pour coadjuteur l'abbé Fauchâtre, précédemment curé de Sempy, et ensuite l'abbé Jacques Bovery qui, en cette qualité reçut le 10 avril 1090 le testament de Pierre Maillart, de la Galotterie.

Ce dernier, en reconnaissance des soins qu'il avait reçus à l'Hôtel- Dieu, léguait à cette maison tout ce qu'il possédait dans le cas où son fils mourrait ou du moins en donnait la jouissance jusqu'à la majorité de ce fils. Ce legs consistait en une maison, « quatre ainettes, » 14 livres à recouvrer, une vache, cinq pièces de 30 sous, deux coffres, un buflet, un chaudron, un pot au feu, deux paires de draps de toile de lin, « quatre meschantes chemises, » une bonne crémaillère, « un méchant gril, > une couverture blanche, un traversein, une charretée de foin et une autre de bois, une bêche et un fourchet tout neuf(3).

Prirent le voile sous le gouvernement de l'abbe Deswaguets sœurs Jeanne Bardon de Saint Agnès, Barbe de Belledame de Sainte Cécile, Marie Delhomel de Sainte Agathe, Anne Bâillon de Sainte Austreberte, Geneviève Marguerite Docourt de Sainte Ursule, Jeanne Sublet de Sainte Catherine, Marie Mai-guerite Hacot de Sainte Bonne, Marie Françoise Guérard de Sainte Scholastique. Marguerite Austreberte de la Motte de Sainte Elisabeth.

André DESMONTS (1694. 1704)

Un événement bien remarquable pour l'Hôtel-Dieu signala l'admi-' nistration de l'abbé André Desmonts. Nous voulons parler de la réunion à cet établissement des biens de la Maladrerie du Yal et de l'Hospice Notre-Dame.

La léproserie du Val, située à l'extrême limite de la banlieue sui l'ancien territoire de la paroisse d'Ecuires n'ayant plus depuis longtemps sa raison d'être et l'Hospice Notre-Dame ayant cessé de rece voir des pèlerins, les échevins de Montreuil reconnus « comme fon « dateurs et légitimes administrateurs » de ces maisons par jugemen de la Charité Chrétienne du 24 janvier 1609 confirmé le 20 septembre 1614 par la Chambre de réformation générale des hôpitaux et mala dreries de France, jouissaient paisiblement de leur patrimoine, lorsqu'on exécution de l'édit de 1672, un arrêt de la Chambre royale di 16 juin 1674 prononça l'érection en commanderie en faveur de l'ordn de Saint-Lazare de la Maladrerie du Val, à laquelle furent joints 1. biens de l'Hospice Notre-Dame et des maladreries de Beaurain et d< Gavron. En vain l'échevinage jeta-t-il les hauts cris, en vain, aprè avoir épuisé les supplications, mit-il en œuvre toutes les subtilité des avocats et des procureurs qui le composaient. Un nouvel arrêt di 23 juin 1679 lui fit comprendre que pour le moment, il n'avait qu'à s soumettre (4).

(i) B 29 Case 4. ^

(2) Registre des décès, v

(3) B 88 Case 6. J

(4) A 3 Case i et B 35 Case i.

Cependant, xuv^t années de la plus grande auLorité ne pui'ent (Houn'ei' les r('»('laniaLioiis incessantes qui s'élevaient de toutes jjni'Ls ; elles ti'ioinphrrent enliii et Louis XIV cédant aux scrui)ules de Madame de Maintenon etdu pèi'e La Chaise qui jugeaient, avec raison du reste, que les biens des nialadreries devaient être attri])ués aux pauvres des localités |)lut(")t ({ii'à un ordre iniliLaii'e, r(îvoqua en lOO.'i l'édit que Louvois lui avait lait rendre en 1072. Ce virement rendit l'espoir au niaieur et aux échevins ; ils envoyèrent à Paris une dépulation chargée de faire valoir les droits de la ville sur les Maladreries. Mais tous leurs elïbrts ne purent empêcher qu'un arrêt du Conseil du 13 Juillet 1695 confirmé pai' lettres patentes de janvier 160(), enregistrées le 13 lévrier suivant, ne pi'ononçàt la réunion à l'Hôtel-Dieu de Montreuil des biens des Maladreries du Val, de Verton, de Waben et deMonti<iny-les-Nempont, l'Hôtel-Dieu devant en retour en employer les revenus à l'entretien des malades, « satisfaire aux « prières et services de fondations dont peuvent estre tenues lesdites « nialadreries et recevoir les pauvres de Verton, Waben et Montigny- « lès-Nempont à proportion des revenus desdits lieux (1). »

L'Hôtel-Dieu ne possède plus rien de l'ancienne Maladrerie de Verton située au lieu dit le bois de VAh^e ; il en est de môme de celle de Waben dont les revenus dans les derniers temps ne consistaient qu'en quelques rentes à percevoir sur Gampigneulles, Airon et Gonchil-le-Temple (2) et ce qui reste encore des biens de la Maladrerie de Montigny est de peu d'importance.

L'Hôtel-Dieu jouit non sans peine de ces nouvelles donations. L'échevinage ne se lassa point dans ses revendications : il plaida, mais en vain, pour retarder la réunion des biens de la Maladrerie du Val à l'Hôtel-Dieu; dès 1697, les sœurs se libéraient, avec le produit de quelques dons, d'une rente due par la Maladrerie du Val à François Desfontaine, ancien échevin (3); le 4 mars 1698, Henri, duc d'Elbeuf, les exemptait des droits de fourrages et de pailles qu'il pouvait exiger de la Maladrerie du Val en sa qualité de gouverneur particulier de Montreuil (4) et en 1704, Bignon, intendant de Picardie enjoignait au Magistrat l'ordre de remettre aux sœurs les titres de cette maison (5).

Tout ce que l'échevinage put obtenir fut de retarder la remise à l'Hôtel-Dieu des biens de l'ancien Hospice Notre-Dame qui par mégarde, n'avaient point été expressément mentionnés dans les lettres patentes de 1696. Les débats qu'occasionna cette omission traînèrent jusqu'en 1721, ainsi qu'on le verra bientôt.

Le 19 février 1703, le patrimoine de l'Hôtel-Dieu s'accrut de 16

(i) A 3 Case i.

(2) Les 2 hectares 27 ares que l'Hôtel-Dieu possède à Wabea aux lieux dits l'Arbre à Geai et la Pierre attaque proviennent, d'après un aveu du 18 janvier 161 9, de la donation de Pierre de Roussent faite au commencement du XV I« siècle. D'après un état dressé en 1657 les revenas de la Maladrerie de Wabea ne consistaient plus alors qu'en 2 muids d'avoine et 52 sous à prendre sur la recette du domaine du Ponthieu.

(3) B 36 Case 5.

(4) A I Case i. '

(5) A 3 Case i.

mesures et demie de terre au lieu dit Dangermel à Ecuires, provenant d'Antoinette Goupier veuve La Foscade, pour la dot d'Anne La Foscade, sa fille (1).

André Desmonts mourut le 12 novembre 1704 (2). Il avait donné le voile aux sœurs Jeanne Hardy de Sainte Agnès, Marie Anne Boudou de Saint Augustin, Jeanne Marguerite d'Heuzé de Saint Charles, Marie Gabrielle Pasquier de Sainte Marthe, Anne La Foscade de Sainte Claire et Anne Françoise Marquant de Saint François.

Nicolas SENNEVILLE 1 704-1731

L'abbé Nicolas Senneville, vraisemblablement originaire de Beaurainville, fut le dernier curé de la paroisse Saint-Marlin d'Esquincourt hors les murs, cette partie de la ville ayant été réunie, vu son peu •• d'importance, à la cure de Saint Waloy. -j

Nommé directeur de l'Hôtel-Dieu, de concert avec les sœurs, il s'efforça de remettre en bon état les bâtiments de l'ancienne Maîadrerie du Val que les guerres et l'incurie des Commandeurs avaient laissé tomber en ruines Ces réparations exigeaient plus de 5,000 livres (3) somme considérable si l'on songe aux difficultés que l'Hôtel- Dieu éprouvait dans le recouvrement de ses revenus ; il put toutefois y parvenir, Louis XIV par lettres patentes des 24 juin 1704, 4 mars et 4 avril 1705 ayant autorisé la coupe de 1600 soliveaux dans les bois du Val (4j. Mais bientôt, la défaite de Malplaquet amena le cantonnement de l'armée du maréchal de Villars dans les parages de Montreuil. Les campagnes livrées au pillage, les sœurs se virent forcées d'indemniser leurs fermiers, tandis que dans la ville transformée en véritable camp volant, elles avaient à secourir « plus de six cens soldats ma- i « lades et blessés abandonnés de tout le monde dans les églises et < magasins de la ville (5). » La mortalité fut grande alors et le 16 juin 1710, l'Hôtel-Dieu dut acquérir de Henri Alexandre de Créqui, seigneur de ce lieu, une maison aujourd'hui nommée le Péant pour y transférer son cimetière (6).

La requête suivante adressée à Madame de Maintenon ainsi qu'au ministre des finances Desmarets rappelle tout ce que l'Hôtel-Dieu eut à souffrir pendant ces temps désastreux.

« A madame la Marquise de Maintenon, « Madame,

« La charité que vous avez pour les pauvres, si connue partout le Royaume, fait prendre la liberté aux pauvres religieuses de la ville de Montreuil d'implorer aujourd'hui l'honneur de Votre protection pour estre payées du Roi de ce qui est dû à leur hospital suivant le mémoire ci-joint. Elles prennent la liberté de vous représenter que leur

(i) B 15 Case 2.

(2) Registre des Actes de décès des directeurs et religieuses de V Hôtel-Dieu.

(3) A I Case i.

(4) B 36 Case 5.

(5) A I Case i .

(6) A 2 Case i .

hospital n'est point do fondation royale, mais relïel do la libéralité d'un particulioi' nni(iuoniont pour les pauvres malades de la \ iih; ; (jue cependant elles n'ont Jamais refusé d'y recevoir les soldats de Sa Majesté dont il est encore actuellement rempli sans que jus(|u'à présent le grand noml)i'e les ait rebutées. Elles augmenteroient leur charité pour eux si elles ne se trouvoient accablées par les grands emprunts qu'elles ont été obligées de faire pour acheter du blé, de la viande et autres choses nécessaires aux malades et par la poursuite de leurs créanciers aux({uels elles doivent envii'on douze mille livres. Elles ajoutent que par le cantonnement de l'armée du Koi auprès de ceste ville, les troui)es qu'on a logées dans deux de leurs principales fermes y ont consommé non seulement tous les fourrages et les grains, mais une partie du blé et que le deux autres fermes sont hors d'état de ne leur rien payer cette année. Elles auroient pu tirer quelques secours des bois que Sa Majesté leur auroit pu permettre d'abattre; mais ces mômes bois se trouvent détruits par le cantonnement des troupes qui les coupent sans distinction. Par là, Madame, vous connoitrez l'impuissance où elles sont de secourir davantage les malades, si Sa Majesté n'a la bonté de les faire payer, étant réduites sans cela à quitter leur maison pour aller demander subsistance à leurs parens. Elles espèrent, Madame, que l'honneur de votre protection ne leur sera pas inutile et, au milieu de leurs prières, elles en feront de très ardentes pour votre prospérité et santé.

« Sœur de Sainte Catherine, supérieure, (Jeanne Sublet).

« Sœur de Saint Jean-Baptiste, (Nicole Lesselinne).

« Sœur Anne de Saint Alexis, (Anne Paillard).

« Présenté le 13 novembre 1710 (1). »

Louis XIV fit il droit aux réclamations des sœurs ? C'est ce qu'on ne saurait dire. Toutefois, le 17 mai 1711, le directeur de l'Hôtel-Dîeu fut, pour l'avenir, exempté du logement des gens de guerre (2).

L'Hôtel-Dieu n'eut pas seulement alors à se ressentir des suites de la guerre, il avait encore à se défendre contre les prétentions de l'échevinage qui, depuis la réunion des biens de la maladrerie du Val, était en lutte continuelle avec lui et cherchait à s'immiscer dans son administration intérieure ; et jusque même contre les attaques passionnées de certaines communautés qui s'attachaient à lui susciter de nouveaux embarras.

C'est pour arrêter sans doute cet état de choses que l'évêque d'Amiens Pierre Sabattier se prévalant de son titre de directeur né de l'Hôtel-Dieu de Montreuil, prit personnellement en mains sa défense, l'aidant en même temps de ses sages conseils. En 1715, il écrivait la lettre suivante à la supérieure Nicole Lesselinne au sujet des différends qui s'étaient élevés entre l'abbaye de Saint-Saulve et l'Hôtel-Dieu relativement aux terres dépendant de l'ancienne Maladrerie du Val :

« 7 A ma très chère fille la Mère Supérieure de l'Hôtel-Dieu de Montreuil.

« Rue, ce 19 juillet 1715.

« n ne seroit pas juste, ma très chère fille, d'abandonner le bien

(i) A I Case i.

(2) A I Case I.

des pauvres. Mais il faut bien prendre garde de ne pas le mal employer sous prétexte de le défendre. Il est toujours désagréable d'avoir des procès avec des religieux. Ainsi il faut tenter toutes le voyes d'accomodement avant de l'entreprendre et bien consulter votr*, droit avant de le souvenir en justice. Après toutes ces précautions, s'il faut absolument soutenir un procès, je vous promets tout ce qui dépendra de moy pour conserver le bien des pauvres. J'espère que M. Senneville sera de retour de son voyage avant que vous entriez en instance afin qu'il puisse diriger la Procédure et solliciter les juge<^ pour vous procurer une prompte et favorable justice. « Je suis, ma chère fille, entièrement à vous.

« Pierre, évêque d'Amiens. »

Néanmoins les parties s'aigrirent au point de rendre tout accord impossible. Mais bientôt les conseils de l'évoque prévalurent qui mirent fin aux procédures déjà entamées (1).

Le 31 janvier 1718, l'Hôtel-Dieu ayant obtenu de Josse Warnier. lieutenant criminel du baillage de Montreuil, une ordonnance aux fins d'obtenir un monîtoire contre les détenteurs des papiers du Val qui, parait-il, n'étaient autres que certains membres de l'échevinage l'évèque Sabattier s'intéressa encore à cette affaire (2). Sa soUicitud' s'étendant ainsi surtout ce qui concernait l'Hôtel-Dieu lui assura la reconnaissance de la Communauté. Aussi, au renouvellement de chaque année, les sœurs lui adressaient leurs vœux auxquels du reste il s'empressait lui-même de répondre.

« f A ma très chère fille la Mère Supérieure de l'Hôtel-Dieu de Montreuil.

« Amiens, ce 3 janvier 1719.

« Je suis très persuadé, ma très chère fille, de la sincérité de vos vœux et de ceux de M. Senneville et de toute vostre chère communauté pour ma sanctification qui est la seule chose que je désire ; car, pour ma conservation, elle n'est pas nécessaire et il est peut-être même temps que je fasse place à quelque saint évesque qui aura plus de zélé et de pouvoir que moy pour soutenir les intérests de l'église pour lesquels je suis toujours prest à tout sacrifier.

« Je vous remercie de tout mon cœur. Je vous souhaite, à mon tour, une sainte et heureuse année et je suis, ma très chère fille, entièrement à vous.

« Pierre, évêque d'Amiens. »

Le 25 avril 1719, le même prélat écrivait encore à l'abbé Senneville : « Il me semble. Monsieur, qu'il arrive souvent des questions chez « vous sur le baptême, car il me souvient que vous m'avez déjà con- « suite dans d'autres occasions pour sçavoir si on devait administrer « ce sacrement sans condition à des personnes qui croyoient de « n'avoir pas esté baptisées ou qui disoient avoir esté mal baptisées. « Sur cela, je vous réponds qu'il ne faut rien précipiter au sujet de « cet anabaptiste prétendu. Il faut l'instruire le mieux que l'on pourr « dans nostre religion et cependant lui demander des preuves de c<

(i) H 7 Case 9.

(2) B 34 Caïc 5,

qu'il avance qu'il n'a pas esté baptisé ; lui tômoif^ner qu'en changeant (le relij^ion, on ne pourra penl-étro pas luy (aire tous les biens qu'il pourroit espérer et (ju'ils ne doivent pas être le motif de son cban,i»enieiil ; luy appnuidre à bien prier* Dieu, à pratiquer les vertus chrestiennes et fuir soigneusement le pêclié et quand on le trouvera bien disposé, on décidera s'il laut le baptiser sans condi-

I; tien et en cachette pour l'admettre ensuite à la participation des (autres sacremens... »

Après s'être ainsi occupé du spirituel, l'évêque se livre à l'examen les ailaires de l'Hôtel-Dieu qui, en ce moment, étaient assez mulipliées.

De temps immémorial, nombre de communautés religieuses, se 'fondant sur d'ancien privilèges, fabriquaient en franchise la bière qui eur était nécessaire. Une ordonnance de 1G80 et un édit du mois l'octobre 1705, assimilant les biens des hôpitaux à ceux du clergé, ivaient enlevé ce privilège aux sœurs. Néanmoins celles-ci contiluaient d'en user comme par le passé, lorsqu'un arrêt de l'élection le Doullens de 1711 les condamna en 800 livres d'amende en même :emps ({ue les sœurs de l'abbaye de Sainte Austreberte, les Garmes^ 'es Orphelins, les sœurs Grises et le Séminaii e de Saint-Waloy. Cet arrêt, il est vrai, ne produisit aucun efiêt sur les sœurs de l'Hôtel- Dieu, l'état de misère dans lequel elles se trouvaient les mettant au dessus de toute crainte. Mais parut au mois d'août 1717 un nouvel édit |ui, confirmant les mesures précédemment prises, enjoignait aux sœurs l'ordre de s'y soumettre. Confiantes dans leurs droits anciens, elles ne persistèrent pas moins dans leur opposition. Notre maison, écrivait la sœur Guérard au Contrôleur Général des Finances, n'est pas dans les même cas que le clergé pour payer les droits, sur les boissons. « Permettez-moi de représenter à Votre Grandeur que le c< clergé a des bénéfices qui leur donnent des biens, c'est pourquoy on « les nomme bénéfices ; mais que la charge des religieuses hospitac< lières doit être nommée office à cause qu'elles donnent tout ce « qu'elles ont : leurs biens, leur corps pour servir les pauvres, leur « liberté pour obéir, et nous n'en recevons le plus souvent que des « rebuts, c'est là le revenu de notre office, jugez un peu avec quoy « nous pouvons payer des droits sur les boissons donnant tout et ne « recevant rien. C'est pourquoy je me jette aux pieds de vostre Gran- « deur pour vous demander par aumône l'exemption sur les boissons « qui se consomment dans notre pauvre hostel Dieu qui fait seul tout « ce que font tous les hospitaux ensemble. Nous avons tous les pau- « vres de dix lieues à la ronde, il n'y a pas d'autre maison de Charité « que la notre ; la ville est de grand passage, nous recevons les ma- « lades passans, les soldats de la garnison, tous les pauvres des « villages et banlieue, les vieillards, les incurables, les fous même « sont reçus et tous ces pauvres sont à plaindre si vous nous refusez « l'honneur de vostre protection. »

Il est curieux de voir combien les sœurs surent intéresser à leur cause les plus hauts personnages en tête desquels figure le Président des Finances, Garde des Sceaux d'Argenson qui écrit à la Supérieure Régnier :

« Paris, le 40 août 1719.

<< Je vous avois mandé, Madame, que si vous aviez des titres pour jouir de l'exemption des droits sur les bières qui se consonament dans

vostre maison vous y seriez maintenue ; mais les titres que vous m'avez envoyés ayant esté examinés au Conseil n'ont pas esté trouvé suffisans. Cependant j'ay tiré parole du fermier qu'il ne vous fera pas payer les droits sur les petites bières et cela à titre d'ammosne qu'il veut bien faire à vostre hostel dont S. A. R. connaît toute l'utilité. « Je vous honore, Madame, très parfaitement.

« Argenson. »

Fallait il compter sur la générosité des fermiers généraux? Les nouveaux procès intentés par les commis des aides permettent d'en douter. L'Hôtel-Dieu, étant hors d'état de subvenir aux nouvelles amendes qui lui étaient infligées, eut ses fermes saisies et les sœurs durent s'adresser à tous ceux que leur sort pouvait intéresser, au Roi, au Régent, à Madame d'Orléans, abbesse de Chelles, à Law, aux ministres Dodun et Pelletier des Forts ; au comte de Maurepas, secrétaire d'Etat, au duc d'Elbeuf, gouverneur de Picardie ; à la princesse de Carignan etc. Mais ce fut surtout aux démarches de Georges du Mont, chirurgien du Régent, qui, quelques années plus tard, acheta la seigneurie de Courset, qu'elles obtinrent la remise d'une partie de leurs amendes. Ses lettres ainsi que la suivante adressée par Law à la supérieure le prouvent suffisamment.

« Paris, le 23 avril 1720.

< Monsieur Dumont m'a envoyé. Madame, la lettre que vous luy avez écrite et la copie de la sentence que Pillavoine a obtenue et de la saisie qu'il a faite en conséquence. Sur le compte qui en a été rendu à S. A. R. elle a décidé que la sentence est dans les règles et que vous ne pouvez pas vous plaindre. Cependant, pour cette fois, S. A. R. veut bien vous faire donner trois cens livres pour vous tirer de cette affaire ; l'ordonnance vous en sera envoyée sitost qu'elle sera expédiée.

« Je suis, Madame, vostre très humble et très affectionné serviteur.

« Law (1). >

Cependant l'Hôtel-Dieu était plus que jamais dans l'impossibilité de payer les droits qu'on voulait lui imposer sur les 200 muids de bière jugés nécessaires pour sa consommation annuelle, et les sœurs incorrigibles transgressèrent de nouveau les édits. En effet, lit-on

(i) Voici ce qu'écrivait le chirurgien Dumoût à l'abbé Senaevillc le 9 avril 1720 :

i> J'ai reca, Monsieur, les deux lettres que vous m'avez fait Ihonrcur de m*écrire, je vous suis bien obligé de la part que vous voulez bien me donner dans vos prières conjointement avec vos bonres religieuses pour satisfaire à vos justes demandes. J'ay parlé deux fois i S. A. R. Mgr. le Régent, il vient de donner ordre à M. le Contrôleur Général des Finances de faire cesser tontes les poursuites comme vons faites par les Commis des Aydes, et de vods conserver dans vos privilèges. Ne soyez donc plus inquiets et vos religieuses. Vous n'avez plus rien à craindre. Je suis charmé de vous avoir fait ce plaisir, vous estimant infiniment. Je me recommande à vos bonnes prières et i celles des bonnet religieuses. J'ay l'honneur d'estre, Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur.

Ptrts le 9 avril 1720. Dçmont.

«lis un procôs-verbal, les commis des aides avaient « vu sortir à

travers les tluiilles de leur brasserie une fumée épaisse, ce qui nous

avoit ol)li«^é de rester devant ladite brasserie pour sentii* et odorei*

ladite fumée, laquelle fumée nous avons sentye et odorôe et recognu

qu'elle sentoit très fort le lioublon. »

u Les procès recommencèrent alors de plus belle. Mais vainement

ette fois les sœurs réclamèrent, il leur fut ifîpondu par M. de Gau-

nont qu'on ne pouvait cban^^er la dispositions des ordonnances.

, Vostre maison, toute favorable qu'elle est, leur écrivit il, n'a d'autres

I exemptions que celles attribuées au clergé (1). » En même temps le

rrand Maître des ICaux et Forêts, les condamnait en 500 livres d'a-

aende et 744 livres de restitution pour avoir fait abattre sans autori-

ation « 50 petits cliesnes de mauvaise nature » pour la restauration

:[e leur maison (2).

En présence ce cette lutte opiniâtre avec le pouvoir, doit on conianmer la conduite des sœurs et n'y voir qu'un acte d'insubordinaion ? Mais leur misère est indicible ; leur maison est dans un « tel

< débris, que les pauvres malades sont tout trempés dans leurs lits ; » îlles-mômes « consomment toutes leurs dots (3) pour la subsistance : des pauvres malades, ayant même été réduites à vendre leurs habits ; et leur gobelets » et pour faire face à tout, en 1721, époque du Camp le Montreuil, elles n'ont plus que 3,653 livres de revenus en argent et .62 setiers de blé (4).

C'est qu'aussi la chute du système de Law était venu compliquer a situation déjà si pénible de l'Hôtel-Dieu. Les sœurs s'étaient vu rembourser en billets 30,734 livres dont 8,000 par l'Hôtel de Ville de Paris. On lui avait fait le retrait moyennant 9,000 livres également en Dillets de 92 mesures de terre à Saint-Nicolas. Ainsi les revenus des capitaux et ceux de la terre manquaient (5).

« S. A. R. prend actuellement des mesures pour procurer des

< secours aux maisons hospitalières qui sont dans les besoin », maniait M. de Gaumont à la supérieure (6). Mais ces secours les sœurs pouvaient elles les accepter ? « Il est vrai, écrivirent-elles à d'Ormes- .< son, membre du Conseil de la Reine, que Sa Majesté ayant égard au :< triste état où l'Hôtel-Dieu se trouve réduit, a ordonné que, pour

(i) B 92 Case 7.

(2) A I Case i .

(3) Les dots étaient en moyenne de 100 liv. de rente. Le 20 août 1707 S4arie Anne Monsigny apporta en dot nne somme de 2,200 livres plus 10 aunes ie serge noire de Londres pour une robe et une jupe, 3 aunes de serge noire i'Aunale pour doublure, i jupon en ratine pour la véture ; pour la profession ; \. aunes de serge de Saint-Lô pour robe d'hiver, 8 aunes de serge de Londres, [ aunes de serge d'Aumale, 7 aunes de serge verte pour lit, 2 couvertures dont ane verte et l'autre blanche, une demi douzaine de chemises, nne ba^ne d'or, ane cuillière, une fourchette, une tasse d'argent, le tout pour son usage a du ï prix et poids que ledit sieur Monsigny en voudra avoir pour son honneur. » F 4 Case 9.

(4) A I Case i.

(5) A I Case i .

(6) B 92 Case 7.

« l'indemniser, il seroit imposé sur les habitants de la ville un octroi

< ou une augmentation de ceux déjà établis ; mais les suppliantes « représentent à Votre Grandeur qu'il n'est pas possible d'établir à « Montreuil aucun octroi ni augmenter ceux qu'on perçoit actuelle- « ment, parce qu'ils ne sont pas suffisans pour acquitter les charges « ordinaires de la ville réglées par arrêt du Conseil de 1691, la misère

< de la ville étant si grande que l'on ne peut rien imposer de nou- « veau (1). » En conséquence les sœurs demandent qu'il leur so' permis de faire abattre dans leur bois de réserve lia 1200 chôno dont le produit servirait à la reconstruction d'une partie de leur maison qui, parait-il, venait d'être incendiée (2). On ne sait si la requête des sœurs fut agréée. Une lettre du 17 mars 1721 adressée par M. de la Fresnaye leur fait seulement connaître que tout permet de croire que M. d'Ormesson accordera la faveur demandée (3).

Sur ces entrefaites, Louis XV voulant mettre un terme aux dissentiments qui existaient depuis plus de vingt cinq ans entre l'Hôtel-Dieu. et la ville de Montreuil au sujet de la réunion des biens de l'hospice Notre-Dame qui, par inadvertance, avaient été omis dans les lettres de 1696, ordonna par lettres patentes du 28 février 1721 rendues sur un arrêt de son Conseil du 3 décembre précédent, la réunion définitive de ces biens à l'Hôtel-Dieu à condition toutefois qu'il serait satisfait aux prières, services et fondations dont pourrait être char,L l'hospice Notre-Dame et que le collège de la ville établi dans les bâtiments y serait maintenu moyennant une redevance annuelle de. 20 sous que la Ville payerait à l'Hôtel-Dieu (4). \

La nouvelle que les sœurs avaient obtenu du roi la réunion des biens de l'hospice Notre-Dame aux leurs émut d'autant plus le Magistrat que, de son consentement, les Carmes chargés de la direction du Collège avaient depuis plus d'un an, transféré leurs classes dans leur couvent. Se fondant sur ce fait et s'en tenant strictement aux terme^^ des lettres patentes, l'Hôtel-Dieu s'était déclaré libre de ses enga- • ments. C'est alors que les conflits recommencèrent et que mayeur et échevins revendiquèrent avec plus d'ardeur que jamais la possession des biens de l'hospice Notre-Dame. A cette occasion Mgr Sabatier écrivait d'Amiens à M. Senneville :

« 7 Ce 12 janvier 1722.

Je ne vois pas. Monsieur, ce qui peut vous empescher de reprendre la maison de l'ancien collège puisqu'elle dépend de la chapelle qui a esté réunie à l'hostel Dieu et que vous ne l'aviez cédée que pour col usage. Vous pouvez donc vous accomoder avec M. le Mayeur de la ville et tirer de cette maison tout ce que vous pourrez pour le bien des pauvres. A l'égard de l'hospital de Beaurain (5), comme il est du diocèse de Boulogne, je crois que vous auriez de la peine à obtenir le consentement de l'évêque pour cette réunion. D'ailleurs, je ne scav

(i) A I Case i.

(2) Ch. Henneguier, notice sur V Hôtel-Dieu de Montreuil.

U) B 92 Case 7.

(4) A 3 Case i .

(5) Les biens de l'hospice de Beaurain avaient fait partie de la Commanderie du Val.

)as assez les chai-^^^es et les conditions qu'on voudroit vous imposer Ml vous donnant le l)ien de cet hospital pour approuver ou pour •('jeter cette union. Vous en pourriez conférer avec M. le Doyen de verton (1) qui ne nianqueroit de s'instruire à fond de cette allaire et , le m'en rendre comi)te.

I « Vous avez toutes les armes qu'il vous faut pour vous défendre ■contre les coureurs de Home qui voudroient usurper vostre chapelle. 5i vous avez obtenu des lettres patentes sur cette union et qu'elles ayent esté vériflées au Parlement, vous n'avez pas besoin d'autre protection et vous pourrez commencer à jouir de ce que vous donniez au dernier titulaire.

« Je suis, Monsieur, entièrement à vous.

« Pierre, évèque d'Amiens. »

Malheureusement pour l'Hôtel-Dieu, les lettres de réunion des biens de l'Hospice Notre-Dame n'avaient pas encore été enregistrées par le Parlement et, à force de démarches, le 9 mai 1722 le Magistrat avait obtenu de la Cour un arrêt décidant qu'il ne serait procédé à cet enregistrement qu'après communication desdites lettres au Conseil de la Ville qui ne se prétendait nullement déchu de ses droits en ce qu'il songeait à la création d'une école de filles sous la direction de sœurs de la Providence dans les bâtiments de l'Hospice Notre-Dame abandonnés depuis plus d'un an.

Quoiqu'il ne vit dans cette création qu'un faux prétexte de la part du Magistrat, l'Hôtel-Dieu consentit à la cession demandée moyennant divers avantages consignés dans la lettre suivante adressée d'Amiens par l'évêque à l'abbé Senneville :

« f Ce 8 aoust 1722.

« Je viens. Monsieur, de voir M. l'Intendant. Je luy ay exposé les difficultés qu'on fait à nos chères filles au sujet de la maison et du jardin du collège qu'on veut prendre pour loger les maîtresses d'école. Je lui ay dit que l'hostel Dieu vouloit bien céder les deux classes et la maison avec le jardin à condition que la Ville exempteroit l'hostel Dieu de la redevance de 5 livres due par leur jardin et des 10 livres qu'on exige fort injustement sur l'entrée des bois de la ferme du Val. Il m'a témoigné que cela estoit juste et qu'il obligeoit la ville de céder ces deux articles. Ainsi il faut luy présenter une requeste pour lui demander son consentement à l'effet de l'enregistrement des lettres patentes et y joindre la convention par laquelle vous cédez la maison et le jardin du collège pour estre employés à l'usage des maistresses d'école à condition que la ville exemptera l'hostel Dieu de 5 livres et des 10 livres qu'il est obligé de payer.

« Faites dresser cette requeste, envoyez la icy et M. l'Intendant m'a promis qu'il fera agréer cette convention par les Magistrats malgré tout ce qu'on voudroit faire pour l'empescher et donnera son consentement pour l'enregistrement des lettres patentes. J'y joindray le mien et vous tascherez d'obtenir les autres que le Parlement vous demande. Si vous pouvez avoir une copie du premier consentement

(i) Pierre Enlart, licencié en théologie, curé de Verton et doyen de la Chrétienneté de Montreuil.

que j'ai donné vous me ferez plaisir de me l'envoyer pour m'y conformer dans le second.

« Je suis, Monsieur, entièrement à vous.

« Pierre, évêque d'Amiens (1). »

Ce que l'Hôtel-Dieu demandait n'était pas un privilège, mais tout simplement l'exercice d'un droit alors commun à tout bourgeois, celui d'introduire en franchise dans la ville les bois provenant de ses propriétés. Si d'ailleurs on se reporte à une sentence de l'échevinage du 27 mai 1706, les sœurs en avaient joui déjà, puisqu'à cette époque l'adjudicataire des entrées de bois avait été condamné à la restitution de droits injustement perçus envers leur maison (2). Moyennant cet abandon et celui de quelques redevances qu'il payait à la ville l'Hôtel- Dieu consentait donc à ce qu'elle devint « propriétaire incommutable » des bâtiments de l'ancien collège et, en cas de relus de sa part, demandait l'enregistrement pur et simple des lettres patentes de 1721.

Pour toute réponse à ces ofïres, les échevins Queval, Poultier, Boudou et Havet écrivirent à l'intendant Chauvelin qu'ils ne sauraient être plus longtemps en butte « au caprice de trois ou quatre filles « religieuses » qui dissipent le bien des pauvres « en mauvaises dis- « eussions ; » que l'administration ne leur en appartenait pas et ne pouvait que « péricliter » entre leurs mains, qu'enfin il n'était « ny « juste, ni possible qu'elles vaquassent à différentes fonctions sans en « obmettre quelqu'une. »En un mot les malades manquaient de soins et pour que tout allât bien, l'administration de l'Hôtel-Dieu devait appartenir à ces messieurs.

Ces insinuations malveillantes causèrent à la Communauté la peine la plus vive. Mais l'évêque prit alors ouvertement sa défense et réclama du Parlement le droit d'intervention au procès comme « supérieur et « administrateur né de l'Hôtel-Dieu de Montreuil. » En même temps il écrivit à la sœur Guèrard, en ce moment à Paris pour la défense des intérêts de sa maison, la lettre suivante .'

« f Amiens, ce 22 septembre 1723.

« Puisque vostre affaire, ma très chère fille, n'est pas encore terminée et que vous seriez obligée de retourner à Paris à la rentrée du Parlement, je consens que pour épargner la peine et la dépense de deux voyages, vous restiez à Paris ; et cette lettre vous tiendra lieu de prorogation de vostre première obédience jusqu'à ce que vostre affaire soit terminée.

« Vous avez bien fait de communiquer à M. de Lamoignon la lettre que je vous ay écrite pour lui faire voir Testât de vostre gouvernement. Si vos sœurs pœuvent obtenir la signature des curés, des gentilshommes et de quelques bons bourgeois de Montreuil en vostre faveur, nous tascherons d'y joindre le tesmoignage de M. l'Intendant. Ne pourriez vous pas en avoir un de M. le duc d'Elbeuf avec sa recommandation puisqu'il vous a toujours témoigné beaucoup de bonté et qu'il vous a promis sa protection ?

« Il ne faut pas vous alarmer sur la requeste des bourgeois et

(i) H 7 Case i.

(2) A I Case i.

'estât major de vosti'o ville ; il ii'ost pas aisé de faire cliangcr Testât .'une maison sur le caprice d'un mayeur et des offitûei-s qui veulent e mesl(M' do tout et mesme do ce ({ui ne leur convient pas. Vous aurez oujours la liberté de vous deiendre et de faire connoistrevostre di*oit. 1 iaut beaucoup appuyer sur ce que vous ne pourriez plus recevoir e lilles si on chan<.,^eait Testât de vosti'o gouvernement et qu'on voulut ous laire dépendre des administrateurs dans le gouvernement de ostre temporel qui appartient autant à la Communauté qu'aux pauvres. <€ Je suis, ma très chère fille, entièrement ù vous.

< Pierre, évoque d'Amiens (1) >.

I Les attaques de Téchevinage servirent plus la cause de THôtel-Dieu [u'eîles ne lui furent préjudiciables. Chacun sut en apprécier la valeur it s'empressa de manifester aux sœurs l'estime que leur dévouement nspirait.

Le bailli de Waben, Charles Patte, résidant à Montreuil, avait attesté [ue les sœurs administraient les biens de leurs maison.« avec justice et : équité; que ce seroit un préjudice très notable à toutes les dames { religieuses et la ruine entière des pauvres malades si ledit hostel : Dieu estoit administré par des personnes séculières et laicques à ( cause qu'il ne subsiste que par l'économie et le bon mesnage des :< susdites dames religieuses dont les dots sont la plus saine partie du

< revenu de Thostel Dieu ; d'ailleurs les bourgeois solvables ne s'en t voudroient pas charger sans rétribution et ce seroit un occasion à

< certains de s'enrichir aux despens desdits pauvres, ce que Texpé- .< rience nous fait assez connoistre dans les administrations des biens K des hospitaux et hostels Dieu arrivées au tems des billets de Banque t en Tannée 1720 (2): >

Le 3 octobre 1728, de Latour déclara que depuis neuf ans qu'il âtait major de la place de Montreuil, il s'est < souvent porté à Thos- K pital nommé hostel Dieu Saint Nicolas de cette ville, administré c par des religieuses ; qu'il a toujours trouvé tous les soldats, cavac tiers et dragons des troupes du Roy très bien soignés et bien X nourris suivant Tordre du médecin et que tous les malades y trou- « vent leur soulagement par l'attention des dames religieuses dudit « hostel Dieu. » Semblable déclaration fut faite par le lieutenant de roi de Caresse ; toutes confirmèrent le certificat suivant délivré un an auparavant aux sœurs par le duc d'Elbeuf, gouverneur de la Province-:

« Nous, Henry de Lorraine, duc d'Elbeuf, pair de France, gouverneur général de Picardie et d'Artois et gouverneur particulier de la ville de Montreuil, certifions à qui il appartiendra que les religieuses de Thospital dudit lieu de Montreuil ont toujours avec zèle servy ledit hospital qui, pendant les tems de guerre, a esté très utile aux troupes du Roy et qu'elles ont négligé leur propre intérêt pour le bien des pauvres et le service du Roy, ayant très peu de bien par rapport aux services qu'elles ont toujours rendus. En foy de quoy j'ai signé de ma propre main le présent certificat et ay fait apposer le cachet de mes armes.

< Fait à Montreuil ce 22 août 1722.

« Le duc d'Elbeuf. >

(i) A 3 Case i.

(2) A I Case i.

Ces attestations pesèrent fortement sur la décision de la Cour à l'égard des sœurs. L'habileté du Magistrat put la retarder mais non en changer les conséquences. Le 22 juillet 1724 le Parlement passa à l'enregistrement pur et simple des lettres patentes du 28 février 1721 réservant, il est vrai, dans ses droits l'abbé Antoine Ghinot qui était intervenu dans le cours des débats comme chapelain prétendu de la chapelle annexée à l'Hôpital Notre-Dame (1).

Nous ne rappellerons ici que pour mémoire les différends survenir entre l'Hôtel-Dieu et le fermier du Val Pierre Scelers (2); le procès qu'il soutint contre les habitants de Bois-Jean au sujet du pâturage sur les terres du Val et dont l'issue fut favorable à l'Hôtel-Dieu suivant l'arrêt du Parlement du 11 août 1722(3) ; les poursuites dirigées contre les détenteurs des titres du Val (4), et contre ceux qui refusaient le paiement des censives provenant de la maladrerie de Waben (5).

A cette époque aussi recommencèrent entre les sœurs et l'abbé Fauchâtre curé de Saint-Waloy, les contestations qui furent si vives au XV« siècle au sujet ducasuel. Pour la défense de ses droits, l'Hôtel- Dieu se prévalait des faits rapportés sous les gouvernements de Pierre Dobert et de Guillaume Poullain ; il suffit donc de s'y reporter pour déduire de la lettre suivante de l'évêque d'Amiens la solution donnée à cette affaire.

« f Pernois, ce 6 septembre 1727.

< La sentence, ma très chère fille, de Jean Avantage, évesque d'Amiens, décideroit vostre difficulté avec M. le curé de Saint Vallois, si on voyoit un extrait en forme de cette sentence; mais vous ne me présentez qu'une note qui a esté faite dans vos cartulaires, ce qui n'a pas d'autre autorité que celle que peut donner une simple relation des parties intéressées. On y voit cependant un caractère de sincérité et d'antiquité qui ne permet pas de douter de la vérité de cette note ni du fait qui y est énoncé. Ainsi votre cause pai-oit fort bonne, mais si i vous pouvez nous donner la preuve de ce particulier dont M. le curé i de Saint Vallois fut obligé de rendre le luminaire au bout de l'an, il , n'y aura plus lieu de douter de votre droit. J'écris à M. Fauchastre i que si vous lui faites voir la preuve de ce fait particulier, je lui con- i seille d'abandonner sa prétention. Faites donc en sorte que M. Sen- i neville la luy montre. i

« Je suis, ma très chère fille, entièrement à vous.

« Pierre, évêque d'Amiens (6). >

(i) A I Case i.

(2) B 100 Case 9.

(3) B 34 Case 5.

(4) B 34 Case 5.

(5] B 41 Case 5.

(6) Ces sortes de contestations se produisaient encore assez fréquemment à cette époque :

Le 18 mai 1706, le baillage de Montreuil, sur la demande d'une demoiselle Dupuis,sœur de Jean Dapuis, curé de Saint Jacqaes, condamne Philippe Esgret, curé de Notre-Dame à délaisser à la demanderesse le corps de son frère pour lui être inhumé dans la paroisse Saint Jacques dont il était curé, ainsi qu'il l'a déclaré, souhaité à la mort au sieur Desguinegatte qui l'a certifié nonobstant l'opposition de M Esgret aux offres par U demoiselle Dupuis de payer les droits d'inhumation à la paroisse Notre-Dame.

Malgré le relour j'i des temps plus calmes, vers 1727 les sœurs de 'Ilôlol-Dieu (Haieul i'('îduitcs (Micoro à adressoi* la sui)])lique suivaute .u Ministre do la (iueri'o Leblanc (1) :

' « Les supéi'ieure et religieuses de Thostel Dieu de Montreuil-sur- Mer vous représoiiLeiit très huniblenient que vous eûtes la bontf'; eu 17'J."^ de leur accorder cent chemises pour le secours des malades des troupes du Roy qui sont mis dans leur hospital et qu'en 1724, il leur fut accordé cinijuante })aires de draps; que lesdites chemises et drajis qui servent uniquement à Tusage des soldats malades dudit hospital sont usés et hors de service; que leur pauvre situation ne leur pei'met pas de suppléer au manquement de linjj^e ; qu'elles espèrent que vous aurez la bonté de leur en accorder de nouveau d'autant plus que le marché qu'elles ont avec le Uoy ne leur est pas avantageux à cause de la chéreté des vivres et des denrées et dos droits de consommation sur les vins et eau-de-vie qu'on leur fait payer, car elles ne sont pas en état de donner leurs vivres et leur attention pour les malades pour lesquels elles ne se plaignant de leurs peines. Elles vous supplient de leur accorder le moyen de les tenir proprement en leur donnant un nombre de deux cens ' chemises et cent paires de draps, et elles continueront leurs prières pour la santé et la prospérité de Votre Grandeur (2). » Gomme l'état de délabrement d'une partie des bâtiments de l'Hôtel- )ieu nécessitait depuis longtemps une prompte reconstruction, les œui's, malgré leur état de gêne, avaient dû y pourvoir. Dès 1725, les iverses mai-sons achetées par elles pendant le XVII^ siècle sur la ilace Saint Saulve et appropriées tant bien que mal au service, furent battues pour l'aire place au grand bâtiment que l'on voyait encore en 854. Pour l'alignement de cette construction nouvelle qui comprelait des salles, le réfectoire, des chambres d'hôtes et un dortoir, 'échevinage avait, le 15 mars 1725, consenti la cession de deux pieds e terrain à la condition « que lesdites religieuses payeront par chacun an à la Ville et lui sera apporté à la maison de ville un bouquet de fleurs au retour de la procession générale du Saint Sacrement (3) » laquelle, suivant un ancien usage conservé jusqu'en 1854, aisait une station dans la chapelle de l'Hôtel-Dieu et traversait la :rande salle des malades pour de là se diriger vers l'abbaye royale de lainte Austreberte.

La générosité des habitants, le concours de l'évêque n'avaient cerainement pas manqué aux sœurs pour la réalisation de ces travaux ; l ne faut pas non plus oublier la sage direction de l'abbé Senneville ■ ont le zèle ne se démentit jamais durant les vingt-sept années qu'il ut à la tête de l'Hôtel-Dieu. Toutes ces constructions ne l'ayant pas impêché, le 15 janvier 1727, d'employer le produit de quelques dots »u dons au rachat d'une rente en nature due à Jean Daniel de Houietot, écuyer, et, le juillet 1727, à celui d'une autre rente due à intoine de Boitel, chevalier, seigneur de Réveillon (4). La libération

(i) H 7 Case 9.

(2) A I Case i.

(3) Bill Case 9.

(4) B 36 Case 5.

de cette dernière rente dont la fabrique de Verdun revendiquait la moitié du montant, donna lieu à un long procès qui se termina à l'avantage de l'Hôtel-Dieu {ij.

A cette époque l'achèvement des travaux était complet et pour la première fois Monseigneur Sabatier vient visiter les nouvelles constructions et peut-être môme aussi les bénir.G'estce qui paraît ressortir de la lettre suivante de ce prélat à la supérieure Marie Delhomel :

(i) B 96 Case 7.

« -f A ma lr(>s cli6re fille la iiK^ro supérieure (le riIùlel-Dieu de iMontreuil.

« Ce 10 aousL 172U.

« J'esprre, ma Irôs chôro fille, profiler de l'onVe que vous m'avez laiLo de voU*e nouveau logement et ai'river ('liez vous le lundy 22 d»i ce mois. M. le Doyen sera avec moy avec M. Vilmar. Mou équipage sera logé au cabaret ([ui est proche rHôlel-Dieu (;t Je vous prie de ne*, vous pas donner tant de pe'ue pour meublei- mou appai'tement, tous ces préparatifs sont inutiles ; un lit et une table avec des chaises sufllsent pour nous loger.

« Je salue toutes mes chères filles par avance et je suis, ma très chère fille entièrement à vous.

« Pierup:, évoque d'Amiens (1) >^.

L'abbé Senneville, docteur en théologie, uiourut le 13 janvier 1731 à Viv^e de 00 ans (2) et fut inhumé dans les caveaux de la chapelle de riIôtel-Dieu malgré l'opposition des chanoines de Saint Firmin qui réclamaient son corps, l'abbé Senneville ayant été leur collègue pendant de longues années.

La perte de ce digne prêtre causa un grand deuil tant dans la communauté que parmi ceux dont il avait dirigé l'instruction pendant les loisirs que lui laissait l'administration du l'Hcjtel-Dieu et l'évequo qui avait eu si souvent l'occasion d'apprécier sou mérite, confirmait en ces termes les éloges que faisaient de lui tout ceux qui l'avaient approché :

« f A ma très chère fille la sœur Saint- Augustin,

religieuse de l'Hostel Dieu de Montreuil.

« Ce 20 janvier 1731.

« Pour vous donner, ma très chère fille, un directeur comme celuy que Dieu a voulu récompenser de ses travaux, ille faudroit faire de

(i) H 7 Case 9.

(2) Parmi ses élèves, il faut citer J. B^^ Fourdinier de Rémorlier décédé abbé de Doudeauville en 1775.

Voici une lettre que Nicolas Fourdinier, sieur de Rémorlier et du Grand et du Petit Saint Michel, lieutenant criminel en la sénéchiussée du Boulonnais, écrivait en 1727 à l'abbé Senneville :

Boulogae, 27 juillet 1727.

Monsieur,

Je sais fort charmé que l'abbé Fourdinier, mon parent, soit sous vos yeux et votre discipline pour apprendre l'art de devenir bon philosophe. Je suis convaincu que vous n'êtes pas moins habile dans la science de la philosophie qu3 dans les humanités dont vous m'avez donné les premiers principes. Je vous prie de lui continuer vos bontés et vos soins pour qu'à la fin de son cours de deux années il possède toutes les parties dans leur perfection et qu'il en fas.e bon usage dans l'avenir. Je suis très sensible aux égards que vous avez pour lui et au présent de six livres que vous voulez b'en lui faire. Je me recommande à vos saintes prières dans lesquelles je vous supplie de faire entrer ma famille qui n'est pas moins disposée que moy à vous servir. J'ai fhonneur d'être avec beaucoup de vénération, Monsieur, voire très hui.ible et très obéissant serviteui.

DE Saint-Michel.

A Monsieur de Senneville, très digne prestre, directeur de l'Hôtei-Dieu \ Montreuil.

commande; cependant j'ai en vue un excellent sujet qui pourra le remplacer en bien des choses. Votre honoraire est petit et, en refusant de le recevoir en pension, vous lui otez ce qu'il peut trouver de plus favorable dans sa condition, car vous l'obligez par là de faire son mesnage et d'avoir un domestique, ce qui n'est pas aisé. Puisque les Pères Carmes font le service de votre maison je ne me presseray pas

de déterminer le confesseur que j'ay en vue et je vous feray sçavoir s'il s'accomodera de cet emploi. Je ne puis vous promettre un vieux prestre, mais un homme qui aura, comme dit l'escriture, l'honneur et le mérite de la vieillesse...

« Je suis ravi que vostre santé soit un peu rétablie et je suis, ma très chère fille, entièrement à vous.

« Pierre, évêque d'Amiens (1) ».

(i) H 7 Case 9.

Noms des sœurs qui prirent le voile sous l'abbé Senneville : Marie Josephe Mousi^niy de Sainte Thérèse, Marie Anne Marguerite Oabrielle (nieiizo do Saint Augustin, Marie Anne Monsigny de la Présentation, (IharloLLe Lovergne de Saint Joseph, Marthe Picquefeu de Saint Nicolas, Anne Austrcberte Leroux de Sainte Agnès, Jeanne Madeleine PicMiueleu de Sainte Ursule, Louise Charlotte de Bresdoult de Saint Louis, Marie Anne Calippe de Sainte Thérèse, Marie Catherine Calippe de Saint Pierre, Marie Madeleine Hacot de Sainte Marthe, Marie Antoinette Maigret do S. J. Bte, Marie Jeanne Marquant de Saint Alexis, ^Vnne Elisabeth Lefôvre de Sainte Cécile, Angélique Carie de Saint Norbert, Marie Marguerite d'Heuzé de Saint Charles, Catherine Letebvre de Sainte Catherine, Marie Françoise Coupler de Saint Benoit.

Charlotte Elisabeth Guibert et Henriette Madeleine de la Fresnaye décédèrent pendant leur noviciat.

Antoine REGNAULT (1731-1732)

Directeur de l'Hôtel-Dieu du 1 février 1731 au 4 octobre 1732, l'abbé Antoine Regnault, curé de Saint-Waloy, songea plutôt au bien spirituel que temporel de cette maison (1).

Le couvent des Carmes était à Montreuil la seule communauté religieuse où se pratiquât le culte du Sacré-Cœur. « Sachant par « expérience que non seulement lesdites religieuses (les sœurs de « l'Hôtel-Dieu), mais le peuple de cette ville ont une grande dévotion « au Sacrement de l'Autel ; qu'il y a plusieurs dimanches de l'année « où la bénédiction du Saint-Sacrement ne se donne que dans une « seule église, ce qui ne suffit pas dans une ville pour que chacun « puisse y assister; qu'au surplus ces sortes de saints donnent plus « facilement lieu de sanctifier le saint jour du dimanche en retirant « plusieurs personnes du cabaret, des promenades dangereuses et « de la dissipation », Antoine Regnault obtint de l'évêque d'Amiens le 21 février 1732, pour son église paroissiale, l'Hôtel-Dieu et l'hospice des Orphelins qu'il dirigeait également, l'autorisation de célébrer ce culte qui se pratique encore à l'Hôtel-Dieu le troisième dimanche de chaque mois. Plus tard, le 2Q juillet 1783, Nicolas Dargnies, archidiacre de Ponthieu et vicaire général de Mgr de Machault, autorisa les sœurs à célébrer de plus un salut le jour de la fête du Sacré Cœur (2).

Jean François SIMON ri732-i735)

Jean François Simon, chanoine de la collégiale de Saint Firmin, dirigea l'Hôtel-Dieu depuis le mois d'octobre 1732 jusqu'à sa nomination à la cure de Cucq, le 1 décembre 1735 (3).

(i) E 99 Case 3.

{2) C 4 Case 9.

(3) E i9 Case 9.

De son temps eut lieu l'incendie de l'abbaye royale de Sainte Austreberte dans la nuit du 21 au 22 octobre 1733, à la suite duquel des AO religieuses bénédictines qui composaient la Communauté 22 séjournèrent à rH(3tel-l)ieu pendant un mois et un jour. Ce qu'on retrouva des ossements de la sœur Thérèse Doye qui avait péri dans les llammes fut inhumé dans la chapelle de l'Hôtel-Dieu. Les autres sœurs se retirèrent dans leurs familles ou se répandirent dans les provinces voisines pour solliciter des secours.

Les bâtiments le moins maltraités par le feu ayant été en toute hâte réparés, dès le 22 novembre 17 religieuses portant processionnellement les chasses de Sainte Austreberte, de Sainte Framehilde et de Sainte Julienne purent rentrer dans leur maison, accompagnées des sœurs de l'Hôtel-Dieu.

L'abbesse, Madame Marguerite Le Boucher d'Orsay, alors âgée de 87 ans, et quelques unes de ses religieuses restèrent encore à l'Hôtel- Dieu jusqu'au 23 janvier 1734 en attendant le rétablissement d'une chambre du quartier abbatial située près de la chapelle (1).

Sous l'abbé Simon, l'Hôtel-Dieu racheta, le 17 mai 1734, une rente en nature due à Claude d'Urre, seigneur de Clenleu, sur la ferme du Val et le 20 juin suivant, une autre rente due à François Pérache, ancien officier au régiment de Lorraine infanterie (2).

Gabriel de SAINTE-MARIE

Le R, P. Gabriel de Sainte Marie, prieur du couvent des Carmes remplaça l'abbé Simon depuis le mois de décembre 1735 jusqu'au 19 mai 1736 (3).

François HALLON (1736-1742)

François Hallon, chanoine de Saint-Firmin, directeur de l'Hôtel- Dieu depuis le mois de Mai 1736 jusqu'à sa nomination à la cure de Kennevillo le 20 mai 1742(4), eut certains différends avec les habitants d'Ecuires qui prétendaient faire participer l'Hôtel-Dieu, comme possesseur de l'ancienne maladrerie du Val, aux frais de réparation de leur presbytère. Semblables contestations avaient surgi déjà en 1682 avec le commandeur marquis de Cadrieu (5).

La famille Heuzé, l'une des principales de Montreuil (6), ne cessait ^"".epuis un siècle de donner des marques d'affection à l'Hôtel-Dieu. Plusieurs de ses membres y avaient prononcé leurs vœux et, le 3 mars 1658, Pierre Heuzé, l'un des curés de Notre-Dame, avait marié <lans la chapelle de cette maison Pierre de Caboche, écuyer, sieur de la Crœuse, capitaine de cavalerie au Mont-Hulin, avec Marguerite

(1) F 6 Case 10.

(2) B 36 Case 5.

(3) E 39 Case 9.

(4) E 39 Case 9.

(5) B 34 Case 5.

(6) Heuzé porte de oueules à la croix anchrée d'or, écarteUe d^argent à Vaigh ebhyée de sable et sur le tout d'azur à / étoiles d'or.

Fig. 4. — Saint Firmin.

Oi>t4IU>lC

Pig- 5. - Saint Wallon embrassant le Christ sous la forme d'un lépreux.

Heuzô, fille do Henri, lieutenant gônôral du bailiage de Montreuil, et de Jeanne do P()illy(l).

Sous l'abbé llallon, Marie Anne Mar^^ueriLo GabrioUe Heuzô de Hurteventdo Kaii^iioil se si«^nala envei's l'IIôtel-Diou par la fondation moyennant 1,000 livres de deux obits chanté slyqc Libéra cl de profundis pour elle et (îaspard (rifeuzé, son mari, et de sept messes basses avec de profundis à dire aux /êtes et à l'autel de la Vierge donnant dans la grande salle, pour elle, son mari et leurs enfants spécialement pour Henri Joseph d'Iïeuzé, écuyer, seigneur de Hurtevent, époux do Marie Qabrielle de Flahaut, pour Marie Anne Marguerite Gabrieile d'Heuzé en religion sœur Sainte Augustin ; pour feu Marie Gabrieile d'Heuzé, épouse de messire Charles Hubert Nicolas François de la Fontaine, écuyer, seigneur de Verton, Hallencourt et autres lieux, et pour tous leurs enfants et descendants. En garantie de cette fondation, la Communauté assigna 12 mesures de terre situées à Saint-Michel au lieu dit les Buquets qu'avec les deniers de la famille Heuzé elle avait acquises d'André Broussin le 8 juin 1739 (2).

Sous l'abbé Simon Marie Elisabeth Octavie Heuzé prit seule le voile avec le titre de Saint Gabriel.

Joseph SANNIER (1742-1762)

L'abbé Joseph Sannier, originaire de Vergies près d'Abbeville (3), rétablit dès son arrivée à l'Hôtel-Dieu, la cérémonie de la rénovation annuelle et publique des vœux, négligée depuis longtemps < à cause « de la grande foule de malades occasionnée par les guerres > et dont il fixa le jour à la fête de la Présentation (4).

A la suite de nombreuses démarches, le 7 février 1744 Louis XV accorda à l'Hôtel-Dieu des lettres de surannation pour l'édit de réunion des biens de la commanderie du Val à l'Hôtel-Dieu, lequel édit

(i) Actes de l'état civil.

(2) B 117 Case 2.

(3) Registre des décès.

(4) Voici une formule des vœux extraite du registre aux Actes de profession : Au nom de la Très Sainte et ladividue Trinité et de toute la Cour Céleste,

moi, sœur Marie Madelaine Biaré dite de Saint François, native de Montreuil, âgée de 23 ans, fille de maître Jacques Biaré, marchand, et de Marguerite de Gonis, voue et promets à Dieu, à la Bienheureuse Vierge, à nos glorieux pères Saint Augustin et Saint Nicolas et la Bienheureuse Sainte Marthe et à vous, mon père, obéissance, chasteté, pauvreté et m'employer fidèlement au service des pauvres malades de cette maison tant à leur santé corporelle qu'au salut de leur âmes en gardant la règle de Notre Bienheureux père Saint Augustin et les constitutions de cette maison sous l'autorité de Monseigneur l'illustrissime et révérendissime évéque d'Amiens, lesquels vœux et profession je fais volontairement et sans contrainte. De quoy j'ai écrit et signé ce présent écrit le 24 novembre de l'an de l'Incarnation de Jésus Christ 1744. Sœur Marie Madeleine Biaré dite de Saint François, sœur Le Roux de Sainte Agnès, supérieur J. Sannier, prêtre, chanoine de Saint-Firmin, directeur de l'Hôtel-Dieu, préposé par Monseigneur d'Amiens. (F 5 Case 10.)

n'avait été adressé à la Chambre des Comptes après l'enregistrement parle Parlement. Cette faveur causa la joie la plus grande dans la maison et la Communauté pour marquer comljien elle en était sensible, fit une communion générale à l'intention du conseiller du Cornet, greirier en chef de la Cour des Comptes, qui avait contribué à l'obtention de ces lettres et que dès lors elle mit au nombre des bienfaiteurs (i).

Pierre Pasquier, sieur de la Cressonnière, avocat au Parlement et receveur des consignations ayant laissé par testament à l'Hôtel-Dieu une somme de 2,000 livres pour la desserte annuelle de dix obits. l'abbé Saunier l'employa le 15 juin 1746 et le 28 avril 1747 au rachal de rentes dues sur le Val aux sieurs Pierre Grégoire Marie Enlart de Grandval, conseiller au Conseil provincial d'Artois ; Guislain Rem Enlart, seigneur de Courteville, conseiller secrétaire du roi à Arras, i et Jean Baptiste Henri de Raincheval, chevalier, seigneur de Ponchel, Vis, Harponville et autres lieux, grand bailli d'Hesdin (2).

En 1749, les revenus de toute nature de l'Hôtel-Dieu s'élevaient à 7,294 livres non compris le secours annuel du Roi montant à 140 livres et une somme de 2,000 livres à laquelle était évaluée en temps de paix la somme due par l'Etat pour le traitement des militaires. Par contre, les dépenses s'élevaient à 9,410 livres, ce qui n'offrait à la Communauté qu'un excédent prévu de 24 livres (3).

En cette même année 1749, les sœurs purent pourtant acquérir avec le produit de quelques dons 12 mesures de terre à Clenleu de Henri Créquy de Thionville, propriétaire à Sempy (4) et 17 mesures et demie à Neuville provenant de Henri Joseph Lefebvre de Beaulieu, qui furent jointes à celles du Hardival qu'en 1G51 et 1658 Louise Hanocq et David Roussel, son mari, avaient léguées à l'Hôtei-Dieu où ils s'étaient l'un et l'autre retirés (5).

Le 10 février, de la Martinière, premier chirurgien du roi, avait obtenu de Louis XV en vertu d'une ordonnance du mois de septembre 1724, l'autorisation pour Martin Deroussent, maître en chirurgie et lieutenant du premier chirurgien du Roi à Montreuil, de se rendre quand bon lui semblerait à l'Hôtel-Dieu de cette ville pour « gratuite- « ment panser, traiter et médicamenter les malades. »

Les sœurs virent dans cette autorisation donnée à leur insu une violation de leurs privilèges. L'f]tat, même pendant les guerres, s'était constamment refusé à contribuer au traitement du médecin ou du chirurgien chargé du service des soldats malades ou blessés; elles ne pouvaient comprendre qu'aujourd'hui il put leur imposer qui lui plairait pour traiter concurremment avec le médecin nommé par elles, fut-ce même gratuitement, les malades de leurs salles. De son côté, Deroussent prétendait « entrer de force dans la salle des malades. »

Dans ces conjonctures, les sœurs recoururent à l'intervention de

(i) A 3 Case i.

(a) B 36 Case 5.

(3) A I Case i.

(4) B 98 Case 9.

(5) B 22 Case 3.

Monseigneur (rOrléaiis de la Molle, ('•vêque d'Amiens, j)Our lui exposer que le but de Deroussent n'(Hait autre que d'arriver à supplanter le rliirurnien de leur choix ])Our avoir « 40 livres de pension par la « suite (i) el de se rendre niailre de l'IIotel-Dieu. » Le 27 mars, elles représentèrent aussi au comte d'Argenson, ministre de la guerre, que ce n'était pas seulement leurs i)rivilcges qu'elles défendaient mais bien i)lus encore l'inléi-èt des malades (jui leur étaient conliés. « Ce « conllit de chirurgiens, dirent elles, s'il avoit lieu, deviendroit môme « préjudiciable aux j)auvres lualades en ce que l'un ordonneroit ce « que l'autre défendroit. »

Le ministre, tant soit peu disciple de Molière, prisa tout particuliéi'ement cette observation et le marquis de Paulmy qui lui avait été adjoint au ministère et dont les idées en cette matière ne différaient guères des siennes, n'eut rien de plus pressé que d'écrire dès le 5 avril à l'évêque d'Amiens qu'il mandait par le môme courrier à M. d'Invau, intendant de Picardie, de faire remarquer à Deroussent que, d'après l'autorisation qui lui avait été accordée, il ne pouvait « exercer que dans un hôpital de religieux de la Charité et non pas à « l'IIôtel-Dieu, desservi par des religieuses qui ont toujours nommé « et choisy les médecins et chirurgiens qui y sont employés, que par « conséquent, il ne devoit point se mesler du service de cet hôpital « militaire. »

Ce genre d'interprétation équivalait au retrait du brevet d'autorisation, Montreuil ne possédant pas cette sorte d'hôpital. Aussi le frère de l'abbé Sannicr qui résidait à Paris et qui s'était intéressé à cette aflaii^e, pouvait-il dès le lendemain écrire aux sœurs qu'il leur envoyait « une dose d'opium » pour les tranquilliser. Il ne fut jamais plus question de cette affaire; bien plus, ceux qui avaient soutenu l)eroussent dans ses prétentions furent les premiers à déclarer aux sœurs qu'ils n'avaient jamais agi en sa faveur que dans le but d'obtenir pour lui « la permission d'avoir de temps en temps à PHôtel- « Dieu quelques cadavres dont il pût faire des dissections (2). »

Nous ne rappellerons ici que pour mémoire les différends survenus en 1758 entre les sœurs et les habitants de Nempont qui voulaient contraindre l'Hôtel-Dieu à contribuer aux réparations de leur église paroissiale à cause des terres provenant de l'ancienne maladrerie de Montigny (3) et une transaction de l'abbé Grépin, abbé de Saint-André

(i) Le médecin et le chirurgien reçurent 20 livres en 1720, 30 livres en 1744, puis 40 livres et par exception 100 livres en 1753 et 1755 à cause de l'affluence des soldats mnjades. Leur traitement est à présent de 500 francs.

Médecins coonus : 1464, Jehan Lobigeois ; 1688, Jean Queval; 1730 37. F. Courtin ; 1778 93. Germain Boite! ; 1793-1807. Pillet ; i8oé, Guilbart ; i8ci- 35. Moffait ; 1843 57. Fuzellier ; 1857-69, Perrochaud ; 1869, Kallette.

Chirurgiens : 1688, Germain Boite! ; 1722-64, Josse Boite!; 1764-1802, Breffort ; 1802-46, Deroussent-Duprez ; 1846-66, Joseph Cailleux ; 1866, Louis Delplanque.

Médecins adjoints : 1796, Deroussent ; 1823, Deroussent-Lambert, Delplanque père ; 1836-43, Fuzellier; 1844-57, Perrochaud; 1857-66, Louis Delplanque ; 1867-69, Halleite ; 1869, Houzel.

(2) B 36 Case 9.

(3) Archives du PaS'de-CalaiSy Série G. Intendance cote 23e.

au-Bois avec la communauté de l'Hôtel-Dieu en 1760, au sujet delà seigneurie directe et immédiate qu'elle prétendait sur la terre du Pen incorporées dans la ferme de Bloville (1).

Le V mai de cette dernière année 1760, Monseigneur d'Orléans de la Motte, évêque d'Amiens, accorda vingt jours d'indulgences aux personnes de l'Hôtel-Dieu qui feraient leurs dévotions à un oratoire que l'abbé Saunier avait fait ériger dans l'angle gauche du jardin en l'honneur de Saint Joseph (2).

L'abbé Saunier mourut le 1 juin 1762 et fut inhumé près de l'abh*^ Senneville dans les caveaux de la chapelle de l'Hôtel-Dieu (3).

« Il abandonna, en mourant, trois ans dô ses honoraires (4) qui lui € estoient dus, comme marque de son affection pour la maison et de « sa grande charité envers nos pauvres malades. Puis il a donné son « lit garni et quelques effets. Dieu soit sa récompense, ne l'oublions « pas dans nos prières et imitons le grand exemple de vertu dont < nous avons été les témoins pendant les vingt années qu'il a conduit « nostre communauté dans une paix et une union parfaites (5). »

Prirent le voile sous l'abbé Saunier; Eugénie Françoise Joseph Lagache de Saint Vincent de Paul, Antoinette Benoite Catherine Jacquaut de Sainte Geneviève, Marie Madeleine Biaré de Saint Joseph, Marie Antoinette Jacqueline Dutertre de Sainte Marthe, Marie Louise Lemaire de Sainte Monique, Marie Françoise Hennequin de Sainte Elisabeth, Jeanne Antoinette Roussel de Saint Joseph, Marie Anne Françoise Marteau de Saint Augustin, Marie Anne Charlotte Waguet , de Sainte Marthe, Madelaine Boitel de Saint Joseph, Marguerite Fra-^, mery de Sainte Ursule, Marie Jeanne Antoinette Agathe Brûlé de/ Sainte Marie Madeleine.

Marie Madeleine Charlotte Haudville, décéda novice.

Louis OUÉNU (1762-1792)

L'abbé Louis Quénu, né le 2 février 1721 à Onœux près d'Abbeville,' fit ses études à la collégialejde Saint-Firmin. Ordonné prêtre en 1748, chanoine puis curé de Saint-Firmin, Monseigneur d'Orléans de la! Motte le nomma directeur de l'Hôtel-Dieu le 15 février 1762. (6)

Le 15 septembre de cette même année 1762, Monseigneur d'Orléans de la Motte accorda vingt jours d'indulgences aux personnes de l'Hôtel-Dieu qui fréquenteraient un nouvel autel érigé en l'honneur de la Vierge à l'angle droit du jardin (7). lj

D'après un état dressé en présence de l'évêque, les revenus de' l'Hôtel-Dieu s'élevaient en 1764 à la somme de 12,875 livres 14 sous et

(i) Ch. Parenty, Notice historique mr l'Abbaye de Saint André-au-Bois . Pu> Artésien 1840 p. 240.

(2) C 4 Case 2.

(3) C 4 Case 2.

(4) Le traitement du directeur de 400 livres en 1733, fut réduit à 200 livres en 1736 et ainsi maintenu jusqu'en 1792.

(5) Registre des décès.

(6) Deramecourt. Le clergé des diocèses d' Arras y Boulogne et Saint-OmerX. iv

(7) C 4 Case a.

; charj^^es à colles de 10,058 livres.

i La sœur dépositaire, suivant l'usap^e, rendait ses comptes tous les ux mois à \i\ suixM'ioure et aux trois (liscrétes et, tous les six mois, a Connuunaulé et à Tévèque ou sofi représentant.

Mal^^^ré la modicité de leur revenus, les sœurs affirment qu'il ne inanciue rien » aux malades, fi:i'â('e aux « ressources que chacune d'elles trouve dans les pensions viaj^ères et économies que leurs parens et bienfaiteurs veulent bien et charitablement leur faire en considération du peu de revenu et des besoins qu'ils reconnoissent audit Hôtel-Dieu. On peut même avancer sans trop dire que vu la cherté des vivres et la misère du tems qui a rendu et rend la salle [)leine de malades, cet Tïôtel-Dieu n'étoit point en état de subvenir c^ l'acquit de ses charges ny à faire faire les reconstruction et réparations qui étoient urgentes et indispensables à ses fermes et bâtimens sy Sa Majesté ne luy avoit accordé en 1759 la portion de bois de réserve qui a été exploitée les années suivantes (1). »

En 1768, Monseigneur de la Motte, profitant de la suppression de bbaye de Forestmontiers, attribua la plupart des reliquaires de cette iison à l'Hôtel-Dieu qui n'en possédait presque plus depuis un vol nimis en 1665 par une personne du sexe qui, pour ce motif, aurait ô jetée dans les prisons de la ville (2). Voici la lettre que le prélat rivit à cette occasion à la mère supérieure .'

« Vous pouvez, ma très chère Mère, envoyez M. Quenu à Forest- Dntiers de ma part avec le billet cy inclus. Je suis persuadé qu'il en endra volontiers la peine. J'ai écrit afin que les reliques et reliaires lui fussent remis. Je crois qu'il n'en faut pas faire de bruit rce que, si la paroisse les réclamoit, je serois embarassé. Du reste y hier donné commission pour deux reliquaires propres et gentils nt je vous feray volontiers le cadeau ; mais comme les reliques de )restmontiers pourront vous plaire davantage, vous aurez le choix.

< Je vous honore, ma très chère Mère, et vous suis dévoué ainsi l'à la Communauté.

« J'accuse ici mon ingratitude : j'ay oublié de vous remercier des 'Ugies d'Angleterre.

« f L. F. G. évêque d'Amiens.

« 6 novembre 68 (3). »

Le 10 août 1770, le prélat accorda 40 jours d'indulgences aux fidèles li viendraient vénérer les nouvelles reliques à la chapelle de l'Hôteleu les jours de Noël, de Pâques, de la Pentecôte, des cinq fêtes .ômées de la Vierge, de la rénovation générale des vœux et des tes de saint Monique, saint Nicolas, sainte Austreberte, sainte arthe, saint Laurent, saint Augustin, saint Félicien, sainte Appoline saint Charles. Parmi ces reliques Monseigneur de la Motte reconit l'authenticité de parcelles des corps de Saint Laurent et de inte Appoline (4).

La sœur Antoinette Austreberte Le Roux de Sainte Agnès, ancienne

(i) A I Case i.

(i) Manuscrit intitulé Recherches historiques et m*apparteaant,

(3) C 3 Case 9.

(4) C 3 Case 9.

supérieure, décédée le 6 mars 1777 à Tâge de plus de 81 ans ayant ^i inhumée dans les caveaux de la chapelle contrairement aux pr( criptions de la déclaration du roi du 10 mars 1776, le 18 mars le lie. tenant général du haillage, sur les réquisitions du procurer Hac(. Duviolier, rendit une sentence par laquelle il fut fait défense a j sœurs de ne plus faire enterrer à l'avenir dans la chapelle (1). ! registre mortuaire des sœurs témoigne qu'elles ne tinrent gu^" compte de cette défense.

L'abhé Quénu, à la suite de l'autorisation qu'il avait obtenue de donner un coadjuteur, choisit à ceteflet, le 5 mai 1776, l'abbé Gharl: Noël Maury, vicaire de l'église Saint-Josse-au-Val et chanoine ! Saint-Firmin. Appelé le 9 janvier 1781 à la direction de l'abbaye i Sainte Austreberte, Maury eut pour successeur le chanoine Grégoii Delannoy qui lui même, lors de sa nomination à la cure de Saii. Pierre, résigna ce poste entre les mains de François Marie Grégoi» Houzet. Ce dernier l'occupa du 9 avril 1786 au 7 juin 1787, époque j sa nomination à la cure de BernieuUes et de son remplacement p' l'abbé Claude Lecomte, de Nempont (2).

En 1786, le prieur général des Chartreux Hilarion Robinet av.1 renouvelé sur la demande du frère Eloi Marion, prieur de Neuvil; les lettres que le vénérable frère avait obtenues en 1554 et p' lesquelles l'Hôtel-Dieu de Montreuil était associé aux prières et bonm œuvres de l'ordre entier de Saint-Bruno (3). 1

En 1789, l'Hôtel-Dieu goûtait un profond bien être ; jamais cèpedant son existence n'avait été aussi menacée qu'au milieu du calrj apparent dont on jouissait alors. Pour parvenir à combler le défi: que lui a légué la monarchie, l'Assemblée Nationale constituante i vient aux expédients de Philippe le Bel et de Law, c'est-à-dire ai confiscations et au papier monnaie. En vertu de ces décisions, Il Communautés religieuses sont dépouillées de leurs biens et. en attej dant que le patrimoine des hospices de Montreuil soit assimilé à cell du clergé et partage le sort commun, les sœurs, pour se conformj au décret du 2 novembre 1789, doivent faire aux officiers du baillai de Montreuil la déclaration de leurs biens. D'après l'état qui en i dressé le 5 mars 1790, l'Hôtel-Dieu possédait les biens et revenj suivants : '

Article l^''. — En la Ville de Montreuil : L'enclos de la maisi située en ladite ville en la paroisse de Saint-Vallois, sur lequel set construits l'église, chapelle et sacristie dudit Hôtel-Dièu, bàtimd pour logement des religieuses consistant en dortoir et en 25 cliambn de religieuses qu'elles entretiennent par elles mêmes, deux sal» pour les malades composées de 25 lits, bâtiments pour le logenut des domestiques, buanderie, magasin et autres bâtiments, coui' ' jardins contenant en tout une mesure.

Une portion de terrain fermée de murs située en ladite ville eni paroisse de Saint-Firmin étant à usage de cimetière contenant 3 verges.

(i) Archives du Baillage de Montreuil.

(2) E 39 Case 9.

(3) C 4 Case 2.

Une maison, chambres et ma<,^asin avec nn petit Jardin situé en lite ville rue du Ton<;ris, vis-à-vis les salles des malades dudit IlôLnlu formant le lo-^cmcnt du directeur dudit Hôtel-Dieu contenant en d i verj^es.

Une autre maison, chambre et jardin, située en ladite ville rue des [s, paroisse Saint-Kirmin, tenant ù la maison dudit Hôtel-Dieu conteit 1) verges un (|uart louée à Alexandre d'Arras par bail passé ant I^oitel et son confrère notaires audit Montreuil en date du 11 l's 17S;^ L'entrée en jouissance a commencé à la Saint Rémi enfant au rendage annuel de 90 livres.

Plusieurs parties de censives dues par dilFérents particuliers à ,se de plusieurs immeubles situés en ladite ville montant annuellent à la somme de 5(3 livres, 10 sols, 9 deniers. Les reliefs à cause des mutations évalués année commune à 28

5 3 dcniei's.

Les droits de lots et vente évalués année commune à la somme de livres.

Plusieurs parties de rente sur censiôre et constituées dues par érents particuliers à cause de plusieurs immeubles en ladite ville ntant annuellement à la somme de 182 livres 15 sols. Art. 2. — En la paroisse de Beaumerie : Une ferme nommée la me de Saint Nicolas aux Champs se consistant en manoir amazé de ison, chambres, écurie, granges et autres bâtiments, cour, jardin, nts et })atures contenant 12 mesures 75 verges en 2 pièces avec 275 sures de teri-e à labour et 3 mesures de prés situés à Brimeux, lie ferme procédant audit Hôtel-Dieu de la première fondation faite lit Hôlel-lùeu en 1200 sauf quelques parties d'acquisitions faites téricurement y jointes, le tout afTermé au sieur Jean-Baptiste )aris et à ses frères et sœurs par bail passé devant Boitel et son itï'ère, notaires à Montreuil le 31 mai 1780 dûment controUé. L'ene en jouissance a commencé au jour de la mi mars 1782 moyennant livres.

52 setiers de blé froment évalués, année commune, à 15 livres le ier, ce qui fait la somme de 780 livres.

57 setiers de blé méteil évalués, année commune, 13 livres le se- ^ ce qui fait la somme de 650 livres.

A la charge de faire toutes les voitures nécessaires pour les répaions et constructions des bâtiments qui se font à ladite ferme. 26 setiers de soucrillon évalués, année commune, à 9 livres le ier ce qui fait la somme de 234 livres.

2 setiers et 1 quartier d'avoine évalués, année commune, à 7 livres sous le setier, ce qui fait la somme de 16 livres 17 sous 6 deniers. 1 setier de pois évalué année commune à 22 livres. 4 porcs propres à engraisser évalués ensemble, année commune, i somme de 80 livres.

100 de warats évalué année commune 24 livres. 100 de foin évalué 12 livres.

■Demi cent de pezats évalué, année commune à 100 sous. 20 voitures attelées de 4 chevaux évaluées, année commune, à 4 'es la voiture soit 80 livres.

6 livres 5 sous de censives dues par le sieur Venant et par les ants et héritiers Mayeux à cause d'immeubles à Beaumerie.

Les droits de reliefs évalués année commune 3 sous 3 deniers.

Les droits de lots et vente évalués 8 livres.

6 livres 15 sous de rente surcensière dues par M. de Boulojrne par les enfants et héritiers Mayeux.

Art. 3. — Paroisse de Saint-Martin : 3 livres 12 sous de censiv( dues par Monsieur d'Enocq, à cause de 4 parties d'immeubles situé( au terroir du dit Saint Martin.

Les reliefs évalués, année commune 3 sous 9 deniers.

Les droits de lots et vente évalués, année commune à 12 livres. ■

Art. 4. — En la paroisse cC Ecuires : Une ferme nommée la ferm du Val consistant en bâtiments à usage de maison, chambres, écuri( granges et autres bâtiments, cour, jardin, plants et pâtures, contenai 142 mesures 70 verges avec 904 mesures 84 verges de terre à labou laquelle ferme et ses dépendances procède audit Hôtel-Dieu de 1 réunion qui en a été faite audit Hôtel-Dieu en vertu de l'arrêt du rc du mois de janvier 1696 et qui, auparavant, appartenoit aux officiel de l'ordre de Saint Lazare, le tout afïermé au sieur Henri Durlin p? bail passé devant Boitel et son confrère, notaire à Montreuil, le 1 octobre 1784, dûment contrôlé moyennant 3,800 livres d'argent.

40 setiers de blé des trois quarts évalués, année commune, 1 livres le setiers soit 520 livres. 'i

10 setiers de blé froment évalués année commune 15 livres le se" tier soit 150 livres (1).

4 porcs évalués, année commune à 20 livres la pièce ce qui fa 80 livres.

Un cent de foin évalué, années commune, 12 livres.

Un cent de warats évalué, année commune, 24 livres.

36 couples de pigeons évaluées, année commune, 6 sous la coup! soit 10 livres 16 sous.

40 voitures évaluées 4 livres la voiture ce qui fait 160 livres.

71 setiers de blé seigle appartenant audit Hôtel-Dieu par le rach{ qui en a été fait par ledit Hôtel-Dieu évalués, année commune à livres 10 sous le setier, soit 674 livres 10 sous.

30 setiers d'avoine appartenant audit Hôtel-Dieu, aussi pour ) rachat qui en a été fait évalués, année commune, à la somme de livres 10 sous, ce qui fait 225 livres.

Aussi à la charge de payer un prêtre qui dessert les messes de 1 chapelle du Val 150 livres.

A la charge de payer à la décharge et à l'acquit de l'Hôtel-Dieu "^ boisseaux de blé froment â M. Duplouy évalués, année commune, 15 livres le setier soît 26 livres 5 sous.

De payer 4 setiers et 1 quartier de blé seigle audit sieur Duplou évalués, année commune, à 9 livres 10 sous le setier, ce qui fait 1 > somme de 40 livres 7 sous 6 deniers.

De payer audit sieur Duplouy, 6 setiers d'avoine évalués, annë commune, à 7 livres 10 sous le setiers, ce qui fait la somme de 45 livre:

De payer à Monsieur Dumetz pour ledit Hôtel-Dieu, 7 setiers boisseaux et une quarte de blé seigle évalué année commune à 9 livre 10 sous le setier soit 68 livres 9 sous.

De payer audit sieur Dumetz, 9 sous de censive.

(i) Il faut déduire que l'Hôtel-Dieu donne au fermier chaque année ur mesure de bois.

De payer comme dessus pour ledit IIôtei-Dieu et à son acquit à 'abbaye de Saint-Sauve 12 setiers d'avoine évalué, année commune, à livres 10 sous le sotier, ce qui fait la somme de 00 livres. De payer ù ladite abbaye 2;i sous 6 deniers de censive. De payer à M. Bequint de Nempont pour écart de dime 4 livres 1

ol.

De payer un surcens d'un setier de pois aux religieuses du Petit lôpital de Montreuil évalué, année commune, 22 livres.

Au surplus à la charge par ledit sieur Durlin de faire toutes les oitures nécessaires pour constructions et réparations de ladite ferme.

17 mesures de terre à labour situées au terroir dudit Ecuires proenant de la cession faite audit Hôtel-Dieu par Antoinette Coupler euve de Nicolas de la Foscade le 19 février 1703, louées à Pierre Pariientier par bail du 7 novembre 1787 passé devant Boitel et son conrère, notaires à Montreuil. L'entrée en jouissance a commencé à la iii-mars 1787 moyennant 7 setiers 12 boisseaux de blé des trois parts it autant d'avoine et 4 voitures de charrois, le blé évalué année comaune à 13 livres le setier, l'avoine à 7 livres 10 sous et les voitures à livres par chaque voiture ce qui fait pour le tout la somme de 174 ivres 17 sous 6 deniers.

Plusieurs parties de censives dues par plusieurs particuliers à ause de différentes parties d'immeubles appartenant à différends )articuUers le tout montant à 37 livres.

Le reliefs évalués année commune à 10 sous 6 deniers.

Les droits de lots et vente évalués année commune à la somme de

0 livres.

45 sous de rente surcensiêre dues par M. Enlart, 2 livres 5 sous.

Art. 5. — En la paroisse du Bois-Jean : Plusieurs parties de ensives dues par différents particuliers à cause de plusieurs imneubles situés tant au Bois-Jean qu'au bois Huré montant ensemble .nnuellement à la somme de 39 livres 10 sous.

Les reliefs évalués année commune, 20 sous.

Les droits de lots et vente évalués, 2 livres.

4 livres de rente surcensiêre dues par Pierre Delattre, 4 livres.

Une coupe de bois de 18 ans en bois taillis contenant 11 arpents, .1 perches, la perche vingt deux pieds et le pied 12 pouces en ce ompris une mesure de 100 perches, la perche de 22 pieds et le pied

1 pouces accordée au fermier du Val par son bail ledits 11 arpents, 1 perches évalués année commune à la somme de 1,100 livres.

67 arpents de bois en réserve évalués année commune, 400 livres.

Plus la coupe tous les deux ans de chênes et haute futaie évaluée nnée commune, 400 livres.

Art. 6. — Paroisses de Wailly et Campigneulles-lès- Grandes : Tne pâture contenant 2 mesures, 1 quartier et 16 mesures de terre à abour en quatre pièces le tout situé sur le terroir de Wailly dont 5 ournaux sont chargés de plein champart et 2 mesures au terroir ludit Campigneulles-lès-Grandes acquises par ledit Hôtel-Dieu le 16 •ctobre 1043, le tout loué à Antoine Demilleville par bail passé devant îoitel et son confrère, notaires à Montreuil le 10 novembre 1787. /entrée en jouissance commencée la mis mars 1787 moyennant 180 livres et 2 voitures estimées 4 livres chaque, ce qui fait 188 livres.

24 sous de rente surcensiêre due par Pierre Lebeuf.

Art. 7. — Paroisse de Campigneulles-lès-Grandes : 18 deniers de

censive due par le sieur Claude Ledoux à cause de 6 journaux de terre à labour.

Les droits de relief et droits seigneuriaux évalués, année commun^ 2 livres.

Art. 8. — Paroisse de Camplgneutles-lës-P élites : 35 livres K sous de censives dues par plusieurs particuliers à cause de plusieui immeubles.

Les reliefs évalués année commune à 17 sous.

Les droits de lots et vente évalués année commune 18 livres.

Art. 9. — Piiroisse de Namponi-'^aint-MarUn : 16 mesures d' terre à jabour (3t prés provenant de l'Hôpital Notre-Dame par 1, réunion faite en 1696, le tout loué au sieur Poissant par bail pasdevant Boitai et son confrère, notaires à Montreuil, le 14 février 178> L'enti'ée en jouissance à la mi mars 1788, moyennant 130 livres.

6 livres de rente sur censières dues par le sieur Desessarts.

Art. 10. — Paroisse de Feuquières : 5 journaux de terre à labour provenant de la donation faite audit Hôtel-Dieu par Gabriel Mulier le 6 mai 1604, louée à la veuve Leclerc par bail devant Boitel et son confrère le 15 avril 1783. L'entrée en jouissance a commencé à la mi-mars 1785 au rendage annuel de 84 livres.

Art. il — Paroisse de Saint-Quentin : 25 livres de rente surcensière dues par les enfants d'Antoine Simon à cause de 9 mesure de terre à laboui'.

Art. 12. — Paroisse de Quend : 4 livres de rente surcensière dues par Antoine Bouteleux à cause de 4 mesures de terre.

Art. 13. — Paroisse de Roussent : 22 sous 6 deniers de censive due par Honoré Devilliei's à cause de 10 mesures de terre.

Les reliefs évalués, année commune, à 0 deniers.

Les droits de lots et vente évalués année commune à cent sous.

Art. 14. — Paroisse d'Airon- Noire-Dame : 7 livres de censives dues par M. Heniieguier à cause de 18 mesures de terre.

Les reliefs évalués année commune à 3 sous 6 deniers.

Les droits de lots et vente évalués année commune à 4 livres.

4 livres 17 sous de rente tant surcensière que constituée due par différents particuliers.

Art. 15. — Paroisse d'Airon-Saint-Vaast : 50 sous de censive dus par plusieurs particuliers.

Les reliefs évalués année commune 3 sous.

Les droits de lots et vente évalués année commune 20 livres.

Art. 16. — Paroisse de Verton : 5i sous de censive dus par M. de Verton à cause de trois mesures de pré.

Le reliefs évalués, année commune à 1 sous 4 deniers.

Droits de lots et vente évalués année commune à 40 sous.

8 livres de rente surcensière dues par plusieurs particuliers.

Art. 17. — Hameau du Bail : 32 sous de rente sur censière dues par différents particuliers.

Art. 18. — Paroisse de Saini-Josse : 19 livres 17 sous de censives dues par différents particuliers.

Les reliefs évalués année commune à 12 sous.

Les droits seigneuriaux évalués année commune, 6 livres.

32 livres de rente surcensière dues par Charles Duriez.

Art. 19. — Paroisse de Mcrlimont : 50 sous de rente surcensière dus par M. Havet.

Art. 20. — Paroisse de la Madeleine : 7 livres 11 sous de censive dus par divei's.

Les reliefs évalués année conuuuue o sous.

Les droits de lois et vente évalués année commune 0 livres.

40 livres de rente surcensière dues par divers i)articuliers.

Art. 21. — Paroisse de la CaioUerte ; 2 mesures de pré que lesditcs religieuses exploitent pour partie des nouri'itures des bestiaux évaluées année commune .'JO livres.

0 livres 7 sous 0 deniers de censives dues par plusieurs particuliers.

Les reliefs évalués année commune 3 sous 2 deniers.

Les droits de lots et vente évalués 5 livres.

18 livres, 18 sous de rente surcensière dues par plusieurs particuliers.

Art. 22. — Paroisse de Sorrus : 4 livres 8 sous 5 deniers de censives ducs par plusieurs particuliers.

Les reliel's évalués à 3 sous.

Les droits de lots de vente évalués à la somme de 30 sous année 30mmune.

10 livres de rente sur censière dues par plusieurs particuliers.

Art, 23. — Paroisse de Tigny : 8 setiers de seigle évalués année :ommune à 0 livres 10 sous le setier, ce qui fait 7G livres, 8 setiers de uaillard évalués année commune 8 livres le setier ce qui fait 64 livres; plus 8 setiers d'avoine évalués 7 livres 10 sous le setier ce qui fait 60 ivres, le tout montant à la somme de 200 li\res, le tout dû par M. Du- :iamel de Tigny.

Art. 24 — Paroisse de Waben : 5 mesures de terre à labour ouées à Eloi Symon par bail passé devant Boitel et son confrère le Il novembre 1784. L'entrée en jouissance a commencé à la mi-mars 1785 au rendage annuel de 55 livres.

Plusieurs parties de censives dues par plusieurs particuliers soit -)diV an 7 livres 18 sous.

Les reliefs évalués année commune 4 sous.

Les droits de lots et vente évalués année commune 40 livres.

46 sous de rente surcensière dus par les enfants et héritiers Laurent Simon.

24 setiers d'avoine évalués année commune 7 livres 10 sous le 5etier ce qui fait la somme de 180 livres et 3 livres 15 sous d'argent, le eut à prendre sur le domaine de Ponthieu à cause de la réunion des naladreries du Val et Hôpital de Waben.

Trois rentes montant ensemble à 33 livres 7 sous 5 deniers, à )rendre sur le domaine de Ponthieu. Ces rentes ont été registrées à la Chambre des Comptes les 20 septembre 1743 et 19 septembre 1744.

Art. 25. — Paroisse de Groffliers : 12 sous de censives dus par )lusieurs particuliers.

Les reliefs évalués année commune 3 deniers.

Les droits seigneuriaux évalués année commune 3^livres. ! 28 sous de rente sur censière dus par Jacques Blond. I Art. 26. — Blgnoprés : 25 setiers et un 'quartier de blé du meileur après le blé de semence dus par Tabbaye de Saint-André, propriétaire dudit Bignopré desquels 25 setiers et un quartier de blé 'Hôtel-Dieu en renvoie 2 setiers aux religieuses des sœurs grises, 2 etiers aux Pères Carmes, 24 boisseaux à l'abbaye de Saint-Sauve, 54 boisseaux à l'abbaye de Sainte Austreberte et 24 boisseaux au

chapitre de Sain l-Frmin, déduction faite desdits renvois reste audit Hôtel-Dieu 10 setiers et trois quartiers évalués année commune à la somme de 13 livres le setier,ce qui fait la somme de 217 livres 15 sous.

Art. 27. — Paroisse de Brvmeux : 6 mesures de terre à labour en trois pièces provenant de l'abandon qui en a été fait par les héritiers du nommé P'rançois, afïermés au sieur Bâillon et à la demoiselle Duhamel, sa femme, par bail emphytéotique passé devant M^ Boitel et son confrère notaires à Montreuil, le 12 mars 1781, sur partie desdites terres. Ledit sieur Bâillon y a fait construire une maison et autres bâtiments, lequel bail au rendage annuel de 40 livres, en outre à la charge de payer 23 livres 11 sous de censive à la seigneurie de Brimeux soit en tout 63 livres 11 sous.

3 livres 2 sous de rente surcensière dues par le sieur Maillet à cause d'un pré.

Art. 28. — Paroisse de Lépinoy : 5 sous de censive dus par les sieurs Danvin à cause de 4 mesures de terre.

Les reliefs et droits seigneuriaux évalués, année commune, 4 livres.

22 livres 10 sous de rente surcensière dues par différents particuliers à cause de plusieurs immeubles.

Art. 29. — Paroisses de Clenleu et d'Aletie : Une ferme située sur lesdites paroisses consistant en manoir amazô de maison et autres bâtiments, cours, jardin, plans, pâtures, prés et terres à labour contenant en total 186 mesures compris un petit manoir acquis en 174'J du sieur Thionville. Cette ferme a été léguée audit Hôtel-Dieu par Mademoiselle Madeleine d'Ostove suivant son testament du 17 mai 1577 à laquelle sont jointes quelques parties de terre acquises postérieurement, le tout loué à Louis Occis par bail passé devant M* Boitel et son confrère, notaires à Montreuil le 8 mars 1787. L'entrée en jouissance à la mi-mars 1789 au rendage annuel de 1,200 livres.

13 setiers de socrillon évalués année commune à 9 livres le setier ce qui fait 117 livres. Aussi à la charge de faire toutes les voitures nécessaires pour les constructions et réparations de la ferme, d'acquitter chaque quinzaine une messe fondée par ladite demoiselle d'Ostove, donatrice de la dite ferme, évalués par année, 13 livres.

De payer à la décharge dudit Hôtel-Dieu, 52 livres 7 sous de censive.

20 boisseaux de froment aussi de censive évalués 15 livres le setier ce qui fait 18 livres 15 sous et 8 boisseaux d'avoine évalués année commune 7 livres 10 sous le setier ce qui fait 3 livres 15 sous le tout i de censive dues à diflérents seigneurs à cause de ladite ferme.

Art. 30. — Paroisse Saint-Michel : Une ferme consistant en manoir amazé de maison et autres bâtiments, cour et jardin, plant, patures et terres à labour contenant en total 55 mesures 3 quartiers, q Une partie desdites terres est située sur le terroir d'Inxent, icelle ferme procède audit Hôtel-Dieu des baux à cens que lui en a fait la dame de Rambures les 19 octobre 1598 et 5 juillet 1601 à laquelle ont été jointes quelques parties d'immeubles acquises depuis, le tout lou<^' à Piei're Delannoy moyennant 400 livres.

Gomme aussi à la charge par ledit Delannoy de payer les censives dues à cause de ladite ferme qui se montent à 43 livres par année.

Art. 31. — Paroisse d'Aix-en-lssart : 2 setiers de blé et 2 setiers d'avoiue de rente surcensière dus par différents particuliers à cause

de 28 journaux de torre à labour, le blé 6valu(3 année commune à 12 livres le setier et l'avoine à 7 livres 10 sous, ce qui fait pour le lout la somme do 39 livres.

Art. 32. — Paroisse d'EslrccUcs :G livres 9 sous de censives dues par des particuliers.

Les reliels évalués année commune 3 sous 2 deniers.

Les droits seij^neuriaux évalués année commune 5 livres. *

8 livres 17 sous G deniers de rentes surccnsiéres dues par plusieurs particuliers.

Art. 33. — Paroisse de Neuville : 18 mesures de terre à labour acquises en 1749 du sieur Lefevre de Beaulieu louées à la veuve Louis Masset par bail passé devant Boitel et son confrère, notaires à Montreuil le 17 juillet 1785. L'entrée en jouissance à la mi-mars 1786 moyennant 200 livres à la char^^^e de payer 21 livres de censive à la seigneurie de Monchy ce qui fait en tout 221 livres.

22 sous 0 deniers de rente surcensiore dus par Pierre Delaby.

Art. 34. — Paroisse d'Attin : 7 livres de rente surcensière dus parles héritiers Philippe Pruvost.

Art. 35. — Paroisse d'Enocq : 8 setiers et demi de blé froment, 8 setiers demi de seigle, 15 setiers d'avoine et 19 livres 13 sous d'argent le tout de censives dues par les demoiselles Fossendalles à cause d'une ferme, le blé froment évalué 15 livres le setier, ce qui fait 127 livres 10 sous le muid, seigle évalué 9 livres 10 sous le setier ce qui fait 80 livres 15 sous, et l'avoine évaluée 7 livres 10 sous le setier, ce qui fait la somme de 112 livres 10 sous, ce qui fait pour le tout la somme de 340 livres 8 sous.

Reliefs fixés à 11 livres 5 sous.

Les droits seigneuriaux évalués année commune 9 sous de censive dus par divers particuliers.

Un droit de Champart seigneurial à cause de 5 mesures de terre évalué 13 livres.

Reliefs fixés à un sol de la mesure.

Art. 36. — Paroisse de Bréqueseni : Cent sous de rente foncière dus par les héritiers Pierre Sueur.

Art. 37. — Paroisse d'Inxent : 24 sous de rente surcensière dus par Antoine Ducrocq à cause d'un manoir contenant 2 mesures.

Art. 38. — Paroisse de Bois-Ratel : 10 livres de rente surcenisière dus par les enfants et héritiers Joseph Matouillet.

Art. 39. — Hameau de La Hesiroye : 20 livres et une poule évaluée 8 sous de rente sur censière due par Louis Marie Wicart à cause d'un manoir de terre à labour contenant 9 mesures. I Art. 40. — Quesque et hameau de Selles : 20 livres de rente surcensière dues par difiérents particuliers sur laquelle somme l'Hôtel- , Dieu renvoie aux chanoines de Saint-Pol une nappe évaluée 40 sous. I Art. 41. — Paroisse de Preuves : 52 livres de rente surcensière [dues par Jean Goffin.

Art. 42. — Paroisse de Maries : 10 livres 12 sous de rente surcensière due par Alexandre Vallois.

I Art. 43. — Hôtel de Ville de Paris : 24 livres 10 sous 6 deniers à prendre sur l'Hôtel de Ville de Paris par cession de François de Boulogne.

Art. 44. — 40 livres de rente à prendre sur l'Hôtel de Ville de Paris.

Art. 45. — Sur le Clergé de la Ville d'Amiens : 1,040 livres de rente constituée provenant do plusieurs dons des parents des religieuses de l'Hôtel-Dieu et de difïerenls remboursements faits audit Hôtel-Dieu.

Art. 46. — Sur le Clergé de la Ville de Boulogne-sur-Mer : 400 livres de rentes constituées provenant comme l'article précédent de plifsieurs dons et remboursements faits audit Hôtel-Dieu.

Art. 47. — Sur la forêt de Boulogne : 200 livres à prendre et percevoir annuellement sur la forêt de Boulogne.

8 livres de rente surcensière dues par le sieur Brullé à cause d'immeubles en la paroisse Saint-Martin. (1)

En somme, les revenus de l'Hôtel-Dieu s'élevaient à la somme de 17,391 livres 5 sous 11 deniers ; déduction faite des charges montant à 2,848 livres, il restait aux sœurs une somme de 15,043 livres 5 sous 11 deniers pour le service de la maison. Disons que l'état des charges relate en outre des dépenses prévues pour l'entretien des fermes et de l'acquit de certaines redevances, la fondation de deux messes tous les dimanches et fêtes savoir, une chantée en la Chapelle et une basse à l'autel de la Vierge dans la Grande Salle des Malades, de cinq messes chantées, de 52 messes basses, de 24 obits chantés et les traitements du directeur, du prêtre chargé de dire la seconde messe les dimanches et fêtes, du chantre, du clerc, du médecin, du chirurgien, du garde des propriétés, d'un domestique pour les plus forts travaux de la maison, de deux servantes tant pour la cuisine, boulangerie que bassecour et de deux autres pour les salles et les commissions (2).

Tandis que les sœurs rédigeaient cette déclaration, l'Assemblée Nationale suspendait toute émission de vœux monastiques et, le 3 février 1790. les Officiers municipaux se transportèrent à l'Hôtel-Dieu pour déclarer aux sœurs qu'elles étaient libres de sortir de leur maison. Mais celles-ci refusèrent d'user de cette faculté qui bientôt deviendra un ordre En effet de vingt et une qu'elles étaient vingt déclarèrent « vouloir vivre et mourir en Communauté. » La sœur Vincent qui « se trouve dans un état d'aliénation d'esprit n'a pu nous « faire aucune déclaration », disent les Officiers municipaux dans leur rapport. Les nons de ces femmes doivent être conservés ; elles se nommaient sœurs d'Heuzé, Lemaire, Waguet, Boitel, de la Verdy, Framery, Wézelier. Hennequin, Lignier, Delbarre, Hacot, Flahaut, Duval, Delannoy, Dubrey, Dubois, Coquerel, Villin, Diaré et Lefebvre (8).

Quelques jours après cette visite des Officiers municipaux à l'Hôtel- Dieu, l'assemblée constituante décrétait la suppression des vœux monastiques. Se voyant ainsi dans l'impossibilité de suivre la vocation qui les appelait à la vie religieuse, les sœurs Marie Thérèse Gence et Marie Françoise Blin durent quitter l'habit de novice qu'elles avaient

(i) Les déclarants observent que de tout temps leur maison a été exempte de droits d'octroi et autres qui se percevaient ci-devaut sur les privilégiés, qu'en outre Sa Majesté avait accordé à leur maison 140 livres d'aumônes qui a été réduit à 120 livres et depuis 1780 supprimé. A 1 Case i.

(2) A I Case i .

(3) Archives du Pas-de-Calais, ^

pris (iiiolqucs mois auparavant et so retii'cr cliacuiie dans leur laniiilo (1).

Sous sa direction, ral)l)é Quôiiu avait vu prendre le voile aux sœurs dont les noms suivent : iMaric^ Kranroisc Austreherto Sara Junly de Sainte Mar^^uerite, Marie Anne Thérèse Maury do Saint Louis, Marie Louise Fi-ançoise Austreberte Lignier de Saint Firmin, Marie Galiierine Rosalie Henne((uin de Sainte Elisabeth, Austre])erte W'ézelier de Sainte Austreberte, Pélaj^ie Au^^ustine Alexandrinc Pec- ([uet de Saint Scholastique, Marie Mar^^uerite Elisabeth Riaré de Saint Nicolas, Mai'ie r'rançoiso Antoinette Noël Delbarre de Sainte A,^n6s, Marie Louise Françoise de la Verdy de Sainte Catherine, Marie Thérèse Au^ustine Villin de Sainte Marguerite, Marie Louise Victoire Jlacot de Sainte Bonne, Marie Louise Rose Flahaut de Saint Augustin, Marie Jeanne Duval de Saint Louis, Marie Josephe Catherine Dupi-ey de Sainte Thérèse, Marie Jeanne Isbergue Dubois de Saint François de Sales et Geneviève AlbertineCocquerel de Honlicu de Sainte Claire. Les sœurs Marie Anne Delannoy et Marie Françoise Adélaïde Forbras décédèrent pendant leur noviciat (2).

Malgré les événements, les sœurs ne désespéraient pas encore de l'avenir. Confiantes dans les « secours continuels qu'elles rendent aux « membres souh'rants de Jésus Christ, » elles ne cessaient de réclamer une compensation aux droits dont elles venaient d'être privées et aux charges nou\ elles qui leur étaient imposées. Le l^*" avril 1701 elles adressèrent au Comité de mendicité un état dans lequel ces droits et charges se répartissaient ainsi :

Bois de chauffage auquel l'Hôtel-Dieu avait droit chaque année dans les forêts du Boulonnais évalué 200 livres

Secours du Roi 140 »

Impositions nouvelles 2,000 »

Présents faits par les novices à leur entrée en religion 1,200 »

Soit . . . 4,140 livres

A laquelle somme il convenait de joindre une autre de 1,400 livres prélevée annuellement sur les clergés des diocèses d'Amiens et de Boulogne (3j.

Le 2i septembre 1791, une décision municipale supprimait le cimetière de l'Hôtel-Dieu ainsi que ceux des autres communautés et des paroisses (4).

A cette époque, la loi du 5 septembre 1790 qui retirait aux communautés hospitalières l'administration de leurs maisons pour la remettre entre les mains de citoyens élus par les municipalités n'avait pas encore été appliquée à Montreuil et les sœurs continuaient de gérer leurs biens comme par le passé. C'est ainsi qu'au commencement de 1702, la sœur dépositaire rend compte de sa gestion pour l'année 1791 à l'abbé Quénu, « administrateur de l'Hôtel-Dieu préposé « par l'évêque », en présence des abbés Grégoire Delannoy, ancien curé de Saint Pierre, et Claude Lecomte, ancien chanoine de Saint- Firmin. La recette s'élevait à la somme de 13,783 livres 15 sols et la

(i) F 5 Case lo.

(2) Registres des décès et des Actes de Profession.

(3) A I Case i.

(4) Archives du Pas-de-Calais.

dépense à 12,718 livres 7 sols dont 15 livres pour honoraires des confesseurs extraordinaires venus pendant la retraite. Ce fut le dernier compte rendu par les sœurs à leur directeur (1); le 10 mai 1702, les abbés Quenu et Lecomte qui avaient refusé le serment et dont on avait jusqu'alors toléré le séjour à Montreuil, prenaient le chemin de l'exil (2).

Dès le 6 Mai, un arrêté du Directoire du district de Montreuil approuvé par le Directoire du Département le 28 juin suivant seulement, les avait remplacés par l'auteur d'un discours patriotiqup des grandeurs de Marie imprimé en 1790 par souscription des soldats de la garde nationale et de la Société patriotique de Boulogne, l'abbé Jean Nicolas François Marie Timothée Hautbout, ancien vicaire de la paroisse Saint-Josse au Val, puis curé de Roussent, qui fut nommé « aumônier de l'Hôtel-Dieu » au traitement de 600 livres à prélever sur le revenu de l'établissement « qui se trouve en la disposition des « sœurs, attendu, est-il dit dans l'arrêté, que depuis un assez long- « temps elles se sont soustraites, à l'aide de l'évêque diocésain, à « l'administration des officiers municipaux (3). »

Les citoyens Poultier, Pillet, Poissant, Carbonnier, Thueux, Dupré, Vincent, Delhomel et Bellart, membres du District, eussent pu faire un choix plus heureux. Homme justement décrié, Hautbout devait à la violence de ses opinions le poste auquel il était appelé (4). Aussi les sœurs lui refusèrent elles l'entrée de leur maison, n'entendant l'avoir à aucun prixpourdirecteur.Hautboutn'en était pas moins aumônier de l'Hôtel-Dieu et c'est à ce titre que par exploit de Tellier, huissier, du 5 Décembre 1792, il citait les sœurs en conciliation devant Claude (îabi iel Vézélier, juge de paix du canton de Montreuil, et ses assesseurs Louis Antoine de Lespine et Pierre Joseph Dewamin, pour réclamer « le payement de 300 livres qu'elles lui doivent pour deux trimestres « échus le 6 novembre dernier de son traitement dudit Hôtel-Dieu en « vertu de sa nomination du Directoire du 6 mai précédent dûment « coUationnée, signé Varennes, confirmé par le Directoire du Départe- « ment du Pas-de-Calais séant à Arras le 28 juin suivant, signé « Galand. » A cette citation les sœurs répondirent par l'intermédiaire du citoyen François Boitel, notaire, qu'elles n'avaient « contracté « aucun engagement avec le citoyen Hautbout ; qu'elles s'étaient au « contraire opposées à son installation en qualité de desservant parti- « culier de leur hôpital attendu que ledit hôpital était lors desservi « par leur directeur ordinaire et par les curé et vicaire de la paroisse « qui venaient dire la messe les têtes et dimanches et administrer les « secours ordinaires aux malades ; qu'elles avaient présenté requête « au Département afin qu'il lui plût retirer son arrêté relatif à la « nomination du dit citoyen Hautbout et qu'il ne fût rien changé dans « l'administration et desserte dudit Hôpital jusqu'à ce que le sort et le < régime des Hôpitaux soit réglé ; qu'au surplus elles n'avaient aucun

(i) A I Case i.

(2) Archives du Pas-de Calnis. En 17S9, l'abbé Quécu avait eu la présidence de l'Assemblée du Clergé pour les élections.

(3) Archives du Pas-de-Calais.

(4) Ch. Henueguier, notice sur l'Hôtel-Dieu.

denier (loslinô au jiayemoiit du Irnilemoiit i'(''clanié par ledit ciloyeri llaulhouL et ((ue les tribunaux ordinaires ne pouvaient statuer sur v^ ce point Jusqu'ù ee que lo départenieFit ait airêté sur quels deniei's «.< le t['aitenient dudit citoyen Iiaut])Out doit se prendre. » Les parties n'ayant pu se concilier lurent renvoyées devant les Juives compétents. Nous ne savons quelle lin fut donnée à cette aiïaire (1).

Privées de leur supérieur, les s(xnirs continuèrent de se rendre entre elles leurs conii)tes de gestion. C'est ainsi que le 31 décein])re 171)2, la sœur dépositaire accusait devant les sœurs, encore au nombre de quinze, une recette de 1^,01)9 livres et une dé[)ense de 14,233 livres soit un excédant de iOG livres (2). Enfin, le 28 février 1793, les sœurs Octavie d'ileuzé de Saint Gabriel, supérieure ; Louise Lemaire de Sainte Monique, assistante ; Marj^^uerite Framery de Sainte 'Ursule ; Mai'ie Anne Charlotte Waguet de Sainte Marthe, discrète, Marie Madelaine Suzanne Boitel de Saint Joseph, économe, souscrivaient encore un bail pour les terres de Waben.

Cependant, les événements marchent avec la rapidité des flots qu'aucune digue n'est capable d'arrêter. Dans sa visite à l'Hôtel-Dieu le 4 mars 1793, Darthé voit avec déplaisir que les sœurs qui l'habitent sont encore « embéguinées et costumées fanatiquement depuis la « tête jusqu'aux pieds. » Il requiert la Municipalité de leur faire quitter dans les vingt quatre heures ces vêtements superstitieux et il espère bien ne plus voir, lors d'une seconde visite, « ces spectres « ambulants qui, par leur mise, blessent les yeux républicains. » Un portrait d'évêque, celui de M. de Machault, tombe sous les yeux. « Il « fait immédiatement justice de ce scélérat et foule aux pieds son « image, au grand étonnement des adoratrices. » Au surplus, ajoutet-il, les malades tant militaires que bourgeois qui sont dans cet Hôpital sont très bien soignés « et je puis dii*e à la louange des sœurs « qui les servent que malgré leur fanatisme, on n'a pas à s'en « plaindre (3). »

Pour se conformer à ces ordres et s'éviter de nouvelles insultes, les sœurs quittèrent alors l'habit monastique. Un compte de l'époque relate une somme de 146 livres 6 sous pour cet objet (4).

Quelques mois plus tard, Asselin, administrateur du Pas-de Calais en mission à Montreuil, s'occupa des biens des Hôpitaux et ce fut par son ordre que le 7 septembre et jours suivants, Hautbout, qui avait jeté le froc et était devenu procureur syndic du district, se rendit en compagnie des citoyens Henri Le Belge et Louis Marie Lagache, à l'Hôtel-Dieu pour dresser l'inventaire du mobilier (5). Puis vint la destruction des emblèmes de la féodalité et de la superstition.

Le 30 septembre, le représentant du peuple André Dumont organise une fête pour renverser les statues du portail de l'église Saint- Saulve.Il fait réunir sur la place d'armes, à l'endroit du Château d'Eau

(i) Archives de la Justice de Paix de Montreuil. (2) A I Case i.

^3) Deramecourt histoire du clergé d-^s diocèses d'Arras, Boulogne et St Omer.

(4) Archives du Pas-de-Calais.

(5) Ibidem.

actuel, toutes les reliques provenant des églises et des chapelles de la ville ainsi que des environs ; une énorme quantité de statues, de tableaux, de livres et de parchemins. Au premiers rang les sœurs de l'Hôtel-Dieu sont tenues d'assister à ce spectacle et l'une d'elles, attachée au hras d'un prêtre constitutionnel, est contrainte, après avoir fait le tour du hucher, à mettre le feu à ces objets précieux (li En même temps la chapelle de l'Hôtel-Dieu est livrée au pillage. Le ouvriers employés dans la maison, des personnes qui y avaient éb secourues et qui, plus tard, y vinrent mourir, furent les premiers y abattre les statues du portail, à indiquer les endroits où devaient se trouvait les objets consacrés au culte (2) et c'est ainsi que les sœurs Duval, Duprey et Hacot parvinrent à grand peine à soustraire à la profanation les curieux reliquaires de leur maison (3).

Cependant, tant de zèle ne parvient pas à rassurer Joseph Le Bon sur les dispositions des patriotes Montreuillois. Qui l'eut cru? Hautbout que Le Bon lui-même a nommé procureur syndic ; Hautbout qui a fondé une imprimerie et une papeterie à Montreuil, moyen puissant, dit le district, entre les mains des sans culottes pour diriger l'opinion publique ; Hautbout qui a dénoncé nombre de prêtres et fait procéder à leur arrestation, est le premier à l'apprendre. Bientôt il était luimême incarcéré comme suspect de fédéralisme à cause d'une correspondance qu'il ent retenait avec le député Louvet et il comparaissait devant le tribunal révolutionnaire d'Arras où il obtenait avec peine son acquittement (4).

A la nouvelle d'un prochain voyage de Joseph Le Bon à Montreuil, devenu Montagne-sur-Mer, la municipalité comprit qu'il n'était que temps d'agir avec vigueur. I

Le 22 ventôse an ii (12 mars 1794) Antoine Marie Robinet, officier i municipal, et Thomas Petit, notable, nommés commissaires par le I Conseil général de la Commune furent requis de mettre en état d'ar- ' restation les sœurs réfractaires qui se trouvaient encore en ville; et! ce jour là même vingt et une d'entre elles, savoir : huit sœurs de' l'Hôtel-Dieu, onze bénédictines de Sainte Austreberte, deux Ursulines ' de Boulogne étaient internées à l'abbaye de Sainte Austreberte convertie en maison de détention où elles furent livrées aux brutalités des geôliers parmi lesquels se distinguait le citoyen Grégoire Nayez qui, plus tard, fut même condamné à cinq ans de fers pour les méfaits < sans nombre qu'il commit dans l'exercice de ses fonctions (5) « Nous ^i « nous sommes transportés chez les sœurs hospitalières de cette i « commune, lit on dans le procès-verbal d'arrestation, où nous avor « appelé les filles à nous indiquées savoir, les filles Duval, Duprey, « Villain, Delbart, Framery, Lemaire, Flahaut, Ilennequin qui, s'étant i

(i) Dictionnaire historique d i Pas de-Calais art. Montreni!.

(2) Tradition.

(3) Tradition et Registre F 5 Cr.se 10.

(4) Deramecours ops. cit t. p. et Paris, Histoire de Joseph Le Bon t. i p. 182. Après îa Révolution Hauibout îr-rsférA à BoDloo;ne son imprimerie qu'il intitu'a imprimerie de la Marine pais de VAi^le impc-ial. V. Moraud, Vannée historique de 1 ouloi^ne p. 40

(5) Deramecourt, op. cit. t. iv p. 192.

!< pr(^soiUéos, iiolificalion à elles (aiUî do rol)Jel de noire mission, \i elles y ont obtempéré. Mais, au préalable, visite faite de leurs ci- !< devant cellules, des jjapiers qui s'y trouvent, n'y avons rien trouvé \i de suspect. Aussilôl les avons conduites en la maison d'arrêt de la K ci-devant abbaye de Sainte Austrebei'te et mises en la j^arde des it citoyens Obert et Delbart, inspecteurs de ladite maison (1). »

Seules quatre sanirs, qui sans doute avaient fini par pi'êter serment, ['estèrent « fidèles à ren<;ayement qu'elles avoicnt i)i'is de secourir |t l'bumanité souflrante ». Ce furent Madeleine Boitcl, supérieure, vlarie Anne Wa^^uct, P]lisal)etli Austre])erte Vézélier et Marie Louise v'ictoire Hacot qui dès lors prirent le titre de « citoyennes éconouies » 3t eurent avec elles quelques personnes salariées de la ville et des 3nvirons pour les seconder sous le nom d' infirmières. » Le dernier iompte rendu par les « économes et ci-devant administratrices de < l'Hôpital de Monta<j^ne-snr-Mer » pour une durée s'étendant du 1'^' janvier 1793 au 21 octobre 1794, constate une recette de 35,745 livres et une dépense de 35,609 livres 2 sols 9 deniers (2)

L'Hôtel-Dieu sous rAdministration Municipale (1794-96)

Les documents concernant l'Hotel-Dieu à cette époque ne laissent que de pénibles souvenirs, la loi du 22 messidor an ii (10 juillet 1794) qui réunissait les propriétés des hôpitaux au domaine national n'ayant pas tardé à jeter le plus complet désordre dans le fonctionnement de ces établissements. Cette loi décidait, il est vrai, que les dettes desdits hôpitaux seraient payées par la Nation, mais les formalités qu'ils avaient à remplir avant de recevoir les subsides du Comité Central des secours exigeaient tant de délais que la situation des hôpitaux de Montreuil devint bientôt intolérable.

Dès le 8 décembre 1794, les ex-sœurs exposent le triste état de leur maison dans une pétition adressée par elles au Directoire du Département (3). Leur misère est telle que Julia Barbier, Angélique Barbier et Françoise Evrard ci-devant filles de la Charité à la Tremblade, qui le 18 mars 1795 avaient été nommées infirmières à l'Hôtel-Dieu par l'administration Municipale, n'y peuvent rester, faute de ressources, et sont contraintes de retourner à Rimboval où elles s'étaient retirées lors de la dispersion des Communautés religieuses (4); et cependant c'est en ce moment même que l'on songe à mettre la main sur les biens de l'Hôtel-Dieu convoités depuis si longtemps.

Le 10 av il 1795, le presbytère de la rue du Tongris est aliéné pour une somme de 5,000 livres (5). Le 4 septembre suivant, la belle ferme

(i) Archives du Pas-de-Calais.

(2) A I Case i.

(3) H 7 Case 2.

(4) Archives do Pas de- Calais.

(5) A I Care i .

de Glenleu et les terres d'Alette qui en dépendent sont vendnr. 426,000 livres par le disti'ict de Boulogne à l'insu même de l'admin. tration Montreuilloise (1).

La ferme du Val alors tenue par la famille Durlin et où l'ahl Durlin-, ancien vicaire de Vercliocq ne cessa d'exercer le saint min! tère pendant la Terreur (2) eût subi le même sort si quelques mei-, bres de l'administration n'étaient parvenus à retarder l'exécution d^ cette mesure en demandant l'ajournement jusqu'à ce que la Gonveii tion eut statué sur la proposition du représentant Delelois tendant i faire rappoi^ter le décret prescrivant la vente des biens hospi! liers p). Enfin, la maison de la rue des Juifs attenant à l'Hôtel-Di' et qui plus tard servit de presbytère n'échappa à la vente que par qu'elle se trouvait être alors le siège du Comité révolutionnaire (i).

En parcourant ces nombreuses pétitions adressées à Paris par lé Municipalité, on se croit revenu aux plus tristes années du xvn siècle.

« Tous deux, est-il dit dans un de ces écrits, en parlant de l'Hôtel- « Dieu et de l'Hospice des Orphelins tous deux sont à la veille d'êli! « abandonnés par les sœurs qui les desservent faute de moyens « pourvoir à leurs besoins qui sont très multipliés et très pressan « Nous les avons déjà fait connoitre plusieurs fois et sans succès [i « commission des secours publics ; si elle difïére plus longtems i « pourvoir, les administrateurs de ces maisons nous assurent qu"i. « seront forcés de les fermer (5). »

Dans une autre pétition datée du 4 juillet 1705, il est aussi expo « que les personnes bienfaisantes à qui les administrateurs de ( « maisons avoient eu recours dans leur extrême pénurie, ne peuvo « ou ne veulent plus prêter les secours qu'ils en avoient tirés jusq. « présent et dont ils leur sont néanmoins redevables ; que par là « se trouvent dans l'impossibilité absolue de pourvoir aux besoi « journaliers et indispensables des individus qu'ils reçoivent daiv « lesdits hôpitaux ; que toutes les denrées même celles de premier' « nécessité ne se vendent plus que comptant sur les marchés comnii. « chez les particuliers tant de la ville que de la campagne ; que quoi- « que cette saison soit le temps des approvisionnements en bois dei « chauffage, il leur est absolument impossible de s'en procurer faute| « de fonds; que même l'hospice des malades n'a pu jusqu'à présena < faire voiturer les bois qu'il a achetés l'hiver dernier dans les boi?|| » de la Nation et qui y sont restés faute de voituriers ; enfin, que lesl « vitrages et les toits de ces maisons sont dans un délabrement quj « nécessite des réparations urgentes (6). »

En l'an IV, le personnel de 1' « hospice Civil de la République en « commune de Montreuil » se composait de Grégoire Hacot « ex ci .

(i) B 98 Case 8 et Ch Henneguier, Notice sur l'Hôlel-Dieu.

(2) Deramecourt, op. cit. t. ni p.

(3) Ch. Henneguier op. cit.

(4) Archives du Pas-de-Calais.

(5) H 7 Case 12.

(6) H 7 Case 12.

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ministraloiir > au trailement de iHO livres (1), de quatre ex-relieuses non salariées ayant le titre d'économes, d'uFi médecin et d'ufi lirurjji'ien aux ti'aitemetUs de 150 livres ; de Pierre Ilertaut, infirmier, } Mar;^nierite Foui'croy, de Madeleine Mariette et M*" (^labaut, infirières;de Kranroiso i'utel, cuisinière; de Catherine Tiennot, boungôre ; d'Antoine Pour, garçon de cour, de Jean Baptiste Octor, )ptier, tous au traitement de .S7 livres 10 sous et nourris, et de deux irdes de bois au traitement de 100 livres.

I A cette époque, « les hospices doivent par les comptes du trimestre > messidor an IV la somme de 180,000 livres 3 deniers en assignats .li a été fixée par arrangement avec les créanciers, d'après les bases 3 la dépréciation des assignats à l'époque des fournitures à celle de )0 livres en numéraire ci GOO 1. s. d.

us celle de 10,013 1. 9 s. 6 d. en numéraire ci 10,018 1. 9 s. 6 d.

artant le déficit total du trimestre de messidor an IV est de 11,2131. 9 s. 6 d.

Résultat

La recette est de 4,000 1. s. d.

La dépense de 11,213 L 9 s. 6 d.

Partant le déficit du trimestre de messidor a IV est de 7,2131. 9 s. 6 d. (2)

Telle était la situation financière de l'Hôtel-Dieu quand parut la )i du 16 vendédiaire an V (7 oct. 1796) qui créait les commissions dministratives des hospices et réunissait les biens hospitaliers d'une lême localité sous la tutelle d'une seule et même Commission.

(i) Noms des receveurs-économes des Hospices de Montreuil : ^Hues Renault, procureur licencié-és-lois, receveur de l'Hôtel-Dieu en 1516; 1794, J. B^« »rulé, 1795, Grégoire Hacot, 1796 97, Bonaventure Delhomel,i797-i8oo, Gréoire Hacot, 1800-17, J- B*^ Brulé,i8i7-25, Castant 1825-51, Michel Braquehay, 851 85, Augustin Braquehay 1885, 1-20 Avril 1885, Adolphe Le Gressier de leliannoy, 1885, Ch. Biez.

(2) E 43 Case 9.

L'Hôtel-Dieu de 1796-1874

C'est pour se conformer aux prescriptions de la loi de vendémiai que le 8 frimaire an V (28 novembre 1796) il était procédé à l'Hôtel ( Ville de Montreuil à l'élection des membres de la Commission (\ désoT^mais devait administrer les hospices de cette ville et que ! citoyens François Boitel, notaire, Jean Baptiste Brûlé et Marc Fj çois Gence, marchands, élus par la Municipalité, furent installés d leurs fonctions le 17 du même mois à la suite d'une allocution du 1 sident de l'administration Municipale Gaspard Lefévre et du discoii suivant prononcé par le Commissaire du pouvoir exécutif, Grégoii Germain Boitel :

Citoyens,

Les objets confiés à votre administration exicrent de vous un ? invariable, un dévouement sans bornes. C'est le patrimoine du pau\i et de l'orphelin que vous allez administrer, le régne de l'anarchie du vandalisme en avait dépouillé les hospices, le règne de la rai et de la justice le leur a restitué. Vous ne trouverez plus, citoyens,]; domaines qui composent ce patrimoine dans l'état où ils étaient auti fois : Une partie en a été aliénée et la plupart des autres morcelé Vos premières opérations dans votre carrière administrative devroi donc tendre à faire restituer aux hospices les revenus des biens doi on les a si cruellement et si injustement dépouillés. A cet égaii Citoyens, l'administration municipale de cette commune, dont j'prime ici les sentiments, partagera toujours vos vues bienfaisantes mettra au nombre de ses opérations les plus chères celles qui coi cerneront l'administration des hospices civils.

Vos fonctions, citoyens, ne se borneront pas seulement aux bic: et revenus des hospices. Vous éprouverez une jouissance bien doiu en entrant quelquefois dans les détails de la vie intérieure des (' blissements. Vous visiterez souvent par vous mêmes les pauv, malades et les enfants de la Patrie, vous recevrez avec plaisir b réclamations qu'ils pourroient faire et vous vous empresserez d'e employer les moyens propres à leur soulagement et à leur consola tion. Les malheureux trouveront des pères tendres et complaisan: ils vous béniront au milieu de leurs souffrances et de leurs misères.

Cette partie de votre administration, citoyens, sera la plus agréabl et la plus satisfaisante, vous vous trouverez parfaitement seconde par les citoyennes vertueuses qui ont aujourd'hui la direction de ce maisons Dès leur tendre jeunesse elles se sont consacrées au soul< gement des pauvres malades, à l'éducation des orphelins ; les mœui avec lesquelles elles se conduisent, la religion qui les vivifie journel lement en elles, leur dévouement sacré à la cause des malheureux le rendent on ne peut plus précieuses à cette commune ; il serait ' désirer que le nombre en soit plus plus considérable en raison d, leurs grandes occupations et de l'âge avancé de plusieurs.

La surveillance que vous aurez à exercer sur leur direction, toyens, ne sera pas garante ; vous adoucirez facilement leurs pénible travaux par les égards et les procédés que vous aurez pour elles.

Si l'administration municipale, citoyens, n'étoit convaincue d'c vance de vos lumières et de vos bonnes intentions, j 'entrerois dans d plus grands détails ; je me borne tout simplement à vous dire qu

[MininistratioQ miinicipalo se persuade que vous justifierez pleinen lit la confii.uce ({u'elle croit devoir vous accorder aujourd'Iui.

La loi du K) v(Mi(lcmiaire no croaiL pas seulenienl les coinuiissions

iiistratives d(^s hos[)ices elle niaiutenail aussi ces établissements

la jonissîuico d(^ leurs biens et ordonnait de i)1uh (jue les l)iens

i\ aient été vciulus ou vertu de la loi du 2'i messidor, dé/initive-

rapportée eu ce qui concernait les hospices, seraient remplacés

t iJicns nationaux d'un môme i)i'oduit.

En exécution de cette loi, la Commission des hospices de Montreuil rii^ea un état sommaire des pertes subies par ces établissements [iidant la Révolution, lequel accusa pour FIIôtel-Dieu seul une dimi- I tion de 0,0 iO livres 2 sous 11 deniers en revenu et par surcroit une nume de 1,000 livres qui lui était imposée pour les bois du Val (1). I Malheureusement, les efïets de la loi de vendémiaire ne devaient |s de sitôt se (aire sentir. Le trésor était vide, la guerre absorbait |s dernières ressources et la lutte des partis, chaque jour de plus en (US vive, entretenait dans le pays ce défaut de confiance sans laquelle kcun Etat ne saurait subsister.

f A la suite de l'abrogation de la loi du 7 fructidor an V, les abbés itoine Dubocquet, Charles Benoit Gence et Jacques Firmin Duboclet qui étaient de retour à Montreuil depuis quelques jours seulelent, durent reprendre le chemin de l'exil. L'ancien directeur de ilôtel-Dieu qui lui aussi, était revenu à Montreuil dans la pensée d'y irminer tranquillement ses jours, eut beau protester de son impuisi.nce à ti'oubler l'ordre et se prévaloir du mauvais état de sa santé uistaté par les médecins, le 22 vendémiaire an VI (18 oct. 1797) les Iministrateurs municipaux de Montreuil adressèrent au « citoyen 3U1S Quénu » l'ordre suivant :

« Nous vous envoyons copie de l'arrêté pris par l'administration întrale du Département du dix huit de ce mois portant qu'il n'y a eu à délibérer sur la pétition que vous avez présentée pour être itorisé à rester en cette commune jusqu'au rétablissement de votre uité. En conséquence nous vous prévenons de venir sans retard i^eudre un passeport pour, en conformité de la loi du dix huit frucdor, sortir du territoire français, ne pouvant, d'après la loi et l'ar- 3té du Département tolérer votre séjour en cette commune.

Les administrateurs Municipaux.

Deumine, président

Lafoscade Houzet (2).

Le 29 fructidor an VII (15 sept. 1799), les administrateurs des hosices de Montreuil écrivent à Quinette, ministre de l'intérieur, que Hôtel-Dieu est « dépourvu de tout, ayant perdu totalement la confiance des fournisseurs qui demandent tous les jours à grands cris les fonds qui leur sont dûs depuis des années et qui se refusent net de livrer n'ayant au surplus, disent ils, fourni que d'après nos invitations et sur notre parole. Nous ne vous le dissimulons pas, Citoyen Ministre, mais nous serons forcés de l'évacuer si vous ne venez de suite à notre secours. »

(i) E 2 Case 10.

(2) H 7 Case 12.

« Par votre lettre du 20 fructidor dernier, écrivaient ils encore h « même le 22 vendémiaire an VIII (14 oct. 1799), nous vous faisoi « part de la position fâcheuse dans laquelle nous nous trouvons ei « vers les pauvres malades qui sont dans les hospices confiés à nr « soins, dénués de tout, n'ayant aucun fonds pour faire les approv « sionnements journaliers les plus indispensables, sans linges, i « literies et les malheureux totalement nus. Gomment, à l'approcli « de l'hiver, résisteront les pauvres malades et les petits enfants d « la Patrie, si l'on ne leur procure les vêtements que leur situatio « réclame et qu'ils ont droit d'attendre à juste titre de la bienf'aisanc « nationale? Venez donc, nous vous en supplions. Citoyen Ministre « au nom de l'humanité souffrante, au secours de ces êtres intôre^ « sants et mettez nous à l'abri d'abandonner nos fonctions et nos se « licitations pour eux. »

Les suppliques que les administrateurs [adressaient au pouvoi restant sans réponse, trois d'entre ces derniers donnèrent leur d mission et la Commission qui, depuis sa création, avait été renoh velée en partie, le 21 mars 1798 par la nomination du citoyen Augusti Le Roy Lozembrune en remplacement de Combertigue Varennes et h 30 octobre 1798 par celle de Charles Robert Remy Thomas Poultie notaire, en remplacement du citoyen François Boitel, le fut complètement les 24 octobre et 5 novembre 1799 par la nomination de citoyens Philippe François Henneguier, Hippolyte Pielet, officier d< santé et Claude Dodenfort appelés à succéder aux citoyens Derous sent. Brûlé et Gence, démisionnaires.

Mais la Commission ne devait pas rester ainsi longtemps composée : les citoyens Poultier nommé sous-prefet de l'arrondissement d( Montreuil fut remplacé en 1800 par le citoyen Florival Deroussent qu lui même eut pour successeur le 28 novembre 1802 l'ex-chanoine d( Saint-Firmin Poultier, ancien vicaire général de l'évêque Porion, ei même temps que les citoyens Dacquin et Pecquet remplaçaien les citoyens Leroy Lozembrune et Henneguier, démissionnaires.

La Commission était ainsi constituée, quand Bonaparte décida l'établissement d'un camp à Boulogne. Montreuil, devenu le centre d'ur corps d'armée de 24,000 hommes placé sous le commandement di général Ney, l'administration des hospices eut à pourvoir au logegent des militaires malades ou blessés dont le nombre s'éleva jusqu'à 4 à 500 et dut à cet effet emprunter une somme de 10,000 francs au Mont de Piété d'Arraspour l'appropriation des bâtiments de l'ancienne abbaye de Sainte Austreberte qui dès lors prirent le nom d'hôpital militaire; en même temps, sur l'avis formel du gouvernement, elle donnait aux anciennes sœurs toutes les facilités possibles de rentrer dans leur maison par la délibération suivante en date du 2 août 1803 :

« Vu le vœu du gouvernement que ces établissemens soient desservis par des filles consacrées par goût et par état aux soins des malades ; que des quatre ex-religieuses restées à Ihospice, trois sont âgées et presque infirmes; informée du désir ardent que témoignent de rentrer les ex-religieuses qui composoient cette maison et dont le malheur des temps a forcé la sortie ;

La Commission arrête : Qu'elles sont admises à reprendre leurs fonctions conjointement avec les ex-religieuses hospitalières à condition que chacune d'elles aura soin de se munir de son lit garni, de Tameublement de sa chambre, de linges et autres etlets que la loi

ur a accordi's, l'adininisti'.'iLioii éLanl d'ailleui's dans rinipuissanco ien founiir do nouveaux (1). »

Les scrurs (ril(Mi/('', de la \'(M'dio, I-'ianioi-y, Ilonnoquin, Delbart, aliaut, l)u\nL Itupicv, iMiliois, Cocqiicrol de Ilonlieu et Villin qui, a Ui' soi'lie de prison après le î) tlieiMnidoi-, avaient li'0iiv(5 un asile à nnl-Mi('li(d, dans une jKUile maison ai)parLenaiil à M. Charles Jlerii3guier et où elles inslruisaient les eulauts en cachette (2) rôpondi- ,uit à rapjtel de la (lonmiission et l'ahhé Qu^inu, de retour d'exil, ,)prit conjointement avec- Tabbé Jean Baptiste llacot, qui, lui aussi /ait été déporté {'A), la direction spirituelle de l'Hôtel-Dieu qu'il conlîpva Jusipi'à sa mort arrivée le 3 juin ISOO (4).

L'abbé Quénu lut inhumé dans le bastion dit le Bouillon, servant iors de cimetière (5), et remplacé le 15 novembre 1806 par l'abbé adore LoMiillet l'un des principaux ministres du culte caché à Gouyaint-André pendant les dei'uiers temps de la Révolution tandis que abbé Lecomte, l'ancien coadjuteur de l'abbé Quénu en 1789 et qui vait é.ualement administré clandestinement la paroisse de Nempont- ^aint-Firmin sous la Terreur (0) était nommé alors curé de Lépine où \ mourut dans le cours de l'année 1839 (7).

] Cependant l'état de gêne dans lequel se trouvait l'Hôtel-Dieu ne jiisait que s'accentuer. « Les hospices, lit-on dans le compte rendu , des séances du Conseil Général du Pas-de-Calais en l'an XI, les I hospices si intéressans pour l'humanité souffrante, dont les bien et la Cliarité des citoyens étaient plus que suffisans pour pourvoir à leurs besoins, présentent un aspect déchirant pour les cœurs sensibles ; malgré les octrois, ils ne peuvent parvenir à combler leur déhcit, et ceux de Saint-Pol, Bapaume et Montreuil sont dans la plus grande pénurie. »

Les mesures que le gouvernement consulaire avait prises pour application de la loi du 23 février 1801 qui indemnisait les hospices e leurs pertes étaient pourtant bien faites pour mettre fin à cet état e choses. Mais ce fut seulement par le décret impérial du 28 août 805 que l'Hôtel-Dieu reçut à titre de compensation divers immeubles isséminés dans les départements du Pas-de-Calais, de la Somme et u Nord, entre autres, une partie des biens de la famille de Bryas que 'Hôtel-Dieu échangea avec elle le 13 novembre 1811, contre une ferme . Trois.Vaux près de Saint-Pol, tous lesdits biens représentant un apital de 47,300 francs et un revenu de 2,365 livres 3 sous; 1,389

(i) E 2 Case lo.

(2 Deramecourtj op. cit. t. m p. 530.

(3' Deraraecourt, o"). cit. t. iv p 455.

(4) Registre de; décès. O 1 conserve encore à la sacristie de l'Hôtel Dieu un ochetd'on travail très remarquable portant cette inscription : Monsieur Quénu har.oine de Saini-Firmin. Rappelons ici que c est en la qualité de doyen de ette collégiale qu'en 1789 il présida Tasseniblée du clergé du bailbge de Monreuil pour les élections d'un reorésentant aux Etats Généraux.

(5] Les sœurs Heuzé. la Verdy. Framery, Hennequin, Flahaut, Duval furent [ihumées à Ecnires et la fœur Vdlain à Collines.

(6) Deraniecourt t. m p. 558.

(7) Robitaille, Annuaire du Diocèse 1880 p. 348.

livres de rentes sur particuliers lui furent en outre attribuées (1). Pai contre un décret du 19 juin 180G lui enjoignit d'acquitter les service.' religieux grevant ces biens et rentes dont la possession lui fut confirmée par la loi du 7 septembre 1807 (2).

Les registres de délibérations de la Commission des hospices (h 1806 à 1817 ne se trouvant plus aux Archives, les faits concernai] l'Hôtel-Dieu à cette époque sont imparfaitement connus. D'apr*" V Annuaire statistique du Département du Pas-de-Calais pour i SU. en 1801) cette commission se composait de MM. Blondin, Baizieu: Deroussent Florival, Enlart, président du Tribunal, Delarue et Lœuiilet dont les comptes devaient être soumis chaque année à une autrt commission dite de révision comprenant trois membi-es MM. Violette, notaire à Hesdin, Conseiller Général, de Bernes de Longvilliers, conseiller d'arrondissement, et Siriez du Cléty, conseiller municipal de la Ville de Montreuil.

MM. Blondin-Baizieux, Dacquin, Henneguier, Duval et La Pature- Verchocq étaient administrateurs, lorsque la Communauté des Augustines de Montreuil desservant l'Hôtel-Dieu fut autorisée par décret impérial du 15 novembre 1810. Dès le 28 décembre 1809, l'Hôpital militaire de Sainte-Austreberte avait été supprimé et les 51 maladequi s'y trouvaient encore avaient été évacués sur l'Hôtel-Dieu. Maibientôt les événements forcèrent la Commission à rouvrir cet établissement. Le 1 janvier 1812, il contenait 183 malades et le 21 novembre il y arrivait, ce qui se présenta plusieurs fois, un convoi de 200 malades ou blessés dont 131 prisonniers de guerre : Autrichiens, ?]spagnols. Prussiens et Russes venant de Gand, Lille, Douai, Bouchaiii. etc. Trois cent vingt huit malades y étaient soignés à la date du 1'' janvier 1814 et 1,088 entrées y furent constatées pendant le premier trimestre de cette année seulement. Trois religieuses de l'HôLel- Dieu les sœurs Marie Austreberte Toursel de Saint Charles, directrice. Françoise Scholastique Pichonnier de Sainte Marthe et Marie Joseph Augustine Thuillier de Sainte Cécile étaient chargées de le desservir ayant sous leurs ordres un certain nombre d'infirmiers civils et militaires. Enfin à cet établissement étaient attachés un économe parti-, culier M. Champion et un commis aux écritures M. Charles Marie Dupuis.

A la suite de ces événements, si proches des années de troubles, ^j l'Hôtel-Dieu, au commencement de la Restauration, se trouva daiisj une situation financière bien critique. <

En 1816, sous MM. Hacot, maire, Gaudefroy, curé-doyen, Thueux, adjoint, Duval, du Broutel et Paie, administrateurs, la dette de l'Hôtel-Dieu s'élevait à la somme de 10,000 francs. L'Etat, il est vrai, en devait 18,000, mais il suffît de parcourir le registres aux délibéra-lions et la correspondance de cette époque pour se faire une idée de ce que la Commission rencontre de difticultés pour opérer le recouvrement de cette somme. Un acompte de 4,937 francs lui ayant pourtant été payé le 30 juin 1817, elle décide : « attendu que cette somme est < due particulièrement aux fournisseurs de l'Hôpital militaire qu'elle « leur sera distribuée tant en considération de l'ancienneté de leur:

(i) B 33 Case 4.

(2) C 4 Case 9.

[k créance que de l'état de leur fortune per'sonneile, en sorte que les \i moins aisés reçoivent une somme un peu plus forte que ceux qui

< ont des moyens. » Par surcroit la disette de 1817 réduisit la ^jommission aux i)lus ti'istes expédients ; le blé était rare et i^ermé, îlle dut essayer d'un mélanj^e de seigle et d'orge pour la fabrication lu pain. Mais cet essai produisit de si fâcheux résultats — « le ])ain

< était humide et la croûte levée » — que bientôt elle dut l'abandonner U résolut (jue, dorénavant, il entrerait un tiers de froment, un tiers le baillarge et autant de seigle dans la composition du pain. Le rece- • eur, i\I. Cattant, fut aussi chargé de se rendre dans les i)orts voisins )0ur acheter de ses deniers, sauf remboursement, les grains néces- >aires, vu, est il dit dans une délibération du 13 juillet, « que les den-

< rées provenant des arrivages faits à Houlogne et à Calais sont

< notoirement à meilleur compte que celles que les cultivateurs expo-

< posent sur le marché, » enfin le 15 novembre de cette même année, a Commission arrêta qu'il serait prélevé « pour cette fois et sans tirer

< à conséquence pour l'avenir » sur les pots de vin à payer par les louveaux fermiers, un secours de 60 francs, pour chacune des sœurs.

< Considérant qu'il est juste que les religieuses aient les moyens de

< se pourvoir des choses qui leur sont personnellement nécessaires,

< et que dans ces temps difficiles elles n'ont pas dans leurs familles

< les mêmes ressources qu'autrefois. »

En 1818, la Commission fut renouvelée en partie à la suite du décès le M. Pâté, de la démission de M. Duval et du départ de M. du Brou- ,el. Le 25 décembre, MM. Brûlé, notaire, Gascard, receveur des finances, et Berguesse furent appelés à leur succéder; mais ce dernier ne 3rut pas pouvoir accepter le mandat qui lui était ofïert, « trouvant ses

< fonctions de capitaine du génie en activité incompatibles avec toute

< espèce de fonctions civiles. »

Malgré les mesures d'économie qu'elle imaginait pour parer à tous es besoins et les luttes qu'elle eut à soutenir contre le Mont de Piété i'Arras qui lui demandait le remboursement avec intérêt du prêt qu'il ivait consenti pour l'établissement de l'hôpital militaire, et qui lui Hait rendu impossible par suite de la ténacité de l'Etat à ne pas faire Iroit à ses justes réclamations, la Commission, dès qu'il s'agissait du )ien public, n'hésitait pas à faire de nouveaux sacrifices pour l'améioration et l'extension des services de l'Hôtel-Dieu. « Considérant que

< quoiqu'il ne soit pas d'usage de traiter à l'Hôtel-Dieu des maladies i cutanées telles que gale, dartres, etc., il serait cependant avanta- .< geux d'avoir une baignoire à vapeur de souffre pour traiter les per-

< sonnes qui, affectées d'autres maladies qui les mettraient dans le r cas d'entrer à l'hospice, auraient encore des maux de cette nature ; « qu'elle servirait en même temps à faire des épreuves à l'efïêt de

< vérifier jusqu'à quel point on peut en tirer parti pour le traitement

< des rhumatismes et des maladies de poitrine auxquelles on pense

< que ce traitement peut être avantageux en certains cas ; qu'enfin « elle offrirait un grand avantage aux habitants de la ville attaqués de K maladies cutanées et qui pourraient, moyennant une légère indemi< nité, venir y trouver un secours très utile »le 19 novembre 1819, la Commission arrête qu'il sera pris des mesures pour pourvoir la maison de l'Hôtel-Dieu d'un fourneau pour traiter les maladies cutanées )arla fumigation du soufire d'après le procédé inventé par M. Gales, iocteur en médecine de la Faculté de Paris. Elle décide enfin, le

même jour, qu'il y a lieu « de disposer un local convenable pour \ « placer les cadavres des morts et qu'on puisse procéder à l'ouverture « de ceux qui proviendront d'individus qui auront succombé à des ma- « ladies inconnues afin de rechercher les causes des maladies et les « moyens d'y porter remède si elles se représentaient (i). »

Le 16 février 1820 seulement M. Petit, procureur de Roi, remplaça le capitaine Bergucsse comme membre de la Commission des hospices et le 1) décembre suivant M. le vicomte de Montbrun, député, succéda en la même qualité à M. Thueux, membre sortant non réélu pour cause d'incompatibilité avec les fonctions de premier adjoint.

Le 30 décembre 1820, sur l'exposé du Maire « que plusieurs créan- « ciers de la dette antérieurs à l'exercice de 1817 éprouvent de sil « ,crands besoins qu'il importe d'aviser aux moyens de les satisfaire^ « et, en conséquence, d'user des ressources extraordinaires et im- « pi^évues rendaient nécessaires » arrête que visite faite des bois appartenant à l'Hôtel-Dieu, les arbres ayant atteint le plus haut degré de valeur seraient vendus et que le produit en serait destiné à l'extinction de la dette antérieure à l'année 1817 sur un état préalablement arrêté par l'administration par degré d'urgence (2).

Toutefois les fournisseurs ne purent être entièrement désintéressés que vers la fin de l'année 1822. '

En 1823, la Commission des hospices eut à subir une complète' transformation par suite de l'exécution de l'ordonnance royale du 31 octobre 1821 et le 31 décembre M. Brûlé étant maire, M. le comi» Garnier des Garets, sous-préfet, installait les nouveaux membres qu: furent MM. le vicomte de Montbrun et Gascard, anciens administrateurs des hospices, l'abbé Lœuillet, Robinet etGuéroult de Bois Robert membres du bureau de bienfaisance, auxquels furent adjoints MM Enlart, président du Tribunal, Gaudefroy, doyen, de Longvillers Petit, Dutertre, Denquin, de Forceville, vicomte de Merlimont, !• baron du Blaisel et Cailleux, membres d'un conseil dit de chat'il» organisé le 27 août précédent et appelé, dans certains cas, à délibérei conjointement avec la Commission administrative des hospices (3).

La nouvelle Commission, malgfé les difficultés sans nombre qu'elb eut à vaincre dès son entrée en fonctions, ne se signala pas moiiipar la réalisation d'heureux projets entre lesquels il faut citer ai premier rang l'acquisition moyennant la somme de 4,500 francs, 1» 24 août 1828, de la maison de M. François Rogide Billion, sise rue di Mont Hulin, près de l'ancien cimetière, pour l'agrandissement d\ potager de l'Hôtel-Dieu et l'affectation des bâtiments au logement d' femmes et filles âgées mais encore capables de travailler. Cette maisoi actuellement divisée en douze demeures est connue sous le nom d< Maison de Saint-Augustin à cause d'une ancienne religieuse de l'ai» baye de Sainte Austreberte, Marie Madelaine Adélaïde Roger l)uque> noy, en religion sœur Saint Augustin qui l'habita pendant de longue années et y tint une école très suivie.

Le 9 février 1829 MM. de Forceville et Cailleux, membres du Cou

(i) E 3 Case lo.

(2) E 3 Case lo.

(3) E 2 Case 10.

ny/,

seil 'ie (Charité décodés lurent roniplacés pai* MM. Delepine, pi*o])r'iétairo, et l)uboc(]iiet, avoué, toutefois ce dernier' n'ayant point accepté, tut remplacé le 21 avril suivanl jjar M. Ifurtrel d'Arhoval. I Le 22 avril de cette même année la Commission des hospices avait éprouvé une perte bien sensible en la personne de M. l'abjjé J.œuillet, décédé dans sa 02"= année, et (jui, après avoir dirigé {gratuitement l'Hôtel-Dieu pendant vingt deux ans et cinci mois, lui légua pai* son

:estament du 18 avril précédent, seize parcelles de terre situées dans ies marais communaux de Montreuil. « Je sais ce que 'vous était Monsieur Lœuillet, put alors écrire le 23 avril Mgr La Tour d'Auvergne Lauraguais à la supérieure ; il ne m'était pas moins utile et, des deux côtés, il est difficile de donner un successeur qui puisse le bien (remplacer de suite... La mort a frappé au cœur la Communauté, dit-il plus loin, et Mgr d'Arras ne se trompait pas, car le souvenir de ce

prêtre instruit et pieux autant qu'ha])ilc administrateur est encore vivant dans la maison. « Nomme administrateur en 1823, lit on dans l'obituaire de ril(3tel-l)ieu, par sa surveillance et sa sollicitude pour le bien des pauvres malades, il a fait acheter par l'administration, avec le truit des économies de sa gestion, la maison de M. Billion provenant dô M. de Hernes. Ses soins s'étendaient aussi sur tous les pauvres de la ville dont il était le père. Avec le cours des Magistrats ayant établi le bureau de bienfaisance au mois d'octobre 1824, il a voulu que les distributions en fussent faites à l'Hôtel-Dieu par les religieuses (1). Il a laissé à cette maison le soleil, un calice ainsi que plusieurs ornements. Faisant bien à tous, vénéré et estimé de tous, il a emporté les regrets les plus universels. Il a été inhumé dans le cimetière de Montreuil au pied de la Croix (2). Il sera chanté le lundi i de Pâques de chaque année une messe pour le repos de son àme. »

Les sœurs dont les noms suivent avaient pris le voile pendant la direction de M. l'abbé Lœuillet : Marie Austreberte Toursel de saint Charles, Françoise Scholastique Pichonnier de sainte Marthe, Marie- Madeleine-Elisabeth Toursel de saint Nicolas, Marie-Joseph-Augustine Thuillier de sainte Cécile, Bernardine Pommier de sainte Elisabeth, Louise PecquetdeBelley de sainte Scholastique, Jeanne Thérèse Bodécot de sainte Monique, Adélaïde-Augustine Panet de saint Augustin, Marie-Françoise-Augustine Mailly cle saint Joseph, Marie-Anne Bilbocq de saint Gabi'iel et Floi'ence Cailloux de saint Augustin.

Le 24 avi'il 1830, les hospices aj)rôs avoir* effectué le 26 mars de l'année précédente un remboursement de 4,000 fi'ancs au Mont de Piété d'Arras venait de se libérer définitivement envers lui et un arrêté préfectoral du môme mois venait aussi de compléter la Commission administrative par la nomination de MM. Henneguier père et Petit, négociant, en remplacement de MM. Lœuillet et Gascard, quand survint la révolution de Juillet.

M. le vicomte de Montbrun, ancien député, donna alors sa démission d'administrateur des hospices. M. Quandalle refusa formellement de prêter serment à la nouvelle djaiastie, MM. le baron du Blaisel et Delépine, membres du Conseil de Charité, suivirent cet exemple, de sorte que la Commission ne fut reconstituée que le 10 octobre suivant par la nomination de MM. Férot, propriétaire, et Levèque, avocat, et le Conseil de Charité par celle de MM. Tellier, juge et Prévost. Le | Bas, avocat. Mais ces derniers ne sont connus que par le procès- ' verbal de leur installation par M. Boitel, maire, les conseils de charité reconnus inutiles ayant été supprimés par une ordonnance royale i du 2 avril 1831.

Comme aumônier, ce n'est que le 25 mars 1831 que M. l'abbé Lœuillet fut remplacé par M. l'abbé Pierre DehvauUe, principal du collège de Montreuil qui, depuis 1829 exerçait d'une manière toute désinté-

(i) Bureau de Bienfaisance. Rapport de M, le comte des Gatets, 22 Novembr( 1825 p. II.

(2) Epitaphe de l'abbé Loeuillet : D. O. M. A la mémoire de Monsieur l'abbt Lœuillet, aumônier des prisons, directeur de l'Hôtel-Dieu et premier vicaire d( la paroisse de Montreuil décédé le 22 avril 1829. Son àme s'est envolée dan le sein de la Divinité pour y recevoir le prix de ses bienfaits.

[•esséo les (oncUoiis (1(^ directeur de riIôtel-Dieu et avait jusque là reculé ù eu accepter «ItMiiiitivement le titre (1).

De 18^0 à IS'iS, si Ton eu excepte les mesures prises par la Coininissiou pour attéuuer autaut que possible les rava^^es du choléra eu

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(i) L'abbé Delwaulle, chanoine honoraire, né à Hesdin le 8 septembre 1797, Icuré de Conchil de 1820 à 1829, supérieur du collège de 1829 à 1873, aunr.obier de l'Hôtel-Dieu de 1831 au i^' janvier 1879, époque de sa mort.

1832, racquisition de quelques pièces de terre à Beaumerie provenant de la dame Gallet le 15 février 1834, l'aliénation en 1837 de certaines parcelles de terre à Saint-Martin d'Ardinghen, à Dennehreucq, Audincthun, Lisbourg, Equires, Heuchin, Pernes, Teneurien, Bergheneuse, Monchy et Bermicourt ; le traité passé le 25 avril 1839 entre l'Hôtel- Dieu et la Communauté, quelques décisions qui vont être mentionnées et les changements survenus dans le personnel de l'administration, l'histoire de l'Hôtel-Dieu n'ofï're que peu dlntérêt.

Le 13 février 1832, M. Guéroult de Bois Robert fut remplacé comme administrateur par M. Auguste Dobercourt, avoué, le 22 janvier 1835, M. Férot le fut par M. Ghevau, receveur des finances, et celui-ci le 21 Décembre 1837 par M. Boitel, ancien maire, auquel M. Ghomel avait succédé en cette dernière qualité. Gelui ci ayant lui même résigné ses fonctions de maire entre les mains de M. Dobercourt, succéda à ce dernier comme membre de la Commission des hospices le 21 novembre 1840. Le 14 mai 1845, M. Lefèvre, juge, remplaça M. Petit décédé enfin le 5 janvier 1846, MM. Brûlé, ancien maire, et Félix Gosyn, négociant, succédaient le premier à M. Boitel, décédé, le second à M. Henneguier père, ce dernier démissionnaire pour des causes qu'il importe de rappeler ici.

Depuis noml)re d'années, la Commission songeait à la restauration et à l'agrandissement de l'Hôtel-Dieu. Trois plans lui avaient été successivement présentés, mais sans succès par MM. Delamarre, entrepreneur de travaux 1830, Nozo, garde du génie 1836, et Epellet architecte du Département 1836, lorsqu'un nouveau projet soumis par ce dernier à la commission dans la séance du 15 mars 1843, et qui tendait à la reconstruction de la grande salle et des bâtiments annexes, fut, après une année d'examen, pris en considération par elle le 1" février 1844, Mais c'est alors que des appréhensions se produisirent el qme M. Henneguier père, un des membres les plus dévoués de la Commission, protestant contre l'exécution d'un projet qui exigeait une dépense de plus de 100,000 francs et qui, selon lui, devait compromettre pour de Longues années la prospérité des hospices, donnait sa démission le 25 juillet 1845 (1). Le départ de ce membre impressionna-t-il la Commission? Toujours est il que le projet de 1843 m lut définitivement adopté que le 13 décembre 1847 et approuvé le 2( juillet suivant. Tout semblait donc faire croire à une prochaine solu tion. Cependant il n'en fut rien. Nommé maire, M. Lécrit, dans h séance du 8 janvier 1849, provoqua la révision des plans ; de noureai modifiés, ils avaient reçu, le 30 juillet suivant, l'approbation d( M. Fresneau, préfet du Pas de-Calais, quand le retour de M. Dober court à la Mairie en fit cette fois encore ajourner l'exécution. D( plus un arrêté ministériel du 15 janvier 1850 prononçait la dissolutioi de la Commission, et les nouveaux membres nommés par arrêté préfectoral du 22 février suivant : MM. le baron du Blaisel, de Cousse maker, procureur de la République, Delye, avoué, Maugenest e Cosyn, négociants, suspendaient à leur tour tout projet de restauration. Ce fut seulement à l'arrivée de M. Charles Henneguier fils nommé le 24 janvier 1851 en remplacement de M. Delye et principa lement celle de M. Lorel, président du Tribunal nommé le 11 janviei

(i) E 6 Case lo

1853 en remplaceineiil de M. de Goussemaker, ([uo les fi^randcs décisions (l(\vaioiit ôli'O [)i'isos. La Coiniiiission avait li;Ue (Voj\ finir, dit M. llenriej^uioi' dans sa Nolicc sur rilùtcl-Dlcu. Elle cliai-'^ea M. Hubert, in^^^iiieur civil à Paris, ([ui terminait d'importants travaux à Monlreuil, do lui sounnUtrc de nouveaux i)i'ojets. Sur les instances de M. Au])ertin, sous-[)r(Met de Montreuil, elle vota la reconstruction inté}j:rale de l'ôtalilissenient et les nouveaux plans qui lui furent présentés, le 20 Janvier 18.")'!, étaient adoptés par elle le l'Wévrier suiivant par quatre voix contre une, celle de M. (^osyn. En eflét ce membre criti(iuait la disi)osition «générale des bâtiments projetés, Pceux du (luarlier des souirs particulièrement, selon lui, « mal aérés et l< surtout daniiereux en temps d épidémie » et réclamait pour l'Hôtel- 'Dieu la stricte observation des instructions ministérielles pour la > construction des établissements hospitaliers. « Il ne convient pas (« d'ailleurs, faisait-il encore remarquer dans son mémoire inséré Ik dans les roi^isti'es aux délibérations, d'allier aussi intimement f« tant de bâtiments neufs à une église qui compte des siècles d'exis- ?« tence ; le premier passant nous dirait que c'est l'union la plus mal [« assortie et le contraste le plus choquant. ».

Néanmoins la Commission persista dans sa décision. De passage à

'Montreuil le 5 juin 1854, M. le Comte Victor du Hamel, préfet du

Pas-de-Calais, donna son approbation aux plans qui lui Curent pré-

• sentes, et le 15 juillet, les travaux étaient mis en adjudication. La

dépense était évaluée, compris 26,921 francs 15 centimes de somme à

valoir, à 176,737 francs 67 centimes.

I Le 13 novembre 1854, la Commission des hospices « voulant donner « à M. le comte du Hamel un témoignage public de sa reconnais- « sance et perpétuer le souvenir des services que ce magistrat a « rendus aux établissements de bienfaisance de Montreuil, arrête « que, dans la place principale du nouvel II(3tel-Dieu, il sera posé une « table en mar])re sur laquelle une inscription rappellera, avec la « date et les circonstances de la construction, la part qu'y a prise le « comte du Hamel et le zèle bienveillant qu'il n'a cessé de déployer « pour aplanir les difficultés qui pouvaient en retarder l'exécution. » Mais le départ du comte du Hamel fit perdre de vue cette décision.

Pendant toute la durée des travaux, les sœurs se retirèrent dans l'ancien hôtel du maréchal de camp Henri Dominique d'Acary, généreusement mis à leur disposition, les malades furent transférés dans la maison dite de Saint Augustin et les veillards rendus à leurs familles moyennant indemnité. Enfin, comme cinquante ans auparavant, la Commission dut de nouveau approprier à cette époque les bâtiments de l'ancienne abbaye de Sainte Austreberte qui sous le premier Empire avaient servi de manutention, pour y recevoir les malades ou blessés de la division de cavalerie du général de Grammont cantonnée de Boulogne à Montreuil pour l'expédition de la Baltique dans la guerre entreprise contre la Russie.

A cette époque aussi, un fait mémorable se passa à l'Hôtel-Dieu. Nous voulons parler de l'application du décret du 21 juillet 1855 en vertu duquel fut approuvée l'ordonnance de Mgr Parisis, évêque d'Arras, de Boulogne et de Saint-Omer du 20 juillet 1854, qui prononçait la réunion à la Congrégation des Augustines d'Arras de la Communauté indépendante à supérieure locale des Augustines de Montreuil dont les statuts avaient été approuvés par décret impérial

du 15 novembre 1810. Dès ce moment, le noviciat de Montreuil fut supprimé. Les dernières sœurs qui prononcèrent leurs vœux dans la maison sous la direction spirituelle de M. l'abbé Dehvaulle sont : sœurs Elise-Louise-Désirée-Adrienne Batut de saint Ursule et Joséphine Cailloux de saint Norbert, toutes deux décédées; sœ.urs Caroline Sauvagetde sainte Thérèse aujourd'hui prieure (1); Joséphine Sauvaget de sainte Ursule, Charlotte Cornuel de sainte Elisabeth, Louise Cau-|

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Plans dressés par M. Epellet, architecte du Département.

(i) Aujourd'hui décédée.

ier de sainte Agnès, Pauline Périn do saint Charles et Julie Monroy de ;aint Nicolas.

De iH^A à 1<S57 furent nommés membres de la (Commission des lospices : le il Juin l(Sr)5, M. Cli. Moleux, ju.i^e, en remplacement de M. le baron du Hlaisel qui, pour ne pas pi-ôter sei'ment à l'Empire, ivait donné sa démission ; le 20 décembre suivant, M, Occis, cuié ioyen, en remplacement de M. Ch. Hennef^niier et, le 17 août 1857, VfM. Hibon de la Fresnoy, juge, et Michel Lecomte, négociant, aux lieu et place de MM. Occis et Lorel, démissionnaires.

Les travaux de reconstruction del'Hôtel-Dieu commencés vers la fin le 185i(l) par M. Bellette, entrepreneur à Amiens, sous la direction de M. Hubert, furent terminés à la suite de certains différends, sous celle je M. Herbault, architecte à Amiens et inaugurés le 6 Décembre 1857.

« Le dimanche, sixième jour de décembre 1857, les nouveaux bâtiments de l'Hôtel-Dieu de Montreuil, fondé vers 1200 par Gauthier de Maintenay, ont été inaugurés solennellement en présence de la population de Montreuil, de son clergé, de ses magistrats et des fonctionnaires publics.

« A onze heures du matin, ledit jour, les autorités réunies à l'Hôtel de Ville de Montreuil se sont rendues, escortées par le corps des pompiers, musique en tête, à l'église paroissiale de Saint-Saulve où le Veni Creator a été chanté. Le cortège s'est ensuite rendu processionnellement à l'église de l'IIôtel-Dieu où il a été reçu par les administrateurs et les dames religieuses de la Congrégation de saint Augustin, Madame Sainte-Marthe (sœur Pichonnier), supérieure.

« Les discours ci-après ont alors été prononcés par M. Emile Delhomel, maire de Montreuil, et M. Pompéï, sous-préfet de l'arrondissement.

« M. le Maire s'est exprimé en ces termes :

« Monsieur le Sous-Préfet, « Messieurs,

« Il y a six cent soixante ans, un descendant des comtes qui ont longtemps régné sur le pays, Gaultier de Montreuil, sire de Maintenay, fondait un Hôtel-Dieu dans notre ville, recevait les pauvres dans les bâtiments qu'il avait élevés et assurait par une généreuse dotation la durée de son bienfait.

« Ces bâtiments, plusieurs fois incendiés, souvent bouleversés par les tristes effets des guerres, à peines rétablis dans ces temps où de si grandes misères étaient à soulager, restèrent toujours insuffisants

« Cependant, au commencement du xviii® siècle, la maladrerie du Val, fondée en faveur des lépreux de la ville par le père de Gaultier de Montreuil, ayant été supprimée et réunie à l'Hôtel-Dieu, l'accroissement des revenus permit d'agrandir un peu les bâtiments ; mais les malades restèrent toujours dans les anciennes constructions.

(i) Une médaille en métal dont on ne connaît qu'un exemplaire, rappelle le souvenir de la démolition de l'ancien Hôtel-Dieu. En voici la description : Saint Nicolas bénissant trois petits enfants plongés dans une cuve. Exergue : S. N. Autour cette légende : Hôtel-Dieu de Montreuil, sur la cuve : fondé en I2C0. Le revers se compose de cette inscription en six lignes complétant la précédente : %r Gauthier de Maintenay et redémoli en MDCCCHV. Un trou a été percé dans le haut. La gravure de Tâvers est bonne, celle du revers laisse au contraire^iort à désirer.

« On ne tarda pas à sentir la nécessité d'une reconstruction complète ; elle était décidée en principe dès la fin du siècle dernier. Le charges énormes que THôtel-Dieu eut à supporter pendant les guerre de la République et de l'Empire la firent ajourner pendant quelqii. années, mais à peine les dettes sont elles liquidées qu'on voit toul' les Commissions administratives revenir au premier projet.

« Dans l'espace de trente ans, six plans sont discutés, plusieui' sont adoptés et sur le point d'être mis en exécution ; mais au moment décisif, des hésitations, des inquiétudes, des appréhensions biei faciles à comprendre viennent entraver ce que l'on croyait irrévoca plement arrêté.

« Enfin, en 1853, la Commission des hospices se décide à raseï l'ancien Hôtel-Dieu et à le remplacer par un monument conçu dans de larges proportions ; résolution bien grave. Messieurs, et qui entraînait après elle une grande responsabilité morale.

« Cette responsabilité n'échappa pas à la Commission Administrative, elle la vit telle qu'elle était et passa outre, mais ce ne fut pa> sans émotion.

« Le nouvel Hôtel-Dieu s'éleva non sans difficulté pour le présent. non sans inquiétude pour l'avenir.

« n est achevé. Messieurs, et les obstacles, si grands qu'ils aient pu paraître d'abord, se sont aplanis et les inquiétudes ont complètement cessé ; car, d'après toutes les prévisions, les ressources ordi naires des hospices suffiront à solder en quelques années toutes le^^ dépenses de la reconstruction sans que l'on reçoive un malade de moins, et en rétablissant au contraire les rentes que l'on aura étt forcé d'aliéner pour les besoins du moment.

« C'est un bonheur pour nous. Messieurs, et c'est un bonheur poui moi d'être appelé à vous donner connaissance de cette situation bien, moins fâcheuse, vous le voyez, que n'auraient pu le faire supposer le? vagues rumeurs qui ont plus d'une fois circulé, et de vous afiirmei hautement que, de toutes ces difficultés, de toutes ces inquiétudede tout ce bruit, il ne restera désormais qu'un palais pour nos pauvre^ et pour la ville qu'un monument durable dont elle s'enorgueillira. »

« M. Pompéï a ensuite pris la parole en ces termes :

« Messieurs,

« Cette cérémonie déjà si intéressante par elle même aurait eu encore plus de solennité et d'éclat, si comme nous l'espérions, elle avait pu être présidée par le premier administrateur du département qui a donné des preuves réitérées de sa vive sollicitude pour Taccomplissement de l'œuvre que nous inaugurons aujourd'hui. Elle eût; été doublement rehaussée par la présence du vénérable Pontife dont le zèle pieux ne fait jamais défaut lorsqu'il s'agit d'appeler les bénédictions du ciel sur les établissements charitables de son diocèse. Mais il faut croire que des occupations grayes. des devoirs impérieux les ont empêchés l'un et l'autre de quitter leur résidence pour se rendre à l'invitation que M. le Maire leur avait adressée au nom de la commission administrative des hospices.

« Leur absence est d'autant plus regrettable et sentie qu'elle nous prive non seulement de l'honneur que nous avons ambitionné de les voir assister à cette cérémonie, mais aussi du bonheur d'entendre ces éloquentes paroles que l'on écoute toujours avec une religieuse

ittoiitioii, que l'on a soin de recueillir et qui deviennent aussi dura- )los que le monument auxquel elles se rattachent.

« Appelé ù riionneur de représenter M. le Préfet dans cette sommité, je n'ai certes pas la i)!'étention d'occui)er dij^riement la place jui lui était réservée, ni de suppléer au prestige de son langaj^'e si 'lové et si saisissant.

« Je me bornerai donc, Messieurs, à vous exprimer l'intérêt que je porte à l'établissement que nous venons inaugurer, comme à toutes les améliorations qu'il sera i)Ossible de réaliser dans cette ville.

« Achevé en moins de trois ans, riIôtel-Dieu de Montreuil est un édifice monumental, un véritable palais pour le soulagement des infirmes et des vieillards indigents et nous |devons être heureux de le voir aujourd'hui ailecté à sa pieuse destination, dans les meilleures conditions d'appropriation et de salubrité.

« Grâce aux soins persévérants et éclairés de la Commission administrative, les travaux ont marché sans interruption, les difficultés sérieuses, qui se sont successivement produites, ont été aplanies, les embarras qui ont surgi ont été surmontés. Grâce aux connaissances spéciales et au zélé de l'habile architecte appelé en dernier lieu à diriger cette importante construction, les défauts d'un plan primitif ont été corrigés, les erreurs ont pu être réparées; grâce à la loyale activité des entrepreneurs, l'exécution des travaux a été bonne et les bâtiments offrent toutes les garanties de solidité désirables. Grâce enfin à l'administration supérieure investie d'un droit de tutelle si utile ou plutôt nécessaire lorsqu'il s'agit surtout d'entreprises considérables, tous les perfectionnements proposés ont été approuvés et nous avons la satisfaction de pouvoir livrer ce magnifique hospice aux mains de ces bonnes religieuses, dont le dévouement et l'abnégation égalent la modestie, et qui savent si bien ajouter, aux soins qui soulagent les souffrances du corps, les consolations qui donnent à l'âme le calme et l'espérance.

« Il est vrai que l'édifice, tel qu'il a été conçu et tel qu'il vient d'être achevé, a soulevé de nombreuses critiques. On a dit que ses proportions monumentales ne sont en rapport ni avec la population de la ville, ni avec le nombre des infirmes qu'il doit contenir, ni avec les ressources financières de l'établissement. La critique est aisée, on le sait depuis longtemps. Mais nous répondrons à ceux qui désapprouvent les plans de l'Hôtel-Dieu qu'ils n'ont pas assez réfléchi sur l'importance de l'œuvre, ni compris la destination plus complète qu'il pourrait recevoir ultérieurement. Nous vivons à une époque de progrès et de transformation, Montreuil, ville historique, dont on déplore la décadence depuis quelques années, pourrait bien retrouver dans un avenir peu éloigné son ancienne splendeur. C'est la place de guerre la plus importante de la frontière de la Manche. Elle ne tardera pas (il est plus que jamais permis de l'espérer) à se trouver sur une voie ferrée la reliant, d'un côté, avec Arras, de l'autre, avec Boulogne, Abbeville et Amiens. Ses marchés acquièrent un développement et une importance toujours croissants. Un nouvel établissement considérable (le magasin au tabac) est à la veille d'être construit, une garnison nombreuse lui a été donnée et lui sera maintenue. Enfin, Messieurs, sous l'administration actuelle, une amélioration sensible frappe les yeux de toutes parts. Les édifices dégradés se restaurent, les places et les promenades s'embellissent, l'ensemble des habitations

particulières offre les indices certains de l'aisance générale et l'o est heureux d'y pouvoir remarquer des traces visibles des progrès d la civilisation de notre époque. Si l'on considère donc le développo ment et l'importance probables que Montreuil peut acquérir, on ii trouvera peut être plus que son IIôtel-Dieu est une superfétation ^ que c'est en quelque sorte (passez moi le mot) un colosse renferji dans un étui.

« Nous avons sous les yeux l'exemple d'une ville voisine, qui es de nature à rassurer les esprits les plus timorés. Boulogne, il y ; cinquante ans, comptait à peine dix mille habitants ; aujourd'hui, population s'est élevée à quarante mille âmes, et on la regarde à jusi» titre comme une des villes de plaisance les plus agréables et les plu recherchées.

« Ce progrès, vraiment extraordinaire, est dû principalement à c hommes intelligents et dévoués qui ont su deviner un si brilla:. avenir et qui ont travaillé courageusement et sans relâche à 1; réaliser.

« Ne désespérons donc pas de l'avenir de Montreuil. Applaudisson plutôt aux efforts de ceux qui aspirent à lui rendre son ancienne prospérité que je regarde pour ma part comme rentrant dans l'ordrt des choses probables. Applaudissons aux projets d'embellissement qu peuvent contribuer à mettre en évidence cette jolie cité, une des plu; heureusement situées pour devenir un centre considérable de pro duits agricoles, et même de produits industriels, si l'on savait utilisei les précieux avantages de sa situation.

« D'ailleurs, Messieurs, le courant qui part d'en haut est aux grandes choses. Pour les édifices publics comme pour le reste, k règne de Napoléon III donnera une page magnifique à l'histoire de France. Le génie de l'Empereur embrasse tous les intérêts de la société et son noble cœur attache assurément plus de prix encore aux conquêtes des sciences et des arts de la paix qu'à la gloire des armes.

« En présence des merveilles accomplies depuis cinq ans, à la vue des admirables monuments qui décorent Paris et qui font de cette capitale une ville sans rivale dans le monde entier, il est impossible de ne pas se sentir entrainé vers tout ce qui a un caractère de grandeur et d'utilité pour le peuple, et de résister à un certain désir d'i-j mitation devant les modèles qui frappent tous les regards. '

« La généreuse sollicitude de l'Empereur, personne ne l'ignore, se porte sans cesse vers les souffrances des classes pauvres et laborieuses ; c'est donc s'associer à cette auguste bienveillance que de créer des établissements charitables destinés au soulagement de la misère ; et c'est fort à propos qu'inaugurant l'Hôtel-Dieu de Montreuil, nous ferons entendre le cri patriotique et si cher à tout bon Français, de : Vive l'Empereur ! »

Après la bénédiction des salles donnée par M. Occis, curé grand doyen, un Te Deum a été chanté dans l'antique chapelle, seule partie conservée des anciens bâtiments, et la procession est rentrée â l'église paroissiale de Saint-Saulve.

Le soir, un banquet a réuni, dans le réfectoire des dames, les administrateurs, les fonctionnaires publics et les notables dont les noms suivent :

« MM. Occis, curé de Montreuil, grand doyen de l'arrondissement;

« Pompéïj sous-préfet de l'arrondissement ;

« Desnioiistiers, président du Tribunal ;

« (iennaiii, coinniandaul do la place de Montreuil ;

« Paj^iiiez, avoué, 2" adjoint au maire de Montreuil ;

« Choniel, ancien niaii'c de Montreuil ;

« Poullici* Ililaii'o, président du conseil d'Arrondissement;

« llennej^uier Charles, ancien administrateur des Hospices;

« Panet pore, membi-e du conseil d'arrondissement, ancien fermier iu Val ; . « Morand, procureur impérial ;

« Lefebvre Petit, jui^« au tribunal de Montreuil ;

« Chevau, receveur particulier des finances de l'Arrondissement ;

« Hacot-Bauclar, capitaine de pompiers ;

« De Sède, juge de paix.

Et les membres du Conseil d'Administration composé de :

« MM. Delhomel Emile, maire de Montreuil, membre du conseil général ;

« Cosyn Félix, négociant ;

« Maugenest Augustin, négociant ; 1 « Moleux Enlart, juge au Tribunal de Montreuil; . « Lecomte-Lecomte, 1'''' adjoint au maire de Montreuil ;

« Hibon de la PYesnoye, juge suppléant au tribunal de Montreuil ;

« Le ly Perrochaud, médelin en chef des hospices ;

« Le D' Cailleux, chirurgien en chef des hospices ;

« Et Braquehay Augustin, receveur-économe et secrétaire des iiospices (1). »

Au dessert, M. le Sous-Préfet porta le toast suivant :

« Je porte un toast à la Trinité impériale ;

« A l'Empereur, qui a rendu à la France l'ordre, la gloire, la confiance, la sécurité, qui sont nécessaires à sa grandeur, à sa prospérité, à son bonheur ;

« A l'Impératrice, dont la bienfaisance est inépuisable, et qui patronne avec une sollicitude si touchante les Sociétés de charité maternelle les crèches et les salles d'asile ;

« Au Prince impérial, gage précieux de stabilité de la dynastie et des institutions napoléoniennes, les seules qui puissent nous garantir du retour des révolutions, et aussi les glorieuses destinées du peuple français. »

M. le Maire s'exprima ensuite en ces termes :

« Permettez moi. Messieurs, de prier M. le Sous-Préfet de témoigner à M. le comte de Tanlay, préfet du département, le vif regret que nous éprouvons de n'avoir pas l'honneur de le posséder au milieu de nous, et de porter avec nous un toast au magistrat bienveillant, à l'administrateur éclairé qui a si puissamment contribué à aplanir toutes les difficultés que nous avons rencontrées dans la construction que nous sommes heureux d'inaugurer aujourd'hui ; et à M. Pompéï, sous-préfet de l'arrondissement de Montreuil. Puissions nous, Messieurs, le conserver longtemps parmi nous ! »

Au nom de ses associés MM. Brare, maître maçon, Godefroy, maître charpentier, Beaugez, maitre couvreur et plafonneur, Delcaux, maître serrurier, Gaudas, maître menuisier, Pipant, maître peintre, Paris, maître fumiste, et Corroyer, entrepreneur en escaliers, tous

(i) H é Case 9.

d'Amiens, M. Bellette, maître plombier, entrepreneur principal de travaux, prononça le toast suivant :

« J'ai sollicité et obtenu de l'honorable magistrat qui préside b banquet, l'honneur de porter un toast, au nom des entrepreneurs, ; MM. les Membres de la Commission des hospices.

« Sans doute, mes paroles ne seront point à la hauteur d'une cir constance aussi solennelle mais elles seront, je vous l'assure, l'expression de nos sentiments et de la vérité. Nous les remercions aus de l'honneur qui nous est fait aujourd'hui en nous trouvant au miliei des sommités de ce pays. Enfin, nous n'oublierons jamais les paroles bienveillantes pour nous, prononcées, ce matin, par M. le Sous-Préfe et nous nous associons aux regrets que cause à tous l'absence d( M. le Préfet, dont nous avons pu apprécier le mérite et les qualité? avant qu'il ne soit à la tête de ce beau département. Aussi, nous n( pouvons penser à ce magistrat si dévoué, sans penser au chef d( l'Etat et sans répéter en son intention le cri de : Vive l'Empereur ! >.

« D'autres toasts furent portés par M. Maugenest à l'architecte, M, Herbault, ainsi qu'aux entrepreneurs, e^ par M. Moleux aux sœurs qui dirigent l'établissement.

« Au moment de se séparer, M. le Maire, étendant la main vers le portrait du fondateur, proposa de boire à la mémoire de ce vaillant et généreux chevalier (1). »

(ij Journal de Montreuil, n° 50 de Tannée 1857. A l'occasion de l'inauguration de l'Hôtel-Dieu, un sergent-major du 94® de ligne, M. Victorin Désiré Blanc, né à Cuers (Var) en 1833 et qui avait été à l'Hôtel-Dieu du 29 avril au 21 mai 1857, composa les vers suivants :

Dieu est mon père, le pauvre mon ami

Quand le Christ dans l'élan de son amour sublime,

De nos premiers parents pour racheter le crime,

Se revêtit jadis de notre humanité,

Quand voulant à son tour régénérer le monde.

Pour semer ici bas sa parole féconde

Il voila les rayons de sa divinité,

n dédaigna la gloire et la vaine richesse, L'imprudent philosophe et sa folle sagesse. Jamais il n'imprima ses pieds dans les palais; Mais sa divine voix éclaira l'ignorance. Puis cherchant son apôtre au sein de l'indigence. Il répandit partout ses immenses bienfaits.

Fort de l'esprit de Dieu, dans son terrestre empire. En méprisant la mort, la haine et le martyre, 11 prodigua le baume à toutes les douleurs : De l'infirme vieillard il calma la souffrance ; Au pauvre, au malheureux il parla d'espérance, Et reçut en tous lieux l'amour de tous les cœurs.

Vous qui continuez son immortel ouvrage, Ayez donc votre amour et le ciel en partage Votre doux souvenir dans nos cœurs est gravé. Et nous faisons des vœux pour que Dieu vous bé-

[nisse Chaque fois que nos yeux contemplent l'édifice Qui dans cette cité pour nous s'est élevé.

Joignant à la piété la plus grande tendresse. Par vos soins l'indigence et la triste vieillesse Trouveront un asile, un avenir heureux : Et votre bienfaisance, ardente et sainte flamme Sur les douleurs du corps, sur les douleurs de l'âme Répandra dès ce jour uu baume précieux.

En voyant arriver la fin de sa carrière L'homme ne craindra plus que l'affreuse misère Vienne encore augmenter le nombre de ses maux

En ces lieux il verra le port de l'espérance.

Où loin de tout tourment, sa paisible existence

Doit trouver les douceurs d'un bienfaisant repos.

Oh ! soyez pour toujours bénis dans la mémoire Vous qui, sans recheicher les grandeurs et la gloire, Du bien savez remplir la noble mission ; Répandez le parfum des vertus efficaces, Et du divin Sauveur suivant les saintes traces, iNous faites vénérer l'humble religion.

Votre œuvre est là debout et domine la terre ; Inébranlable aussi comme un roc séculaire. Attendant les regards de la postérité.

Vos noms y sont inscrits. Mais sur cet édifice ^os fils ajouteront, plus grands dans leur justice : Appuis de la vieillesse et de la pauvreté.

Et vous. Vierges, du Ciel, Anges de bienfaisance ! Vous qui sacrifiez votre sainte existence A consoler la veuve, à soigner le mourant Puis je, dans mon extase, abandonner ma lyre Sans vous donner au moins un regard, un sourire Et sans vous consacrer quelques vers dans mes

[chants.

Filles de la vertu, votre ardeur est sublime.

Le dévouement vous plait, vous pousse et vous anime

A votre lourde tâchejil n'est point de repos.

Votre existence coule à la nôtre enchaînée ;

Vous savez vous unir à notre destinée

En partageant toujours nos douleurs et nos maux.

Qu'à vos fronts glorieux s'attache une auréole I Que vos noms répandus de l'un à l'autre pôle Aillent frapper l'écho de la postérité.

Suivez des missions les sentiers difficiles Jusqu'à ce que vos pas foulent les champs fertiles Où croissent le bonheur et l'immortalité.

Montreuil, le 0 Décembre 185; .

Pour rappeloi* la date do riiiauj^^uration, la (ùoiiiiiiissiuu adminisirative des hospices ù fait placer, dans l'un des endroits les plus apparents du nouvel l!(Hol-I)iou, une table en niai'bn^ sur laquelle sont gravées les armoiries de 1 iMupire entourées de celles de la ville de Montreiiil, et de Gaultier de Montreuil, avec cette inscription /

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