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Le nouvel Hôtel-Dieu, vaste construction en briques, n'offre rien de remarquable.
La salle du Gonseil est ornée de quelques tableaux dignes d'attirer l'attention des visiteurs. Il faut citer d'abord un CUrUt au Calvaire dont la valeur fut longtemps inconnue. Il se trouvait à la chapelle de l'hospice des Orphelins, lorsque la Gommission en décida la restauration en 1869. M. Ghenest, de Paris, qui avait bien voulu se charger de la faire exécuter, écrivit alors : « Il (le tableau) est pour tout le « monde remarquable de coloris et d'expression ; c'est beau comme « Van Dyck. » Autour de ce chef d'œuvre sont réunis : un précieux
portrait de Mgr d'Orléans de la Motte, évêque d'Amiens ; celui du fondateur de l'Hôtel-Dieu, d'après la miniature du manuscrit de 1477 et dont l'exécution rappelle délie du portrait du principal dotateur de l'hospice des Orphelins ; Charles, comte de Lannoy, gouverneur de Montreuil dans la première moitié du xvii'' siècle ; enfin deux portraits de religieux de l'ordre de Prémontré, dont l'un est celui du savant chroniqueur Antoine Boubert, abbé de Saint-André-au-Bois du 10 juillet 1731 au 25 février 1736, époque de sa mort. Au dessous de ses armoiries, où se voient deux cœurs superposés entre les bras d'une croix de saint André, en souvenir du culte du Sacré-Cœur qu'il avait introduit dans sa maison, on lit ces mots :
Trahe me post te JËÏ. 64 PR^L 6.
Peint en 1742, c'est-à-dire six ans après la mort du prélat, ce portrait ne peut donc être qu'une copie, une excellente copie d'ailleurs. Antoine Boubert est représenté assis, portant l'anneau et la croix pectorale, bien qu'il n'ait été nommé abl3é qu'à l'âge de soixante douze ans et que la légende du tableau indique soixante quatre-ans, ce qui démontre que l'artiste, ne reculant pas devant un anachronisme, a modifié son modèle en faisant figurer dans son œuvre les attributs de la prélature.
Le second tableau représente un simple moine, debout, la main droite appuyée sur un livre. Serait ce le continuateur des chroniques d'Antoine Boubert, Ignace Crépin avant sa nomination à la direction de Saint-André? Il est permis d'en douter, l'Hôtel-Dieu ayant été sous sa prélature trop souvent en désaccord avec sa maison pour qu'il lui laissât son portrait. Ne serait-ce pas plutôt celui de l'abbé Augustin Lagache, successeur immédiat d'Antoine Boubert de 1736 à 1750, dont une nièce, Eugénie-Françoise-Joseph Lagache de saint Vincent de Paul, fit profession de religieuse à l'Hôtel-Dieu, le 15 février 1748 entre les mains de Joseph Tholiez, abbé de Dommartin, qui, en cette circonstance, officia pontificalement aux lieu et place de l'abbé Lagache qui était souffrant à cette époque ?
Les archives des hospices renferment d'assez nombreuses chartes et bulles des xiir xv® et xvi® siècles et, chose singulière, deux ou trois titres du xiv'' seulement. La plus ancienne Charte appartient au fond de la Maladrerie du Val. Elle date de 1173 et concerne la donation faite par Guillaume de Montreuil-Maintenay aux Lépreux du Val de la belle terre de Halloy. Ce document est, sans conteste, un des plus curieux que conservent les Archives, en ce qu'avec une autre charte souscrite en 1144 par le môme Guillaume de Montreuil, en faveur de l'abbaye de Balances ou Valloires ; il fait connaître qu'en 1173, quinze ans avant l'établissement de la Commune par Philippe Auguste, Montreuil était déjà administré par un mayeur et des échevins. Est-il besoin de rappeler encore ici les manuscrits de maitre Poullain si intéressants pour tout ce qui regarde l'histoire locale et aussi l'histoire de la calligraphie dans nos contrées ?
Enfin la pharmacie contient quelques mortiers anciens parmi lesquels un en bronze très ornementé portant cette inscription : LOF. GODT. VAN AL. AO. 1624.
\ voici les principaux faits qui suivirent la reconstruction de
I 1858 ; 18 Avril. — Legs par M"^"^ Ursule Hacot de 200 francs de
Érente pour la fondation d'un lit.
1 1858 : 2 Août. — Legs par M'"° Anne-Gharlotte-Paulme Dumont,
veuve de M. Hondré Guerville d'Abbeville, d'une somme de 16.800 fr.
réduite à celle de 8,000 fr. par suite de transaction avec les héritiers. î 1858 : 29 Août. — Le général Mac-Mahon visite l'Hôtel-Dieu à
l'issue de la revue des troupes de la garnison passée sur la Grand
Place
1859 : La Commission décide, le 25 février, la réédification du clocher de la chapelle et, le 14 mars suivant, la restauration complète
de cet édifice. Sur sa demande, le 30 juillet, M. Herbault, architecte à Amiens, lui présente un projet remarquable que les dépenses exigées par la récente construction de l'Hôtel-Dieu ne lui permettent malheureusement pas d'exécuter.
1860 : 5 Septembre. — Rédaction du règlement du service intérieur de r Hôtel-Dieu. j
1861 : 5 Avril. — Traité conclu entre la Commission des Hospices ! et la supérieure générale des Augustines dont la maison mère est située à Arras.
1861 : Impression du Règlement du service intérieur des hospices civils de Montreuil-sur-Mer. j
1862 : Création d'un établissement de bains spécialement destiné au public.
1862 : 5 Décembre. — M. Hacot-Bouclar nommé administrateur en remplacement de M. Maugenest.
1863 .• Reconstruction d'étables à la ferme de Saint-Nicolas.
1864 : 13 Mars. — Incendie des granges de cette ferme.
1864 : 16 Septembre. — Legs par M"'^ Marie-Anne-Alexandrine- Prudence-Rosalie d'Hérambault, veuve de M. Dacquin, d'une somme de 12,000 fr. pour la fondation de deux lits exclusivement affectés aux malades ou vieillards infirmes des communes de Bois-Jean et de Montcavrel,à la charge de desservir 12 messes par an.
1865 : 25 Janvier. — M. Wenceslas Jourdain, député, est nommé administrateur en remplacement de M. Hacot.
1866 : 18 Février. — Incendie des étables de la ferme de Saint- Nicolas.
1866 : Le choléra sévit à Montreuil et aux environs. L'Hôtel-Dieu devenu insuffisant, la Commission fait approprier les bâtiments du plant pour y installer des malades. En même temps elle vient en aide aux localités environnantes et envoie des médicaments et des vivres à la ville d'Etaples où la contagion exerce les plus grands ravages.
1866 : 2 Novembre. — La Commission adopte à l'unanimité les plaas de restauration de la chapelle présentés par M. Lavezzari, ar- j chitecte à Montreuil, mais ces plans sont repoussés par le Conseil des bâtiments civils, sur le refus, par leur auteur, de tenir compte des observations qui lui sont faites relativement au campanile qu'il plaçait au milieu du toit et aux jolis médaillons du portail, représentant des scènes de la passion, qu'il remplaçait par des sculptures d'une époque douteuse.
1868-70 : Le 11 Décembre 1868, la Commission composée de MM. j Delhomel, maire, Cosyn, Lecomte, Moleux, Jourdain et Hibon de la ' Fresnoye, adopte les plans de restauration dressés par M. Clovis Normand, architecte à Hesdin. Toutefois ces plans ne sont définitivevement approuvés que le 16 mars 1870 par M. Paillard, préfet du Pasde-Calais.
Ce projet ne diffère de celui présenté par M. Herbault dix ans plus tôt que par la disposition du clocher que ce dernier avait eu l'heureuse idée de placer en encorbellement au pignon de la chapelle, ce qui donnait au monument le véritable cachet de l'architecture de l'époque tout en laissant intacts les nouveaux bâtiments, tandis que, d'après ceux adoptés, une des fenêtres de l'aile droite du nouvel Hôtel-Dieu dut disparaître pour faire place à une tour, ce qui, il est ^ vrai, a donné, extérieurement du moins, plus de développement à la
chapelle. Mais la dépense occasionnée par l'exécution de ce projet, évalnée primitivement 78,000 francs s'est élevée à la somme de 102.000 francs.
Chapelle
de
avant sa restauration
Projet de Restauration
présenté par M. Herbauit
en 1859
Projet de Restauration
présenté par M. Lavezzari
en 1866.
M. Franco, de Nucourt près de Versailles, commençait les travaux lorsqu'éclata la guerre de 1870. Pendant ces jours de deuil, Tauxiétô la plus grande ne cessa de régner dans la ville. Avec quel fiévreux empressement les moindres nouvelles n'y étaient elles pas attendues et recueillies! Mais que de déceptions, hélas !
Dès le début des hostilités, la Commission des hospices avait gratuitement offert au ministère de la guerre quarante lits pour les blessés de l'armée du Rhin ; l'état d'isolement dans lequel Montreuil se trouvait alors fut la cause pour laquelle ils ne furent pas occupés.
Le gouvernement de la défense Nationale ayant décrété la dissolution des Commissions hospitalières, un arrêté préfectoral du 8 octobre composa la Commission des hospices de Montreuil de MM. Cachelou, Jules Gobert, Thivrier, Emile Capelle et Hibon de la Fresnoye. Mais ce dernier voulut suivre ses anciens collègues dans leur retraite et M. Pagniez, nommé en sa place, refusa le mandat qui lui était offert. De son côté M. Delhomel, malgré les instances de M. Emile Lenglet, préfet du Pas-de-Calais, préféra donner sa démission de Maire que de procéder à l'installation des nouveaux membres, de sorte qu'ils ne furent installés que le 12 janvier 1871 par MM. Zorninger et Dubourg membres de la Commission executive de la Ville de Montreuil, et que les hospices restèrent ainsi plus de trois mois sans administration.
Cependant, l'Hôtel-Dieu n'avait eu depuis longtemps à subir de telles épreuves. Montreuil redoutait à chaque instant l'arrivée de l'ennemi devant ses murs, et les ordres les plus contradictoires ne faisaient qu'augmenter ses inquiétudes. En effet, tandis que la défense « jusqu'à la dernière extrémité » lui était recommandée, que l'on se fortifiait, que des farines étaient emmagasinées à l'Hôtel-Dieu et dans les combles de l'Hôtel de Ville, que le bourgeois s'approvisionnait dans la prévision d'un siège, le matériel de la place était dirigé sur Lille et ordre était donné aux 1,500 à 2,000 hommes logés en ville et aux environs de se replier sur Boulogne et Saint-Omer à la première alerte. Réduite à ses seules ressources et malgré son zèle, la garde nationale, soutenue par deux pièces d'artillerie placées aux extrémités de la ville, n'eût pu opposer qu'une résistance dérisoire.
La nouvelle de la bataille d'Amiens, apportée à Montreuil par les débris de l'artillerie du département de la Somme commandée par le colonel Crouzat, de l'armée auxiliaire, avait fait croire à l'arrivée prochaine des Prussiens, mais ce fut les 1 et 2 janvier 1871. pendant les journées desquels le clairon ne cessa de jeter l'alarme, que la consternation atteignit son paroxysme. Heureusement la bataille de Bapaume arrêta la marche de troupes de Von Goeben vers le Nord. A ce moment l'armée du général Faidherbe causait une diversion qui devait sauver Montreuil de l'occupation étrangère. H n'était que temps ; des uhlans avaient été vus à une lieue de ses murs.
Pendant toute cette période, l'Hôtel-Dieu eut à recevoir à la fois plus de cent militaires malades et autant de civils qu'y amenèrent la misère et les rigueurs d'un hiver exceptionnel. La variole régnait avec une grande violence dans l'établissement, les sœurs succombaient à la tâche et personne, même à prix d'argent, n'osait leur venir en aide, tant on craignait la contagion. Pour remédier à cette triste situation, les vieillards furent autorisés à se retirer momentanément dans leurs familles oîi l'on pourvut à'ieur entretien.
Le calme étant revenu, l'ancienne Commission des hospices rentra en fonctions en mai 1871. Cette année ne fut plus signalée que par un legs de l'abbé Danel, curé de Réty, de terres à Saint-Michel, d'une valeur de 10,000 fr. et par la reprise des travaux de la Chapelle que la cessation des arrivages de pierres de Creil avait interrompus.
Parmi les seize localités du Pas-de-Calais possédant des hospices,
Moiitreuil, par ses revenus, occupe le troisi^iine rang après Arras et Saint-Onier, et le premier eu 6gard à la population de la ville qu'il dessert. Les états de lS7i accusent une recette foncière de 60,5.3::^ tr.
Le () juillet de la niônio année eut lieu la bénédiction de la chapelle par Mgr Lequette, évoque d'Arras.
Dès neuf heures du matin, Sa Grandeur, accompagnée de M. Bédu, son secrétaire général et du clergé do la ville, se rendit à l'Hôtel-Dieu à l'entrée duquel il lut reçu par M. du Bois du Tilleul, sous-préfet, par les membres de l'administration, par les sœurs et par M. l'abbé Pelwaulle, aumônier de la maison, qui lui souhaita la bienvenue.
La bénédiction eut lieu ensuite et lorsque les différentes cérémonies furent terminées, Mgr Lequette, dans une touchante allocution, témoigna aux nombreux fidèles qui se pressaient dans l'enceinte combien il était doux à son cœur d'évêque de procéder à la bénédiction de cette chapelle restaurée, rajeunie comme l'aigle : Renovabitur ut aquilœ juventus tua. Puis, après avoir remercié avec effusion les membres de l'administration de ce qu'ils avaient élevé à la gloire de Dieu ce magnifique sanctuaire sans s'arrêter à cette objection si souvent répétée dans le cours des travaux : Vt quid proditio hœc ? Pourquoi tant de splendeur ? comme à l'origine du christianisme, quand Madelaine répandit sur son Sauveur des parfums précieux, il profita de cette circonstance pour enseigner, et rappela qu'il était fait appel à tous les arts dans la construction d'un temple chrétien, parce que le temple est tout à la fois la maison de Dieu et la maison de l'homme : la maison de Dieu, puisqu'il y réside ; la maison de l'homme puisqu'il y naît à la vie surnaturelle. Mais de même que le corps à besoin d'un esprit qui l'anime, ainsi les temples matériels doivent être rendus vivants par la prière. Monseigneur forma le vœu qu'il en fût ainsi en particulier de celui dont il venait de faire la bénédiction et en terminant félicita l'architecte, M. Normand, de ce qu'il venait d'ajouter un nouveau joyau à cette couronne d'églises magnifiques et nombreuses qui lui valaient une gloire bien méritée (1).
Nous allons essayer de décrire ici, après en avoir fait un court historique, ce monument que l'on considère comme un des plus jolis spécimens de l'architecture du XV* siècle que l'on rencontre dans le Nord de la France.
Au XIII'' siècle, lorsqu'elle eut reçu les dotations des sires de Humbercourt, la chapelle de l'Hôtel-Dieu, qui probablement était dans l'origine en même temps une salle de malades, existait sur l'emplacement ou tout auprès de l'entrée principale des bâtiments modernes. Reconstruite vers 1450, par Ernoul de Fosseux à l'endroit qu'elle occupe à présent et où était la grande salle primitive, au mois d'août 1467, elle s'écroulait de fond en comble avec l'église abbatiale de Saint Saulve et six autres églises, sans que rien soit parvenu qui puisse faire présumer la cause d'un tel désastre. Mais dès 1472, Maître Poulain l'avait réédifiée et, au commencement du mois de novembre 1475, Guillaume de Glagny, évêque in partibus de Julience et coadjuteur de l'évêque de Thérouanne, la bénissait dans les circonstances rapportées plus haut. Toutefois les travaux de restauration exécutés par maître PouUain étaient sans doute insuffisants ; un de ses succes-