‹ Histoire de l'Hôtel-Dieu Saint-NicolasChapitre 26 sur 36 · HOSPICE DES ORPHELINS · texte numérisé non relu

HOSPICE DES ORPHELINS

Dès le comniencement du xiii'' siècle, des documents témoignent de la sollicitude de nos pères pour les Orphelins.

Une des recommandations les plus expresses de Gaultier de Montreuil,sire de Maintenay, fondateur de THôtel-Dieu vers Tan 1200, est de recevoir les Orphelins dans cet asile (1) et, à cette époque déjà, le Mayeur non seulement pourvoit à leurs nécessités, mais encore s'ef- (orce d'assurer à ceux qui ont une certaine aisance la conservation de leur patrimoine. Dans ce but, un conseil de Magistrats municipaux était chargé de la sauvegarde de leurs intérêts, et les sommes appartenant aux Orphelins ou recueillies par eux, étaient consignées entre les mains de l'Argentier de la ville dans les comptes duquel elles figuraient sous la rubrique de Deniers 7nis en warde ou en manaie (2).

Au XV* siècle, des 7nères aleresses ou mères nourricières habitant, dit-on, la rue du Paon, sont chargées par l'échevinage de donner les premiers soins aux Orphelins et, en cette qualité, elles doivent chaque mnée, lors du renouvellement de la loi, le jour de la fête des Apôtres jaint Simon et saint Jude, prêter serment au nouveau mayeur de l'emplir fidèlement leurs fonctions (3).

Mais là ne s'arrêtait pas la sollicitude de l'administrateur du cv* siècle à l'égard des pauvres Orphelins et si, grâce à sa prévoyance, es soins matériels ne leur faisaient pas défaut, l'instruction à leur lonner et les moyens de leur procurer par le travail une position lonorable dans le monde ne le préoccupait pas moins. En effet, dans m acte du mois d'août 1428, le gouverneur de l'Hôtel-Dieu, Ernoul le Fosseux, ne parle-t-il pas de < six enfFans venus et présentés par : personnes dont Ion ne set le païs, desquels en a deux à mestier I et les quatre autres à lescolle, du toult aux dits despens dudit c hospital (4). »

(i) Cueilloir A 4 Case 10.

(2) Un compte présenté sous la mairie de Michel Taukart successeur en 259 de Jehau de Beaurain, mayeur de Montreuil, mentionne au chapitre ntitulé Cbc sont les detes ke le vile doit en manaie les sommes suivantes déposées lans la Caisse Municipale et appartenant, savoir :

a asenfans de Gérant de Rumilli c et vi liv.

* as enfans Jehan des Trois Markais lxv liv. xxiii den. : t as enfans Amer de Wisme xxxv sols. I e as enfans Marion Guerandele c et l liv.

Œ as enfans Nicolas de Coupelle xi liv. xvii sols.» Le fils, Histoire de Montreuil ». 324.

(3) Louandre, histoire d'Abbeville et du comté de Ponthieu t. 11 p. 260. Le ■vre de la fourme ordinaire qu*ont à faire tenir et maintenir Messeigneurs les Maires teschevins delà ville de Monstrœul lan mil quatre cens trente chincq.

(4) Liasse B 16 Case 3.

Malheureusement les guerres venaient trop souvent entraver cett œuvre et cela toujours au moment où l'utilité s'en faisait le plu sentir. Alors, dans leur détresse, les sœurs de l'Hôtel-Dieu s'adres saient à la charité privée dans les pays moins éprouvés par le fléai et ainsi s'explique le pouvoir donné par elles, au mois de janvier 144 à Jacquemont le Saunier de faire, en leur nom, des quêtes par tout la province de Reims, afin de pouvoir venir en aide aux < Orphemir. « et aultres en pluiseurs et diverses manières indigens et ayant be « soing de miséricorde (1). »

Dans son magnifique cueilloir de 1477, Guillaume Poullain, î plus recommandable des gouverneurs de l'Hôtel-Dieu pour ses capj cités et sa haute intelligence, affirme en vertu d'une bulle du pap Innocent IV et ce à rencontre des prétentions du curé de la paroiss Saint-Waloy, le droit au maître de donner le baptême aux enfants né ou apportés à l'Hôtel-Dieu et même celui d'y célébrer les relevailU « sans que nul y ait que veir ne que cognoistre (2). »

Ailleurs, il cite aussi d'une manière tout incidente le nom d'u enfant trouvé Gratien de Montfort, élevé à l'Hôtel-Dieu et établi pa ses soins à Paris (3).

Enfin, il nous a été donné de retrouver dans l'intérieur de la coi verture d'un des manuscrits du frère André de la Place, gouvernei de l'Hôtel-Dieu de 1562 à 1583, quelques spécimens collés ensemble ( formant carton, de l'écriture d'un orphelin de la seconde moitié d XVI® siècle.

Ces pages d'écriture, intéressantes assurément pour l'exécutioi ne sont pas moins curieuses pour les sujets des modèles mis pari maître sous les yeux de son élève. i

Ces sujets réunis forment en effet tout un petit poème rempli c grâce et de naïveté où l'orphelin se plaint de sa fâcheuse destinée.

Dans l'un de ces écrits, douze fois de suite, il se demande pourqule sort l'a condamné à l'isolement et au besoin :

Mort et fortune pourquoy mauez vous laisse Seul en che monde despourveu de liesse ?

Pour comble de malheur, la misère du temps est grande et dai^ rimpuissance où se trouve la maison-mère de lui donner les moyei d'existence, parfois il se voit dans la nécessité d'aller les sollicita dans la ville et aux environs :

Pour le jourd'huy il me feaut ad aucuns

Où ils peuvent pécunie en avoir

Plusieurs soustiennent que les biens sont communs,

Seulement est moien de les avoir.

Mais la misère, mais l'isolement ne sont pas seulement le lot c l'Orphelin. Soumis à la tutelle du Mayeur ou du maître de l'Hôtel-Die il lui tarde aussi, voit-on dans deux vers tronqués, de jouir de liberté. Avec elle du moins parviendra-t-il peut-être un jour à

(i) Liasse A i Case i, 4« dossier.

(2) Coeilloir A 4 Case 10.

(3^ Cueilloir A 5 Case 10.

;récr quelque afTeclion dans le monde. Car ce sentiment le tournante, cette pensée l'obsède sans cesse, et cependant, pauvre déaissé au milieu de tous, dans son état social, il n'ose, méconnu de DUS, croire à la réalisation du plus cher de ses vœux :

Force d'amour souvent me veult contraindre Vous déclarer mon cœur... mais le refus !

Il ne s'illusionnait pas et, dans un de ces écrits au dessus duquel e trouve cette mention bizarre « enseigner baz, » il s'écrie dans ces armes pleins de résignation et d'une langoureuse tristesse :

Or sus amour puisque tu mas atteint.

Que nattains tu celle pour quy jcndure ! (i) •

Ces quelques renseignements, puisés la plupart aux Archives hos- (italières, sont, suivant nous, des preuves suffisantes de l'intérêt lorté à toutes les époques, par les pouvoirs locaux aux pauvres )rphelins. Innocente victime de la débauche ou de la misère, dès son mtrée dans la vie, l'orphelin retrouve en effet chez les sœurs de 'Hôtel-Dieu ou, sous la surveillance du Magistrat, chez les mères ileresses, les soins les plus tendres et, dans la suite, rien n'est )pargné de part et d'autre pour lui assurer une instruction et un ivenir conformes à sa condition. En un mot, il reçoit tous les bienfaits luxquels il aurait pu prétendre de la part de ses protecteurs naturels mblieux de leurs devoirs les plus sacrés ou impuissants à les acomplir.

Vint pourtant une époque où le Mayeur crut devoir améliorer sncore le bien être des orphelins.

Pendant les troubles de la Ligue, une maladie contagieuse commulôment connue sous le nom de peste, ne cessa de sévir dans toute la %ardie. Au printemps de l'année 1596 surtout, elle exerça les plus :rands ravages à Montreuil, les trois cinquièmes de la population lors évaluée à 16,000 âmes succombèrent dans l'espace de quelques nois ;chaque jour les Orphelins devenaient de plus en plus nombreux.

Le magistrat résolut alors de leur élever un asile spécial, l'un des )ramiers de ce genre fondés dans la province, afin de les préserver lésormais du contact des malades soignés à l'Hôtel-Dieu. , A cet effet, le 31 octobre 1596, Antoine de Heghes, 1*' mayeur, lenry Lamirand, 2^ mayeur, Antoine Le Roy, 3" mayeur, Guillaume îoullenger, Nicolas Desquincourt et Barthelemi Bâillon, ôchevins, se •éunirent en une des salles de l'échevinage, et là, en présence des lotaires Loys de Gay et Nicolas Bellin, déclarèrent acquérir pour eux )i leurs successeurs en office, de Guilbert Debuires, marchand, deneurant dans la paroisse Notre-Dame de Montreuil (2), ledit Debuires

(i) G 4 Case 2.

: (2) Guilberl Debnires, sergent à verges des Mayenrs et échevins en 1601, labitait la maison portant pour enseigne Les armes de France. Cette maisoo .ppartenait en 1426 à ^jichel Thorillon, barbier, et avait été «« arse » par le feu ntoiable qui est avenu en ceste dite ville. Elle était sitoéc rue des Barbiers ( par laquelle on va de la Poissonnerie au Wicquet » et tenait <r d'un costé à la ue du Petit Coquempot. » B 26 Case 3. •

aussi présent et agissant en son nom comme en celui de ses enfants issus de son mariage avec feu Perrine Vasseur et cela moyennant une rente de 20 livres tournois et une censive de 28 sols parisis envers les dames de Sainte-Austreberte, « une grange bastie de massonnerye « en partie et l'autre de bois couvert de thuille avecq le jardin, pour- « pris et tenemens ainsy que le tout se comporte et estend, scituée en « fa paroisse de Saint- Walloy, tenant d'une liste à Jehan Foinel, d'au- « tre liste au fiégard quy mesne à l'eschau, d'un bout aux remparts « et d'autre à la rue qui conduit aux Carmes... pour y accommoder « ung lieu propre à retirer les pauvres enfans orphelins de ceste dicte « ville desquels sœur Marye Eudine (1) relligieuse de l'ordre de Saint- « François en a la charge selon la délibération faite en l'eschevinage « de la dicte ville (2). » J

Une grange fut donc le noyau autour duquel devaient se grouper plus tard les bâtiments composant le bel orphelinat actuel. C'était là, sans doute, un bien modeste début ; et pourtant, par cette fondation, Antoine de Heghes ne pouvait plus dignement signaler sa magistrature.

Pendant plus de trente années, à part les réclamations de Guillaume Desjardins, curé de l'église Saint-Jean en Sainte Austreberte, au sujet de la censive de 28 s. p. faussement attribuée dans l'acte de fondation aux dames de l'abbaye de Sainte-Austreberte d'après une transaction conclue le 25 mai 1609 entre lui et Jacques Duflos, Marguillier, d'une part ; et Jehan Moullart, 1^' mayeur, Guillaume Boullenger, 2* mayeur, Jacques Wllard, échevin et argentier (3), François Lesseline, Philippe deLengaigne, échevins, et Antoine Foyart, procureur fiscal, d'autre part |(4); les Archives hospitalières gardent un silence complet à l'égard de cet établissement, et il en est ainsi jusqu'au moment de la lutte engagée par Richelieu avec la maison d'Autriche.

Montreuil fut naturellement une des places exposées les premières au fléau dévastateur, quand la peste y reparut menaçante, dans le cours de l'année 1636 (5).

Touchée sans doute des services rendus par l'hospice des Orphelins dans ces circonstances, le 14 février 1637 une femme de Montreuil nommée Guillemette Laidet, lui donna sa maison, après l'avoir affranchi d'une rente de 12 livres (6).

Cette donation, acceptée par l'abbé François Cailleux, chapelain de Notre-Dame et directeur spirituel de l'hospice, et par la sœur Michelle Lefebvre, supérieure, avec l'assentiment du mayeur Antoine Enlart et des échevins Jean Allard, procureur du Roi, Jacques Pattô,| Marc Fiérard et Bertrand Bâillon, tuteurs des Orphelins, permettait à'

(i) Forme féminine de Eudin nom encore existant à Montreuil.

(2) Liasse A 8 Case i*, i" case V. Pièces justificatives n° i,

(3) Jacques Wllard portait pour armoiries : d'argent à trois amiîles àe Gueules. Il prit souvent, mais abosivement, le titre de seigneur de la Madeleine, cette localité étant banlieue de Montreuil et n'ayant pas de seigneur particulier.

(4) Liasse A 8 Case i.

(5) Le siège d'Hesdin par Messire Antoine de Ville, Lyon, 1639,

(6) Liasse A i Case i, 2' dos.

Bt asile de s'a^^randir pour y recevoir ces enfants dont [le nombre agmentait chaque jour. Mais alors les ressources de la ville, pour fï'ectuer les travaux nécessaires, lui faisaient complètement défaut. Pleureusement, Montreuil avait pour ^^ouverneui", à cette époque, n homme d'une piété rare et d'une charité inépuisable, le comte harles de Lannoy, chevalier des ordres du Roi, capitaine de deux ompa^aiies de chevau-léj.cer et mestre de camps (1). De Lannoy qui. )rs du siège de Saint-Jean d'Angely, en 1621, ne s'était pas contenté es simples prières ordonnées par l'échevinage sur la demande du Di Louis XIII afin d'attirer les bénédictions du Ciel sur les opérations e l'armée française et avait, à cette occasion, de concert avec Anne 'Aumont, son épouse, doté Montreuil d'un couvent de Capucins, ne cuvait rester indifïérent à une œuvre aussi intéressante que celle 'un Orphelinat et, dès lors, voit-on son nom paraître sans cesse dans )S actes d*acquisition. Le 18 avril 1641, Gilles et Jacques Fillette, père t fils, cèdent ainsi deux de leurs maisons à l'abbé Gailleux« directeur spirituel dudict hospital sous le bon plaisir de Monseigneur de Lannoy, moyennant la somme de deux cens livres > et c'est « à l'aide des aulmosnes et libéralités dudict seigneur » que rétablissaient en prend possession (2).

Grâce à cette largesse si opportune, dès la fin de cette année, une chapelle et plusieurs grands bastimens nœufs... entièrement garnis et meublés » le tout estimé 5.602 livres 4 sols (3), remplaaient la « grange »• primitive, et, à titre de reconnaissance pour tant e bienfaits, dans les Reigles et statuts des pauvres filles du petit hosital des petis orphelins de Monsterœul érigé par Messieurs les mayeur t eschevins de ladite ville en l'honneur de Dieu, Nostre-Dame et S. S. i. A. Simon et Jude, le Magistrat recommandait expressément aux œurs la célébration quotidienne d'une messe dite à l'intention de M. 3 comte de Lannoy et de ses bons amis (4).

A cette époque, en effet, remontent les premiers statuts de Thosice des Orphelins par nous retrouvés parmi d anciens papiers depuis Dngtemps jugés inutiles et mis au rebut. Pour n'être ni signés ni atés, il n'en paraissent pas moins avoir été mis en vigueur dès 1641. ia preuve résulte d'une des inscriptions gravées sur l'ancienne cloche

(ij Le comte de Lannoy avait acquis le gouvernement de Montreuil de Charles des Essarts, fils de Charles des Essarts de Maigneulx, dit le Ligueur. Il tait issu d'une famdle originaire de la petite ville de Lannoy, dans le Pays hs, qui fournit, en 1448, un stathouder de Hollande, plus tard un vice roi de tapies à qui François !•«■ rendit son épée à la bataille de Paris, etc. Ses armoiics sculptées sur des pierres retrouvées, il y a peu d'années, dans l'an des loltres du couvent des capucins de '.ontreuil et à présent déposées aa musée l'Arras étaient d'argent à trois lions de sinopîe couronnés d'or armés et lampassés de meules. Les trois lions qui sont les armes de Vermandois avaient été donnés »ar Louis XI à Raoul de Lannoy, en lui remettant le collier de l'Ordre de la foison d'or, pour le récompenser de ses hauts faits d'armes et particulièrement, le ta conduite au siège du Quesnoy.

(2) Liasse A S Case i, 3* dos.

(3) Liasse A 9 Cais i .

(4) Liasse A 10 Case i.

de la chapelle provenant, à n*en douter pas, d'une des églises des villages de TArtois repris par les Français aux Espagnols, après la reddition d'Hesdin, et qui fut donnée à la maison par Jacques Anquer père syndic des Orphelins,

Ces statuts édictés par le Magistrat comprennent à la fois le spirituel et le temporel de la Communauté et les mesures concernant les pensionnaires de l'établissement. Ils sont divisés en cinq chapitres, le premier intitulé de la façon de recevoir les filles ; le second, de la manière des sœurs ; le troisième, du service de Lieu et mesnage spirituel ; le quatrième, du gouvernement et mesnage temporel ; le cinquième enfin, du gouvernement des Orphelins.

Lorsqu'une femme se présentera pour être reçue au nombre des sœurs, elle sera préalablement examinée par le chapelain sur les principaux articles de la foi catholique.

Elle devra être d'un esprit sérieux, jouir d'une bonne santé et avoir vingt cinq ans au moins si elle n'a pas été élevée dans la maison ou trente ans en cas de veuvage.

Si aucune cause ne s'oppose à son admission, elle sera tenue, après quelques mois d'épreuve, de faire un an de noviciat.

Pendant cette année, elle gardera ses vêtements séculiers, elle accomplira la besogne la plus pénible de la maison et sortira seulement pour aller à l'église paroissiale.

Les sœurs, au nombre de six à huit selon les besoins du service, seront liées par les vœux de chasteté, d'obéissance et de pauvreté. Toute infraction au vœu de chasteté entraînera l'exclusion perpétuelle. Quant aux vœux d'obéissance et de pauvreté, il sera fait de même après cinq ou six réprimandes.

Les sœurs auront un vêtement très simple et toujours noir. Elles ne sortiront jamais de leur maison « sans estre afï'ubleez de leuraf- « fulette ou cappe » laquelle ne dépassera pas la ceinture.

Si une femme admise au noviciat, a quelque bien et veut ensuite partir au bout de l'année, ce bien lui sera rendu intégralement. En cas de décès, il appartient de droit à la maison.

Les femmes reçues au nombre des sœurs ne pourront être renvoyées pour cause de maladie.

Les sœurs se lèveront à cinq heures en été et à six heures en hiver, et se coucheront en tout temps entre neuf et dix heures.

Aucun étranger n'aura le droit de pénétrer dans le quartier affecté aux sœurs.

Les sœurs ne pourront sortir de la maison sans la permission de la supérieure ni celle ci sans faire connaître le motif de sa sortie. Elles ne pourront accepter de repas en ville ni découcher qu'avec une permission.

La porte de la maison sera fermée avant le coucher du soleil.

Les sœurs observeront le jeune seulement les jours désignés par l'Eglise.

Une d'entre elles, accompagnée d'une autre, fera la quête deux fois par semaine.

Les sœurs s'étudieront à vivre en paix avec tout le monde et particulièrement entre elles. Chaque soir, avant le coucher, elles se confesseront à la mère supérieure. Les insoumises à la règle seront congédiées au bout de six mois. Les sœurs se respecteront les unes les autres, seront humbles et charitables et d'une grande patience envers les Orphelins.

En dehors des soins à donner aux Orphelins, elles s'occuperont toujours ensemble, à coudre, filer ou à faire tout autre travail.

Le produit de ce travail appartiendra à la maison. Les sœurs auront chacune leur semaine pour soigner les orphelins malades.

Elles prendront leurs repas avec les enfants et deux d'entre elles coucheront dans le dortoir de ceux ci pour la surveillance. Elles ne pourront se servir d'aucune servante séculière ; en cas pressant, la mère supérieure et les plus âgées de la Communauté devront payer de leur personne et « montrer le chemin aux autres. »

Les sœurs assisteront tous les jours, dans la chapelle, à la messe fondée à l'intention du comte de Lannoy et de ses bons amis.

Le matin, avec les enfants, elles diront, entre autres prières, les Litanies de la Vierge et, le soir, les litanies des saints suivies d'un Be profundis pour les bienfaiteurs. Les sœurs ne sachant pas lire réciteront le Rosaire toutes les semaines.

Matin et soir, elles feront un examen de conscience et une médidation sur la Passion et la mort de Notre-Seigneur. La durée de ces exercices de piété n'excédera pas une demi heure.

Les sœurs se confesseront et communieront à l'églis^ paroissiale une fois par mois, le premier dimanche du mois et le jour de la fête des Apôtres saint Simon et saint Jude, leurs patrons. Quatre fois l'an, aux fêtes natales, elles se confesseront au curé de la paroisse ou à ses vicaires, et deux fois l'an à tout autre prêtre à leur choix. L'accomplissement de leurs devoirs religieux ne nuira jamais au bien du service de la maison. Enfin, tous les dimanches, elles assisteront au sermon et prendront part aux processions solennelles.

Les sœurs s'enracineront le plus possible en l'Amour de la sainte pauvreté et ne travailleront pas au delà de leurs forces pour acquérir et amasser richesses, afin d'éviter procès et litige. Elles ne se montreront pas importunes dans leurs quêtes et recevront avec soumission et humilité les aumônes faites en faveur des Orphelins.

Tous les deux ans, aura lieu l'élection ou réélection de la supérieure en présence des pères directeurs, lesquels prendront part aux votes. Les dons, legs et aumônes destinés à la Communauté ou aux pauvres Orphelins seront remis à la supérieure qui les confiera au père syndic.

La supérieure pourvoira à l'entretien de la maison, mais elle ne pourra rien entreprendre de sérieux sans l'avis du père directeur et de la Communauté. De même, à l'expiration de son mandat, elle devra leur rendre compte de sa gestion et aussi à l'ôvêque d'Amiens ou à son délégué.

Les Orphelins en bas âge seront avant tous autres, l'objet de la sollicitude de la supérieure. Dès qu'ils commenceront à parler ils seront instruits à prier Dieu. Dans la suite, ils entendront la messe tous les jours et, les dimanches et jours de fêtes, se rendront deux par deux à la messe et aux vêpres de l'église paroissiale.

Les enfants n'iront jamais mendier le pain aux maisons ni quêter soit à l'intérieur soit à la porte des églises.

Les sœurs leur tiendront école, les conduiront aux catéchismes et leur apprendront à travailler.

Les enfants seront entretenus dans la plus grande propreté. Les indociles, les libertins principalement, seront congédiés « sans miséricorde. >

Une fois par semaine, lecture sera faite des présents statuts aux sœurs et aux enfants.

L'hospice des Orphelins ainsi reconstruit et organisé aurait pu dans des temps de calme et de prospérité, subsister comme par le passé avec le produit des quêtes et du travail de la Communauté et des enfants. Mais la guerre, mais les maladies entravant tout commerce et traînant avec elles la gène et plus souvent même la misère avaient tari ces sources de revenu. Par surcroit le nombre des enfants délaissés croissait sans cesse. Le magistrat comprit alors, plus que jamais, combien il importait d'assurer l'existence d'une institution si utile, et que le meilleur moyen, pour atteindre ce but, était de lui créer des revenus propres.

A cette intention, le 25 septembre 1641, François du Muret, mayeur en charge, réunissait le corps municipal en Assemblée générale extraordinaire (1): Henri Heuzé, écuyer, seigneur de Hurtevent, premier échevin, les échevins Nicolay, Le Roy, Gérard Bouché et Grégoire de Boullongne assisté de François Hurtrel, avocat et procureur fiscal, et de Philippe Lovergne, greffier, tous deux conseillers pensionnaires de la ville, prirent place à ses côtés avec l'ancien Mayeur Antoine de Lumbres, sieur d'Herbinghem, lieutenant du bailli d'Amiens établi à Montreuil, président du Baillage d'Hesdin et du Comté de Saint Pol(2), Jehan Allard, procureur du Roi, et Pierre Savereui, notaire.

Enfin, avaient été appelés à cette séance Henri Lobegois, Guillaune Eurin, Jacques Anquer, Jacques Hocedé, Jehan de Buirês, Nicolas Roussel, Michel Delamarre, Thomas Dunet, Ph. Havet, Jacques Leprestre, François Roussel, Nicolas Hardy, Jacques de la Mothe et Jehan Monbailly ;

Et comme étant de la banlieue et principaux intéressés dans la

(i) François du Muret portait pour armoiries : D or à une bande de gueule^ chargés d'une mcrlette d'argent. Boreî d'Hauterive, Armoreal de Franu t. ii p. 290-

(2/ Antoine de Lumbres, sieur d Herbinghem, époux de Marthe de Leurien, mayenr de Montreuil pendant l'Interdit, fut ministre plénipotentiaire de 165 1 à 1653 près de l'électeor de Brandebourjç, de l'Assemblée de Francfort cl de rélecteur de Saxe. Il fut ensuite appelé à l'ambassade de Polo(;ne. Le 21 mars 1669, il acquit de Diane de la Meschaussée de Pomoadour, femme de Charles Le Quien, marquis de Montaignac, la seigneurie de LoogviUers où il mourut, le 14 mai 1676.

décision à prendre, des habitants de La Galloterie, savoir : l'abbô Boullen<;er, curé; Jehan Pinguet, Marguillier, Antoine Pasquier, Jehan Debuires, Jehan de la Chasse, Jehan Helai't, François J^andry, Nicolas do Monceaux, Pierre Violier, Nicolas de Lhobel, Charles Renoult, Pierre Daire, François Henry, Antoine Gobert, Pierre I)ucrocq, Antoine Flahaut, Jehan Puissant et Antoine Doiencourt.

L'assemblée ainsi constituée, le mayeur François du Muret prit la parole. Il rappela dans quelles circonstances l'hospice des Orphelins avait été fondé, il fît ressortir les services rendus par cette institution, ceux auxquels on pouvait prétendre, puis, entamant la question des subsides : Jusqu'à présent, dit-il, la charité des habitants a été l'unique soutien de cette maison indispensable aux enfants délaissés de la ville et de la banlieue. Mais la misère, suite inévitable de la guerre, est venue et «le nombre desdicts enfants est tellement acreu « qu'il est du tout impossible qu'ils puissent plus subsister desdictes « aulmosnes si autrement ny est pourveu soit en leur départant des « communes inutilles de ladicte ville et banlieue ou faisant levée de « deniers sur lesdicts habitans. »

Lever de nouveaux impôts sur les habitants d'une ville obérée, aux exigences des gens de guerre était chose impossible. L'assemblée, à l'unanimité de ses membres se rangea à la première proposition du Mayeur. Elle assigna à titre de revenu à l'hospice des Orphelins, divers biens communaux au lieu dit Les Ilardonnières à la Galotterie, où fut construite l'année suivante la ferme de la Basse Flaque et trente autres mesures également de biens communaux aux marais dit des Chartreux près Maries, où fut aussi élevée une ferme maintenant connue sous le nom de la Réderie (1).

Par lettres données à Saint-Germain, au mois de janvier 1642, enregistrées le 24 mars par le Parlement et le 10 avril, par la Cour des Comptes, Louis XIII rendant un juste tribut d'hommage à la fois à la Charité des habitants et au zèle apporté dans ces derniers temps par le comte de Lannoy, approuva ces dotations, considérant, dit-il, « que « les bénédictions desquelles Dieu favorise nos subjects depuis nostre

< avènement à la Couronne, sont principalement dues à la charité « que nous voyons fleurir en nostre royaume, laquelle Dieu beneist « particulièrement quand elles est exercée envers les Orphelins des-

< quels il se dict luy mesme le père (2). »

Cependant, Mayeur et échevins virent bientôt combien les revenus de l'hospice des Orphelins étaient encore disproportionnés à ses besoins. Ne sachant, dans ces temps désastreux, où puiser de nouvelles ressources, ils recoururent cette fois, au comte de Lannoy.

En vertu d'une délibération prise en Assemblée Générale extraordinaire à l'Hôtel de Ville, le 11 septembre 1643, le 13 du même mois le mayeur François du Muret, les échevins Jacques Patte, Nicolas Le Roy, François de Lengaigne et Noël Queval, assistés de François Hurtrel, avocat, conseiller pensionnaire de la Ville, se rendirent au

(i) D'après un acte de 1825, la contenaoce de la ferme de la Basse- Flaqoe est de 1 5 hectares 87 ares 74 centiares. Celle de la ferme de la Réderie est de 20 h. 12 a. 57 c.|

(2) Liasse A 9 Case i : V. Pièces Justificative n<" 2 et ^.

Logis du Roy, siège du Gouvernement de la place établi paroisse Saint-Pierre, dans l'ancienne maison de refuge des religieux de Dommartin, afin d'exprimer au comte de Lannoy, au nom de la population entière, toute leur gratitude pour ses bienfaits en faveur de l'hospice des Orphelins, lui exposer leur grand désir de voir perpétuer cette œuvre « et le suplier continuer ses faveurs, ne pouvant espérer le « parfaict accomplissement de ce dessein sans son assistance (1) »

Le comte de Lannoy, « ayant leurs prières agréables et voulant « contribuer à la nourriture, éducation et instruction desdits enfans « de tout son possible, et considérant que le revenu présent et les « charitez qui sont faictes à ladicte maison ne sont suffisantes pour la 4c nourriture desdicts enfans et entretiennent d'icelle, résolut de « donner à ladicte maison suffisans pour cet effet. »

Il avait, nous l'avons dit déjà, fait reconstruire entièrement l'hospice des Orphelins. Devant M^' Philippe Lovergne et Antoine Lyonnard, notaires, il délaissa d'abord tous ces bâtiments élevés en partie sur l'emplacement de maisons acquises de ses deniers et meublés à ses frais ;

Il donna « la maison et moulin à usage de mouldre bled avec le « fond sur lequel sont les bastimens et jardin et dépendant situez sur « la rivière de Ganche au dessus des moulins de haut et proche le « moulin aux draps ;

Il ajouta à toutes ces donations, à la condition de n'en jouir qu'après sa mort, l'important droit d'avenage à percevoir sur Waben et sa banlieue (2);

Mais il se réserva pour lui et son héritier le plus proche le droit de visiter l'hospice tous les trois ans « pour remédier aux abus qui s'y « pourroient avoir glissé et se faire représenter les comptes et estats « de l'administration des lieux de ladicte maison ». Révoquant, au cas où il serait contrevenu en tout ou en partie aux Règlements rédigés par lui et analysés ci-aprés, « toutes lesdictes donnations lesquelles il « veut et entend audict cas retourner à ses héritiers et successeurs « pour en disposer pour eux au profîct de tel hospital, Hostel-Dieu et « autres lieux pieux qu'ils adviseront tant pour le regard de la dicte « maison par lui acquise (celle de Pillette), moulin et avoisnes que « pour la valeur et estimation des bastimens par lui faict qui se sont « trouvez monter à la somme de cinq mille six cent deux livres quat- « tre sols suivant le procez verbal d'estimation qui a esté faict et « dressé par les officiers du Roy en ladicte ville du dixiesme de ce « présent mois. »

Les mayeur et échevins acceptèrent ces donations avec ces réserves si formellement exprimées, poussant, il faut le dire, la reconnais-

(i) Liasse A 7 Case i. V Pièces justificatives Xi° j^.

(2) Ce droit consistait dans le paiement d'un septicr d'avoine à prélever chaque année sur les habitants de Waben et de sa banlieue, à l'exception de ceux demeurant avec leur rére. Il avait été établi par eux-mêmes en faveur de Guillaume III, comte de Ponlhieu et de Montreuil, lequel en retour, pour les soustraire aux vexations de leur seigneur, leur avait accordé une charte de commune en 1199. Après la réunion du comte de Ponthieu à la Couronne de France, les rois l'avaient aliéné et il appartenait dès le début du siècle au comte Charles de Laanoy .

sance au delà des limites de la justice. Oublieux des premiers eflbrts de leurs prédécesseurs pour doter Moiitreuil d'un asile spécial aux Orphelins, ils considérèrent le comte de Lannoy non plus comme le principal bienfaiteur, mais comme le fondateur de cet hospice. Ainsi fut il désormais dénommé dans tous les actes et ainsi le désigne-t-on encore aux visiteurs de l'Oi'phelinat où son portrait est conservé à côté de celui du vénérable chanoine Loppin, digne continuateur de l'œuvre de bienfaisance des Mayeurs et du comte de Lannoy.

La confrontation de l'intitulé des statuts rédigés par le comte de Lannoy et annexés à l'acte de ses donations avec celui des statuts donnés plus haut, suffit pour démontrer combien l'hospice des Orphelins tend vite à perdre son caractère Municipal. D'après cet examen en ellet, cet établissement n'est plus de création communale, les statuts ne sont plus rédigés par le Mayeur, mais revêtus de sa simple approbation, enfin l'hospice a cessé d'être sous l'invocation des Apôtres saint Simon et saint Jude, patrons de la Municipalité. Voici du reste l'intitulé des statuts du comte Charles; de Lannoy : Règles et statuts des pauvres filles du Petit hospital des petis Orphelins de la Ville de Monstrœul érigé et fondé par Monseigneur le co7nte de Lannoy, aprouvez par Messieurs les Majeur et eschevins de ladicte ville à l'honneur de Dieu, Nostre-Bame de Pitié et sainct Joseph.

A part quelques modifications insignifiantes dans les termes de certaines dispositions relatives aux exercices de piété, ces statuts ne difl'érent pas de ceux résumés ci-dessus. Nous signalerons toutefois la substitution de l'article enjoignant aux sœurs l'obligation de se confesser et de communier « tous les dimanches outre les festes des « Saints Apostres, venir plus souvent si la supérieure le juge à pro- « pos » à celui l'imposant seulement « tous les premiers dimanches du « mois oultre la feste des B. B. A. A. S. S. Simon et Jude, leurs « patrons » ce dernier article ayant selon nous son importance comme une preuve nouvelle de ce que nous avons avancé précédemment.

Mais où l'échevinage abdique de lui même la presque totalité de ses droits de tutelle, c'est dans une addition faite par de Lannoy aux cinq chapitres des statuts du Mayeur et intitulée : Règlement intérieur de la maison des Orphelins. En voici le résumé :

La maison servira à perpétuité de logement aux Orphelins et aux femmes ou filles chargées de leur conduite.

Les revenus seront exclusivement affectés à ce service.

Les Orphelins de père et de mère seront seuls reçus à l'hospice. Si dans la suite des parents les réclament, ils devront leur être rendus.

Les enfants admis seront ceux de la ville, de la banlieue, des villages dépendant du gouvernement de la ville et des terres appartenant au comte de Lannoy et ce « en considération des grands bienfaits « dont il a doté ladicte maison. »

Les sœurs devront avoir vingt cinq ans au moins et quarante cinq ans au plus à leur entrée dans la maison.

Elles vivront en Communauté séculière et seront seulement liées par des vœux simples faits entre les mains du père directeur.

La supérieure sera élue pour deux ans par la Communauté ; au bout de ce temps, elle pourra être réélue, mais pour une fois seulement.

Dans les mêmes conditions, sera élu parmi « les plus honnestes « bourgeois de la ville », un père syndic chargé du temporel.

Le père syndic et la supérieure auront chacun une clef des troncs contenant les aumônes. Ces troncs seront vidés chaque mois, et la somme recueillie sera inscrite sur deux registres signés du père syndic et de la supérieure.

Chaque mois, le père syndic délivrera à cette dernière une somme suffisante pour les besoins des services de la maison.

Huit jours avant la fête de la Purification de chaque année, le père syndic rendra compte de sa gestion au Conseil d'administration.

Le Conseil se composera du doyen de la collégiale de saint Firmin le martyr, du curé de Saint-Waloy, du prieur des Carmes, du lieutenant général du baillage, d'un échevin et du prévôt de la confrérie de la charité.

Aucun bail, contrat ou marché excédant 30 livres, ne pourra être conclu sans au préalable avoir été soumis au Conseil.

Le jour de la reddition des comptes, la supérieure assistée d'une sœur élue par la Communauté, prendra part à la séance et en signera le procès-verbal. <.

Le père syndic et la supérieure ne pourront recevoir d'enfants ou de sœurs, sans l'assentiment du Conseil.

L'élection du père syndic d'abord et celle de la supérieure ensuite, se fera le jour de la Purification, à quatre heures du soir.

Une messe sera célébrée chaque jour à sept heures en hiver et à six heures en été, à l'intention du comte de Lannoy et de feue son épouse. Le chapelain, nommé pour un an, sera toujours choisi parmi les pères Carmes.

Se syndic tiendra note, jour par jour, des recettes et des dépenses de la maison.

Les biens meubles appartenant aux Orphelins seront inventoriés par le père syndic et mis en vente. La maison jouira du produit de cette vente ainsi que des fruits des immeubles à eux échus par succession pendant la durée de leur séjour. En cas de décès, leurs héritiers pourront en revendiquer la possession, en tenant compte des frais occasionnés pour l'entretien desdits enfants.

L'inventaire du mobilier de la maison sera fait tous les deux ans par le syndic et la mère assistante en présence de deux membres du Conseil.

Le nombre des Orphelins sera de vingt. Dans le cas où ce nombre ne serait pas atteint « les plus pauvres enfans de la ville » pourront être admis dans la maison.

Les 7 et 9 décembre 1643, Jacques Anquer, marchand, nommé père syndic des Orphelins fit insinuer les donations et les règlements du comte de Lannoy sur les registres des baillages de Montreuil et de Waben et, par lettres datées de Paris au mois de janvier 1644, enregistrées par le Parlement le 30 avril suivant, Louis XIV y donnait son approbation à la suite d'un préambule où il se félicite de voir la chanté se produire par tout le Royaume et particulièrement à Montreuil.

« La Providence divine, dit-il, par un ordre admirable pourvoit en « sorte aux nécessitez des hommes qu'il n'y a personne quy puisse « avec raison se pleindre destre demeuré sans secour dans ses plus

< pressantes nécessitez ; les enfans mesme délaissez orphelins par le

< decedz de leurs père et mère ressentent en leurs plus faibles années

< les effets de la ionté gratuite de Dieu quy inspire des personnes « pieuses à prendre la place de ceux [qui leur ont donné naissance

€ par le moïen desquelles ils sont souvent élevez et instruitz avec

< beaucoup plus de soin et d'adventaj^^e quils nauroient esté demeu-

< rans à la conduite de leurs parens. C'est ce que nous avons parti-

< culiôrement recoj^niu en nostre ville de Monstreuil laquelle estant

< frontière et sujette aux ruynes quy accompagnent ordinairement la € guerre s'est trouvée remplie de nombre d'enfans orphelins quy € eussent finy leur vie de faim et de froid sy la piété du sieur comte

< de Lannoy, chevalier de nos ordres et gouverneur de nos ville et

< citadelle dudict Monstreuil ne luy eust fait prendre le soin et pour

< mieux subvenir à ce qu'ils pourroient avoir besoin neust faict cons-

< truire une maison pour leur servir de retraiste affin qu'estans « eslevez en la crainte de Dieu, ils puissent par aprez faire des actions

< dignes de linstruction qu'ils auroient receue. A quoy les habitans de € nostre dicte ville de Monstreuil ont beaucoup contribué aïans donné

< certaine quantité de leurs communes pour servir à partie de l'en- € trotien desdicts enfans ce quy a esté approuvé par le défunt Roy

< nostre très honoré seigneur et père gardien absolve par ses lettres « patentes du mois de janvier mil six cens quarante deux... »

Après quoi Louis XIV gratifie l'hospice des Orphelins de toute sorte d'immunités :

< Voulons en outre, continue-t-il, et permettons aux dicts enfans

< ou à ceux qui auront l'administration de leur maison pour eux, de « recevoir tous les dons et charitez soit d'héritages, rentes ou autres « quy leur pourront estre cy après faictes et qu'ils jouissent de tous

< les privilèges, exemptions et prérogatives dont sont accoustumées

< de jouir et user les maisons de fondation royalle sans que pour ce « ladite maison soit tenue nous païer aucun droict d'admortissement € ny de ceux à eux connez tant par ledict sieur Comte de Lannoy,

< que par ladicte ville de Montreuil dont et pour spécial nous l'avons

< exemptée et deschargée, exemptons et deschargeons par cesdites

< présentes, prenant à ceste fin ladicte maison en nostre protection

< et sauvegarde... (1)>

Cependant l'état de misère dans lequel le pays était plongé, depuis la déclaration de guerre de 1636, ne faisait que s'accentuer. Aux cruautés commises par les Croates de Jean Werth dans leurs incursions aux environs de la ville, aux déprédations des troupes espagnoles du comte de Hanapes campées à Labroye (2), aux exigences aussi intolérables des troupes françaises dirigées sur Saint-Omer, Hesdin et Aire, aux maladies, à la famine avaient succédé les troubles de la guerre civile, les impôts écrasaient le peuple, les terres restaient en friche, les campagnes étaient livrées au pillage (3), les possessions des établissements hospitaliers, malgré les lettres de sauvegarde accordées par les Rois en leur faveur, n'étaient pas même épargnées (4)

Dans d'aussi tristes conjonctures, le Comte de Lannoy voulut encore

(i) Liasse A 9 Case i : V. pièces justificatives n»

(2) Louandre, hist, d'Abbevilîe et du Comté de Ponthieu t. 11 p. loi et suiv. Dict, hist. et archéoL du Pas-de-Calais, Montreuily p. 34 Guilmetes, Bourg de Campagne y "ç. 10. J. Lion, Hesdinfort ch. vi.

(3) Liasses. A i C i, ly* dos. B 97 C 7.

(4) Liasse. £ 9 C 16 et A i C x^ 18* dos.

venir en aide aux Orphelins et, de nouveau, il se signalait envers eux par l'acquisition faite en leur nom par le syndic Jacques Anquer, le 25 juillet 1647, d'une maison de Jacques Fillette, serrurier, pour « ac- « commoder les bastimens dudict petit hospital (1) », le 8 juillet 1648 par l'abandon de diverses rentes achetées 560 livres à Gabrielle Pellet, épouse de Jacques de Guersen, conseiller du Roi, demeurant à Paris, sur des immeubles situés à Montreuil et dans la banlieue (2) et le 25 janvier 1649 par l'acquisition de quatre mesures de pré à La Galotterie provenant de Claude Flahaut, d'Attin (3). Ce fut la dernière largesse du comte de Lannoy envers les orphelins : le 15 mars suivant, il succombait à Paris à la suite d'une courte maladie.

Les orphelins jouirent dès lors de son droit d'avenage sur Wabcn (1650) et pourtant, malgré cet accroissement de revenu évalué 500 livres au moins, la maison se ressentait encore de la détresse générale (4).

En efï'et, le peuple est réduit à la mendicité, les plus aisés sont hors d'état de faire l'aumône et le paysan se voit dans la nécessité de se défaire de ce qu'il a acquis sous Henri VI et Louis XIIL Au mois de décembre 1650, Jean Noël, curé d'Avesnes prèsNempont (5), lègue, avec diverses sommes aux Orphelins, 3 journaux de terre sis à Colline, et ces terres proviennent de Hubert Durieux, laboureur à Collines, lequel avait été ainsi forcé de les lui vendre en 1647, pour « subvenir et donner ordre à ses affaires et paier et acquitter ses « debtes et notamment pour subvenir au paiement du sel et de la « taille excessive (6). »

Mais où la véritable situation de la maison des Orphelins apparaît au grand jour, c'est dans l'état des revenus et des dépenses soumis par la supérieure Michelle Lefèvre à l'approbation du prince d Harcourt, gouverneur de la ville, et de la princesse son épouse. Pour une période comprise entre le mois de juin 1650 et le 13 août 1652, la recette du revenu fixe et du casuel obtenu par les quêtes ou l'argent déposé dans les troncs, s'élève à 5,200 livres 6 sols, la dépense monte à 6,078 livres 6 sols ; déficit 878 livres (7).

(i) Liasse A 8 Case i.

(2) A 9 Case i.

(3)B 5 Case 5.

(4) A 41 Case 2.

f5) Avesnes, aujourd'hui annexe de Vron.

(6) B 13 Case i, i"" dos. Nous avons souvent entendu chanter sur un ton des plus plaintifs ce passage d'un ancienne romance intitulée Le laboureur :

Femme il faudra Tendre notre lit

Pour payer notre taille :

Quand sera vendu noire lit

Nous coucherons par dessus la paille.

(7) E 41 C 2. Bien souvent le magistrat avait il encore à pourvoir, en dehors de l'Hospice des Orphelins, aux besoins des enfants abandonnés ainsi d'après un compte de 1656-57, l'argentier paie à une femme une somme de 23 livres pour avoir « nourry durant le temps de cinq mois un enfant trouvé sur les « marches du portail de l'abbaye de Saint-Sauve et pour luy avoir un petit « habit. » B 35 C 5.

Celte situation du reste commune à tous les (établissements similaires, loin (le s'amc'Uioror avec, les ann(';es, ne faisait qu'onipirer chaque Jour. Dans ces temi)S de calamités, i>ai*rois sans doute on pourra \()irle boui'^^eois oublier un instant ses malheurs et danser autour d'un (eu de joie allumé à l'occasion de la naissance d'un fils de gou- \oi'neur (1) ou pour (jnehiue autre circonstance analof^^ue. Mais quelle n'eut pas été plutôt sa joie ci la nouvelle d'une victoire ou de la prise (l'une ville de la Flandre ou de l'Artois qui lui eut fait entrevoir le terme de ses maux (2). Car la guerre, l'impitoyable guerre désolait toujoui-s le pays et, avec les dissensions de la Fronde, le danger devient de plus en plus imminent. Des coups d'audace comme ceux de la cavalerie de la garnison de Héthune poussant ses reconnaissances jusqu'à Brimeux (1G52) (;i) ne sont plus en eflet des faits isolés : Fargues, l'usurpateur du gouvernement d'IIesdin, fait cause commune avec la Fronde et, par suite, avec l'ennemi; il pille, il rançonne les environs, la ferme de Saint-Nicolas en vue du canon de Montreuil, ne lui échappe même pas (4) ; les châteaux des alentours, tels ceux de Beaurain, Embry, Fressin, Labroye, Montcavrel (5) ; les villages, tel Buires (6), sont entièrement ou à peu près détruits (1657) et, malgré l'approche des cinq régiments escortant Louis XIV dans son voyage à Dunkerque, le mayeur « à cause du péril des chemins », sans cesse sillonnés par l'ennemi, croit prudent, même la veille de l'arrivée de ces troupes à Montreuil (15 mai 1658), de se faire accompagner de gardes pour visiter les bois de l'ancienne Maladrerie du Val distante d'une lieue à peine de la ville (7).

La paix des Pyrénées, conclue le 7 novembre 1659 et publiée à

Montreuil le 24 février 1660 seulement (8), ne changea rien à cet état

de chose : le pays ne cessa, comme pendant les « vingt quatre ans

« huict à nœuf mois de guerre », d'être surchargé d'impôts et de

„ quartiers d'hiver.

l L'hospice des Orphelins demanda alors à être, tout au moins, exempté de la gabelle. L'intendant de Picardie, Olivier Le Fèvre d'Ormesson, prenant la supplique des sœurs en considération, leur accorda l'entrée en iranchise de quatre barils de sel pour leur consommation annuelle. Mais ce n'était là encore qu'un faible allégement à leurs charges : « Les petis enfans orphelins sont en grand nombre ; « ils ne pourroient subsister sans les aumosnes qui leur sont faites ; le I « petit revenu qu'ils ont ne saurait les faire vivre. (9). » \ Pour faire face aux besoins les plus pressants, le 22 septembre I 1661, les sœurs Michelle Lefèvre, supérieure, et Anne Robert, soussupérieure, sans autorisation aucune, recoururent à une mesure à

(i) B 35 Case 5.

(2) B 35 Case 5.

(3) J. Lion, Hesdinfort ch. ix.

(4) Liasse E 9 Casa 16.

(5) J. Lion, Hesdinfort ch. ix.

(6) Dict. hist. et archéol. du Pas-de-Calais ^ Montreuil p. 23.

(7) B 35 Case 5.

(8) Archives communales.

(9) Liasse A i Case i, 25* dossier.

jamais regrettable en aliénant en faveur d'Allix, meunier, et de Guillemette Désérable, son épouse (1), et ce moyennant une rente de 200 livres et huit boisseaux de blé, le moulin donné par le Comte de Lan* noy. « Ce moulin, est il dit à Litre de justification dans l'acte de vente, « est grandement l'uineux audict hospital à cause des réparations « continuelles qu'il convient faire de tems en tems pour les déborde- « mens des eaux qui arrivent souventes fois par ladicte rivière de « façon qu'il leur est de peu de pi-oHlct et commodité, joinct qu'il y a « encore plusieurs réparations qui sont à faire (2) ».

Cependant, d'api'ès le compte de 1050-52, cet immeuble était alors afïérmé 500 livres (.'^>) à Antoine et Emmanuel Fontaine, meunier, à j Montreuil. L'hospice des Oiphelins étant d'origine communale et ayant été dans la suite assimilé par Louis XIV aux maisons de tondation royale, « il suffit qu'il exploite lui-môme ou par un régisseur, « pour que son indépendance originelle se communique à sa terre (4)». Ainsi s'explique cette clause du contrat de vente où ce privilège se transmet aux nouveaux acquéreurs . «Tant que les acheteurs ou leurs « successeurs occuperont en personne cet immeuble, ils sont exemp- « tés de guest et de garde, subsistance et logement de gens de « guerre (5). » Il est inutile d'insister ici sur toute l'importance de ces exemptions dans une ville de guerre, si l'on se rappelle que pour les acquérir, le 8 octobre 1642, l'abbé de Saint-Saulve Henri Testu s'était résigné — faute aussi irréparable — jusqu'à faire la cession à la ville de la grosse tour de son église « pour y pendre les trois grosses clo-

« ches appartenantes à ladite ville pour y fournir un Beffroi et >

« s'en servir en cas d'alarmes pour le service du Roi et de la ville (6)». |

Malgré cet expédient, la situation de l'hospice des Orphelins ne i pouvait guère changer « notamment en ce malheureux tems (1002) « où la détresse est sy grande en ce pays ci à cause de la chéreté du j « bled et des vivres qu'il y a peu d'habitans en ceste place quy eussent « le moyen de faire la charité ordinaire audit hospital ainsy qu'ils « souloient faire ci devant (7) ».

En effet, le soulèvement des campagnes du Boulonnais, justement indignées de se voir retirer par Louis XIV leurs privilèges les plus

(i) Une Anne Désérable, née à Montreuil, fille d'Alexandre Désérable, aide major de cette ville, rée le 23 juillet 1673, épousa Charles François Caffàéri,fils aine, né aux G belins le 25 juin 1667. du scolpieur Philippe Caffiéri qui, ^u^ l'invitation du cardinal Mazarin était venu s'établir en France en 1660 François Charles Caffiéri tut nommé lui même, en 1665, maître sculpteur entretenu pour les vaisseaux du Roi au port de Duckerque, puis au Havre en avril 17 14, en survivance de .^on père, enfia à Brest en 1717. comme successeur de maître Pierre : il y mourut le 27 avril 1729. V. V. J. Vaillant, Deux Peintres Boulonnais, Baudren Yvart 1610-1690, Joseph Yvart 1649-1728 p. 95 et Ph. Le Bas. Dict. encycl. de France t. m p. 541.

(2) B 23 Case 3.

(3) E 41 Case 2.

(4) Taine. Les Origines de France t. i p. 22.

(6) Archives communales,

(7) B 98 Case 8.

I ôcieiix et d'être livrées à la plus odieuse des i)ei's(?cutions avait iiioiH' le logement de nombreux, corps do Li'oupes à MoiiLrouil. Outre r\[\ les maladies et la disette exerçaient les plus i^rands rava^^es. J.e Is de blé valait 070 francs. « Les pauvres se iiouriissaient de sou détrempé dans Peau et de ti'on(;ons de choux cuits dans cette boudlie, beaucoup moui'urent de iaim ; ou enterrait sur le bord des routes les malheureux qui y succombaient; les allâmes dépeçaient les animaux jetés à la voirie et en disputaient les lambeaux aux corbeaux (l) ».

Knfin, peu après, le 20 février 1000, « par un samedy » la guerre :ait <^< publiée et déclarée à cry publicque en la ville de 'onstrœul de la part du souverain monar(|ue Louis quatorze, Koy de France, contre lesAuglois, leurs adhérents et associés, le Roy aïant esté (•bligé de déclarer ladite guei-re pour n'avoir peu par tous les moiens })0ssibles empescher les Anglois de vexer les subjets du Roy et ses alliés sur qiiy, sans aucune déclaration de guerre et pendant que les ambassadeurs Français proposaient toutes les voies d'accornodement, les Anglois tesoient journellement des pillages et autres actes d'hostilités (2). »

La rupture des relations entre les deux pays vint paralyser cette ois encore les elibrts du commerce pour se relever des difficultés réées par la dernière guerre. Que pouvait on espérer en eiïet, lors- [u'en ce moment même la flotte hollandaise Taisant cause commune ivec la France était contrainte, dans son impuissance à lutter contre es escadres anglaises, à venir mouiller sous les forts de j'oulogne où viiyter, son illustre chef, tombait malade de chagrin, en proie à une i('\ re violente (3).

L'hospice des Orphelins, tout en se ressentant dccetélat de choses, le poursuivait pas moins en silence et sans relâche son œuvre de charité. Grâce au produit des dots des sœurs et à la générosité de juelques pensionnaires âgées, il parvenait même à se reconstituer >on patrimoine. Ainsi, sous la direction de l'abbé Jacques de Boves, :uré de Saint-Waloy, il acquérait de Noël Beaujeu le 19 mai 1063, une maison et 3 mesures de terres à Attin (4) et recevait à titre de dona- :ion, d'Antoinette Noblesse, 7 mesures 1/2 à Argoules et Dominois (5); l'Anne Hibon, veuve de Louis du Sagnier et Antoinette, sa sœur, toutes deux pensionnaires sous la supérieure Elisabeth Bernieulles et Jeanne du Ghesne, sous supérieure, le 7 octobre 1009, 2 mesures de terre à Gollines ; de Marie Bracart, le 10 novembre suivant 4 journaux au même lieu (0) ; de Gilles Menuet, le 10 octobre 1070, 2 journaux de terre à Sorrus (7); enfin de Laurent Delaire de Montreuil, le 24 décembre 1072, 2 mesures de terre à Gollines (8).

[i) V Haigaéré, Louîcgne p. 296 Clément La Police sons Louis XIV y p. 285 de CaloDDe, hist. des Abbayes Dommartin, etc. p. 69

(2) Archives communales .

(3) L. Galibeit et Ch. Pelle, hist. d' Angleterre ^X. ni p. 67.

(4) B loé Case 16.

(5) B 4 Csse I.

(é; B 13 Case 2, 2^ et 3* dos.

(7) B 32 Case 4.

(8) B 13 Case 2.

Le pays se remettait lentement de ses souffrances, lorsqu'à Mon treuil la guerre fut de nouveau publiée. Cette fois d'abord, le lf> avri 1672, avec la Hollande naguères son alliée, ensuite le 26 octobre f]( l'année suivante, avec l'Espagne : «Dieu veuille y mettre fin et faii « que la misère estrange des peuples soit soulagée où, s'il veut poui « l'exaltation de la justice, la faire continuer, qu'il fasse par sa misé < ricorde qu'ello soit pour la France, toute misérable, une salutaire pé « nitence, une correction des mœurs et un retour véritable à un( « meilleure vie (1). »

Les passages de troupes redevinrent alors de plus en plus fréquents, comme toujours celles ci vivant partout à discrétion, « con- « sommant tout ce qu'il avoit et mangeant tous les grains ; » et cela, sans espoir pour les habitants de recevoir aucune indemnité. Il ne faut donc pas s'étonner, malgré le produit des quêtes faites à la Cour par les sœurs Hochart et Sainte Claire, de retrouver le déficit dans les comptes de l'hospice des Orphelins ; le prix des vivres n'a pas cessé d'augmenter pendant le Carême de 1673 « ce quy se vend it cincq sols « d'ordinaire, l'on le vendoit vingt ceste année (2) » et les aumônes ont diminué de jour en jour, ceux qui avaient coutume de faire la charité ayant été forcés, à cause de la misère générale, de remettre une partie de leurs revenus à leurs fermiers « pour toute la durée de « la guerre d'entre les couronnes de France et d'Hespagne. »

Du 27 octobre 1673 à pareil jour, 1676, d'après le compte présenté par la sœur dépositaire Françoise Lefèvre, à l'abbé François Castel et aumônier de l'Hôtel-Dieu d'Amiens, délégué par François Faure, évêque du diocèse, les dépenses se sont élevées à la somme de 6 452 livres 5 sols 2 deniers et les recettes à celle de 6,176 livres 15 sols 1 denier ; d'où résulte un excédant de dépense de 275 livres 10 sols 1 denier (3).

Les traités de paix de Nimégue successivement publiés à Montreuil, le 6 octobre 1678 avec les Hollandais, le 9 janvier 1679 avec l'Espagne et le 11 mai suivant avec l'Empereur et l'Empire, — «Dieu « veuille que cette paix soit ferme et stable ; qu'elle soit à sa plus « grande gloire, à l'honneur et advantage de l'Eglise et au salut des « souverains et du Peuple (4) », — modifièrent peu cet état de choses. Les comptes de la sœur dépositaire, Françoise Lefèvre, pour une période s'étendant du 20 février 1680 au 20 février 1683, accusent 6,808 livres de recettes et 7.401 livres en dépenses, soit une dill'érence en moins de 593 livres auxquelles devait être ajoutée une autre somme de 857 livres restant due du dernier compte, ce qui portait le déficit à 1450 livres. Mais comme 753 livres étaient dues par divers particuliers, cette somme jointe aux 857 livres équivalant à 1610 livres offre un excédant de ressources de 160 livres (5). Le déficit avait donc disparu, en apparence du moins si l'on remarque dans ce compte comme re-

(i) Archives communales.

(2) A I Case i .

(3) E 9 Case lé.

(4) Archives communales .

(5) £ 41 Case â*

cite tout a iait imprévue une somme do 280 livres, produit d'une ollecto faite par les sœurs lors du passaj^^e de Louis XIV ix Montreuil Il 1082 (1).

I.e doyen du Ghapiti-e de Saint-Firmin, Jean Bermon, curé de Saint \ alloy et le futur fondateur d'un séminaire à Montreuil, résolut alors .' prendre en main le <j:ouvernement de l'hospice des Orphelins et de cMiplir les fonctions dei)uis lon«^teinps abandonnées des pores synu's, c'est à dire recevant intégralement les revenus de la maison et émettant « de jour en jour et de semaine en semaine» entre les lains de la nouvelle sœur dépositaire Mai'guerite Ilochai't, les somles nécessaires à l'entretien de l'établissement et du personnel.

Cette mesure était elle justifiée, produisit elle alors d'heureux ré-

nltats ? il est permis d'en douter. Les sœurs géraient avec une ex-

l't'me économie : si le déficit existait il fallait uniquement en attri-

uer la cause à l'insuffisance des revenus qui n'étaient pas en rapport

vec les charges de l'établissement. Cette innovation n'aboutit qu'à

tlesser inutilement la délicatesse des sœurs directrices et apporter

'obscurité dans les comptes de l'administration. Dans ceux qui furent

)résentés après la retraite de l'abbé Bermon et s'étendant du 20 fé-

rier 1083 au 30 avril 1085, la dépositaire Marguerite Hochart déclare

•n efTet produire « lestât fidel qu'elle a tenu le plus au juste qu'il luy a

; esté possible » des revenus et des dépenses, mais avoir « esté mis

; en cest employ sans en avoir jamais eu aulcune cognoissance et

( sans avoir jamais peu estre assistée de ceux qui avoient une par

■ci laicte cognoissance de ce mesme revenu temporel (2). »

I Cependant à parcourir les correspondances de l'époque (3) partout

ipparait la plus grande ^^ène et le tableau laissé par La Bruyère de la

5ituation pénible des peuples semble n'avoir rien d'exagéré (1089).

^'abbé François Fauchàtre, curé de Sempy, appelé à succéder à l'abbé

fean Bermon comme curé de Saint- Walloy et à ce titre directeur de

'hospice des Orphelins, sut, à l'exemple de ses prédécesseurs, pro-

iter des moindres moments de calme pour donner de l'extension à

'établissement confié à sa sollicitude. Ainsi le voit-on, de concert avec

a supérieure Anne Bernieulles et les sœurs Marguerite Hochart,

dépositaire, et Madelaine Ducrocq acheter, le 7 septembre 1092, de

Claude Justin, de Montreuil, une maison située rue Notre-Dame de

Valloires et contigue à une ruelle aboutissant à un monticule placé

derrière l'hospice et au sommet duquel se trouvait un moulin à vent

^récemment détruit (4).

Mais bientôt la disette de 1093-94 soumet les sœurs à de nouvelles épreuves : La cherté des vivres est excessive ; l'hospice endetté ne reçoit aucun de ses revenus, et les sœurs ne sauraient espérer re- ^cueillir d'aumônes, « tout le monde étant pauvre (5) ». 1 Quatre ans s'écoulent et, à la suite des pluies persistantes et générales de l'été 1098, les blés sont en partie gâtés. Alors la panique se .met partout, le prix du blé s'élève aussitôt ; on défend les approvision-

(i) E 40 Case 9.

(2) E 41 Case 2.

(3) B87 Case 7.

(4) A 8 Case i.

(5) B 89 Case 7.

nements et des commissaires sont envoyés dans les provinces ave mission expresse de faire porter aux marchés tous les blés se trou vant dans les fermes et même chez les particuliers.

Gomme pour le moulin de la Hasse-Ville en 1061, le 22 juin 1690, 1. sœurs prirent le funeste parti d'aliéner au. profit d'un Pierre Thom; moyennant une rente surcensière de 100 livres, la ferme de la Réderi bâtie sur les terres données par la Ville aux Orphelins en 1641 (1).

Diverses circonstances permirent pourtant à l'hospice des Orphrlins d'apporter quelque amélioration dans sa situation. Ainsi le v novembre 1707, l'abbé François Fauchâtre put acquérir en son noL pour une somme de 500 livres, 6 mesures et demie de terre à Buir^ et Maintenay, provenant de François Noblesse, dessinateur ordinal: du Roi, et de Thomas Noblesse, ancien capitaine au régiment de Ra: tillat (2). De leur côté les sœurs supportèrent sans trop souffrir h difficultés créées par la proximité des armées coalisées du prin.' Eugène et de Malborough après la journée d'Hochstett et par suibaussi des rigueurs du terrible hiver de 1700. Mais cela grâce an montant des dots de quelques religieuses (500 à 1000 livres), d'un le . de 400 livres de l'évoque d'Amiens, Feydeau de Rron, d'un don de 1 livres par Pierre Sabatier, son successeur, lors de son avènement h siège, d'une somme d'argent enfin, mais celle-ci indéterminée, remià la supérieure Françoise Dubois par François de la Rochefoucaul prince do Marsillac, au moment de son départ pour l'armée. Ij comptes des l'eveiius et des dépenses du 8 juillet 1706 à pareil jo' 1700 ne semblent donc pas présenter- de déficit. La recette, y est i. dit, s'élève à 6,008 livres « et nous avons agréé et approuvé ce compte « parce que la dépositaire à tout emploie (3) ».

Sur ces entre faites, l'armée du maréchal de Yillars repoussée à Malplaquet, vint, pendant le siège d'Aire, prendre position entre l^! Canche et l'Authie (1710) et la maison du Roi se logea à l'abbaye T: Saint-Josse-sur-Mer (4). Alors les troupes affluèrent à Montreuil, fan de logements suffisants, elles s'installèrent dans les rues, sur k.. places, la ville devint un véritable camp-volant, et les églises étaient transformées les unes en magasin de vivres, les autre en hôpitaux,! l'hospice Saint-Nicolas regorgeant de soldats inalades ou blessés (5).

Pour toute cette période aucun document n'existe concernant l'hospice des Orphelins. Mais il est facile d'apprécier quelle devait être aloi's la situation de cet établissement. Rien pourtant ne faisait perdre de vue aux sœurs le projet , d'accroître l'enceinte de leur maison, et sitôt une occasion favorable se présentait elle d'atteindre leur" but, elle ne la laissaient pas écliapper. Ainsi, malgré la misère dans laquelle Montreuil se trouve plongé, « misère si grande que l'on ne « peut rien imposer de nouveau (6), »les voit-on le li septembre 171

(i) Registre E i Case lo

(2) B 9 Case 2.

^3] E 9 Case lé.

(4^, Lousndre, hist. d'AbbevilIe et du Comté de Ponthicu t. n p. 153,

(5) A 3 Case i tx Archives Communales,

[G) A I Case i.

a('((u6rir de Jac(iiics Jouvet et, en 1710, de Claude Raclict, veuve Maliiou, doux maisons atteuanles à la leur (1).

Pendant les annexes suivantes, aucun fait intéressant à rapporter, Ihospice ont à soutenir un louu; procès avec les lial)itants de Grof- (liors, banlieue de Wahen, sur leur refus d'acquitter le droit d'avenajA'e donné par le comte de Lannoy. En vertu d'une sentence et d'un arrêt rendus en 1710 et 1721, son droit lui fut manifestement reconnu. Mais, comme on le verra bientôt, sentence et arrêt devaient rester lonj2,temps sans eilêt (2).

En 1724, il reçut du receveur de l'abbaye de Saint-Andr(3-au-T3ois un lejj^s de 1000 livres provenant de Marie Madeleine Warembault (3) (M, chose inexplicable quoique certaine (4), en ce temps où la gêne est si Li'rande encore, sous la direction de l'abbé Antoine Kei^nault, curé (lo Saint-Walloy, et de la sœur Marie Joseplie Ks^i-et, supérieure, en lévrier et mars 1730, il acquiert diverses parcelles de terre à Buires provenant de François Joseph Gaudron, époux de Marie Françoise b'réchon, d'Hesdin, et aussi de François Tillette, époux de Noël Quiénot (5).

Enfin, nous s-gnalerons encore à la date du 2 août 1732 une importante donation. La sœur Marie de Monchaux « pour la bonne ami- « tié qu'elle porte aux pauvres orphelins » leur donna la ferme de \^'isemarets à La Callotterie, attenant à des terres déjà leur appartenant, à celles des familles Loppin et Thorel de Campigneulles (6) et à la « rue qui conduit dudit Montreuil à Montuy (7). »

La Communauté avait alors encore pour directeur l'abbé Antoine Regnault et se composait des sœurs Marie-Joseph Esgret, supérieure,

■ Marie-Françoise Monborgne de Saint-André, Marie-Jeanne Le Bègue de Saint Agathe, Marie-Angélique de Neuville de Saint Alexis, Marie- Jeanne Gromolée de Saint Antoine, Jacqueline Rosalie de Croix de Sainte Rosalie et Marguerite Lyon de Saint Norbert.

Sous le R. P. Gabriel de Sainte Marie, prieur du couvent des Carmes et successeur de l'abbé Regnault dans la direction des Orphelins,

tl'hospice, avec le produit de quelques dots, de dons et de legs, celui entre autres de 350 livres par Jean-Pierre Permer, officiera l'Hôtel lies Invalides (8), acquit, le 9 Août 1735, de Gérard Je la Motte, de Paris, 10 mesures de terre à Buires et le 8 octobre 1737 de Claude l'iu'ant 2 journaux de terre à la Basse Flaque. Enfin, le 13 novembre

d737, Charlotte Coupet veuve d'Adrien Hennin, fermier à Yillers-sur-

(ii A 8 Case i, 7' et 8« dos.

(2) E I Case 10.

(3) E 86 Case 6.

; (4) V. TiiinQj Les origines de la France contemporaine. V Ancien Régime^,

15) B 9 Case 2.

(6) Florent Thorel, sieur de Campigneulles, avocat capitaine des chasses du duc d'Elbeuf, vice raayeur de Montreuil. De son mariage avec Louise La Fresoaye il tut no 51s le 6 octobre 1737, Florent Charles Claude, trésorier de la géaèriliié de Lyon, membre de plus-eurs Académies, mort en 1809. ! (7) B 10 Case 2.

j (8) B 97 Case 7.

Authie, lui cédait aussi la propriété de trois nouvelles mesures de terre à Buires-le-Sec (1)

A cette époque paraît, pour la première fois, le nom de Benoit Memi Loppin, doyen de la Collégiale de Saint-Firmin le Martyr, et le futur restaurateur de l'hospice des Orphelins (2). Loppin était le fils d'un marchand de Montreuil, Memi Loppin et de Marguerite Sénal. A son arrivée aux afïaires, il « vit avec peine l'extresme indigence » de l'établissement confié à sa sollicitude. Cependant les « réparations « urgentes et indispensables qu'il avoit à faire, les procès de tout « genre, suites d'une administration tardive et peu réfléchie » qu'il devait poursuivre ou entamer, les mesures à prendre pour relever un crédit complètement tombé ne le déconcertèrent pas : sa charité égalait son dévouement, son zèle. Pourquoi hésiterait-il à consacrer sa vie, tout son avoir pour assurer l'avenir de l'œuvre si éminemment utile des Mayeurs et ensuite du généreux comte de Lannoy (3) ?

Sitôt conçus, ses plans sont exécutés. Le 8 juillet 1698, ses parents avaient acquis une ferme et, les 9 février et 23 août 1708, diverses terres à La Calotterie, bien que mieux que tout autre, il sût que l'hospice des Orphelins n'avait « aucun fonds » et fût « entièrement discrédité, » il les lui vend, le 25 juin 1738 et, le 29 janvier suivant, en présence des sœurs Gabrielle Françoise Esgret de Saint Joseph, supérieure; Marie Barré de Saint François, Marguerite Lyon de Saint Norbert, Rosalie de Croix de Sainte-Rosalie, Catherine Joly de Saint Théodore, Marguerite Miroux de Sainte Marguerite et Gabrielle Daude Sainte Gabrielle, il déclare : * considérant l'impossibilité dans « laquelle est la maison du Petit hôpital de lui payer présentement la « totalité de la somme de 6,502 livres, prix de la vente qu'il a faite « audit hôpital » de lui en faire l'abandon « à la charge et sous la con- « dition expresse à laquelle lesdites religieuses se sont soumises pour « ledit hôpital de nourrir, entretenir, alimenter, loger, chausser et « entretenir ledit sieur Loppin, pendant sa vie, dans le Petit hôpital « tant en santé que maladie et de faire dire à perpétuité pour le repos « de son âme et de ses parents dans l'église dudit hôpital douze messes « par an, soit une par chaque mois, comme aussi à la charge que les « sœurs et enfans dudit hôpital diront tous les jours et perpétuelle- « ment un de profundis pour le repos de l'àme dudit sieur Loppin, le « tout à commencer du jour du décès d'icelui sieur Loppin et à la « charge en outre par lesdites religieuses de payer les obsecques et « funérailles dudit sieur Loppin qui seront faites selon son état et de « faire dire trois services solennels, sitôt son décès, dans l'église de « Saint-Wallois, pai-oisse dudit hôpital, et vingt-huit messes basses, « savoir : quatre pendant chacun des quatre services que le chapitre « de Saint-Firmin a coutume de dire pour chaque chanoine décédé, « promettant ledit sieur Loppin, de son côté, de desservir, autant que « sa santé le lui permettra, les messes dont ledit petit hôpital est « chargé envers ses bienfaiteurs (4). »

(i) B 9 Case 2.

(2) Dom Jacqnes Loppin, collaborateur des éditeurs des Pères Grecs, mort en 169^, et l'an des bénédictins les plus distingués dans les lettres, serait il un parent à l'abbé Loppin le Bienfaiteur ?

(3) B 10 Case 2.

(4)jB 10 Case 2. V. Pièces justificatives u*

Cette donation, le produit de divers dons, un le^^s de 00 livres laissées par Mai'i^uoi'ite Devilliers, de Gampaj^ne-les-Hesdin (1) le revenu des terres de Kavi(>res données par la sœur Marie Barré, à son entrée h l'hospice des Orplielins (2), permirent à Loppin d'acheter nnoyeniiant liOO livres, le 12 août 1739, de Jacques Briel, maître perruquier, l'ancienne maison de refuge des Bernardins de Valloires (8), construite sur l'emplacement d'une maison par eux acquise de Jacques de Beutin, en 1250, et dont < la plus grande partie » avait été « employée « dans les travaux du Roy » vers 1680 (4).

Enfin, le l'" décembre de cette môme année 1739, l'ai bé Jean-Louis Cucu, curé de Collines, s'inspirantde l'exemple de Loppin, léguait aux sœurs une somme de 800 livres « à condition, dit-il dans son testa- « ment, qu'elle auront annuellement à nourrir un enfant orphelin de € ma paroisse, lorsqu'il s'en présentera ; et quant au surplus, scavoir : « or, argent, graines, bestiaux, je donne le tout aux dites religieuses « moyen de quoy elles seront tenues de paier mes debtes, obsecques « et donnations (5). »

Ces donations, provoquées, on peut le dire, par le zèle de l'abbé Loppin, objet de l'admiration de tous, venaient d'autant plus à propos qu'en 17 40, l'hospice était « tombé en ruines dans toutes ses parties. » Une reconstruction intégrale des bâtiments s'imposait. Mais avant tout il fallait trouver les ressources nécessaires. Pour cela Loppin ne recula devant aucune démarche, redoublant d'instances auprès des personnes charitables et s'efîorçant sans cesse d'agir « pour le plus « grand avantage des enfans orphelins et l'augmentation de leurs « revenus (6). »

Grâce aux habiles combinaisons auxquelles il eut recours et au produit des quêtes faites par les sœurs dans le diocèse et ceux voisins avec l'autorisation de Nosseigneurs Louis Gabriel d'Orléans de la Motte, évèque d'Amiens, Jean de Bonneguise évêque d'Arras, Gaston de Partz de Pressy, évêque de Boulogne, et Alphonse de Valbelle, évêque de Saint-Omer ; grâce aux secours personnels de Mgr d'Amiens (7), le 6 janvier 1756, il achète de Marie Antoinette Jouvet un terrain vague donnant sur la rue du Paon ou de Notre-Dame de Valloires pour l'annexer à l'établissement (8) et bientôt il réalise, dans les meilleurs conditions des marchés considérables de toute espèce de bois : « De là, dit Loppin, la reconstruction d'une chapelle et de «trois ailes de bâtiments à deux étages et, ce qu'il y a de mieux encore « et ce qu'il ne peut lui-même concevoir, c'est que tous ces ouvrages « se firent et se perfectionnèrent sans que Phôpital ait rien fourni de « lui même pour en faire les frais. »

(i) B 86 Case 6.

(2) B 105 Case 16.

(3) CartuJaire de Valloires f° 202. V. aussi Cte de Marsy. Un ancien inventaire des titres de Montreuil.

(4) A 8 Case i .

(5) B 13 Case 2.

(6j B 32 Case 4.

(7) E. I Case 10.

(8) A 8 Case i.

Page 1