ÂGÉ DE 75 ANS
Priez Lieu pour son âme .
Le nom du successeur de Loppin, l'abbé Charles Antoine Nicolas Poultier, ci devant vicaire de Notre-Dame et alors curé de Saint-Jacques, figure pour la première fois dans le testament de Marie Catherine Waguet (avril 1777) d'après celle ci lègue aux Orphelins une somme de 540 livres, tout son avoir, pour le paiement de leur blé (1). Toutefois depuis la mort de Loppin, l'abbé Louis Quénu, directeur de
\ l'Hôtel-Dieu depuis 1762, prenait part aux afiaires des Orphelins ce qui expliquerait l'autorisation qu'il avait obtenue de Mgr d'Orléans de la Motte de se donner en coadjuteur pour la direction de la maison dont il été primitivement chargé (2).
Le pouvoir s'étant ému vers cette époque du grand nombre d'enfants abandonnés apportés de la province à Paris par les voituriers,
i un arrêt du Conseil du 10 janvier 1779, enjoignit à quiconque trouverait dôsormaie un enfant de le conduire à l'hospice le plus voisin sauf
(i) B 86 Case 6. (2) £ 39 Case 9.
à l'Etat de subvenir à leur subsistance dans le cas ou les ressources des établissements locaux seraient insuffisants (1).
La brutalité avec laquelle il fut procédé à l'exécution de cet arrêt b Moi]treuil souleva les protestations des administrateurs de l'hospic* des Orphelins :
« Nous espérons, écrivirent-ils alors, que M. Necker trouvera dans « l'ordre de la nature le trouble qu'ont fait paraître les sœurs de « l'hôpital le 21 mars, lorsque, sans être prévenues par qui que ce « soit, elles ont vu la maréchaussée, les armes hautes, sans exhiber « aucun ordre, laisser sur un lit un enfant enveloppé de mauvais « langes ; on se flatte que M. Necker n'applaudira point au zèle in- « considéré de la maréchaussée qui pouvoit bien prévenir des ordres « qu'elle avoit reçus avant de les exécuter si violemment (2). »
Cependant, à une lettre du 4 mai 1780 dans laquelle Necker renouvelait l'ordre de recevoir dorénavant tous les enfants qui seraient présentés à l'hospice des Orphelins de Montreuil et cela même sans qu'il fut question d'aucun subside de la part de l'Etat, MM. Poultier, lieutenant-général du baillage ; Hacot-Duviolier, procureur du Roi ; Quem, doyen du chapitre de Saint-Firmin ; Mahieu Gourdin, prieur des Carmes, et de Longvilliors, administrateurs lui répondirent le 13 juin 1780 qu'ils étaient prêts à se soumettre à ses ordres; mais que les revenus de la maison étaient insuffisants pour faire face à de telles cliarges.
« L'hospice des Orphelins, dirent-ils, ne se soutient que par la protection singulière que les évêques du diocèse lui ont acco:'dés ainsi ^ que parles charités méritées et soutenues des habilans de la ville et de la campagne à qui cette maison est infiniment utile.
« Il faut considérer que l'hôpital n'est pas desservi par des personnes liées à vœux ou gagées, mais par des filles qui conservent leur état civil, que la charité seule consacre au service de cette maison et qui ont toujours mérité par leur bonne conduite l'estime publique;
« Que les statuts de la maison n'ayant pour objet que de donner des secours- à des enfants légitimes nés de pauvres parens et que la mort leur a enlevés, c'est changer son origine que de vouloir l'assujettir à recevoir de bâtards enfans qui, par la position de Montreuil sur les confins de l'Artois et du Boulonnois viendront de ces provinces tandis qu'aux termes de la fondation le petit hôpital ne doit élever que les enfans de la ville et ceux indiqués par le fondateur;
« Qu'on ne peut rien changer à la manière dont le service de la maison se fait sans le détruire puisque d'une part les sœurs desservantes sont continuellement occupées à provoquer et à recueillir les charités dont la maison subsiste et que de l'autre il ne reste de séden- ( taires que celles que les infirmités fixent plus particulièrementau service intérieur de la maison ;
« Que d'après le tableau des revenus (3) il est aisé de sentir la courteresse dans laquelle se trouve continuellement l'hôpital des enfants de Montreuil ; qu'il est à la connaissance des administrateurs
(i) Durieu. Répertoire de V Administration et de la. couptabilité des Etablissements '
hospitaliers i. 11^ p. 146. (
[2) E I Case lo.
(^) H X Case 10.
que Ton est souvent forcé à en^aoer des personnes à avancer le blé ou la viande nécessaire à la consommation sous la promesse d'acquitter les dettes aux promiors fonds de charités rentrans sans lesquelles avancer la maison \'ouil)ei'oit ;
« Que dans cette position, il est de toute impossibilité à l'hôpital des Oi})helins de Montreuil défaire aucune avance soit de layette, soit de mois de nourices pour les bâtards dont Montreuil peut devenir un entrepôt considérable par la manière dont la Maréchaussée a exécuté l'arrêt du Conseil du 10 janvier 1779 (1) ».
A l'appui de CCS observations, les administrateurs produisaient un ôtat duquel résulte qu'à cette époque les revenus n'étaient que de •^,491 liv. 4 s. et les charges, c'est à dire, l'entretien des bâtiments, et les redevances de 1,(500 livres d'où ne resssortait qu'un excédent de S85 livres, somme bien insuHisante pour procurer le nécessaire aux orphelins si l'on son^^e surtout aux charries nouvelles qui, par l'exécution de l'arrêt précité, pouvaient s'accroître hors de toute proportion, rhospice, pour subvenir à tous ces besoins n'ayant d'autre ressource que le produit des quêtes et quelques rentes à percevoir sur le îlergé.
Du droit d'avenage perçu sur Waben, Groffliers, Saint Aubin, Sainttfosse à cause des portes et fenêtres, il ne pouvait alors être question lepuis le commencement du siècle, on le sait, les Orphelins privés et i l'insu même du bureau d'Administration, le Conseil d'Etat, pour nettre fin à ces fâcheuses et si longues contestations, en avait autonsé le rachat par le comte d'Artois, frère du Roi, en vertu d'un arrêt lu 29 Décembre 1781. Mais bientôt le bureau protesta ; le Conseil rap- |Dorta sa décision et le Parlement donna définitivement gain de cause |iux Orphelins dans son arrêt du 31 Août 1782 (2). »
Sur ces entrefaites, la Révolution vint apporter le trouble dans la oaisible existence de l'hospice des Orphelins. Le 23 janvier 1791, l'abbé Poultier, son directeur prêta le serment constitutionnel ; le 30 suivant, c'était le tour d'un de ses administrateurs l'abbé J.-B*^ Havet, uré de Saint-Walloy depuis 32 (3) ans et qui, élu quelque temps après uré de Saint-Vaast d'Arras, opta pour la cure de Saint-Saulve à Monreuil. Mais le vénérable chanoine Louis Quénu, refusa formellement e serment préférant l'exil plutôt que de suivre l'exemple de ses deux oUègues, les seuls du reste du clergé de Montreuil qui du reste se )rétèrent à cet acte de soumission (4).
La Communauté se composait alors des sœurs Marie Marguerite
iobert de Sainte Agathe, supérieure ; Marie Anne Codron de Saint
k.ntoine, Marie Françoise Tanchon de Sainte Rosalie, Marie Françoise
iouilliez de Saint Augustin, Marie Anne Antoinette Barré de Sainte
Catherine, Marie Josèphe Cordier de Sainte Marie Marguerite, Marie
rançoise Clémentine Bridoux de Sainte Marie, Marie Françoise
(i) Registre E i Case lo.
(2) Registre E i Case 10 et liasse B. 102 Case 16.
(3) Prestation du serment civique par M . l abbé Havet, curé de la paroisse Saintf^alloy, ^o janvier lyçi. Abbevitle, Imprimerie Dévérité.
I (4) L'abbé Deramecourt. Le Diocèse d'Arras y Boulogne et Saint Orner, t. Il
Antrique de Sainte Pélagie, Marie Françoise de Marie de Sainte Marthe, Marie Madeleine Dumontde Sainte Félicité, Marie Marguerite Delenclos de Sainte Thérèse, Marie Louise Pétronille Delenclos de Sainte Madeleine, Marie Angélique Langlois de Sainte Victoire, Augustine Hautecœur de Sainte Cécile et Marie Elisabeth Bourgeois de Saint Joseph.
Le 14 Mars, les citoyens Dubocquet, Poultier,Henneguier et Bellart se présentèrent devant elles pour leur annoncer qu'en vertu des décrets de l'Assemblée Nationale elles étaient déliées de tout engagement et libre de sortir. Mais, comme ils devaient s'y attendre, chacune d'elles leur déclara formellement « vouloir continuer la vie commune et ses soins aux enfans orphelins de cette maison (1). »
Les documents concernant l'hospice des Orphelins pendant la Révolution sont d'une excessive rareté. Nous n'avons retrouvé aux Archives Départementales qu'une autorisation de sortie donnée au mois de frimrire an II par la Municipalité aux citoyennes Marie (lisez Demarle) et Lenclos (lisez Delenclos) ci devant religieuses à l'hospice des Orphelins (2), et les Archives hospitalières ne fournissent que quelques renseignements bien incomplets sans doute, mais suffisants pour permettre de juger de l'état déplorable de cette maison à cette époque.
Les sœurs ayant été forcées de quitter l'hospice sur leur refus de prêter le serment, l'administration municipale fut assez heureuse de trouver sept femmes qui voulurent bien se charger de la garde des Orphelins, Ce furent les citoyennes Houillier femme Brassart, Ducrocq veuve Fagot, Harlé veuve Guerty, Bouley veuve Gigandet, Bourgois veuve Lanche, Goudal et Boulogne femme Brumaud. Elles devaient être nourries, chaufiées, logées et blanchies dans la maison et recevoir un traitement annuel de 200 livres. La position n'était pas brillante ; aussi les vit-on quitter l'hospice peu de temps après leur entrée : la règle leur était souvent gênante et elles aimaient la liberté. C'est alors que les anciennes sœurs Gobert, Codron, Tanchon, Bouillez, Barré, Bridoux, Autrique, Dumont, Langlois, Hautecœur et Bourgeois consentirent à reprendre la direction de l'hospice où déjà bien des abus s'étaient introduits. Elles reçurent le titre d'économes et elles avaient sous leurs ordres quelques aides et nourrices pour instruire, entretenir et nourrir les trente-huit Orphelins qui leur étaient confiés, le nombre en ayant singulièrement accru par suite de l'application de la loi ordonnant l'admission dans les hospices des « enfans des défenseurs de la Patrie. »
Quant à la situation financière de la maison, elle allait s'aggravant chaque jour. Le Comité des secours restait presque toujours sourd aux réclamations des sœurs, et bien souvent les enfants « étoient dé- « pourvus des choses les plus nécessaires à la vie (3) ».
Enfin parut la loi du 16 vendémiaire au V (7 octobre 1796) qui créait les Commissions administratives des hospices et réunissait celui des Orphelins à l'Hôtel-Dieu sous une seule et môme administration.
(i) Archives du Pas-de-Calais.,
(2) Archives du Pas-de-Calais .
(3) H 7 Case 12.
Sitôt après rinstallation de sevS membres. f|ui eut lieu le 17 frimaire dans Tune des salles de rilôtel-Dieu (<S oct.), le Président de 'rAdniiiiistratiou Municipale (laspai'd LeCèvi-e procédé de quatre appariteurs, se rendit avec eux îi IMiospice des Orphelins « où nous « avons trouvé, dit le rapport, dans le local où nous avons été intro- « duits, les onze citoyennes charj^^ées de l'éducation des enfans de la « Patrie. Le Président de l'Administration municipale annonça à ces « citoyennes les motifs de notre réunion avec les citoyens qui nous € accomi)a^nioient en leur disant que les bonnes intentions qui diri- « geoient chacun des membres de la Commission des hospices étaient € pour elles un sur garant d'un sort plus heureux ; que l'Administra- « tion Municipale d'ailleurs se félicitoit de trouver en elles des âmes « sensibles et humaines qui, parles grands services qu'elles rendoient « à la Patrie en se chargeant de l'éducation de ses enfans, les ren- « doient on ne peut plus estimables et intéressantes à la Société.
« Nous nous sommes ensuite fait conduire avec lesdits commis- « saires dans les principaux locaux de l'hospice, notamment à la salle « où se trouvoient rassemblés les enfans de la Patrie auxquels lesdits « commissaires et nous avons fait les exhortations convenables à la
1« circonstance. »
, Dès la séance du 29 frimaire an V (19 déc. 1796), la Commission, d'après les dispositions de la loi du 16 vendémiaire précédent, dressa l'état détaillé des pertes éprouvées par les Orphelins pendant la Révolution. Ces pertes se répartissaient ainsi :
Capital Revenu
Quêtes et dotations de particuliers supprimées en 17S9 et évaluées 8,200 1.
[Droit d'avenage sur Waben, Groffliers, St-
Josse et Gucq évalué 33,500 1,670 1. 9 d.
2,089 boisseaux de blé perçus dans diverses localités 25,623 1,781 1. 8 s.
Tailles et gabelle 440 22 1.
Rente sur le clergé provenant d'une donation de 12,000 livres par le citoyen Monsigny 12,000 480 1.
Autre rente sur le clergé provenant d'une donation de 2,000 liv. par le citoyen Moullart 2,000 100 1.
Autre rente provenant d'une donation 925 46 1. 5 s.
Totaux . . . 86,493 12,299 1. 13s.9d.(l)
La gêne était grande alors parmi les Orphelins. La Commission se (voyait dans la nécessité de réduire à 50 livres la quantité de viande à consommer par semaine, et cependant ce qui la préoccupait encore à un plus haut degré peut-être, c'était d'arriver à la répression des ^nombreux abus qui s'étaient glissés aussi bien parmi le personnel dirigeant que parmi les enfants. Tout d'abord elle voulut agir avec égards, se bornant au changement de la sœur supérieure alors connue sous le nom d'économe en chef. C'est ainsi que la citoyenne Autrique ifut remplacée par la citoyenne Hautecœur et que celle ci le fut éga-
(i) E 2 Case lo,
lement en 1803 par la citoyenne Langlois pour ensuite lui succéder pen de temps après. Mais le mal était tel que cela ne pouvait suffire : les enfants, laissés pour ainsi dire à eux mêmes, se livraient à toute sorte d'actes d'insubordination, ce qu'il fallait attribuer à l'absence de toute instruction et « à l'ébranlement de tous les principes de religion « et de morale (1) ; » De leur côté les sœurs avaient peine à se soumettre au nouvel état de choses. Pour remédier à ce désordre, il était nécessaire de recourir à déplus énergiques mesures.
Le l'^'jour complémentaire an xii (19 sept. 1804) « la Commission « administrative des hospices civils de Montreuil assemblée au lieu « ordinaire de ses séances, se pénétrant vivement des désordres et de « l'insubordination qui existent parmi les enfans de l'hospice dit do « Orphelins ; voyant que les différons changemens qu'elle a faits dan « l'intérieur de cette maison n'ont produit jusqu'à présent aucun de « effets qu'elle en attendoit et sentant qu'il est pour elle du devoir le « plus impérieux d'arrêter par les mesures les plus promptes et les « plus impérieuses des excès qui peuvent avoir une influence fâcheuse « tant pour le moment que pour l'avenir puisque, s'ils continuaient, « l'on s'exposerait à verser dans la Société des hommes qui ayant été « élevés sans la crainte de Dieu dans leur tendre jeunesse, ne res- « pecteroient pas dav^antage le joug des lois et deviendroient peut- « être par là des fléaux et l'opprobre de leur famille ou de la Gom- « mune qui les auroit adoptés ;
« Considérant qu'elle ne peut parvenir à ce but qu'en choisissant « hors de ladite maison un économe revêtu d'assez d'autorité et de « considération pour faire exécuter par les ci-devant religieuses à « qui cette administration avoit été jusqu'alors réservée, toutes les « mesures utiles qui ont été ou pourroient être adoptées ;
« Nomme M. Dodenfort père économe en chef de l'hospice des « Orphelins de cette commune. En conséquence l'économe actuelle- « ment en activité lui rendra compte de sa gestion et cessera aussitôt « toutes fonctions. Elle lui remettra toutes les clefs et effets mis sous « sa garde après qu'il en aura été dressé procès-verbal en présence « d'un administrateur. Ledit économe en chef aura une surveillance « générale, il assignera aux économes sous ses ordres les fonctions « auxquelles il les jugera propres et veillera à leur exécution. Dans « le cas de négligence ou de refus, il en rendra compte à l'administra- « tion. Ledit économe rendra lui môme compte une fois par semaine « de la situation intérieure de ladite maison et proposera les moyens < d'amélioration et de répression qu'il jugera convenables. »
Dès son entrée en fonctions, le nouvel économe en chef se mit à rechercher les moyens les plus propres à ramener la régularité dans la maison et ce fut sur ses observations que dans sa séance du 10 nivôse an xiii (31 déc. 180 i), la Commission « ayant acquis une pleine et entière conviction que la maison dite le « Petit hôpital était mal « administrée par les sœurs qui en sont chargées » crut n'avoir rien de mieux à faire « pour rétablir l'ordre et l'économie nécessaires à « cet établissement» que de rédiger un « règlement sévère à l'exô- « cution duquel il serait strictement tenu la main.
(i) V. Taine. Les origines de la France contemporaine. La Révolution t. ni p. 107 et 108 et Le Courrier de Paris ou chronique du jour du 11 Thermidor ao m.
Dès lors l'hospice des Orphelins fut ])\ac(^ sous la conduite d'un économe en cho( (art. 1) représentant l'Administration (art. i'i). Les s(«urs placées sous ses ordi*es (art. 2 et art. 10) devront s'étudier à n'empiéter jamais sur ses attril)utions (ai-t. li) (|ui comprennent, et cela jusque dans les moindres détails, l'administration intérieure de la maison (art. i). La classe des garçons et celle des (illes seront tenues chacune par une ou deux sœurs qui leur ap[)rendr'ont « à bien « lire et écrire ainsi que les principes de leur religion, afin d'en faire « des citoyens qui n'aient jamais à rougir de 'eurs actions. » Les sœurs devront aussi les conduire « le plus souvent possible aux offices « de la paroisse sans y manquer, surtout les dimanches et fêtes ohô- « mées (art. 6 et 7) ». Les enfants se lèveront à sept heures en hiver. Ils se rendront tout de suite dans leur classe respective, y feront la prière et y déjeuneront. Les sœurs feront la classe de huit à onze heures. Le diner, qui ne pourra durer plus d'une demie heure aura lieu ensuite et sera suivi d'une récréation. A deux heures, classe, après la classe souper, après le souper prière en commun et coucher à six heures. En été, lever à six heures, après le souper récréation d'une demie heure (art. 8). Les sœurs « montreront la couture aux « filles ainsi que tous les autres petits ouvrages propres à ce sexe. « En conséquences elles se réuniront avec les sœurs dans le chauf- « foir comme en hiver pour y faire la soirée jusqu'à huit heures et, « l'été, dans la chambre commune jusqu'à la môme heui'e (art. 9) .» Les enfants ne détourneront rien dans la maison de ce qui peut être à leur discrétion « pas môme le bois sous prétexte qu'il n'en serait pas « délivré assez pour le chaufïbir commun ou celui des sœurs » ; la sœur qui le tolérerait serait révoquée et remplacée (art. 11). Il ne sera fait de feu qu'au chaufïoir commun, à la cuisine et à l'infirmerie dans le cas où il y aurait un malade, encore le bois nécessaire sera-t- 11 délivré jour par jour selon les besoins du service (art. 12.) La veille de chaque séance, un administrateur fera la visite de l'établissement (art. 14), ce qui n'empêchera jamais l'administration d'en faire et ordonner d'antres lorsqu'elle le jugera convenable (art. 15). Le présent règlement sera lu aux sœurs ainsi qu'aux enfants par un administrateur délégué à cet eflet (art. 16). Les sœurs qui refuseroient de s'y soumettre sont libres de quitter la maison (art. 5.)
Enfin, comme complément indispensable à ce règlement, le 11 ventôse an xiii (2 mars 1805), la Commission reconnaissant que « pour « rétablir l'ordre et l'instruction nécessaires aux enfans des deux « sexes » l'hospice des Orphelins « est dans le plus pressant besoin « d'un ecclésiastique probe et sans reproche, qui soit ferme et ins- « truit, de manière à intimider les enfans et à faire rentrer les f « sœurs dans les devoirs de leur état », nomme « pour remplir cette |« tache pénible... M. François-Marie Dubos ecclésiastique ag^régé à la i « paroisse de Montreuil, chapelain-instituteur de la maison du petit < hôpital » et cela sous la réserve de l'approbation épiscopale et aussi « à la charge par ledit sieur •Dubos d'instruire les enfans des deux • « sexes, de les diriger dans les principes de la religion clirétienne, de i « les surveiller en tout de concert avec M. Dodenfort, notre économe, I « au moyen de quoi l'administration des hospices lui accorde un lo- ! « gement dans ladite maison, la table, le feu, la lumière et le lessivage '< « de son linge, de plus un traitement annuel de 240 livres qui com-
« mencera à courir du jour de son entrée dans ladite maison. » La nomination de l'abbé Dubos, né àMontreuil en 1763, ancien chartreux ordonné prêtre en 1763, fut confirmée par Mgr de la Tour d'Auvergne- Lauragais évêque d'Arras, le 15 floréal, et, le 2 messidor suivant par le général de la Chaise, Préfet du Pas-de-Calais.
Cependant les désordres et les abus avaient pris si avant racine que la commission dut intervenir encore pour resserrer s'il était possible, les liens de la discipline dans le personnel. Ainsi le 18 février 1806 elle enjoignait à la supérieure, la sœur Victoire Langlois et à la sœur Joseph Kourgois de faire assidûment leurs classes, de vaquer à leurs devoirs religieux et au travail journalier de l'hospice. Elle ordonnait enfin à ladite supérieure de ne sortir ainsi que les autres sœurs qu'avec discrétion : « lorsque sa santé la forcera quelque fois « d'aller consulter son médecin, elle en demandera permission à l'ad- « ministrateur chargé de cet hospice ou à M. Dubos, et elle ne res- « tera absente de l'hospice que le temps raisonnable et qu'il faut pour « une consultation de médecin. »
Les sœurs Bourgois, Hautecœur et Langlois, anciennes supérieures, ne purent supporter longtemps ce nouveau régime, et bientôt elles quittaient la maison après qu'il leur eut été alloué une pension de retraite en égard aux services qu'elles avaient rendus (1).
C'est alors que, sur la demande de la Commission, Mgr de la Tour d'Auvergne détacha quelques sœurs des hospices de Lens et de Bapaume pour desservir l'hospice des Orphelins de Montreuil. La sœur Bachelet, de Lens, nommée par lui supérieure avec le titre d'économe, la maison recouvra bientôt son ancienne régularité et comme autrefois de nombreuses personnes, du pays pour la plupart, vinrent y embrasser la règle du Tiers-Ordre de Saint-François. Les statuts de la Communauté nouvelle dont les dispositions concordaient avec celles du décret du 18 février 1809 relatif aux Congrégations de maisons de femmes, furent approuvés et reconnus par décret du 15 Novembre 1810. •
L'année suivante, la Commission, pour satisfaire aux prescriptions des articles 3 et 20 du décret du 19 janvier 1811, dut emprunter une certaine somme pour l'installation d'un tour destiné à recevoir les enfants trouvés et aussi d'un atelier pour occuper les Orphelins. Mais ses efforts ne furent pas couronnés de succès ; la filature établie par ses soins dans un quartier de la maison subsista pendant peu de temps et l'existence d'un tour, en facilitant l'abandon des enfants, ne fit qu'en accroître le nombre (2).
C'est alors que pour engager les parents à reconnaître leurs enfants en éveillant en eux quelque sentiment d'affection par l'effet de leur éloignement, le préfet du Pas-de-Calais, Caron Nau de Champlouis, ordonna, en 1835, l'échange des enfants déposés à Montreuil contre un même nombre de ceux d'Arras. Mais eu égard au peu d'effet que
(i) E 2 Case 10.
(2) Nombre des Orphelins en 1814 Garçons 14, Filles 15.
En pension au dehors :
Garçons 8, Filles 2.
(Annuaire de i8ié).
produisit cette mesure, par arrêté du 12 janvier 18'i8 il décida la suppression des tours et dépôts de Béthune, Montreuil, Houlof^ne et Saint-Pol et ne maintint (juc les dépôts d'Arras et de Saint-Omer, mettant les enfants des arrondissements de Béthune et de Saint-Pol sous la tutelle de l'administration des hospices d'Arras et ceux de Boulogne et Montreuil sous celle do Sainl-Omer.
A la mort de la sœur Hachelet arrivée le 31 mars 18i0, la sœur Nicole Lamirand en religion sœur Thérèse, native de Montreuil, fut appelée à la direction de l'Orphelinat qu'elle conserva jusqu'à son décès survenu le 2 janvier 1847 époque où elle fut remplacée par la sœur Julie Vasseur, en religion sœur Julie, de Bois Jein, qui décéda le 1 i mars 185G. Deux novices entrèrent alors à l'Orphelinat qui devaient porter cet établissement à un degré de pi-ospérité jusque-là inconnue.
L'une était une jeune fille d'un caractère afïable et aux manières distinguées Mlle Clémentine de Tayac, en religion sœur Caroline, originaire de Lyon, âgée alors (3 avril 1845) de vingt cinq ans, la plupart passés en Angleterre où elle s'était vouée à l'instruction ; l'autre M"' Annette Delhomel en religion sœur Elisabeth, native de Montreuil, celle ci douée d'un zèle à toute épreuve et qui n'eut point hésité à faire le sacrifice de sa fortune pour le bien ou la réussite d'une œuvre charitable : Ainsi le l^'" septembre 1846 un arrêté préfectoral approuvait-il une délibération de la Commission des hospices du 17 Août précédent qui autorisait en même temps que son entrée à l'hospice des Orphelins l'ouverture dans cette maison d'un ouvroir externe établi à ses frais et distinct de celui des Orphelins. Cet ouvroir, grâce à la sollicitude dont il était l'objet, acquit bientôt de l'importance et c'est alors qu'en vue d'en assurer la durée la sœur Elisabeth institua en faveur des jeunes filles qui en suivaient les cours une œuvre dite de Marie dont la mission était de veiller sur elles, de les entretenir dans les sentiments religieux qu'elles avaient puisés aux écoles et de leur distribuer des secours à titre d'encouragement.
Vers la même époque, la sœur de Tayac partit pour Douai afin d'y étudier l'organisation des salles d'asile de cette ville. La Municipalité de Montreuil se rendant aux vœux souvent exprimés par la population depuis 1845, venait en effet de décider la création d'une salle d'asile à Montreuil et dans sa séance du 19 Août 1850, la Commission administrative des hospices, qui déjà avait consenti à l'érection de cet asile sur le terrain de l'hospice des Orphelins, s'était engagée à contribuer pour la moitié à la dépense des constructions et aussi aux frais d'entretien d'une sœur, mais seulement pour le temps qu'elle jugerait devoir concourir, avec l'administration municipale, à l'entretien de cette institution qui, de droit, est communale.
Dès le début, cet asile était fréquenté par environ 150 enfants.
En 1855, les sœurs de l'hospice des Orphelins, sur les instances de Mgr Parisis, évêque d'Arras, Boulogne et Saint-Omer, cessèrent de former une Communauté indépendante à supérieure locale pour se rattacher à la Congrégation des religieuses Franciscaines de Calais autorisée par décret impérial du 10 avril 1854.
A la suite de cette réunion, le 30 juin 1850 intervint entre la Commission des hospices et la Congrégation de Calais un traité approuvé le 30 Août suivant d'après lequel la Commission mettait gratuitement les bâtiments de l'hospice des Orphelins à la disposition des- sœurs et
leur donnait une somme de 10,000 francs pour l'entretien et l'éducation de vingt-quatre filles ou garçons, mais ceux-ci au-dessous de sept ans, et aussi pour la direction des ouvroirs et de la Salle d'asile (1). Quant aux Orphelins du sexe masculin au dessus de sept ans, ils ne devaient plus être reçus dans la maison et le soin de leur éducation fut confié dès lors d'abord aux directeurs de l'Orphelinat établi dans l'ancienne abbaye de Prémontré près Laon (2), puis à M. l'abbé Halluin, fondateur d'un établissement pour les enfants délaissés à Arras où ils sont actuellement. Peu de temps après la Conclusion de ce traité, les sœurs étaient enfin autorisées à soigner les malades à domicile.
L'hospice des Orphelins acquérait chaque jour une nouvelle importance avec l'assentiment tacite de la Commission ; des œuvres variées, celle entre autres des Eglises Pauvres, y avaient établi leur siège et donnaient lieu à de fréquentes missions, lorsqu'en 1865 la Commission chargea M. Lavezzari, architecte à Montreuil, de la reconstruction de l'aile droite du bâtiment principal et de la restauration des autres parties de l'établissement qui dès lors prit un aspect vraiment monumental. Construit en briques et en pierre blanche du pays, il présente en effet une façade de trente quatre mètres avec deux ailes de vingt-six mètres reliées l'une à l'autre par une grille en fer longeant la chaussée conduisant à la salle d'asile communal située au centre du jardin. La chapelle placée à l'extrémité et en dehors de l'aile droite est du siècle dernier. Au dessus de la porte Loppin a fait graver cette inscription inspirée des œuvres de Saint-Augustin :