ERNOUL DE FOSSEUX
Le premier fait que l'on peut rattacher au gouvernement d'Ernoul de Fosseux a trait à une contestation qui s'éleva entre l'Hôtel-Dieu et le curé de Saint-Waloy à la suite du service anniversaire de la mort de Pierre Dobert, son prédécesseur.
Ainsi qu'on l'a pu remarquer plus haut, au décès du maître de l'Hôtel-Dieu seulement, le curé de Saint-Waloy avait droit à l'intégralité du casuel. Contre toute justice, il prétendit l'étendre au jour du service anniversaire. Le 18 mai 1426, il s'empara ainsi « de toutes les offrandes faites et offertes aux dictes obsecques sans en laisser quelque part ne porcion audit hospital. » Mais les maistre et sœurs le citèrent en restitution devant l'évèque d'Amiens Jean de Harcourt. Celui-ci, le 26 suivant, se prononça contre lui et le curé dut rendre à l'Hôtel-Dieu tout ce qu'il en avait emporté. Ce qu'il fit en présence de Jehan Férau. prêtre, de Wille Dufour, sergent du mayeur, de Jehan Lalouette, clerc de Saint-Waloy, de Michel de Saissis, de Jehan Grumel et d'autres témoins « disant et desclarant qu'il vouloit en tout « entretenir et accomplir ledit tractié fait » c'est à dire la convention passée en 1390 devant l'évèque d'Amiens Jehan de Boissy, entre l'Hôtel- Dieu et le curé de Saint-Waloy (2).
Dans un titre du 26 août 1428, maître Ernoult de Fosseux fait allusion aux difficultés qu'éprouvait alors l'Hôtel-Dieu pour venir en aide aux malheureux. La dernière guerre « et le feu de meschief qui « fut en lesdite ville » dit-il, nous causèrent bien des maux. Les indigents arrivaient en grand nombre, nous en reçûmes beaucoup et à présent encore nous avons « six enffans venus et présentés par per- « sonnes dont Ion ne set le pais desquels en a deux à mestier et les « quatre aultres à lescolle du toult auxdits despens dudit hospital (3).»
(i) B 26 Case 3.
(2) A 5 Case 10.
(3) B 16 Case 3.
L'Hôtel-Dieu étant à reconstruire presque entièrement, les sœurs à la tête desquelles se trouvait la sœur Robine Desmaretz, allèrent implorer la charité des plus puissants sei*^neurs du pays tels que les sires de Créqui qui, parait-il, s'empressèrent de répondre à leur appel (1), de son côté, Ernoul de Fosseux alla solliciter du duc de Bourgogne l'amortissement des biens que l'Hôtel-Dieu possédait indivisément avec l'Hôpital Notre-Dame à Enocq et à Waben. Après plusieurs voyages à Arras, à Lens, à Hesdin et dans d'autres villes de l'Artois où se rendait Pliilippe le Bon, celui-ci, sur l'avis des membres de son grand conseil, consentit enfin à l'aire droit à cette demande et, en 1431, il « donna et aumosna pour Dieu et en aumosne aulx deulx « hospitaulx la somme de quarants livres de gros monnoie de Flandres « de XX patars la livre qui lui estoient deubz à cause et pour raison « des droits seigneuriaulx desdits fiefs et appartenances et deppen- « dances. » H confirma en môme temps l'Hôtel-Dieu dans tous les privilèges que les rois de France lui avaient accordés tels qu'exemption de tailles, de gabelles et même de guet sauf en cas de péril éminent(2).
Les principaux bienfaiteurs de l'Hôtel-Dien à cette époque sont : Le 10 février 1433 Jehan II, seigneur de Lannoy, et Jehanne de Poix, dame de Brimeu, Saint Messant, Huppi, etc, son épouse (3), qui, à la charge de la célébration annuelle de deux obits, firent l'abandon de leur droit de terrage sur 9 journaux de teri'e au lieu dit le Camp des Marlls dépendant de la censé de Saint Nicolas (4).
Le 18 mars 1435, Robert Dubois et Marguerite, sa femme qui 'donnèrent 4 livres parisis de rente sur un fief sis à Selles en Boulonnais consistant en ti'ois mesures de pré situées près du « Bos des Malos », du chemin, « qui maisne de la rue Gailleuse au Bos de Laleue » et du « ruissel qui vient de Beauvoir» ledit fief tenu de« Robert de la Creuse, « seigneur de Surcamp » par une paire de « blans espérons, » à condition pour l'Hôtel-Dieu, de faire dire à leur intention et à celle de Jean de Fosseux, de Liénarde, sa femme, et de Robinet, leur fils, quatre obits chaque année les jours des quatre temps (5).
Et, en 1439. Jehan de Sains et Marguerite Nazarde, sa femme, qui léguèrent 17 s. p. de rentes à percevoir sur Villiers-sous-Saint-Josse « es lieux séans es près du puch, au Ca7np de Mayon au Grand champs
(i) A 4 Case lo.
(2) A 5 Case lo : BLXLIIII et B i6 Case lo.
(3J Jean II, seigneur de Lannoy, chevalier de la Toison d'Or en 145 1, ambassadeur en Angleterre, gouverneur des villes de Lille, Douai et Orchies, baiili d'Amiens, gouverneur de Hollande, mort en 1492^1 épousa en V^ noces Jeanne de Poix dame de Brimeu, fille de Louis, mon à la bataille d'Azincourt, et de Mahault de Ghistelles, dont il eut une fille Jeanne de Lannoy, dame de Brimeu, qui épousa Philippe de Hornes, seigneur de Gacsbeck. (Moréri. Dictionnaire i. vi.)
(4) B 29 Case 4 et A 5 Case 10.
($) B 30 Case 4.
et aux (Rappelles Saint-Josse » moyennant une redevance annuelle de douze doni(M*s (mivcm's ]';i])]).'iye do Saint-Josse (1).
])opuis (l(Mi\ mis, hi siliialioii polilifpKî do Moiitrouil iiviùl (''[6, profondéuHMil iii()(lili(M^ l'iiilippo lo Hon voyant les Anglais re]joussés partout ol l'ocoiinaissaiil (pio la France avait éprouve assez de malheurs i)()ui' (pTil l'ouardàt sa v(Mi,neanco coinino satisfailo, avait conclu la paix av(M' Chai-h^s \'ll (TraiU'î dWi-i'as, li.T>) Monti'ouil restait toujours, il ost vrai, au pouvoii' d(\s ducs de Hourj^oj^ne, mais le roi de France s'en (Mait i'('sorvo lo l'achat i)our lui et ses successeurs de sorte que les hal)ilants pouvaient dès lors le considérer comme leur légitime suzerain. Montreuil célébra sa délivrance de la domination Anj^^laiso par toulos sorlos do rojouissancos. Il lui soml)lait qu'il allait enfin couler d'un pou de tranciuillito. Gopondant il n'on fut rien. Les habitants (■»[)rouvôrent les plus grands dommages par suite du voisinage dosgai'uisons Anglaises, sans complor les ravages desEcorcheurs, la disette, lo man(iuo do commorco et de travail, la peste enfin qui se joignit à lanl do calamités : « (]omme ou dit hosi)ital tant de iour que « de nuit vioniUMil ot sont admonos plusours povres misérables por- « sonnes, mendians, iesmes oncliaintes, fosmos on gesine, orphenins « et autres en plusieurs et diverses manières indigens et aians besoing « de miséricorde, » au mois de janvier 1446, Ernoul de Fosseux et les sœurs, pour subvenir aux chai'ges occasionnées à leur maison par les événements, autorisent Jacquemont le Saunier à recueillir des aumônes dans la province do Reims afin qu'ils « puissent administrer et « jiain et vin ol au! très vivi'os à la sustcnanco de oulx ot do plusieurs « choses à oulx nécessaires (2) »
Au mois d'Avril do la mémo année 144G, Nicolas V adressa de Rome à l'abbé do Saint-Cîonevièvo à Paris et à l'official du chapitre de la Cathédrale d'Arras la bulle Dilectl fila par laquelle il les chargeait de faire renli'or niôtol-Dieu de Montreuil dans. la possession des biens dont il avait été dépouillé pendant les troubles (3).
Cette intervention du Saint Siège tut d'un grand secours pour
(i) A 5 Case lo. BXLIII.
(2) A I Case i.
(3) Nicolaus, episcopus, Servus Servorum Del, dilectis filiis, Abbati Monasterii Sancte Genovefe Parisiensis et officiali Atrebatensi, Salutem et apostolicam benedictione-n. Dilecti filii Arnulphi de Fosseus. presbiteri, rectoris hospitalis pauperum Sancti Nicolai de Monsterolo, Ambianeasis diocesis precibus inclinati presentiiim vobis auctoritate mandamus quatenus ea que de bonis ipsius hospitalis alienata inveneritis illicite vel distracta ad jus et proprietatem ejusdem hospitalis légitime revocare cuietis, contradictores per censuram ecclesiasticam aopellatione postposita compescendo Testes autem qui fuerint nominati si se gratia. odio vel timoré subtraxerint censura simili appellaticoe cessante compellaiis veriiaii tesiimonium perhibere. Quod si non ambo hiis exequendis potueritis interesse alter vestrum ea nihdominus exequatur.
Datam Rome apud Sanctum Petrum anno locarnationis Dominice millesiino quadragesimo sexto decimo... aprilis pontificatus nos'cri anno primo.
(Bulle de plomb sur laquelle on voit le nom de Nicolas et ceux des Saints Pierre et Paul avec leur eifigie. A i Case i.)
l'Hôtel-Dieu. Le produit des quêtes atténua aussi les pertes que cette maison avait essuyées pendant les g-u erres et par suite aussi de la niauvaise g-estion d'un censier du nom de Jehan de la Vesseliére « qui tant mal si gouverna » la censé de Saint Nicolas (1). Ernoul de Fosseux profita de ces cii'constances pour relever la plupart des bâtiments du couvent; ainsi il« fist faire de heaus esdilices en icellui » lit-on dans les manuscrits, savoir ; « tous les combles et greniers » il transféra aussi à l'endroit qu'elle occupe actuellement la chapelle qui, dans le principe, se trouvait contre « lostel des Escureulx » situé un peu en avant de remplacement de la porte de l'entrée principale des bâtiments modernes. Enfin le 2 mai 1448, Ernoul de Fosseux acquit en vue d'agrandir un jour l'Hôtel-Dieu une maison située dans la rue du Tongris appartenant à Jean Goupier, de Parenty, et qu'en attendant des temps plus favorables il donna en location à un nommé lùiguerrand le Févre, pelletier (2).
Les personnes qui se signalèrent plus particulièrement par leur bienfaisance envers l'Hôtel-Dieu pendant les dernières années d'Ernoul de Fosseux sont :
Jehannette Gaudefroy qui, le 26 juillet 1449, donna une rente de 45 s. p. que Pierre Gaudefroy, son père, avait achetée à Beaudrain de Retty, écuyer, le 4 avril 1439 sur la maison « ou pend lenseigne de « l'Avis, séant vis à vis la porte du Ponrier, » paroisse Saint-Josse-au- Val, sauf à rendre 19 s. p. au curé de Saint Wulphy à cause de la chapelle qu'il devait desservir à l'Hôtel-Dieu (3), et, en outre, une autre rente de 12 s. p. que son père avait aussi acquise le 4 mars 1436, de Guérard Durieu sur un jardin à Ecuires que l'Hôtel-Dieu loua à Jehan Peset(4).
Divers bienfaiteurs restés inconnus dont les dons permirent à l'Hôtel-Dieu le 8 janvier 1450 de racheter moyennant 126 livres 8 s. p. une rente de 6 livres 18 s. p. qu'il devait acquitter à Jehan Maigret, curé de Saint Martin à Saint-Omer pour 61 journaux de terre à Saint- Nicolas qu'il avait acquis en 1400 de Jehan de le Marlière (5).
Et Jehan Darques, échevin, et Jehanne Mansel, sa femme, qui, en 1456, donnèrent « pour luille qui fault à entretenir la lampe devant le corps Nostre-Seigneur nuit et jour et, par nuit, en le sale des malades» 144 s. p. de rente ainsi répartis ; 64 s. p. sur les biens de Philippe Sanse, 20 sur un courtil de la rue des Praiaulx, paroisse Saint-Josseau-Val, appartenant à Jehan Lopignem, marchand, qui lui même devint plus tard « grant bienfaiteur » de l'Hôtol-Dicu ; 20 s. p. sur une maison de Lucette Poissant fille de feu Guille, donnant en partie sur la rue des Pareurs, même paroisse, et 40 s. p. sur « ung molin à blé séant sur « la rivière de Ganche auprès du Bascon, le premier molin aprez
(i) A 5 Case 10.
(2) A 5 Case lo : AXVIII et A 2 Case i.
(3^ Ibid : AXLVni.
(4) A 5 Case 10 : AXLVL
(5I Ibid : AXXXIIIIXB 29 Case 4,
« chelui qui est la ville en alant dehors » et qui appartenait alors à Simon de la Rue (1).
Il y a lieu di^ ci'oii'o (nri'>i'iH)ul d(^ Fosseux iiioui'ut dans le courant de la première nioilié de Tannc^e 1 157. crest ainsi que le « pénultième « iour de iuin » il est remplacé j)ar Nicolas de Bours, fils de Jehan, comme homme vivant et moni-aiiL i)oui' le fief d'Enocq (2) et que, pour le môme mol if, le 21 Juillet suivant, les sœurs s'acquittaient des droits de relief pou !• leur liet' de Gapelle entre les mains de Jacques de la Porte, bourgeois de Monti'euil et homme féodal de l'ahbaye de Saint- Josse, en présence de Michel de Pardieu et de Jehan le Ganu « pro- « cureurs en la cour du Roi à Monstrœul(3). »
Les services qu'EiMioul de Fosseux rendit à THôtel-Dieu l'ont fait fait mettre au rang des principaux bienfaiteurs par ses successeurs qui s'accordèrent à dire qu'il fut « ung vaillant homme et gouverna « bien toult le tems ledit Hostel Dieu espirituellement et tempo- « rellement (4). »
Antoine le CARON
L'administration d'Antoine le Garon n'est signalée que par des donations et que par des actes d'achats de terre qui souvent en furent la conséquence.
Le 4 janvier 1458, Antoine le Gai'on rachète de Aliquelet Garon, moyennant « dix francs monnoie courans » une rente de 100 s. p. que l'Hôtel-Dieu devait lui rendre sur les maisons faisant face à Vhôtel du Cygne Blanc et que Pierre Darras lui avait données en 1394 (5),
Le 12 Déceml)re suivant. Honoré Lemaitre, bourgeois de Montreuil, lègue à l'Hôtel-Dieu un journal de bois au Molinel près de Saint-Josse, la dite terre tenant « à la vieille voye des Pellerins qui maisne de « Ihermitaige à Wis es Maretz (6). »
Le 8 janvier 1450, Ernoul le Vasseur, bourgeois de Montreuil, laisse par testament à l'Hôtel-Dieu une somme de 20 livres de rente sur un fief à Quesque tenu du chapitre de Saint Sauveur à Saint-Pol, pour en jouir après le décès de Jehan Brisset, prêtre à Saint-Omer. En acceptant ce legs, Antoine le Garon et les sœurs s'engagent à faire célébrer le 8 janvier de chaque année un obit avec diacre et sous-diacre; le même jour il sera délivré un lot de vin de 2 sous aux pauvres « qui « gisent en la salle et dortoir dudit hospital, sans comprendre ceulx « qui pœuvent aler quérir leur vie par la ville. » Enfin quatre lots de cervoise et « par accroissement de pitance trois deniers en telle « espèce de viande que bon semblera aux dits maistre et sœurs, selon « les saison, nécessité et indigence desdits malades » leur seront distribués,les jours des fêtes de Pâques, de l'Ascension, de la Pentecôte,
(i) (2) (3) (4) A 5 Case 10.
(5) B 12 Case 2 et A 5 Case 10 : AXIX.
(6) B 27 Case 4,
du Saint Sacrement, de Saint Jean-Baptiste, des Saints Pierre et Paul, de l'Assomption, de la Toussaint, de Saint Nicolas, de Noël et de Saint Valéry (1).
Le 17 septembre 1459, Pierre de la Croix, bourgeois de Montreuil, lègue à l'Hôtel-Dieu « pour avoir du carbon et de la bresse pour les « povres dudit lieu (2) » une rente de 40 s. p. qu'il avait acquise en 1437 de Golinet le Brasseur sur une maison de la « rue qui maisne de « de le porte du travers au grand Marquiet » appelée depuis rue du Pot d'Etain, où pendait 1' « enseigne Saint Eloy » et qui attenait du nord à la ruelle conduisant de cette rue à celle du Wicquet et du midi à « lostel de la Truiette » contigu à celui du Blanc Lévrier (3).
Le 8 octobre de la même année, Mehault, veuve de Pierre Maillart, donne 18 s. p. de rente sur une maison avec jardin située rueTirewic, ce qui porte à douze le nombre des maisons sur lesquelles l'Hôtel-Dieu avait des droits dans cette seule rue (4).
Enfin, le 15 juin 1461, Antoine le Garon acquit de Mahieu Saultier, bourgeois de Montreuil, pour l'augmentation de la censé de Saint Nicolas, 21 journaux de terre dépendant du fief de la Suzoie tenu de l'abbaye de Saint-Saulve. L'abbé Beaudouin le Roy ne donna aux sœurs le pouvoir de les posséder qu'à la condition qu'elles s'acquitteraient des droits ordinaires et fourniraient chaque année, le jour de Pâques, pour le grand autel de son église, un doublier de toile long et large de trois unes (5).
Il n'est pas sans intérêt de faire connaître ici ce qu'était alors la ferme de Saint Nicolas.
En 1463, « le manoir et pourprins de la chense nommée la chense « Saint Nicolay des Champs, consiste en maison, manoir, estable à « chevaulx, boverie, deulx granges, berqueries, porte devant coulom- « hier, four, puch et estables à pourcheaulx qui toutes sont en boin « estât et bien retenues. Le chensier despoulle en toutes terres « CCXXVII journeux de terre dont il y a IIIl^'^XII journeux sans ter- « rage, XXXVII journeux sans disme et terrage et IIII^^VII journeux « à disme et terrage, en ce comprins VI journeux dessous Tanfibl(6) « qui sont un peu de valleur, et avec ce tient en gardin et pastis XI « journaux soit en tout CCXXVII journeux de terre. »
La durée du bail est de six ans et le montant des redevances est payable à la Toussaint, à la Chandeleur et à Pâques.
Ces redevances consistent en «VII muys et demy de grain moictié « blé et moictié advaine rendu et mesuré au grenier dudit hostel Dieu, « tel grain qu^^il croit sur lesdites terres bien vané et ordonné, lequel « grain doit estre recheu et mesuré à ladite chensse et de plus amené
(i) B 24 Case 4.
(2) A 5 Case 10 : AXLI.
(3) Ibid : DXVII.
(4) Ibid : AXXXI-AXXXII.
(5) B 29 Case 4.
(6) Le Tanffol est le Mont à Flot, soit le mont prés du courant d'eau, du saxon fleot qui signifie ruisseau. D'après M. Lambert, Fiers dériverait aussi de Fleot. V. Le Puits Ariésien^ t. iv p. 632.
« audit lioslcl Dion coiniiio dit est. » Le ('Ciisier doit on outre s'acquittei' à chaiiue l(U'in(» de « d(Mix septiei's do poix » et « d'uii^'- septier « de levés ; » appoi'ler clwnpie aiiiUM^ à riIôUd-I)ieu « un^»" cent de « pesach de poix, nn<^' cent de l)otles d(» (euci-e de l)Ié cX \i\\<^ ceFit de « bottes de littièce. » J/II()tel Dieu a di-oit à « la nioictié de tous les « fruis quelconques croissans es i^ardins de ladite chensse » et à « le « nioictié du proullict du couloin])iei'. » Le censier « doit laissiei' aller « avant sa coui't et «iouvei'nei' y\ev et esté toudis deulx «^rans pour- « cliaulx et doit «iacdei* une vache dyver et une desté. » Il est tenu aussi d(^ « mener à ses (lesj)ens toutes les inaléi-es quil fault aux « (HUriices dudit hostel et chensse cetenii* et réparer » il doit « ^'"ou- « verner tous les ouvriers qui ouvreront en ladite chensse en quelque « ouvra^^e que ce soit pour les réparations ou ouvrag-es des maisons « de la dite chensse soient nœuiVes ou vielles.. Kt ledit hostel Dieu « doit paier les ouvriers. » Enfin, le censier est tenu chaque année de « mettre à ses propres coulz, frais etdespens IIIT' dehoterons etdemy «cent de ^dui et V^ de boterons sans glui sur ledite chensse où il « plaira aux maistre et sœurs.
« Item, doit retenir et maintenir clos et teri'e, de pel (pieu) et vei- « gne soufiisans tous les édii'tices de ladite chensse ;
« Item, entretenir tous les g-ardins de closture bien et souffisam- « ment et laissier en fin de chensse (en fin de bail) clos et net jusques « au fil des haies ainsi qu'elles sont de présent;
« Item, doit gouverner et garder bien souffisamment chascun an « yver et esté chincquante moutons ou XXVI brebis et leurs aignaulx ;
« Item, doit reffaire à ses despens chascun an ung journal de terre « pour taire de la navette ou du blé froment lequel quil plaist aux dits « maistre et sœurs ;
« Item, doit tenir sur les terres de ladite chensse chascun an ung « parcq ou la moictié dun ;
« Item, doit mener tous les fiens qui se font chascun an en ladite « chensse sur les terres dicelle et ne doit point vendre ses fourrages « etc., et les doit convertir en liens ;
« Item, doit avoir ledit maistre estable pour son cheval a mengoire « et râtelier, fain et advaine touttefois quil lui plaist aller audit hostel;
« Item, doit avoir le chambre sur la porte et le chambi-e sur lestable « des chevaulx, dont lesdits maistre et sœurs ont les clefs avec une « petite cambrette et une establette aux oisons qui sont dessoubz ledite « chambre (1). »
Guillaume POULLAIN
Guillaume Poullain prit en mains l'administration de l'Hôtel-Dieu dans le courant de la première moitié de l'année 1463. Ainsi figure-t-il pour la première fois comme gouverneur dans une quittance délivrée par Jehan de la Porte le 20 juillet 1463 pour les droits de relief dus pour le fief de Capelle sous Saint-Josse par suite du décès du frère Antoine le Garon (2).
(i) A 5 Case 10.
(2) A 5 Case 10.
Né à Gouy, près des Abbayes de Saint André au Bois et de Dommàrtin, maître Poullain qui, pendant son passage aux affaires, se fit remarquer par son intelli«^ence, sa finesse, son énergie, son caractère résolu et enti-eprenant, et à qui il ne manqua pour jouer un rôle brillant qu'un théâtre plus élevé, pourrait bien avoir dès ses premières années, attiré sur lui l'attention des religieux de l'une ces maisons. On serait même porté à croire que ce dut vraisemblablement être à Dommartin où l'un de ses neveux (l)prit plus tard l'habit religieux, qu'il fit ses premières études. Ce dont on ne saurait douter, c'est qu'il obtint le grade de maître es arts à l'Université de Paris (2) et que deux ans avant son élection comme gouverneur de l'Hôtel-Dieu où sans douté il résidait déjà, il obtint du pape Pie II deux mille jours d'indulgences pour quiconque visiterait l'Hôtel-Dieu le jour des fêtes de Saint-Nicolas, de l'Ascension et de l'Assomption et mille jours le jour de la Toussaint (3).
Maître Poullain succédait à Antoine le Garon au moment où Louis XI, voyant aboutir les négociations que depuis son avènement au trône il avait entamées avec le vieux duc Philippe le Bon, effectuait le rachat des villes de la Somme dont le traité d'Arras lui avait laissé la faculté. Juvénal des Ursins fait un bien triste tableau de ce qu'était alors la Picardie « où tant de villes, chasteaulx et forteresses avoient « esté prins, pillez, rosbez et destruites, tant de gens mors et occhis, « tant de femmes vefves desoleez, tant de filles despuchellées et « viesges vyolées, pointes et deshounnorées, tant de relligieuses chas- « sées et ostées hors de leurs églises et monastères (4). »
Gomme bien on pense, Montreuil n'avait point échappé à cet état de choses « Montreuil, dit Louandre, était alors mal fortifiée, dépeuplée, difficile à garder. Elle avait, comme les autres villes, soufiért des maux sans nombre par la peste et la guerre. Il y venait des soldats, des étrangers, visiteurs turbulents qui commettaient toutes sortes d'excès. Louis XI voulant maintenir la tranquillité dans la ville, afin que les habitants fussent plus enclins à la garder, la mit ainsi que leurs biens sous sa sauvegarde. Il les autorisa en outre à se défendre par voies de fait dans le cas où de pareilles gens viendraient dans leur ville, à crier bourgcomeX et à s'aider les uns les autres sans pouvoir encourir aucune peine si aucun de ces hommes était blessé ou tué(5).»
Et il besoin d'ajouter combien devait être triste la situation de l'Hôtel-Dieu en particulier? Heureusement pour cet établissement l'homme qui avait été appelé à le diriger était à la hauteur de la tâche qui lui incombait.
Tout d'aboi'd. maître Poullain comprit que pour avoir raison de la plupart des abus que le malheur des temi)s avait fait naître, il importait de mettre fin au désordre complet dans lequel se trouvaient
(i) A 5 Case lo. |
(2) A 4 Case 10. |
(3) A 5 Case 10.
(4) Dusevcl, Visi. à' Amiens p. 225. Registre C des Archives de cette ville f^^ 224.
(5) Louandre, hisi. d*Abhvilîe et du Conté de Ponthieu t. i,
les Ai'cliivGs. Va\ cdbt Jiis([n'al()rs cliacim ])OiivaiL souslrairo les Lilros ios plus pi'écioux, racle de consécraLioii de- l'IlôLel-Dieu 6lait perdu il('l)uis nouihi'e (Tauuées et cela « deschiré » qu'il avait ôX6 « par « aucuns (ludil hospilal » peiidaiiL le séjoui* dans cett(^ maison (r«un«4' « sei^nieur dont iceulx (les maître et scxnii's) avoient i)luiseurs paines « et occupations » et deniièremeut encore ces derniers, contrairement à rexcMuplion (pfils avaient obtenu du pape Innocent IV, s'étaient acquittés de la disme pendant deux ans pour avoir exploité eux mêmes la censé de Saint Nicolas : « les maistre et sœurs ne avoient point vu « lesdils ])rivi]è<2:es et n'en scavoient riens, »
L'ah])é de Saint-Saulve et le curé d'Ecuires, voyant dans cet acquit un précédent dont ils pouvaient profiter, créèrent à l'Hôtel-Dieu plus d'une diriicullé pour la continuation du paiement de ce droit; mais en présence des i)reuves découvertes par maître Poullain, ils furent contraints à ne donner point suite aux procès entamés (1). Ainsi naissaient d'interminables contestations résultant du seul défaut de production de pièces qui très souvent n'étaient qu'égarées ou simplement méconnues. Parfois enfin l'Hôtel-Dieu ne réussissait à faire reconnaître la légitimité de ses droits que par le témoignage d'une longue possession.
Un tel état de choses ne pouvait se perpétuer sous un administrateur aussi éclairé que maître Poullain. Aussi sa préoccupation première est elle de mettre un ordre parfait dans les Archives de l'Hôtel-Dieu dont il veut rechercher les origines et consolider les droits à chaque instant menacés tout aussi bien par l'autorité ecclésiastique que par l'autorité municipale. Le seul moyen d'y parvenir, il le comprenait bien, dépendait du classement des titres et c'est avec un zèle au dessus de tout éloge et une entente toute particulière des affaires qu'il entreprit ce minutieux travail.
Chose digne de remarque, la méthode qu'adopta maître Poullain dififérait peu de celle recommandée de nos jours dans les instructions ministérielles. Après avoir remis en bon état trois cueilloirs perdus depuis longtemps et malheureusement perdus depuis et aussi classés tous les titres selon leur nature, maître Poullain les divisa par «bottes» ou liasses de douze chacune. Quatre liasses formèrent une « laye » ou série qui fut désignée par les lettres A. B. D. E. F. Si la lettre G ne fut pas employée c'est « que en ladite lettre pœult estre prins deux « entendemens cest ascavoir le sens de sa lettre et le nombre de « cent. » H en fut de même des lettres I. L. X. et V. « car toultes « icelles pœuvent avoir deux entendemens comme dessus est dit. » L'enveloppe des liasses indiqua la nature des titres, chaque titre fut analysé sur le verso et porta la lettre et le numéro correspondant à celui de l'inventaire.
Maître Poullain ne se contenta pas de classer ses Archives, il voulut aussi les mettre à l'abri du feu. C'est pourquoi, dit-il, « iay fait « faire un contoir de piastre ou elles sont seurement. » Et c'est à cette sage précaution peut-être qu'est due la possibilité de reconstituer l'histoire de l'Hôtel-Dieu.
Enfin, lorsqu'on extraira une pièce de son dossier. Maître Poullain
(i) A 5 Case lo.
recommande qu'elle soit remplacée par une « cédulle » ou par un vidimus s'il faut la sortir de la maison « adfin que Ion sache quelle est « devenue (1). Et ie prie que ainsi soit fait; mais » continue t-il avec ce pressentiment que rindiflerence que l'on apporte aux choses anciennes ne justifie que trop souvent, « ie croy que on nen fera riens. « Et sachies pour vray que se ie estoio euesque d'Amiens, dont Dieu « me vœulle g-arder, ie commanderoie au maistre, sur paine de inobé- « dience que ainsy ce se flst. »
Maître Poullain ne considérait le classement de ses archives que comme un acheminement à un plus grand travail. Tirer de tous ces titres le meilleur parti possil)le pour sa maison et les relater dans un cueilloir tel était son but. Dès lors il s'entoura des conseils et des lumières de personnes sérieuses et dignes de foi parmi lesquelles figuraient au premier rang la sœur Robine des Maretz et un conseiller du baillage, Guillaume Le Rat, « grant amy et bienfaiteur dudit hos- « pital, » pour établir d'une manière certaine, indiscutable, ces droits dont jouissait l'Hôtel-Dieu et certains autres qu'il ne pouvait prouver par écrits, les soumettant au plus consciencieux examen « pour que « nul ne puist pas dire vaillablement que icellui maistre ait fait mectre « ne escripre audit registre aultre chose que ce qui doibt appartenir « audit hostel Dieu. » Puis, quand tous les matériaux eurent été préparés, classés, inventoriés, il chargea, avec l'autorisation du frère visiteur des Chartreux de la province de Picardie et du prieur de la Chartreuse de Notre-Dame-des-Prés, le frère Jacques Hanin, religieux profè:?de la maison de Saint-Honoré d'Abbeville, alors résidant à Neuville, le soin de résumer le fruit de ses recherches et de le seconder dans ce nouveau travail, travail auquel il se livra avec une patience qu'on ne saurait trop admirer.
Le cueilloir de 1464, — c'est en cette année que ceci se passait — le principal comme le plus précieux des Archives à cause des renseignements qu'il renferme, «fust commenchié le nuit Saint Bernabé et parfait « le iour Saint Denis. Et venoit le maistre de lostel Dieu souvent et pres- «que chascun iour aux chartreux de Nœufville à moy frère « Jacques pour iceluy registre parfaire et faisoit ledit maistre « aporter chascune fois une bou telle de vin et sa pitanche pour « digner avec le prieur et procureur. Et si foisoit moult de cour- « toisies ou couvent de chiens les sœurs de lostel Dieu qui y « envoient de leurs biens dont sont moult tenu oudit dstel Dieu « lesdits chartreulx. Et avec ce ont doué des nappes et des doubliers « qui sont et seruent en reffectoire. Et aussi me a fait ledit maistre et « sœurs dudit ostel de la charité grament quant ie faisois ledit registre « et me ont fait visiter à leurs despenspar leur bon amy maistre Jehan'
(i) K Lorsqu'on sortira une pièce d'un article, lit-on dans la circulaire nainistérielle du lo juin 1854 relative au classement des Archives hospitalières, on aura soin de l'estampiller si elle ne Test pas et d'ajouter à la cote spéciale dci la pièce la cote même du carton, portefeuille ou liasse d'où elle aura été ex-! traite. On remplacera la pièce dans son dossier par une fiche indiquant la nature de ladite pièce, la date de sa sortie et le nom de la personne à laquelle elle gura été remise.
;« Lobi^ois, modechiii, pour cause (iu(3 ic csLois moult l'orL et gi-ief « maladc^s eu faisant et esci'ipvaut ieellui. VA croy que se ueust esté « ledit niaistre .Jelian qui en l'aueur d'iceulx me visita foi't et les biens « quil me lii'i'ent que ie fusse mort ou cheu en une lan^nieur toulte ma «vie. Ce fu pour Dieu. Priés pour moy et prendés en ^n'6 ce que « ie vos ay i)(eu faire. VA pour le tems que on (aisoit ledit re^^istre « cuidoieut pluiseurs gens el la i)lus grant i)ai'tie de Monstrœul que « ledit maistre (luillaume se vausist rendre reli^neux aux dits Cliar- « treulx à cause ([ue il y venoit si souuent. Et estoit le mulet sur lequel c< il venoit chascun iour aux dits Chartreulx tout accoustumé de tour- « ner à le voie et chemin desdits Chartreulx comme eust esté une « personne. »
L'œuvre de Maître Poullain était non seulement le résultat d'une simple mesure d'administration mais un témoignage de reconnaissance. Ouvrez les cueilloirs de l'époque, les premières lignes en sont consacrées aux bienfaiteurs. Priez pour eux, répète sans cesse maître Poullain aux sœurs et remémorez deux ou trois fois au moins par an dans vos chapitres les noms de ceux qui vous ont « bien fait. »
La perte de l'acte de fondation lui causait les plus grands regrets ; autant qu'il était possible il voulut la réparer et, en attendant qu'il fît fit figurer sur le velin les traits, peu authentiques il est vrai, du fondateur, il fit graver au dessus de la porte d'entrée principale de la maison cette inscription avec armoiries :