‹ Histoire de l'Hôtel-Dieu Saint-NicolasChapitre 6 sur 36 · MARQUES DE PAPIER DU CUEILLOIR DE · texte numérisé non relu

MARQUES DE PAPIER DU CUEILLOIR DE

Ce papier pro\ieiil de la Chauipajjne dont il porte les armes d'azur à la bande d'argcntf coUoyét de dextx doubles cotlices potencées et contre potencées.

« laiii humble maistrc et gouverneur de lostel Dieu et Saint Nicolay en « la ville de Monstreul... » et se tei*niinant ainsi : « Kn tesmoing de ce « Nous avons mis à ces présentes nostre scel de Conu(;nt(l). »

Les commoncement de l'administration de maître Poullain ont Cité signalés par (li\oi'ses donations.

Le 22 juillet 1404, c'est l'abandon par Jehan Darques, en présence des frères Simon de Hoves et Jehan le Palier, cor'deliers du couvent (le Saint-Omer, et du chai'treux Jacques lianin, d'une redevance qu'il s'était réservée sur les donations que sa femme et lui avaient faites en 1456, ledit acte d'abandon passé à l'Hôtel-Dieu « ou les susdits estoient « venus digner (2). »

Le 20 novembre suivant c'est la donation par Golart le Potier d'une rente de deux francs sur la maison « qui fait coing deuant le flos de la « plache Saint-Saulves contre la capelle dudit hostel Dieu et la rue « qui maisne dudit flos à Sainte Austreberte et en la rue qui maisne « dudit flos à lostel de la Oaiolle et aulx Carmes (3). »

La même année Jehan Morainville et sa femme donnent à l'Hôtel- Dieu une rente de 46 s. p. qu'ils avaient acquise de Jehan le Vaasseur le 23 mai 1451 sur « lostel des Flagos... isignant dun costé sur la rue « du Wicquet de la Pissonnerie, daultre costé à ung puch qui est sur « le Gocquempot tenu dudit hospital et par derrière aux anchiens « murs (i). »

Enfin, le 14 Décembre 1465, Guillaume Le Rat, procureur au Gaillage de Montreuil, et PeiTine Danel, son épouse, lui donnent un fief Lenu de Golart Hourdel consistant en 25 setiers et 1 mine de blé à prendre sur la censé de Brunehautpré appartenant à l'abbaye de Saint André-au-Bois, en 4 livres 6 s. p. sur Ecuires, et 20 s. p. de rente sur « lostel et maison où demœure Pierre de Hodicq... deuant le puis « en la place largue de la paroisse Saint Pierre » et ce à la charge l'un obit annuel à dire pour eux et les bienfaiteurs de l'Hôtel-Dieu « le plus tost après le iour des âmes que Ion pourra », enfin 18 s. p. le rente pour distribuer le dimanche aux malades « char, pain, vin, « chervoise et aultre chose qui bon leur semblera (5). »

Sur cette donation, il est vrai, l'Hôtel-Dieu devait rendre aux ibbayes de Saint Saulve et de Sainte Austreberte ainsi qu'à la collégiale de Saint-Firmin et à l'Hôpital Notre-Dame à chacune de ces maisons trois mines de blé, aux couvents des Garmes et des « Sœu- «rettes » deux setiers et « aux Béguines » deux setiers et une mine de blè que tous devaient « venir quérir audit hospital » à charge par aux de payer « la moitié des reliefs ou ayde quant le cas y es- « querra (6). »

(i) B 12 Ctse 2.

(2) A 5 Case 10.

(3) A 5 Case 10 F m.

(4) A 5 Case 10 F vu.

(5) A 5 Case 10 F xvii.

(6) B 99 Case 7,

A cette époque, Montreuil avait déjà changé de maître. Le comte de Chai'olais mécontent de l'abandon des villes de la Somme consenti par Philippe le Bon, avait amené son père à entrer dans la ligue du bien public que, de concert avec quelques grands seigneurs il avait formée contre Louis XI. Lui même avait commencé à exercer les plus grands i-avages sur divers points de la Picardie, ce que voyant Louis XI qui ne se sentait pas en état de lui résister comprit avec cette prudence qui lui était propre qu'il n'avait rien de mieux à faire pour le moment que de signer le traité de Gonflans par lequel le duc de Bourgogne recouvrait les villes de la Somme et le Ponthieu avec faculté pour le roi et ses hoirs de les racheter au prix de 200,000 écus d'or après la mort du comte Charles et de son héritier immédiat (oct. 1405) (l).i

Ces événements troublaient profondément le pays. Ils n'empêchèrent point toutefois maître Poullain de poursuivre avec une ténacité peu commune le but qu'il s'était proposé de donner à l'Hôtel-Dieu l'importance et le rang qui lui étaient dus parmi les établissements similaires de la contrée.

En 1466, il y eut grande mission à la chapelle de l'Hôtel-Dieu, or ces sortes de solennités étaient toujours une source de libéralités pour la maison où elles avaient lieu. L'éloquence des pères Carmes faisait alors merveilles ; en ces jours les sœurs y avaient souvent recours. Cette année pourtant, dit maître Poullain, le prieur du couvent André Carpentier, docteur en théologie, n'ayant point traité le sujet convenu par écrit avec lui « fust contraint à represcher toult le « contraire et che en loueur de tous les curés (2).»

Un an plus tard, la chapelle reconstruite par Ernoul de Fosseux s'écroulait en même temps que six autres églises de Montreuil (3). Cet événement aussi imprévu qu'inexplicable ajoutait singulièrement au5 difficultés qu'éprouvait maître Poullain dans l'exécution des projets qu'il avait conçus. Mais la foi était grande ; les processions des corpî saints à travers la ville ne faisaient que l'exciter, les dons des habitants devinrent de plus en plus fréquents, il ne mourait pas un riche bourgeois qui ne fit aux malades un legs considérable de sorte qu'i suffit de quelques années à maître Poullain pour rétablir sa chapelle telle qu'elle existait auparavant.

En même temps, il s'efforçait non seulement de défendre maii encore de recouvrer et de faire reconnaître les droits et privilège; dont sa maison devait jouir et que jusqu'alors elle avait néglig< souvent de faire valoir.

De tout temps aux hospices des diocèses d'Amiens, d'Arras et de Thé rouanne avaient appartenu les biens des personnes qui y décédaien sans laisser de testament; mailre Poullain résolut défaire revivre droit important au profit de l'Hôtel-Dieu. L'Hôtel Dieu de Saint Riquié dit-il dans ses notes, en jouit de temps immémorial. C'est ainsi qu'j fut reconnu comme légitime possesseur des chevaux et harnais d'u!

(i) Louaodre.

(2) A 5 Case 10.

(3) Dom Ducrocq, ms. de la Bibliothèque de Boulogne.

lommo (lo «^nioiM'c (jui inoui'ut dans sns imirs (1).

<i .le, li'ère (luillaiimo Poiillain, ay poiii'suivy un^- peiiiiier de iner- |{ chérie estant à lostel Jehan Loup, hosLe des III Rois de Monstrœul, |{ qui api)ai'lenoit à un:^- (laiiuMi^j: qui nioi'ul chiens; lequel pennier : ledit Jehan Loup dellendoiL pour le (rère dudit trespassé, et au(iuel c pennier ie fy faire arrest par Nicolas le Brun, viscomte de Saint- |( Josse sur la Mer, 1(M[uo1 pennier nous fust adiu<^ié. >

Ainsi donc, tout ce que possédait celui qui décédait à Tllotel Dieu, ;'il n'en avait disposé, appartenait à la maison, que le tout y fût ou ion apporté ; « toutes voyes, pour le plus seur, dit Maître Poullain, ie ( conseilleroie que les biens fussent apportés avant le trespas dicellui, c car de ce que le trespassé avoit audit Ostel-Dieu à leure de son .< trespas est anioeubly audit Ostel-Dieu se il na fait testament du con-

< traire, car le maistre dudit lieu est son propre curé et où le beste ,( mœurt on lescorche (2). »

Il va sans dire que quand les dettes étaient par trop lourdes, l'Hôtel- Meu renonçait purement et simplement aux successions :

« Item, et ja soit cognu que ung nomé Guille Nicole Gaucheteur, K demeurant à lostel de Larbaleste en Dernestal, feist procès contre

< les maistre et sœurs pour argent que ung nomé Colin le Greffier, t seruiteur de maistre Jehan le Brun, lieutenant du bailly d'Amiens, X lui debuoit tant de une paire de couches fines comme de drap dune ;< cornette à cause que ledit Ostel-Dieu ne payeoit point ses debtes, i.< veu qu'il ne appréhenda point, après le trespas dudit Colin, des biens :< qui lors estoient hors dudit Ostel-Dieu. Et pareillement est advenu .< chiens et ailleurs de plusieurs aultres cas semblables qui seroient :< longs à chy raconter (3). »

On jugera de l'importance qu'attachait Maître Poullain au maintien ie ce droit à l'Hôtel-Dieu par l'opiniâtreté qu'il mit à le défendre.

Maître Poullain l'emportait ; mais tel n'était pas l'avis des curés de ^a ville. Loin de penser comme lui, ils ne prétendaient à rien moins ju'à la moitié des biens de leurs paroissiens « ce dont ils nauront « riens par men conseil, » dit-il, « saouf leurs droits de ceulx qui

(i) « Car de ce a esté fait quesiion par le maistre de l'Ostel Dieu de Saint I Nicolay en Saint Riquier pour auoir les chevaulx et harnois dung homme de » guerre quy esioit en gueroison en la ville de Saint Riquier, lequel fust navré « à une course et fust aporté navré audit Ostel-Dieu auquel il alla de vie à t trespas ; et pour ce que icellui ne fist point de don ne légat desdits cheuaulx t et harnois, ledit maistre les poursieult comme à son droit appartenant, les- « quels ils furent adiugiés à son proufât.

« Et pareillemeat sire Jehan xMellan, prédécesseur du maistre de l'Ostel- « Dieu Saint Nicolay en Abbeville, quy pœult poursuivre en le ville de Rue, « du tems que Mousr Florimont estoit seneschal, ung homme lequel debuoit t VI nobles à un poure qui estoit trespassé audit Ostel-Dieu d'Abbeuille, lesc quels lui furreat adiugiés comme à son droit appartenant, parce que cellui « aen fist pas de don ne légat.» Cueilloir A 5 Case 10.

(2) Cueilloir A 4 Case 10, fo 51.

(3) Même source.

« morront en leurs paroisses et, après leurs trespas, sy feront aporter « et inhumer, car ainsy chantent nos privilèges (1). »

Aussi rencontre-t-il toutes sortes d'entraves dans son administration. Le curé de Saint Waloy veut forcer l'Hôtel-Dieu à ne dire ses offices qu'après ceux de la paroisse ; mais il n'y peut réussir, car il est reconnu d'après « les privilèges et les coustumes et observances « qui sont gardeez et observeez es hospitaulx en levesquie d'Amiens, « que on pœult dire et chanter ledit office à telle heure et ainsi quil « plaist ausdits maistre et sœurs... Et nonobstant que iceulx ne chan- « tent point les heures canoniaulx chascun iour comme on fait à lostel-

< Dieu d'Amiens, d'Abbeville et ailleurs, ce pourroient ils faire sil « leur plaisoit, mais ne ce font pas ce que ledit maistre est toult sœul « et ne y a point de homme desglise fondé audit Hostel-Dieu. » Le curé de Saint Wulphy seul célébrait deux messes chaque semaine à l'Hôtel-Dieu, ainsi que le fit reconnaître Maître Poullain par le desservant Nicolas Gaudavaine le 11 avril 1469.

Ce n'était là que le prélude de bien d'autres tracasseries.

Jusqu'alors l'Hôtel-Dieu avait pour cimetière celui de l'église Saint-Waloy ; les curés et l'échevinage voulurent le contraindre à enterrer ses morts chacun dans sa paroisse respective. Mais Maître Poullain n'était pas homme à transiger ; depuis sa fondation l'Hôtel- Dieu se sert de ce cimetière ; pour quelque cause que ce soit, il n'y veut déroger :

« Soit mémoré que Jehanne Gredine de Saint-Jacque au Martroy « morut chiens de l'impedimie le iour Saint Remy an mil CGGGLXIX, « parquoy on nous commanda que nous le portissiesme, à Saint Jaque « enterrer, pour tant que latre Saint-Waloy estoit grament plain. A « quoy nous opposasmes, disans que nous le porteriesmes en nostre « chimentière audit Saint-Waloy et non ailleurs, et que se on refusoit « de y faire le fosse, que nous ly porteriesmes et lesseriesmes sans

< enterer, parquoy il fatlut que maistre Jehan de Bours quy pour lors « estoit maieur, le fist venir quérir audit hospital par Guisarmier et « Pierre Le Noir a che ordonnés, et le porter audit Saint Jacques et « faire le fosse et le enterer toult aux despens de la ville et riens aux « nostres. Poullain. »

Ges débats se multipliant, finirent par lasser Maître Poullain. G'est alors qu'il acheta deux maisons situées à l'extrémité de la grande salle des malades, l'une le 5 janvier 1471, d'Oudart de Galais (2), l'autre, le 23 avril de l'année suivante, d'Aelips de Gocquerel et de Jehan, son fils (3) pour établir un cimetière sur leur emplacement. Si du reste l'Hôtel-Dieu n'en avait point encore, le manque de ressource, occasionné par les guerres en était l'unique cause ; le pape Innocent IV lui en avait accordé le droit en même temps que celui d'exercer les sacrements. Le maître pouvait en effet, baptiser les enfants qu'on apportait ou qui naissaient à l'Hôtel-Dieu, célébrer les relevailles et administrer le sacrement de l'Extrême Onction.

(i) Cueilloir. A 5 Case lo.

(2) Cueilloir, A 5 Case 10.

(3) A 2 Case i. Le fondateur du célèbre collège Coquerel était natif de Montrcuil ; v. n°' jet 6 du plan des accroissements de l'Hôtel-Dieu.

Fig. 2. — Etymologie légendaire de Montreuil.

\ Il V

Fig. 3. — Sœurs de l'Hôtel-Dieu.

Quant an SacroincMit do lYMiilcnc(i, les curés de SainL-Waloy y avaient toujours attaché le plus «^i-and i)rix et ne pouvaient se consoler (le la perte de leurs droits sur ce point. Ils eussent tenté toutes sortes de moyens j)Our le ressaisir si, dès le début de son adnnnisti*ation, Maître Poullain n'était pai'venu à couper court à leurs contestations.

« Le maistre dudit hostel ou son comis, » dit-il, « pœult et doibt « confesser et savoir toultes les consciences de tous les frères et « so'urs, conuers, personnes attendans et de tous les malades, sans « que nul y ait que veir ne que cognoistre. Et sur ce point nest mie à « oublier que ie, (rère Guillaume Poullain, pouvre indigne frère de « Céans, coniessay etay communié feu sire Jehan Ledoucq, jadis doieu « de P'auquembergue et alors curé de Parenty, et feis et grossay « son testament qui trespassa lan mil GGCGLXIV en le cambre bas « sur no court uomée alors le cambre buoire, dont maistre Jehan « Postel, curé de Saint-Waloy, me feist convenir devant révérend père « en Dieu Monseigneur Maistre Jehan Lavantage alors evesque d'A- « miens, disant quil nestoit point trespassé en le sale des malades, et « que ledit maistre na point de iuridiction es cambres dudit hospital, « synon sur les sœurs ou frères et en ledite salle sur les aultres ma- « lades, par la sentence duquel éuesque susdit à lencontre dudit curé « que, en quelque lieu que soient les malades, cest tondis la salle des « malades, et quil assied bien, pour honneur de prestrise, que ung « prestre soit en une cambre particulière et quil soit le pensé comme « sil estoit en le sale des malades. Et ne y a ledit curé quelque aux- « torité de confesser audit ostel synon le maistre, le varlet et le mes- « quine ne demandent, les malades pour Dieu et par pouvreté car « adonc nen auoit il riens et ainsy len a tousjours usé chiens et ail- « leurs de sy longtems quil nest memore du contraire (1). »

En 1472, la chapelle et les bâtiments de service étaient reconstruits, il s'agissait de les bénir ainsi que le cimetière. Maitre Poullain désirait donner de l'éclat à cette solennité, l'évêque d'Amiens lui promit son concours et son chapelain le précéda à Montreuil pour les préparatifs de la cérémonie : C'en était assez pour raviver la jalousie du clergé contre Poullain. Les querelles de renaître ; elles furent violentes.

Devant une telle résistance le chapelain retourna à Amiens ; les curés avaient déclaré qu'ils ne consentiraient à la bénédiction que lorsqu'il aurait été fait droit à leurs réclamations. Leur animosité contre Poullain ne connut plus de bornes. A ce moment l'Hôtel-Dieu était sur le point de conclure avec le curé de Saint-Waloy au sujet de leurs droits une convention nouvelle qu'il se proposait de soumettre au pape Sixte IV afin de la rendre irrévocable. Les curés en sont instruits; bien que désintéressés dans cette afïaire, ils interviennent et tout accord est rompu (2).

Si maintenant nous jetons un coup d'œil sur les événements de cette époque, nous voyons que, depuis la cession de villes de la Somme par Charles VII à Philippe le Bon, la situation matérielle de Montreuil n'avait pas changé. Les Bourguignons régnaient encore en maîtres ;

(i) Cueilloir. A 4 Case 10.

(2) Cueilloir. A 5 Csise 10.

mais les habitants avaient au moins la joie de pouvoir appeler le vrai roi de France leur souverain seigneur au lieu du roi Anglais.

L'espoir de retourner à la couronne semblait pourtant s'éloigner toujours davantage. Racheté par Louis XI en 1463, Montreuil était retombé peu de temps après entre les mains des ducs de Bourgogne, mais en signant le traité de Gonflans, ce roi rusé n'avait eu pour but que d'endormir et de diviser ses ennemis, et, tandis qu'il renonçait officiellement aux villes picardes, il travaillait en secret à les ramener sous son sceptre, ses gens suj^prenaient la ville de Saint-Quentin sans déclaration de guerre, et Amiens, où il avait pratiqué des intelligences, lui ouvrait volontairement ses portes. D'autres villes suivirent cet exemple : Abbeville et Montreuil ne se maintenaient qu'à grand peine sous le commandement de Philippe de Grévecœur (1).

A la suite de ces événements, l'évoque d'Amiens, Ferry de Beauvoir, fut chassé de sa ville épiscopale par Louis XI pour son attachement à la maison de Bourgogne et choisit pour lieu de retraite l'Hôtel-Dieu de Montreuil (2).

En présence du grand nombre de malades que recevait cette maison, il accéda sans peine au désir exprimé par les maîtres et les sœurs de fixer à six le nombre jusque là non encore autorisé des sœurs, pourvu qu'elles apportassent à leur entrée en religion une somme de 20 livres parisis de rente. Un notable bourgeois, Jehan Lopignem, consentit à doter une de ses filles. Avec le produit de la dot, maître Poullain acheta diverses terres à Wailly près Montreuil ; mais il n'en put tirer aucun produit, dit-il, « pour cause que les guerres des Franchois « survinrent, lesquels ardirrent toulte la ville de Wally où il y auoit « XVIII ou XX carues ou harnas, et de présent nen y a que deux si « est toult demeuré à riens (3). »

Ferry de Beauvoir consacra les loisirs de son exil à la révision des statuts, 20 oct. (4). Bien des fois aussi il eut à déplorer les regrettables divisions de l'Hôtel-Dieu avec le clergé. Maître Poullain voulant profiter de la présence de l'évêque pour arriver à un accord, invita le curé de Saint-Waloy à prouver la légitimité des droits dont il se prévalait,mais, dit il, Jehan Postel « ne le osa soustenir, veu et considéré « que messire Thomas Postel, sen sire père, et messire Mahieu Postel, « sen sire taïon, curés dudit Saint-Waloy, en leur temps, nen joïrrent « oncques. » Les divisions subsistèrent ; le prélat était-il parvenu à les apaiser durant son séjour à Montreuil, c'était pour recommencer le lendemain de sa mort arrivée le 8 février 1473.

En effet, de concert avec les curés des autres paroisses, le curé de Saint-Waloy interdit expressément l'entrée de son cimetière à THôtel- Dieu. Selon' lui chacun devait être inhumé dans le cimetière de sa paroisse. Cette mesure « eult esté au grand grief et préjudice des sœurs. » Aussi, dit maître Poullain, « nous nous y sommes opposés. Et pour « le refus fait par ledit curé de Saint-Waloy, saut" tous droits, « nous avons porté les corps ensevelis metti'e dedens le cimentière,

(i) Louaodre op cit et Van Hasselt Hùt. de Btlgique Djsevel p. 167.

(2) Annuaire du Pas-de-Calais 18 j;..

(3) Cueuil. A 4 Case 10.

(4) Cucil. A 5 Case 10.

« sans faire le fosse ; dont jo l'iicli mandé devant toute la Loy, adfin « que ie feisse reporter les dits corps en leurs cinientières. A quoy je « niopposay cl i'e(iiiis jour coiiip^^lent car j'auois à cesto heure néces- « saireniont aU'aii'o, hors de le ville et nien alay incontinent, i)arquoy « on le fist enterer de par le Koy oudit cinientière Saint-Waloy et « ainsy fist on plusieurs fois depuis. Kt tant ((ue le samedi XI P iour « de mardi et iour Saint (rrégoire, an LXXIII, ledit maistre Jehan « Postel reiliisa de taire le fosse et inhumer ou cimentière dudit « Saint-Waloy, le corps d'un nommé Jehan le Poutrevier le hinard, « du hamel de le JMamerie et de le paroisse de Verton. Et pour ce que « ce temps nous naviesmes point devesque par decha le rivière de « Somme, ie me tiray à le Muette où estoit Jehan de liours, maieur ; « maistre Jehan le Brun, lieutenant du bailli d'Amiens ; Guillaume « Hourdel, lieutenant chappitaine, et plus de cent adsistens et là fu « mandé ledit maistre Jehan Postel, lequel respondi devant chascun « quil nen donroit le congiet de chula ne daultres, se ie ne lui faisoie « apparoir quil ne fust point excommuniet, ce que sen sire père sire « Thomas Postel ne aultres nauoient iamais fait. Mais comme on leur « dist que on ny scavoit, combien que ie luy dy présent tous, car ie <c len avoie interrogié en confesse, parquoy il fust enterô par iustiche « ou chimentiôre dudit Saint-Waloy. Item, et adcause de ce, le iœudi « après qui fu XVIP de march an dessus dit, une nomée Maroie « Quierette, de le paroisse Sainte-Austreberte, trespassa audit Hostel- « Dieu pour laquelle inhumer, sœur Marie Legrande, ala demander « audit maistre Jehan, curé de Saint-Waloy, congiet de faire le fosse, « lequelle reflusa. Et puis ie frère Guillaume Poullain, aloy demander « à Guillaume Legrand, marglisier dudit Saint Waloy, ledit congiet, « ce qui iamais nauoit esté veu, lequel, pour doubte de mesprendre « de sa volonté, ala demander à sire Jehan Gasteler, curé de Sainte- « Austreberte, sil scauoit point quelle fut excommuniée, et il luy res- « pondy que non. Et adonc ledit marglisier en doua congiet. Mais « quant Pierre le Noir, fessier, ala pour faire le fosse, Jehan luy def- « fendi le fouir. Et adoncq sen ala ledit Pierre, parler au maieur et, « en revenant, trouva ledit curé de Sainte-Austreberte auquel il « demanda sil inhumeroit ladite femme en son cimentière ; lequel luy « dit que, quant il verroit son testament et scaroit quelz biens elle « auoit, il feroit ce quil debvroit, contendans aulx fins dauoir le moitié « de ses biens. Et adoncq, continue maître Poullain, ie me tiray vers « ledit maieur en lesglise Saint-Fremin deuant le sermon, auquel ie « comptay toult de point en point en lui disant ou qu'il faloit néces- « sairement quil nous fist inhumer ledit corps et les aultres oudit « cimentière Saint- W^aloy comme len a fait puis deux cens et chin- « quante ans ou quil nous conuenoit clorre huys à tous pouures et « malades ou que nécessairement il les faloit enterrer en terre pro- « phane. Lequel maieur me dit, présent Enguerran Quinerit, sergent « à vergue et son varlet, et ledit Pierre le Noir, que nous lenteriesmes « en nostre gardin et tous aultres iusques à tant que nous auriesmes « ung euesque qui y pourueroit et par aventure beniroit ledit cimen- « tière. Et là fust enterée, car aulcun ny peuch pourueoir (1). »

(i) Cueilloir. A 5 Case 10.

Les choses demeurèrent en cet état jusqu'en 1475. La surprise de quelques villes de la Somme dont nous avons parlé et la mort du duc de Guyenne avaient depuis fait perdre à Louis XI la plupart de ses alliés. Tout autre à sa place eut pu s'en effrayer; mais, dit Gomines, « il ny eust si saig-e homme en aduersité (1). » Il redouhla ses négociations, ses contre ligues, ses corruptions et fit si bien qu'en 1475, Charles le Téméraire se trouvait dans une situation des plus périlleuses. Depuis le l*''' mai, jour de l'expiration d'une trêve conclue entre eux, les troupes royales ravageaient le pays ; elles vinrent jusqu'aux portes de Montreuil piller et incendier les villages des environs: Wailly, Gampigneulles, etc. (2). Le roi «en menant « si asprement et cruellement, » espérait forcer le duc à demander la cessation des hostilités : il ne se trompait pas. Edouard IV venait de débarquer avec une nombreuse armée à Calais pour secourir Charles le Téméraire, il se laissa prendre « aux belles raisons » du roi, et Charles, réduit à ses propres ressources, dut recourir à la conclusion d'une longue trêve (3).

C'est dans ces circonstances que maitre Poullain songeait à la bénédiction de sa chapelle et qu'il envoya une sœur à Amiens pour en rapporter nn mandement des vicaires généraux qui permît à l'Hôtel Dieu de choisir tel évêque qui lui plairait pour cette cérémonie.

L'émoi fut grand parmi le clergé de la ville lorsqu'il apprit qu'un étranger avait été préféré à l'un de ses membres.

L'élu était Guillaume de Cluny, évêque de Jiilience (4) in partibus, coadjuteur de Henri II de Loi'raine et administrateur perpétuel du diocèse de Thérouanne. Ce prélat, frère du cardinal évêque de Tournay, Ferry de Clugny, membre du grand conseil du duc de Bourgogne, était une des personnalités marquantes de l'époque ; Philippe le Hon l'avait chargé à différentes reprises d'importantes missions; Louis XI, dans ses pourparlers avec Charles le Téméraire, avait su si bien l'apprécier qu'à la mort de ce prince, il chercha à se l'attacher et l'appela à l'évêché de Poitiers (5).

A son arrivée à Montreuil pour la bénédiction, les curés firent plus que jamais valoir leurs prétentions. L'abbé de Saint Saulve, Doni Lobain et Jehanne de Hardenthun, abbesse de Sainte Austreberthe, se joignirent à eux, mais laissons maître Poullain raconter lui-même ce qui se passa :

« L'an MCCCCLXXV, ie frère Guille Poullain enuoiay une femme à « Amiens auant que les tresues fussent publiées entre le Roy et Mon- « seigneur de Bourgogne qui me rapporterrent ung mandement de « Messieurs les vicaires généraulx par lequel mandement nous paies- « mes eslire tel euesque qu'il nous plaisoit à dédier et béneir nostre « capelle et cimentière dont et pour laquelle cause Monseigneur

(i) Gomines, t ii p. 224.

(2) Cueil. A 4 Case 10.

(3) Henri Martin, hist. de France, t. vn p. 97. Dusevel, hist. d'Amiens, p. 171 et suiv.

{4) JuUensis épiscopatus, litre dVvêché de la Rhétie IP aujourd'hui le pays des Grisons. Gallia chrisliana.

(s) Comincsliv. V Ch. XVIII et Morérid. Dictionnaire historique art. Clugny.

« louosque de Jiilience sufTra^'arit de Tcroane y vint le XIX» iour de * octobre MCX^CCLXXV ([ui adoiic ne losa faire pourclio : Monseigneur « l'abbé de Saint Saiilve, madame de Sainte Austrcl)ei'tlie et tous les « curés, de cesle ville se y opposèrent et api)elleri'ent de luy, lequel « ne debvoit point cesseï' car il navoit i)oint co^rioissance de cause et « si luy respondoye (le tous intéretz présent client personnes et IIII « notaires apostoiiciues. Lequel adonc sen râla sans besognier iusques € au VIII' iour de nouembre que Monsei^^nieur Jehan de Gaucourt « éuesque commendateur d'Amiens, manda tous les doiens et curés « de son euesquiet par maj^niierre de senne (synode). Lesquels doiens « et curés quand ils pai'tirrent de Monstreul pour y aler, ie partis « dudit Monstrceul pour aler quérir ledit euesque lequel y vint et dédia

< nostre chapelle toulte iusques à nostre cuisine et toult le siège des

< sœurs iusques à le salle de malades sans issir hors car ie trouuay à « Romme quil nest point de nécessité de circuir, par dehors. Et se lu « dédiet lostel contre le montée de la salle et ce en le réuérence de « le Trinité, de Nostre Dame et Toussains. Et se beneist nostre cimen- « tière au bout de no salle des malades ainsi quil est enclos. Or sachies « que nosdits curés mavoient ioué dun fin tour, car ils me rapporte terrent par mandement comment messieurs les vicaires suspen- « doient nos lettres de le grâce quils mauoient données et me scitoient « le XV iour eusuiuant pour leur reporter ledit a quocumque ou « lettres par eux à nous données. Mais Dieu merchy, les regnars « furrent prins car elle estoit ià beneiste et est demeurée beneiste. « Mais en bonne foy il a cousté chent francs à lostel de chiens ou plus « à toult compter. Mais Dieu soit loé. Poullain (1) ».

Dès lors les droits du curé de Saint-Waloy acquittés, l'Hôtel-Dieu est afïranchi de toute obligation, il a son cimetière, il dispose des biens des personnes décédées ; désormais il n'a donc plus à redouter les constestations des curés que la reconstruction de la chapelle plus brillante et plus grande avait aussi animés contre lui dans la crainte de voir diminuer les offrandes à leurs églises.

En même temps, son patrimoine s'accroissait chaque jour.

Le 8 septembre 1475, Guillaume Poullain avait acheté de Golart Erambault, écuyer, les fiefs de Gampigneulles-les Petites dépendant de la Seigneurie de Fauquembergue en Montreuil (2).

A ces fiefs vint se joindre plus tard un don de Jacques Broutel, bourgeois et échevin de Montreuil, et de Honorette Grunel son épouse. Dès ce moment l'Hôtel-Dieu exerça à Gampigneulles-les-Petites les droits de tonlieu, d'herbage, de moutonnage et de justice. Le moutonnage qui se prélevait à raison d'une obole par tête pour neuf brebis et d'une brebis pour dix dans les troupeaux plus nombreux, était réglé chaque année le jour delà Saint-Jean-Baptiste avant huit heures du matin (3).

Le 30 août de l'année suivante, Maître Poullain acquit aussi un fief à Estréelles de Jehan Erambault (4).

(i) Cueilloir A 5 Case 10.

12) Liasse B II C 2.

(3) Cueilloir A 4 Case 10.

(4) Liasse B 17 Case 3, i«' dos.

En 1477, les revenus en argent de l'Hôtel-Dieu s'élevaient à 250 livres 4 sous 1 denier, ce qui, la livre équivalant à quarante francs environ de nos jours (1) représenterait actuellement un revenu approximatif de dix mille francs (2). Ses charges acquittées envers les couvents et les seigneurs, il lui « demœure bon 105 livres 12 sous 4 « deniers » c'est-à-dii'e 7,825 francs sans compter les redevances en nature (.'i).

(i) Pierre Clément — Valeur des anciennes monnaies^ particulièrement auXV^ siècle.

(2) Nous ne saurions donc admettre avec le Dictionnaire historique et archéologique du Pas-de-Calais (\\x'zx\ 1537 l'Hôtel Dieu aurait eu un revenu de 20,000 livres soit aujourd'hui 180,000 trancs^la livre valant encore en moyenne à cette époque 9 francs de notre monnaie.

(3) Desclaration en hricf de tout ce que lostel Dieu et saint Nicolay en Monstraul a de reuenu par an tant en deniers comme en grains et aultres choses et aussy combien icelluy doibt de renuoix sur lesdits reuenus etc. parquoy len porra scauoir son gouuernemenl et quelle despence len porra faire.

En le paroisse Notre-Dame en Dernestal XLII I. XIX s. p. II cappons et II guelines dont ledit ostel Dieu possesse à présent et sy a encoire XLVI s. p. de rente dont ils Joibuent ioir après le trespas de la vefue de Morainville et cent s. p. après le trespas Gilles Bulote et pour ce en ladite paroisse pour toullcs coses avant ditics L liv. XVII s. p. II cappons et II guelines.

En le paroisse Saint-Pierre en Monsteroeul LXVI s. p.

En le paroisse Saint-Fremin XIX liv.

En le paroisse Sainte-Oustreberte XVI. VIII s. II d. p. III cappons et II guelines et II boitiaux de fin froment.

En le paroisse Saint Josse en le Val XI. V s. VI d. p. I poulie.

En le paroisse Saint Vu'fly IIII 1. VIII s. p.

En le paroisse Saint Waloy LXX s. VII d. p. et IIII cappons.

En le paroisse Saint Jacques LIIII s. III d. p. et III guelines.

En le paroisse Saint Martin cent XII s. VI d. p.

En le paroisse Saint Justin LVXI s. p. VI d. et I cappon.

A le Magdelaine et Caioterie LXVIII s. p. I oujon et I poulie.

A Sorrus XVI 1. XV d. p. I voirre I cappon et III septiers de grain moitié blé moitié auaine du petit dimeron.

A Campignœulles XXII 1. VII s, I d. p. et II voirres.

A Escuir XXVI 1. II s. Ul d. p. II cappons III guel nés.

Au Val des malades V septiers de blé.

A Biaumeril X 1 . XIX s, p. une corvée de VI s. p. IIII cappons et II guelines.

A Saint Nicolay aun camps X 1. XIX 5. p. qui sont VIII 1. XVII s. p. IV d. p. en argens. Item, IV muys et VIII septiers moitié blé, moitié auaine — Item II septiers de pois et I septier de fèves — Item IIII corvées de harnas cl chcuanlx.

A le Censé de Buignapré XXV septiers et I plain quartier de blé.

A Tigny II*= et deix danguilles et I grosse de puing et pouch.

Pour le bos de Roussent VIII cens de fagos ;

A Waben IIII liures parisis ;

A Airon-Saint-Vaast XXVIII s. ;

AEspylIIIl. Vs- IV d. p.;

A Mcrlimont ceat XIII s. IV d. p.

Si l'on compare cette situation à celle de ÏAQA, on trouve une progression dans les rnvonus de .'^, 025 francs, les fonds alors disponibles nVHant ([ue de six vinj^-ls livres, soit quatre mille huit cents Irancs.

Enlln, riIôlel-Dieu en est venu à ce point d'indéi)endance, qu'une fois son enceinte franchie et quoiqu'il s'y puisse (aire, « la iustice ne m pœult rions céans. »

Ecoutons encore Maître PouUain :

« Notes, dit-il, que lan mil CCCGDXXVII, le dernier jour de juillet, « une josne lilliette environ de XI ans nommé Mehault Liborelle i)a- « rente d'une des suuirs de chiens, nommée sœur Honorée Morel,

Aux Capelles LIIII s. VI d. p en argent — Item V septiers de blé, V sepliers davaine VI septiers et XII de baillare et ung septier de pois ;

A Saint-Jossesor- la-Mer XlIIl s. p. ;

A Villiers sous Saint- Josse VIII. IX. s. ;

A Wis XXXII s. p. ;

Au Molinel ung journel de bos dont on rend II d. ou ung estoeuf ;

A Anocq, en argent LIIII s. p. audit lieu ;

A Bresclessent XII s. VI d. p.

A Bœutin XXVI s. p. ;

A Nœufville XXIIII s. VI d. p. ;

A Estraielles XII 1. p. ;

A Scelles en Bouloanais IIIIl. p. ;

A Quesqne après la mort de sire Jehan Brisset XX 1. p.

A Ays-ea-Ihiart chascun an III septiers III boitiaulx davaine.

Somme en toult argent que rechoit par an ledit hostel Dieu ii"^ L. livres IV s. I d. ob. p.

Item, en tous grains XVIII muys quatre septiers et II boitiaulx et III quartes, davaine, VI muys V septiers VII boitiaulx et une quarte de baillare, VI septiers et VII boitiaulx de pois III septiers de fèves I septier. Item, en plume XVII Cappons XIII guelines ung oujon et ung butor.

Item, trois voirras ;

Item, 11^ et demi de blanques anguilles avalisses et une grosse de poing et pouch vives ;

Item, ungiournel de bos au Moulinel et non plus en toult ;

Item, V corvées de chevaulx et harnas ou car chascun an ;

Sur laquelle somme auant dite faut à rabattre et déduire che que ledit ostel Dieu renuoye chascun an comme il est contenu es renuoys dont le capitle est au commeachement de ce registre.

De XXV septiers et I plain quarte de blé que ledit ostel Dieu prent sur Buignaulpré desclariet en lart... rent ledit ostel Dieu che qui sensieuîtest assauoir.

A Saint Saulue III mines de blé ;

A Sainte Austreberte III mines de blé ;

A Saint Fremin III mines de blé ;

A lospital Nostre Dame III mines de blé ;

Aux Carmes II septiers dudit blé ;

Aux Sœurettes II septiers dudit blé ;

Aux Béguines II septiers et mines dadit blé ;

Item, au Sr d'Estraielles pour le fief Jehan Rimbert desclariet en lart, V* XXIIII, un septier davaine. Item, à Saint Saulve pour le tenement Jacques Haquebare desclariet en lart XIIII, IV quartes davaine. Item, à Saint Saulve ponr le fiet Saint Nicolay aux Camps I doublier.

« montoit sur une cave à connins (cage à lapins) et labaty sur elle et « se tua toulte morte, lequel accident on alla signifier à Maistre Jehan « Danel, maieur alors de Monstrœul, lequel ny vint ne enuoya faire « quelque information pourtant qu'il scet que nostre dite maison, « quant au lieu, est exceptée de ladite ville, et que^iamais il ne y fir- « rent quelque exploit de iustice sinon à la porte par dehors. Etpour- « tant en soit memore, car Guillaume Le Rat, maistre carpentier en « ladite ville et officier, et sire Jehan Noël chapelain dudit hospital, « luy allèrent signifier, le maistre estant lors à Obin Poullain (1). »

« Ainsy appert pour tonltes les choses avant dites quil demœure bon audit ostel Dieu IIII c. XV Hures XII s. IIII d. ob. p. en argent. Item en grains demœure bon XVI muys VII septiers et une quarte davaine, VI septiers et XII boitianlx et IIII quartes de blé, VI muys VII septiers et une quarte davaine, VI septiers et XII boitiaulx de baillare, trois septiers de pois et ung scptier de fèves Item, en plumes il ne deirœure quelque cappon bon audit ostel Dieu, mais il luy demœure VII guelines, ung oujon et ung butor auec tout che qui sensieult cest ascauoir : trois voirras, 11^ et demi de blances anguilles vives, et nne grosse de plain puing et pouch de grosseur, V corvées de chevaulx et harnois, ung millier de fagos chascun an et ung journel de bos au Molinel tant seulement.

« Item, et nest mie à oublier que en ce compte avant dit nest point comptée le rente des Flagols est ascavoir XLV s. p. que ledit ostel recepvera après le trespas de Perrine de Morainville les renvoys dudit ostel fais et paiez... cent s. p. que ledit ostel Dieu recepvera sur Simon de la Rue après le trespis de sire Jehan Brisset à Quesques en Boullenois et par ce traictiet pœult on veoir et savoir quelle chose ledit ostel Dieu a acquis puis XII ans en cha se len regarde une pareille desclaration ou registre en papdier au fœuUet cent et LXXVII. A 4 Case 10. »

Fiefs appartenant à THôtel-Dieu en 1477.

Fief à Saint-Nicolas aux champs, tenu de Saint-Sauve.

Fief à Capelle,tenu des moines de Saint Josse-sur-Mer.

Fief au même lieu, tenu de Simon de la Rue.

Fief à Airon-Saint-Vaast, tenu de Lancelot de Bernastre, à cause de sa terre de Nempont.

Fiet a Merlimont,tenu de Jacques de Luxembourg.

Fief à Villiers sous Saint-Josse, tenu du comte de Tancarville, à cause de sa terre de Maintenay.

Fief à Villiers tenu du même à cause de la seigneurie de Wailly.

Fief à Scelles tenu de Robert de la Creuse seigneur de Surcamp.

Fief à Quesques tenu de la collégiale de Saint Pol.

Fief à Aix-en-Issart tenu de sire de Courtebrone, seigneur de Q.uatre Vaux.

Fief à Brunehaatpré, tenu de Colard Hourdel.

Fief à Campigneulles, tenu de même.

Fief à Beutin,tenu de Pierre Joiy.

Fief à EtréelleSjtenu du seigneur de ce lieu.

Fief à Campigneulles les Petites.

Fief indivis entre l'Hôtel Dieu et l'hôpital Notre Dame.

Fief à Enocq,tenu de Jehan de Hodicq, seigneur d'Enocq.

Fief à Wabcû, tenu de Colard Hourdel. Cucil. A 4 Case 10.

Ci) Cueilloir. A 5 Case 10.

Tant d'entente de la part de rôchevinage avec l'Hôtel-Dieu étonne, quand, peu do mois auparavant, do nouvollcs conteslations avaient suv*f2;i. (^olte lois l'échevina^^e avait perdu sa cause, c'était au sujet du droit d'auna^^c :

« Un^ nommé Symon de le Porte raconte Maître Poullain, fist prenne dre pai' .Tolian Niciiuot offirioi' de Monsieur le maicur, nommé, « Jehan Danol, une pioclic do toillo et une aulne à aulnor laditto toillo « àJehonne Mariette, laquelle elle veneoit pour et au nom dudit hos- « pital en plain marchiet à un jour de Samedy qui fu le IIP iour de « may an mil CGGCLXXVII. Parquoy frère Guillaume Poullain maistre « de lostel Dieu de chiens et ledit Symon alerrent devant ledit maistre « Jehan Danel, maieur, lequel maieur deist que ledit ostel-Dieu ne « pouvoit aulner toille ne drap hors de son hostel synon par ledit « aulneur iuré. Auquel fut respondu par ledit maistre dudit ostel- « Dieu que se ledit aulneur iuré leust aulne que il le paieroit, veu que « toult paine doibt salaire, mais quil nen avoit eu paine ne esté requis, « parquoy il en aroit riens, a'ns seroit cité à Paris incontinent deuant « le conservateur des priuilèges dudit ostel-Dieu. A quoy fu respondu « par ledit maieur que la ville garandiroit ledit fermier. Et lors se par « tist ledit maistre dudit ostel-Dieu. Parquoy et incontinent que ledit « maieur eut eu lopinion de messieurs du conseil de la ville, il renvoya « en la mesme heure ledit Symon de le Porte audit ostel-Dieu reporter « pour réparation laditte piéche de toille et ledit aulne aux dits « maistre et sœurs pardevant vefve Nicole le Gandelier d'Obin, Jehan « Morel et Jehenne, sa femme, demourans à Roussent (1). »

Gette même année (1477), maître Poullain eut avec l'évêque d'Amiens un procès bien autrement important. Au mois de septembre, l'évêque d'Amiens avait fait citer devant lui par Pierre Millet, officiai de sa cathédrale, maître Poullain et frère Jehan Harache, maître de l'Hôtel- Dieu d'Abbeville, pour se faire rendre compte de leur administration et connaître les revenus de leurs maisons. Son but était d'employer, en cas d'excédent, « ledit reliqua en œuvres piteuses où bon lui sem- « bleroit. » Sur cette injonction, maître Poullain et son collègue se rendirent à Amiens. Mais se gardèrent bien d'emporter avec eux leurs papiers et cueilloirs. Ils n'avaient avec eux ni cueilloirs, ni papiers. Maître Millet refusa de les entendre et les renvoya à huit jours. « Parquoy, dit Poullain, il nous falut aler à Paris au remède. » Ils obtinrent du conservateur de leurs privilèges pour le spirituel et du prévôt de Paris, pour le temporel, deux mandements qui attestaient que jamais leurs maisons n'avaient rendu de compte aux cvêques d'Amiens, *< par lesquels deulx mandemens nostre cause encom- « menchiée à Amyens fust renvoiée à Paris en lestât quelle estoit tant « en la Gonservation que en Ghastelet sur grosses paines, etc.. Dont « ledit vicaire appella et releva son appel en Parlement où nous fus- « mes adjournez au premier iour de mars ensuievant sous lombre « duquel appel ledit vicaire procéda à Amyens contre nous tant que « Jehan Harache, maistre d'Abbeville, fust excommuniet ; mais ie ne « le fus point, à cause que ie me absentay et alay demourer trois mois « à Paris où ie le combati puissamment, car il vint, ce dit tems pen-

(i) Cucil. A 5 Case lo.

« dant, à Paris, et là, en plain Palais, le le fis prendre par ung huys- « sier et mener en le Concier^'^erie pardeuant monsieur de riaulcourt, « son maistre, lieutenant du Koy à Paris, pour les attemplas quil « avoit faitz aprez les defïenses et là, absoult ledit maistre, et puis, « luy estant en ladite Conciergerie, ie reuins à Amyens faire mettre « le temporel de mondit seigneur d'Amyens en la main du Roy et ralay « à Paris jusques à tant que ledit jour dappel fust venu auquel jour « ledit vicaire ne comparut ne personne de par luy, et là me appoin- « tay par VI jours continueulx, et puis nous en revinmes. Mais depuis « il a voulu obtenir un mandement en Parlement pour nous prendre « au corps pour ce quil disoit que nous aviesmes attempté de nouvel, « lequel mandement ii ne pœult obtenir. Et est demouré nostre dit « procès pendu au cleu en Parlement où maistre Jehan Tuleu est « nostre procureur lequel a no sac et nos besognes et maistre Jehan « Laviers est nostre procureur et maistre Jehan le Maressal y est « advocat, et en Ghastelet maistre Thibault Lourdel est nostre procu- « reur, bon, vaillant, loyal, preudome, et maistre Guillaume Bretemieu « y est notre advocat (1). »

L'issue de ces débats est restée inconnue ; cependant il est permis de croire quelle fut tout à l'avantages des gouverneurs. On ne retrouve aucun compte des revenus rendu à l'évoque à cette époque, et leurs maisons disposèrent toujours de leurs excédents.

Autre procès :

Un boucher, Guillaume le Bougonnier, avait payé à Jacotin de Hémont 14 sous parisis de rente dus à l'Hôtel-Dieu pour deux journaux et demi de terre près la porte du Grand Marché. Un an durant, maitre Poullain plaida sa cause devant l'échevinage, il la porta ensuite devant le Parlement ; son procureur Thibault Lourde le manda à Pari> afin, dit-il, « que je portasse les espices quand la guerre commencha « et pourtant y soit pourveu se on y pœult râler car ie ne le doubto « en riens, car ils nont fait oir quelque tesnioing et nous en auons fait « oïr biaucoups etse avons mis tous nos registres et cueilloirs en « prœuve sy en soit faite diligence.... Diligence en est faite, dit-il « plus loin, car nous en goïssons à présent (2). »

Maître Poullain fut moins heureux pour la revendication de dixhuit journaux de terre au lieu dit le Camp blé attenant au Grand prc Sainl-Vaast d'AiT'ds à Espy, et dont s'était emparé un nommé Jehan Dumoulin. « Je monstray nos lettres audit Jehan du Molin et luy en « baillay le coppie, lequel me dist quil en goïroit se vie durant et aprez « en disposeroit on comme bon sembleroit, or est il riche et puissant. « si ne losay assalir (3). »

L'activité de maître Poullain était loin d'être absorbée par ces débats. Dès le début de son administration on l'a vu préoccupé à rétablir les droits ébranlés de l'Hôtel Dieu ; depuis treize ans il poursuit cette tache avec ardeur. Vers les fêtes de Pâques 1477, le frère Jacques Hanin a entrepris son magnifique cueilloir, et chaque jour il

(i) Cueil. A 4 Case lo.

(2) Coeilloir A 4 Case 10.

(3) même source.

reçoit les données nécessaires pour l'achèvement de cette belle œuvre. Il y consacra les derniers mois de sa vie, car il mourut lo 3 février 1478, il la charli'cusc de 'riiuisoii, près (r.\l)hoviIle. (1)

Ce mauuscril nous monlro le nioyen-à«,^e sans rival dans la science de l'ornementation et de rillusti-ation des manuscrits, C'est bien là en eflbl cotle naïveté ([ui le caractérise. Comme ces personna<^^es vivent ! Comme ces tètes lines et vraies (Texpression sont natui'elles et va-

i riées ! F]t quand on a examiné ce coloris exquis, ces lettres capitales où l'artiste s'est livré à tous les capi'ices de son imaf^ination, on ne peut s'étonner que « .Maistre Guillaume Poullain. maisti-e et gouver-

I neur dudit llostel Dieu, et frère Jacques Ilanin prient à ceulx qui se aideront do ce ro^isti'c qui leur plaise priei' pour eulx, car de ce faire ils eurent moult de peine et de labeur avant qu'il lust accompli (2). »

I Religieuses contemporaines sœurs Robine des Maretz, maîtresse, Marie Legrand, Honorée et Jehanne iMorel et Willemine Lopignem. Peut être avons nous ti'op difïeré de rappeler le fait mémorable qui

! s'était accompli au commencement de cette année 1477 : Sous les murs de Nancy Charles le Téméraire avait trouvé la mort (5 janv.) et Montreuil était retourné pour toujours à la France. Le 21 janvier, Jacques de Rambures a traité de la i-eddition de cette ville avec le grand maître des arbalétriers de France, Jehan d'Estouteville, sire de Torcy. Ceux qui, comme lui, avaient suivi le parti du duc de Bourgogne ont reçu des lettres d'abolition ; les plus attachés à ce parti sont contraints au silence, et les plus remuants exilés ou jetés dans les prisons. Tel fut sans doute le sort des frères Baude Salempin et Jehan DauUé du couvent des Carmes, arrêtés le 12 avril par ordre du roi et transférés à Abbeville pour y « estre gardés jusqu'à son bon plaisir » dans les cachots de l'échevinage (3). Mais les bourgeois qui toujours avaient regretté la France se « réduisirent libéralement et de grand vouloir en l'obéissance » du roi Louis XL (4)

Alors chacun se remit au travail, et maître Poullain, avec plus de confiance que jamais songea à l'agrandissement de sa maisoQ. Son grand désir n'était pas, comme on lui en a prêté le dessein, de donner pour limites à Thôtel-Dieu la place Saint-Saulve, la rue des Juifs, la

(i) L'abbé Lefebvre, la chartreuse de Saint Honoré, à Thuison, p. 137,

(2) A 4 case 10. Ce manuscrit n'est pas transcrit en écriture cursive sur papier de chiffe comme celui de 1464, mais en belle minuscule gothique et sur velin. Les Chartreux de Neuville étaient connus pour leur habileté dans la calligraphie. L'un d'eux, Jehan Marissal, s'est rendu célèbre en ce genre. Leur maison n'était pas dans le pays la seule qui cultivât cet art. Dès le X« siècle Loup de Perrière à qui l'on doit la conservation de plusieurs ouvrages de l'antiquité profane entretenait à la Celle Saint-Josse-sur Mer des copistes pour transcrire ces livres qu'il faisait venir d'Angleterre où ils étaient alors plus nombreux qu'en France.

Ambroise Firmin Didot. — Essai sur la Typographie^. 570. Le portrait du fondateur, la miniature allégorique représentant Montrenil, et celle où sont figurées les sœurs sont du ms. de 1477.

(3) Louandre (?/>. aV. t. Il p. 46^. * - - (4)0rd. t. XVIIL p. 554.

grand rue Saint Firmin et les rues du Tongris et du Tripot (1), un tel projet était alors irréalisable et maître Poullain n'était pas homme à se livrer à de telles illusions. Son ambiUon ne tendait donc qu'à procurer à l'hôtel Dieu une issue sur la rue du Tripot dénommée alors rue du Bois par abréviation sans doute de rue du refuge des religieux de Saint André au Bois :

« Item, je frère Guillaume Poullain avoye acheté toutes les maisons « et tenemens qui sont en nostre cimentière et gardin et le rue par où « Ion va de Sainte Austreberte à Saint Fremin iusque à lostel Saint-

"Rw. ">. S.J^AO.. «^î"- '- («.T-r-»^

OL^^JLy.

(i) Annuaire du Pas-de-Calais, 1855.

« Andrieu pour roslar^iiii' le dit «jardin ot ostel Dieu et pour mener un « car de lune rue on raiilli'c; mais parCaulsc et mauvaise enuic, disant « que loslol Diou voloil Loult auoii' et ([uil son estoit passé lon^lems, < nous fusnies remboursés ; iSed qiiod (ll(Jc)-lar non aulfertuy. Dieu « deuant uujj: tenis veura (jue aulcun bon maistre de chéens le fera (1). »

Ce bon maîli*(\ ne se fil |)as attendre. Par sa pei'sévéï'ance maître Poullain sut vaincre les obstacles que réclie\ inaire lui avait suscités. Le 22 août li8(), il racheta la « maison hostel » du prévôt du baillage Pierre Hourdel dit Porus formant le coin dos rues du Ton^ris et du Tripot et dont, au moyen d'éclianj^es avec Gilles de Hardevin, il avait acquis dès le 17 juillet 1479 les rentes qui la grevaient, si bien qu'il put voir ainsi raccomplissement de ses projets (2).

En même temps Poullain réalisait lui-même ce vœu qu'il émettait dès 1464 « de faire quand vous aurez puissance une cambre où il y « ait une cheminée et trois ou quatre lis pourmectre les fesmes gisant « défiant qui sont inhumainement couchiées en une salle parmi les « autres passans et malades qui y sont chascun iour qui nest chose « bien honeste ne humaine. Et ce il ny a mille femmes gisans, on y « gardera les povres qui seront les plus malades, ainsi on fait à lostel « Dieu de Lille, Amiens, Abbeville, à Saint Riquier (3). »

Maître Poullain a si soigneusement décrit l'Hôtel Dieu dans ses manuscrits qu'à défaut de plan il est possible de se rendre compte de ce qu'elle était de son temps.

A son origine l'Hôtel Dieu consistait en un vaste bâtiment servant à la fois de salle pour les malades et de chapelle, cette dernière désignée sous le nom d'église et située contre l'hôtel des Escureux, se trouvant un peu en avant de l'entrée principale des constructions modernes. Le quartier afïêcté au logement de la communauté longeait la rue du Tongris sur un espace d'environ 25 mètres. Cet état de choses subsista jusqu'au milieu du XV^ siècle. A cette époque maître Ernoul de Fosseux commença la reconstruction intégrale du bâtiment que maître Poullain, arrivé au comble de ses vœux par suite du rachat des maisons comprises entre la place Saint-Saulve et la rue du Tripot, réalisa dans ses dernières années, et l'hôtel Dieu, complètement transformé, prit dès lors l'aspect d'un carré long distribué ainsi qu'il suit :

La porte d'entrée principale donnait sur la place Saint-Saulve. A gauche de cette porte, contre la maison des Escureulx, se trouvait, sur l'emplacement de l'ancienne chapelle le logement du portier dite chambre à la porte « et à droite » la grande maison où les povres solloient gésir » devenir le quartier du maître et sœurs et la chapelle. En façade sur la rue du Tongris venaient à la suite la grande salle des malades, vaste construction ogivale avec charpente apparente et éclairée de chaque côté par huit fenêtres du même style, et le cimetière limité par la rue du Tripot et les derrières de la maison des Escureulx.

L'intérieur de l'Hôtel Dieu offrait les dispositions suivantes : après la « chambre à la porte », la despence où on salle les lars », deux chambres avec étage et le lagnier», du côté opposé, faisant suite au

(i) A 4 Case lo.

{2\ A 2 Case i.

(3) A 5 Case 10.

quartier des frères et sœurs, la cuisine entre l'allée d'entrée et une petite « courcelle » qui la séparait de la salle longeant la rue du Tongris et, dans le fond, entre « le lagnier » et la salle « les étables de travers » donnant d'un côté sur la cour et de l'autre sur le jardin où se trouvait un « puits à liaue ». Le tout ainsi que le cimetière était traversé par une voie charriable qui mettait l'Hôtel-Dieu en communication directe avec les places Saint-Saulve et Ste-Austreherte (1).

L'entretien de la censé de Saint-Nicolas aux champs fut aussi pour maître Poullain l'objet d'une surveillance incessante : « Et est à « présent, dit-il, ledite censé bien amasée et retenue et y a sur le por- « te du devant une belle chambre que y a fait faire frère Guillaume « Poullain, maistre dudit hospital, et sy y a encoirre une aultre cham- « bre deseure lestable du chevaulx pui ne sont point du niarchiet du- « dit censier, ains en ont les clefs et gouvernement les maîtres et « sœurs dudit hospice, et ossy une estable pour le cheval du maistre « à mengoire et râtelier auquel ledit censier doilt trouver foin et avai- « ne quand il lui plaist y aller (2). »

CHAPELLE. — Salle des malades et Cimetière, fin du xv siècle

Echelle 0,005 millimètres pour i mètres.

Le dernier acte dans lequel figure le nom de Guillaume Poullain concerne une cession faite le 17 novembre 1480 par Jehan Leclercq à l'Hôtel-Dieu de divers héritages situés à Villiers sous Saint-Josse-sur- Mer (3).

(i) A 2 Case i, A 4 et A 5 Case 10.

(2) A 4 Case 10.

(3) B 40 case 5.

Cet oxcolloiit [i^ouvoi'iKMii* aurait il él6 atteint de la peste qui ne cessa do sévir A Montreuil de l 'iHO h \\K) ?0n sei'ait tc;it6 de le croire. Le môdcciii cl lo chanoine pensionnaire delà ville frappés i)ar le fléau, on en appela d'anhn^s cpii sncconibôi'cMit ù leui' tonr. La mortalité devint enrayante* cl la pniii(jn(^ l(dl(î (\u() « défonso étoit faite aux prêtres, sons i)(M'nc do haniiissoineMil, (U) visiUîrles postif(;rés,aux confrères de la (Ihai'ilé de les inhnnicr (l) ».

I Le gouvernement de (Juillannie Poullain ayant été un de ceux qui ont le plus marqué dans l'histoire de l'Ilôtel-Dieu, il était juste de rendre à cet homme) Jusqu'ici tro[) peu connu, le ran^^ qui lui appar-

I tient. Souvent ses idées semblent avoir devancé celles de son siècle. Rassoml)loi* co ([ui restait des Archives pour reuionter à l'origine de sa maison et arriver à en fair-e reconnaitre les droits et accroi're les

[revenus, établir un ordre parfait dans sa comptabilité, songer à toutes les mesures hygiéniques propres à assurer le l)ien être des malades, tel fut l'objet de ses constants efforts. Que pourrait-il faire de mieux

: encore aujourd'hui?

Ancel le PECQUEUR

Anccl le Pecqueur succéda à Guillaume Poullain vers 1481. Les actes d'administration de ce gouverneur sont peu importants et son nom ne se retrouve plus au delà de l'année 1491 (1).

Le 6 octobre de cette année, Catherine de Sains, veuve de Jehan le Canu et Jehan le Ganu, prêtre, .son fils, laissèrent à l'Hôtel-Dieu 8 sous 10 deniers de rente pour un obit, « lequel obit doibt estre m-s au « matréologue et livre des trespassés dudit hospital » et célébré le jeudi qui suivra la recette de cette rente dont deux sous seront attribués aux malades « pour estre en leurs prières (2). »

Jehan DELATTRE

Ce gouverneur n'est connu que par un contrat daté du 17 avril 1493 par lequel Simon Delarue, bourgeois de Montreuil, cède à l'Hôtel- Dieu diverses rentes sur Beaumerie, Ecuires, Montreuil, la Madeleine et Verton pour se décharger d'une rente de 100 sous que Gillette de la Rue, veuve de Jehan Hullot, sa tante, avait créée pour la célébration annuelle d'un obit à l'Hôtel-Dieu pour elle et ses amis, pour la libération d'une rente de 12 s. p. dont les Carmes étaient redevables envers l'Hôtel-Dieu pour la ma son dite les Faucilles située près de leur église, et l'extinction d'une autre rente de III s. II d. p. dont l'Hôtel-Dieu devait s'acquitter envers les religieux de Saint Sauve (3).

Vraisemhla])lement Gillette Delarue avait fait cette donation en 1473, époque où suivant l'exemple de son mari, elle fonda une cellule à la Chartreuse de Notre-Dame-des-Prés et donna le bois de Witengat à Neuville pour le chauffage des religieux de ce monastère (4).

(i) Chanoine Poultier, Dissertation sur les pestes de Montreuil.

(2) B 12 Case 2. B 99 Case 8.

(3) B II Case 2.

(4) B 99 Case 8.

(5) L'Abbé Lefebvre, histoire de la Chartwuse de Notre-Dame des Prés,

Le gouvernement de Jehan Delattre fut signalé aussi par la visite que Charles VIII fit à l'Hôtel-Dieu le 16 juin 1493, lors de son retour de Boulogne où il venait de rendre hommage du Comté d'Artois à l'image de la Vierge déposée dans l'église abbatiale des chanoines de Saint Augustin (1).

Nicole de SAINS

Nicole de Sains fut nommé gouverneur de l'Hôtei-Dieu vers 1495. De son temps « sir Jehan Gille, un des chappelains de chéens » fonda une rente de 28 s. p. sur une maison située dans la paroisse Saint- Jacques « au devant de la maison Sire Jehan le Caron, » pour la célébration de cinq messes à dire les vendredi, samedi, lundi, mardi et mercredi après la fête du Saint Sacrement « ce qui luy a esté accordé « par les maistres et sœurs dudit lieu pour les biens quil a faits audict « hostel Dieu (2). »

Le 15 septembre 1497, Nicole de Sains « sur lavis de maistre Guil- « laume de Lespinoy, conseiller et pensionnaire, avecqaultresconseil- « 1ers dudit hostel Dieu » vendit aux religieux de Saint Josse sur Mer, moyennant 24 francs, le travers de Villiers que maître PouUain avait acquis de Jehan de le Porte en 1471. Ce droit, d'un revenu de 35 s. p. seulement pour l'hôtel Dieu, était d'autant moins productif que le chemin sur lequel il était perçu longeait la mer et que « quand la mer « y pœult aller, il coustoit audit ostel plus de vingt livres à restoupper < ce que la mer emportoit (3). »

Par lettres patentes datées de Compiègne le 11 juin 1498, le roi Louis XII confirma le privilège concernant le sel que Guillaume, comte de Ponthieu et de Montreuil avait accordé à l'hôpital Saint Jean d*Amiens et par suite, d'après les manuscrits, aux hospices de Montreuil et d'Abbeville (4).

Vers la même époque, Guillaume Gloriant, époux de Marie le Burier, donna à l'hôtel Dieu 4 journaux de terre à Montreuil « pour « mettre paistre les bestes de chéens » à l'expresse condition seulement « que on les pœult jamais vendre ni louer » et qu'ils demeureront « perpétuellement et à tousjours au profit des povres (5). »

Enfin, Nicole de Sains apprend dans une des rares notes qu'il a laissées que ce fut encore sous son administration que le 6 mai 1506 Jehan Damiens, du hameau de Mieurles, dépendance de Bourthes, donna à l'hôtel Dieu 25 livres 5 s. p. de rente pour l'entretien à perpétuité d'une sœur et de 40 livres pour le chauffage des salles des malades. Jehan Damiens fonda en outre une rente de 3 livres 5 s. p. pour la célébration de treize obits avec de Profundis « qui se dient bas « en la chapelle de chéens est assavoir le jour Saint-Pierre en Aust et « le Saint-Pierre après le Chandeleur et les aultres aux Quatre Temps « et aux jours Saint-Nicolay diver et desté ou le nuit. »

(i) Did. bist. et archéol, du Pas-dg-Calais, art. Montreuil. fi) A 4 et A 5 Case lo.

(3) A 5 Case 10.

(4) A 5 Case i .

(5) A 5 Case 10.

Avec le produit de ce doFi, Nicole de Sains se lib^^ra envers Mahieu de Manneville, sieur do Wierre, d'une renie de 50 s. p. que l'hôtel- Dieu lui devait pour une maison qu'il possédait à Ecuires (1).

Nicole do Sains lui-niènio se fit reinaniuer par ses Ijienfaits envers rhôtel Dieu. Il fonda à perpétuité une messe « la([uelle fut bien et « souffisamment (ondée » pour le repos de l'àme de Jacques de Sains et de Jehenne Helaud, ses père et mère, et donna en outre une somme de quatre à cinq cents livres, soit seize à vin<^t mille francs de la monnaie actuelle, pour « aidier à faire le chapelle du dit lieu (2) ». Ainsi succéda à la chapelle que maître Poullain avait fait relever au prix de tant de labeur ce monument, depuis la dernière restauration dont il a été Tobjet, cité parmi les plus remarquables du nord de la France, et dont l'abbé de Saint-Saulve, (ruillaume de la Pasture posa la première pierre le 5 juillet 14î)(3 (H).

Jehan MACHECRIER

Le 18 avril ir>lG, Jehan Dainicns, lils de Jehan Damiens précité, rembourse la i-ente ci'éée i)ar son père en faveur do Tllotel-Dieu et fait en mémo temps une donation de. 40 livres une fois payée pour la fondation d'une messe du Saint-Sacrement à dire à perpétuité le jour de cette fête avec diacre et sous-diacre.

La communauté des sœurs se composait alors de Willemine Lopignem, Agnès Damiens, Mariette Pecquelotte, Jehan ne de la Poterye, Flore Leslingle, Marguerite d'Ostove, Marguerite Guenart et Marguerite de Dourier (4).

Jehan SURELLE

Jehan Surelle n'est connu successeur de Jehan Machecrier que par quelques actes ne présentant aucun intérêt, entre autres une quittance délivrée par Mathieu de la Warenne, abbé de Saint-Jossesur-Mer, le 6 mai 1522, pour les droits de relief dus par l'Hôtel-Dieu à l'abbaye pour le fief de Gapelle (5).

Giillacml: LE FORT

Sous le gouvernement Guillaume Lefort, l'Hôtel-Dieu ont fortement à se ressentir des hostilités engagées entre François L'" et ses rivaux l'empereur Charles Quint et Henri VIII, roi d'Angleterre. D'après les recommandations de François l""", lors de ses passages à Montreuil en 1517 et 1520, cette ville, il est vrai, avait été mise en état d'une vigoureuse défense, si bien qu'en 1522, les Anglais avaient renoncé à l'attaquer « dans la persuasion qu'elle ne pouvait être réduite que par

(i) A I Case i.

(2) A 5 Case 10.

(3) Gallia Christiana et ms, A $ Case 10.

(4) A I Case i.

(5) B 12 Case 2.

la famine, (1)» de même, en mars 1521, le capitaine de Lorges, commandant la place, avait pu maintenir à distance les troupes impériales (2), mais par sa jjosition on dehors des murs la censé de Saint- Nicolas était exposée aux déprédations d'un ennemi implacable, les autres propriétés rurales de l'Hôtel-Dieu avaient à chaque instant à subir les plus grands dommages en sorte que cet établissenient se trouva dans une situation des plus précaires.

Ce fut pour atténuer autant que possible cet état de choses que le 15 mars 1524, Guillaume Lefort obtint pour lui et les sœurs, pour le c-ensier de Saint Nicolas, sa famille, ses serviteurs et tout ce qu'ils possédaient, la sauvegarde de Pierre Boullenger, procureur de l'abbaj'e de Saint Hubert, les personnes aussi bien que les biens donnés « àla religion Dieu et de Monsieur Saint Hubert » étant mis en même temps par un privilège spécial accordé à l'abbaye des Ai'dennes sous la protection du « très hault et puissant Empereur » : « Par quoy luy

< ay donné et donne puissance, auctorité et licence de faire paindre « et mectre sur tous ses biens, héritaiges et maisons limaige de Monsr

< Saint Hubert, à porter sur luy le cornet, son serviteur, femmes et « enfïans dicelluy, serviteurs familiers. Si prie et supplie et requiers * à cappitaines, gardes de bonnes villes, citez et chasteaux, forteres- « ses, ponts, ports, passaiges, traversiéres, juridictions et destrois, « cappitaines de gens darmes tant de pied que de cheval, de... que de « traict et à tous bons loyaux chrestiens et serviteurs de Dieu et audict « glorieux Sainct-Hubert que en Ihonneur, révérence et faveur dicel- « luy affîn destre préservé, deffendu et gardé de la maladie, très hor- « rible passion de rage dont il est réclamé par tout le monde universel « dont journellement plusieurs qui ont empreins sur les personnes

< ainsy rendues et donneez à Dieu et audict Saint-Hubert sont moles- « tez, travelez et punis, que audict frère Guillaume, ses dictes sœurs,

< serviteurs, familliers et domestiques demourans en ladicte maison « ne biens quelconques estans en icelle ils ne facent ne permettent « estre faict ne permis aulcuns dommaiges, destours, ny eni- « peschemens en aucune manière que ce soit mais les lessent... et « semer, labourer paisiblement tant -de iour que de nuyt en toultes « leurs affaires et besongnes tant à pied que à cheval, le toult en « ensuyvant le bon voUoir, mandement et sauvegarde de Très hault « et puissant Empereur aussy comme il est contenu plus à plain en « sa dicte sauvegarde et publication dicelie et par ce moien, ils por- « ront acquérir les mérites dicelluy glorieulx Saint-Hubert et seront

< participans à toultes les messes, prières, jeusnes, oroisons et servies ces qui dient à tousjours journellement en ladicte religion et « membres dicelie (3). »

Le 30 janvier 1526, Guillaume Lefort acquit d'Antoine de Caïeu, « vice curé » de l'église Saint-Martin d'Esquincourt, en présence de Jehan Thorel, de Taffin Duflos et Benoit Hurtrel, marguilliers, une

(i) Collection des slate papers, règne de Henri VIII, t. m, 2' p. q^^ 2446 et 3315 cités par M. Haignéré, hist. de BouL^ p. 235. (2) Lefîls, liisl. de Montreuil, p. 223. (5) B 29 Case 4.

maison avec tannerie s^anl «en le cauchie Saint Martin y> moyennant une rente de 17 s. p. (1)

Le 1*J jnillet (le la niêni(» ann('e, Nicolas Ilonrdel, fils de Nicole, (''cnyer, sci^neui- de Saint Anhin, Ini vendit une ^n-an^^e située rue du Tripot et attenant à la innison de l'efn^^e des reli«;ieux de Saint-Andréan-Bois ainsi «pTA TiloUd des 10scui*eulx, la dite vente passée du consentement de .Kdianne Doutreliaue, veuve de Nicole Hourdel remariée à Charles Danierval, et de celui de Guillaume Hourdel, son oncle, et de Nicolas Hei'sin, procureur du roi à Montreuil, exécuteur testamentaire de Nicole Hourdel (2). La ^n^an^^e dont il est question avait été construite vraisemblablement sur le terrain qui avait été donné à rHôtel-Dieu en 1,''>98 pour y établir un cimetière.

JiiiHAN MANGYS

Ce gouverneur est connu par une quittance datée du mois de février 1528 délivré par Adrien Poulie, religieux pi'ètre et vicaire du premier abbé commendataii'e de Saint-.Tosse-sur-Mer, Gilbert Motier de la Fayette, ])Our les droits de relief dûs par rPIôtel-Dieu pour le fief deCîipelle (3), et par une autre du 8 décembre de la même année pai* laquelle I^ouis Fremin, Louis Bristel, Guillaume de Hautpas, Jehan de Haillon, curé de Ligny, Pierre Dupuis, Adrien Fremin et Adrien Flahaut, chanoines de la collégiale de Saint-Sauveur à Saint-Pol, déclarent avoir reçu une nappe de lin d'une aune et demie de long à l'aune de Montreuil, qui devait être mise chaque année au service de leur église par l'Hôtel-Dieu à cause de surcens sur le fiefdeQuesques (1).

Jehan Mangys, encore mentionné comme gouverneur dans un titre du mois d'Août 1533, est remplacé par Maître Jehan Dumont dés le mois de septembre suivant (5). D'après une acte du 20 février de la même année. Guillaume Le Vasseur, prêtre chapelain de l'Hôtel-Dieu, aurait, dans le dernier temps de Jehan Mangys, pris part aux affaires de la maison qu'il aurait même administrée avec le titre de procureur durant le court interrègne qui sépara le gouvernement de Jehan Mangys de celui de son successeur (6).

Jehan DUMONT 1533-43

Jehan Dumont, natif de Rollez, hameau de Hubersent (7), prit le gouvernement de l'Hôtel-Dieu au mois de septembre 1533 ; mais, bientôt atteint de maladie, il dut se faire remplacer momentanément

(i) La note manque (H. P.)

(2) A 2 Case r.

(3) B 12 Case 2. Cette quittance permet de placer la mort de Matthi u de U Varenneje dernier abbé régulier de Saint -Josse àl'année 1527 au lieu 'e 1529, ainsi que l'a dit M. le chanoine Robitaille dans son histoire de Saint-Josse.

(4) B 24 Case 3.

(5) B 34 Case 4.

(6) B II Case 2.

(7) A 5 Case 10.

par Guillaume Le Vasseur que l'on voit remplir les fonctions de gouverneur dans un appointement conclu le 3 novembre 1533 entre Jehan de Baincthun, seigneur de Henneveux et de Sanchnen, et la communauté au sujet de quelques arbres abattus dans une haie de la ferme de Saint-Nicolas (1).

Il était réservé à Jehan Dumont d'assister à la destruction de sa maison. Montreuil, en 1524, avait vu non sans joie s'éloigner de ses murs l'ennemi que trompait encore son aspect formidable, mais ce n'était là qu'une trêve, 1537 devait être l'année de la ruine.

Jean de Gréqui, seigneur de Ganaples, n'a que 1200 hommes à opposer à une armée de plus de 30,000 Impériaux sous les ordres du Comte de Buren, Floris d'Egmont, lieutenant général des armées de Charles Quint. Malgré l'infériorité numérique de ses forces, il riposte aux feux de l'artillerie assiégeante postée sur les hauteurs de la Chartreuse, de Beaumerie et de Marcadé : Mais bientôt il succombe et, en succombant, il en impose encore au vainqueur. La ville ne se rend qu'autant que sa garnison sortira avec les honneurs de la guerre, qu'il ne sera touché ni à la vie ni aux biens des habitants. Vainement Montreuil croit alors à la bonne foi de ses adversaires. « Ladicte ville sera « rasée et brûlée » écrivait le même jour un des assiégeants, Philippe d'Orlay, frère de l'abbé d'Auchy, au Bourgmestre de Nivelles (2), et à peine a-t-elle livré ses portes et ses tours, que de Buren rompt ses serments et que le comte de Rœux, son lieutenant, sous prétexte de venger l'honneur de sa mère qu'aurait outragé la garnison dans une de ses excursions aux château de Beaurain (3), fait mettre le feu aux quatre coins de la ville, détruisant ce que le bombardement avait épargné, poursuivant et massacrant les habitants qui se sont fiés à sa parole. Ceci se passait le jour de la Saint-Jean. Quel contraste avec les fêtes qu'il ramenait chaque année ! L'Hôtol-Dieu brûlé, et les -sœurs, forcées de fuir, vont chercher à l'Hôtel-Dieu d'Abbeville un refuge, ce que jamais ne leur était arrivé même pendant les plus mauvais jours du Moyen-Age.

Les documents sur cette époque de l'histoire de Montreuil sont trop rares pour que l'on hésite à donner ici en entier le récit plein d'intérêt que Jehan Dumont a laissé sur les suites de ce siège mémorable et qui témoigne des efforts de ce gouverneur pour faire renaître de ses cendres la maison à la direction de laquelle il s'était voué.

« En lan mil V trente sept, dit il, fust la maison de chiens bruslée « et destruite entièrement et tous les biens pillés et robes des Bour- « guignons, aussy la ceuse de Saint-Nicolas aux camps, toultes les « granges et aultres esdifîces estans audit lieu de ladite censé, et fu

(i) B. 29 Case 4. Le nom de Jehan Dumont reçut nne quittance donné de Saint-Josse le 27 août 1334 par Tabbé commendataire Gilbert de la Fayeue, ce qui démontre que cet abbé resida dans son abbaye, contrairement à ce qui est dit dans l'histoire de cette maison. B 12 Case 2.

(2] Bulletin de la Commission royale d'Histoire de Belgique t. vin p. 138, (3) Adrien de Croy, premier maître d'hôtel de Charles Quint, chcTalier de la Toison d'Or gouverneur de Lille, Douai, Orchie?, mourut au siège de Thérouanne en 1553. ^^ ^t^i^ fils ^c Ferry de Croy, chevalier de la Toison d'Qr, gouverneur d'Artois, et de Lamberte de Brimeu.

« le (lit brusleinent le jour de Saint-Jolian-Baptiste audit an trente « sci)L ù la pi'inse ot destruction ot bi'iisleinont do ladite ville (i). Kt « pareillement à roccasion du feu de la ville laciucUe a esté rapeticôe, « nous avons perdu bien quarante ou chincquante livres de rentes «avant la ville à cause des maisons dessoubs Saint-Jacques et en cbes « niai'chez comme daultros maisons desquelles avons diminué les « rentes et rebailles à nouueaulx cens pour cause quelles estoient « bruslées et ruinées. Kt si avons perdu à ladite prinse bien le nombre « de cent litz (2) et autant de couvertures et bien cent paires de « linchœulx et davanta^^e, plus de chincquante couviers, treize ou 4c quatorze poielles comme caudieres daraing, plus de huit pos do « cœuvre, de chaudron, bachins darain*^^ candeliers, estaint, ne sca- « roie dire le compte. Blé, grains, bois, laines, chenevis, nappes, « serviettes et tous aultres linges, ornemensdela capelleje ne scaroie « declairier le nombre et pareillement de toultes aultres estenselles « de maison comme coffre, huches, hucheaulx, baquers, buffés, cou- « ches; pour la valleur de tous biens perdus à ladite maison en vérité « ie croy quils valloient plus de six mille voire huit mille livres (3) « sans toucher à la valleur des maisons dudit lieu et de ladite censé « qui nauroient retaict en la sorte comme ils estoient pour vingt mille « livres. Pour vous donner à cognoistre à cheux lesquels viendront « chy après en ladicte maison comme mestre et sœurs diceluy lequel « estoit administrateur dudit hostel Dieu au jour de la ruyne et des- « truction, quil se nommoit frère Jehan du Mont, natif de Raulers de « la paroisse de Hubersent en Boullegnois et navait esté en che lieu « que trois ans à la prinse, et des noms des sœurs audit jour de la- « dite prinse, lancienne se nommoit sœur Agnès décédée de che « monde lan mil Y" trente nœuf au mois de mars avant Pasques, des « autres sœurs Margherite Dostove à ladite prinse bien XXIX ou « trente, sœur Margherite Yvart bien XXV ans, sœur Margherite « Ullart bien quatorze ans, sœur Anthoinette Regnault bien nœuf ou « X ans, sœur Annette Pouchin auoit esté attendante bien XII mois, « laquelle fust professe le jour de la prinse pour cause que aviesmes « délibéré de le faire huitiours après neust esté de la fortune. Le jour « de la mi-aoust après ladite prinse décéda de che monde sœur Jeune « de le Motte, âgée de XXVIII ou trente ans et mourut à Ihostel Dieu « d'Abbeville auquel lieu nous fusmes recœuilli. Et y aviesmes perdu « le jour Saint Martin devant la prinse de ladite ville une religieuse « nomée sœur Elisabet de Sarton, âgée de vingt six ans, laquelle estoit « bonne et devoste religieuse. Mes amis, vous debvez scavoir et en- « tendre que moy frère Jehan du Mont et mesdites religieuses avons « eu grandes peines et labeur pour réédifîer icheulx lieux et mesdites « sœurs pour faire questes de costés et daultres, Meisme sœur Mar- « gherite Yuart et sœur Jeanne Postel ont esté iusques en la ville de « Paris, Biauvés, Gonpienne, La Fére, Mondidier, Dieppe et plusieurs

(i) Par suite de l'établissement du calendrier grégorien, le 6 juillet serait le jour anniversaire de la prise de Montreuil.

(2) Les malades couchaient deux et quelque fois trois par lit. Voir séances du congrès archéologique de France, 1872 p. 195.

(3) La livre éc^aivalait à neuf francs de aotre monnaie.

« aultres lieus. Depuis la fortune du feu rjuil fut comme a esté dit le « jour Saint Jehan mil V*" trente sept, nous avons édifiet en vraie foy « pour plus de deulx mille livres. Javois commenchiet a escripre mes « mises mais jay laissiet le toult derrière. Pareillement à la prinse « furrent perdus, gastés, noies et mengiés les blés, avoines. Depuis « Pasques quarante jusques à la Saint Jehan quarante ung je fis en- « corre mettre sur la capelle nouvelles ramures de quesne et couvrir « dardoise et festier de ploncq avecq aultres esdifices nouveaulx tant « chiens comme à la ceuse pour plus de quatre cens liures. Item, lan « mil V" quarante ung, le premier jour daoust, je remboursay VI livres « cinq sols parisis sur deulx maisons devant le Cine Blancq (1) au « denier seize et coustèrent sept XX francs IX s. p. Item, ce dit jour « rachetay trente s. p. sur lenclos de chiens avœucq quatre s. p. et « deulx cappons sur ung aultre lieu sans nul renvoy et nous constè- « tèrent vingt escus soleil et ung teston sur les VIII escus que jestois « bien jœulx de racheter et rembourser lesdites rentes. Item, ce dit « iour de rembours, je donay le banquet au soir aulx trois maieurs de « la ville, à largentier, au mestre des ouvrages, au greffier et a deulx « aultres eschevins et à leurs femmes et leur fis bonne chierre, mais « je fus le premier prins, je ne me suis point bien deffendu (2). Item, « ce dit an XLI et le précédent je achetay cent francs de quesne et les « carriages à Tortefontaine près Domptmartin à la forestdeMentenay « et au bos d'Engoudsen pour commenchier à faire ung cotié sur le « flos (3) pour cause que javois faict après le feu ung cotié de blancq < bos il neust esté possible lot après le fortune de scavoir recouvrer « tel bos quil nous falloit pour la largeur et longueur des poultres (4).» Par ce récit on peut juger de l'activité de Jehan Dumont, est-il besoin de dire que celle des habitants n'était pas moins grande. La destruction de la ville avait été complète. Le feu avait consumé toutes les maisons construites exclusivement en bois à cette époque. Seules les ruines des églises et des couvents s'élevaient au milieu des cendres. Alors en proie au plus grand découragement, les Montreuillois étaient allés demander un asile aux villes voisines. Quelques uns partirent pour le Canada, tandis que ceux qui n'avaient pu s'éloigner des restes de leurs maisons en étaient réduits, raconte un religieux de Saint-Saulve, à se nourrir de pain d'avoine et de glands. Mais bientôt le traité de Bomi suivi de la trêve de Nice rendit à tous l'espérance. L'amour du sol natal rappela les uns, les faveurs et les privilèges accordés par le roi attirèrent les autres ; des familles d'Etaples, de Boulogne, d'Abbeville, du frotoy et des campagnes environnantes

(i) On voit encore l'enseigne du Cygne Blanc à l'angle de la maison portant le n° 65 de la Grande Rue. Allusion aux rentes données par Pierre Darras en

(2) Les échevins devaient être en effet plus aguerris que le bon et nsïf Jehan Dumont ; car, dit M. Charles Heuneguier, ils n'assistaient pas à une cérémonie quelconque — et elles étaient fréquentes — sans aller boire et manger aux frais de la ville. Hôtel-Dieu de Monlrcuil. Annuaire du Pas-de-Calais iS)").

(3) Ce flot ou mare se trouvait en face de la chapelle sur l'emplacement du sqaare.

(4) A 5 Case 10.

vinvonl so lixoi- d.-ins la « ikimiIno vilkî », qui, on pou (h^ lomps rompla 1,500 habitants. Kn 15i2, sur les ordres du I)aui)liiu, 4,000 lioiinnos l)Our^^(U)is, paysans et soldats, le pic h la main ou la hotte sur U) dos, creusaiont ces lossc'^s, (U(naient ces remparts (pTon voudi-ait elïaccr aujourd'hui. Ces prcicautious, hélas! n'étaient ^uères alors iiuitiles. « j.e mois de juin,L»de Tan mil V" XLlll, dit Jehan Dumont, javois faict « marchiet à uni; carpenti(U' pour (aire nouveau comble à nosti'e cui- « sine, dortoir jusqnes au pi^'uon des Escureulx ; mais la ^nierre fust 4c le mois de iuillct ensuiovant par quoy ledit comble ne lu faict et « pareillement nous eusmes guerres aux: An^^iais lesquels firrent « beaucoup de maux et bruslôrent plusieurs vilaiges et bourgs en « Koulegnois (1). »

Eu ellet, l'inlàme conduite de Charles Quint envers l'ambassadeur de France auprès de Soliman demandait une éclatante réparation. C'en était lait de la trêve de Nice qui, en tout cas, n'eut pas duré dix ans entre des princes tels que François P et Charles Quint, et la guerre [s'était rallumée avec une vigueur jusque là inconnue. De son c(3té, François I'^"'" par son alliance avec les infidèles avait soulevé l'indignation de l'Europe. Ses alliés l'avaient abandonné et sur son refus de payer les sommes dont il était redevable envers l'Angleterre ou de livrer, pour garantie de la dette, le comté de Ponthieu, Boulogne, Montreuil, Ardres et Thérouanne He!iri VIII conclut contre lui un traité avec l'Empire et vient débarquer à Calais suivi d'une nombreuse armée. Montreuil fut alors plongé dans les plus vives inquiétudes. Oudart du liiez qui en avait le gouvernement redoutant d'un moment [à l'autre quelque attaque ordonna le 23 juillet 1543 au sire d'IIailly « d'y faire marcher une enseigne bien fournie et en toute diligence. (2)» Ces événements ébranlèrent la santé du bon maitre Jehan Dumont, et c'est frappé des plus tristes prévisions qu'il descendit au tombeau.

Jehan de LOBEL J543-50

Le 6 décembre 1543, jour de la fête patronale de l'Hôtel-Dieu, les sœurs après avoir entendu la messe, se rendirent à la salle du chapitre pour élire un successeur au frère Jehan Dumont. Antoine de Heghes, mayeur de la ville, Jehan Demachy, notaire apostolique, tous deux délégués par l'évêque d'Hébron Jacques Ledoux, coadjuteur de Claude de Longwy, évêque d'Amiens ; Antoine Marchant, aussi notaire apostolique, Martin de Fasques, licencié en droit, et Jehan Rohault, prieur de la Chartreuse de Thuison près Abbeville, assistaient à cette réunion.

A peine le l'eni Creator venait d'être chanté que comme soudainement inspirée (3) la maîtresse Marguerite d'Ostove se lève : « Au « nom du Père, du Fils et du benoist Saint-Esprit, dit elle, je eslis

(i) A 5 Case lo.

(2) Mémoires des antiquaires de Picardie t. 2 p 173-74.

(3) Tandem, nullo alio précédente tractatu prenominata Marguerita d'Ostove çonsurgens et sciscens, inspiratione (at pie credimus) mota. E 37 Case 9.

« frère Jehan du Lobel pour maistre et administrateur de la maison « de céans. » Les sœurs Marguerite Guenart, Jehanne Postel, Marguerite Ullart, Antoinette Regnault, Anne Poussin, Perrine Desgardin se lèvent à leur tour et répètent ces mêmes paroles. Puis, au chant du Te BeuTïi, elles sortent de la salle du chapitre et conduisent le nouvel élu à la chapelle. La, Jehan de Lobel s'assied sur un fauteuil placé sur le degré le plus élevé de l'autel et les sœurs vont s'agenouiller successivement devant lui et lui promettre obéissance. Au même moment les portes de la chapelle s'ouvrent (aperta majore janua) et Jehan Demachy dit au peuple assemblé le nom de l'élu. Le peuple acclame le nouveau maître. La cloche de la chapelle sonne et la maison retentit d'action de grâce (pre gaudio et leticia gratie).

Que les sœurs se réjouissent de leur choix. Les événements ne tarderont pas à donner raison aux prévisions de leur ancien maître, du moins dans plus d'une circonstance, Jehan de Lobel saura se montrer à chacun digne de remplir la mission difficile qui lui a été confiée. Le frère Jehan de Lobel n'était pas du reste un inconnu à l'Hôtel-Dieu; né, il y a tout lieu de le croire, paroisse Saint-Justin à Montreuil (1), il seconda Jehan Dumont, son prédécesseur, dans les derniers temps de son administration et c'est à ce titre sans doute que son nom se trouve dans une quittance délivrée de l'abbaye de Saint- Josse-sur-Mer, le 17 janvier 15i3 par l'abbé commendataire Gilbert de la Fayette (2).

Cependant, au mois de juillet 1544, Montreuil se voit assiégé de nouveau. Les armées combinées du duc de Norfolk, de lord Russell et du comte de Buren cernent sa nouvelle enceinte. Henri VIIL une fois maître de la place, son plan est de marcher sur Paris où il doit avec Charles Quint disposer du sort de la monarchie française. Mais le maréchal du Biez qui a pris le commandement de la place sait se défendre et avec une garnison de 500 hommes seulement, mais secondé par des lieutenants tels que de la Guiche et de Genlis, de Be- 1 rangieri et de Chiaramonti, il paralyse durant près de trois mois les efforts des assiégeants et laisse ainsi aux troupes du Dauphin devenues disponibles par suite du traité de Crépy, le temps d'arriver et de forcer la levée du siège (3).

Cet événement rendait bien difficile à Jehan de Lobel l'administration de l'Hôtel-Dieu qui, non seulement avait ses salles encombrées de malades et de blessés, de gens de la campagne dénués de toute ressource, mais encore avait ses propriétés des environs dévastées. Cette tache ne le rebuta cependant pas. Les sœurs repartirent solliciter des secours dans les villes que la guerre avait épargnées. Des troncs destinés à recevoir les offrandes des fidèles furent placés dans les églises et les chapelles de la ville, enfin les évèques d'Amiens, comme quelques années plus tôt sous Jehan Dumont, secondèrent^ l'Hôtel-Dieu en lui accordant gratis pro Deo des indulgences pouri ceux qui l'aideraient de leurs biens et lui feraient des aumônes (4).

Henri II était revenu sur ces entrefaites à Montreuil pour sur-l

(i) B 37 Case 5.

(2^ B 12 Case 2.

(3) Louandre t. 11 p. L 8-29 .

(4) A I Case i.

uller les travaux de fortification do la place ainsi que ceux des cités usines. Jehan de Lolx»! Ju^ea le moment ()j)porUin i)()ni' faire valoii* 1< pertes occasionnées à IMIoLel-Dieu par les siè^^es de 15:i7 et 15ii « p;u' les expropriations nécessitées par la construction d'une nou- Wle enceinte. A cet ellet, il présenta au Roi la requête suivante au Mil de la Communauté.

. Uemonstrent très humblement à Vostre Sacrée Majesté les mais- . tre et sonirs de Ihostel Dieu Sainct Nicolas en Vostre ville de Mons- . trœul, supz la mer que, au moyen des guerres et fortifications des .murs, rampars et fossez de la nœufve ville, ledit hostelDieu a perdu en rente quilz avoient droict de prendre sur plusieurs tenements qui pour le jourd'huy sont en la réparation desdictz murs, rampars et fossez de ladite nœufve ville, montant ladite rente perdue à jamais à la somme de dix huit francz quatorze sols tournois ; ensamble que ledit hostel Dieu a esté bruslé du tout à la prinse dud. Monstrœul et la censé dud. hostel Dieu où se prend le nourriture des povres a esté par deux foys totallement bruslée et destruitte pareillement ad cause du siège dernier et que les contés de Boullenois et Ponthieu ont esté bruslees par les ennemis sur lesquelles contés se prend et est tout le revenu dudit hostel Dieu dont pour le jourd'huy est de plus grande partie en non valleur, a esté et est de nécessité ausdictz maistre et sœurs de aller quérir et mendier les aulmosnes aux villes et villaiges circonvoisins. Parquoy plaise à vostre sacrée Maiesté avoir pitié dud. hostel Dieu en accomplissant les œuvres de miséricorde (1). »

' Le Roi prit cette demande en considération, et, sur ses ordres, les î août, 10 et 13 septembre 1547, Nicolas Hourdel, écuyer, seigneur 3 Saint-Aubin, lieutenant général de baillage, A. Bersin, procureur, et pançois d'Ostrel faisant fonctions d'avocat du Roi aux lieu et place 3 Jehan Rouget décédé depuis plus de deux ans et non encore remiacé dans son office, procédèrent à une information au cours de quelle comparurent comme témoins Nicaise Vellet, procureur, coniiller près le siège de Montreuil et greffier de la ville, Pierre Lesiline, échevin, Arnoul le Marchant, tiers mayeur, André Fournier, pocureur et receveur de l'abbaye de Saint-Josse-sur-Mer, et Jehan [orel, lieutenant du bailli de Saint-Josse. De cette information voici eux dépositions en tout semblables à celles des autres témoins. « Nicaise Vellet, procureur et conseiller au siège royal de la prevosté de Monstrœul et greffier des maieur et eschevins de Monstrœul, âgé de soixante six ans ou environ, tesmoing produict par frère Jehan de Lobel, maistre et administrateur dudit hostel Dieu Sainct Nicolas, jure en la présence dudict procureur et advocat du Roy. Interroguiet sur le contenu en ladicte requeste, a dit par serment quil scet avoir appartenu audit hostel Dieu ung grand jardin et appendices nommé les PoulLies séans en la paroisse Sainst Fremin en la rue nommée Tirruyt, auquel les maistre et sœurs dudit hostel Dieu avoient la commodité davoir des poirées et aultres choses nécessaires pour leur maison avœucq de Iherbe pour la

(i) MoDtreuil perdit alors considérablement de son importance et pour mieux I défendre, il fallut restreindre la périmètre de ses murs.

« nourriture de leurs vaches. Et avœucq ce avoient plusieurs rent» « et revenu qui prenoient sur j)lusicurs teiicnieiis estans en ladic « rue Tirruyt, iriontans à la somme de douze livres douze solz cin( « deniers parisis comme il luy est ce jourd'huy apparu par h « comptes dudit hostel Dieu à luy exihez et monstrez par ledit frèi « Jehan de Lohel, niaistre et administrateur dudit hostel Dieu, et « veu deppuy quil est oudit estât de «greffier, environ à trente sixc| « trente huict ans, que lesdicts teuemens se sont vendus et baillés' « rente à la charge des rentes deubes audit hostel Dieu, lesquels ja;; « dins et tenemens et manoirs sont de présent en non valloir au moy(; « que la nouvelle muraille et rempars que Ion a faict en ladicte vilj « sont dessubs. j

« Scet que Guiot Fillesacq tenoit dudit hostel Dieu ung teneraei « séant au dessoubz de lesglise Sainct Jacques vers le porte d» « Larrons, ledit tenement nommé les Gonquinquetz et ce par qu « rante huict solz parisis de rente comme il aveu par lesdictz compte^ « lequel tenement et jardin est maintenant en non valloir au moycj « de ladicte nouvelle muraille qui est supz. ]

« Scet aussi que feu Jehan de Waudricourt, seigneur de Nemponi « tenoit dudit hostel Dieu troys tenemens tenans ensemble dessouji « ladicte esglise Sainct Jacques par dix solz parisis et trois glain^i « comme il a veu par lesdictz comptes, lequel tenement est aussy c;^ « non valloir pour la raison que dessus.

« Ung aultre tenement et jardin quil a veu estre occupé par Jeht^ « Aloue, cordier, ousquel sont maintenant les bollevers de la pori( « du Grand Marchiet dont il rendoit par chascun an douze solz pari^ji « et ung chappon comme il a veu par lesdictz comptes, esquels bc| « levers et fossez est pareillement pour le jourd'huy une masure « jardin que leglise de Nostre Dame en Dernestal tenoit dudit host « Dieu par quatorze solz parisis et trois chappons comme il a veu p « lesdictz comptes.

« Scet que la salle des malades et tous les aultres amasemer' « oudit hostel Dieu en ceste ville de Monstrœul ont esté bruslez pj « les Bourguignons en lan mil cincq[ cent trente sept ouquel au « bruslerrent la dicte ville de Monstrœul, lesquelz lesdictz maistre « sœurs ont deppuy faict réédiffîer au mieulx quilz ont peu. Sy a p « reillement esté iDruslée oudit an une maison et censé avœucq 1) « granges et mareschaussées séant au villaige de Sainct Nicolas a « champs gistant dudit Monstrœul une petite lieue laquelle voit e? « aussy reediffiée bien et suffisamment. Neantmoings elle a eslé « rechief bruslée et en tout demollye en lan mil cincq cent quarai « quatre durant le siège mys devant ladicte ville de Monstrœul p « les Angloix et Bourguignons. Avœucq ce a esté bruslée une aulti « maison appartenant oudit hostel Dieu séant hors la porte du ch^ « teau dudit Monstrœul en quoy ledit hostel Dieu a eu de grand perl^ « au moyen que lesdictes maisons leur servoient fort pour lentre « nement et nourriture tant des sœurs que des pauvres malades esta « en ladicte maison et leur estoient de bonne valeur et revenu. Et i « ce qu'il scet. Signé : N. VELLET.

« Andrieu Fournier, procureur et recepveur de leglise et abba< « de Sainct-Josse, âgé de quarante cincq ans ou environ, tesmoit « produit, jure, et interroguiet comme les précédens, a dit queî « Ihostel Dieu de Monstrœul appartiennent plusieurs rentes tant^

grains, i)luinr {[\\o .'n';j(Mil qnN' s(» piMMidciit sur plusioui's manoii's ot

teiKMiHMis sciliio/ t'ii la i),'ii'()iss(» (liidicL Sniuct Jossc et Mn-Iimout,

Icsciuclz iiiauoii's v[ Iciioiikmis ouL vslù hriisloz ol l'iiN'nez cL (l(3s-

Slruiclz jini' I(\s AuLilnix cL lîoiii'.nuij^iious eu lan mil (•iiic({ cous (\ui\-

h-aiilo (luali'O dui-aiil I(^ sir'^c pai* (miIx mis au (hnaiil do la ville dudit

IMoiisli'dMil (d aussy pai- los Allomaus, lM(d(unoiiLoys, Kspai^uol/.,

! YLalliens (H aulLi'(vs los([uels ont lo;4icz et cam])ez ijai* plusieui's et

Uliverses (bys eu ladicle ten-e de Saiuct Josse et appendices deppuys

ledit siège. Partant les rentes a[)i)arlenanl audit liostel Dieu sont

lumbeez en non valloii*, et quand oi'es lesdictz manoirs seront re-

i tournez es mains des uiaisti'e et sœurs et administrateurs dudit

hostel Dieu ils nen i)olront.

« Scet ce que dessus parce qu'il a lunité et conversé plusieurs Ibys audil hostel Dieu, servy les plais audict Sainct-Josse pour un^^ lier que ledit liostel Dieu tient de ladicle abbaye de Sainct Josse et 'scet aussy que, en cas pareil, la recepte dudict Sainct Josse est grandement dimynuée au moyen desdictes ruynes et au moyen aussy de la mer quy /lue et prend son cours deppuys ledit an quarante quatre parmy les terres, preys, iardins, et tenemens du plat pays de ladicle terre de Sainct Josse au moyen que les arches, nocqz, ' dicgues et royons ont esté rompus durant la guerre dernière. Et estce quil scet. Signé : A, FOUKiNIER.

A ces déposilions il convient de joindre l'avis des commissaires |:iquè leurs :

«... Nous scavons, disent ils, que ledit hostel Dieu a perdu les renies mentionnées en ladicte requeste à raison r:es nouvelles murailles, rempars et bollevers que Ion a faict en ladicte ville pour la forlificalion d'icellc et avons veu par déclaration et par le mesnie sur les comptes dudit hostel Dieu, les maisons, manoirs et tenemens sur lesquelz se prenoient lesdites rentes lesquelz ont esté congnuz par les tesmoings dénomez en ladicte information. Sy avons bonne cognoissance de la ruyne tant du corps dudit hostel Dieu faicte en lan mil cincq cens trente sept que la ville dudit Monstrœul fut bruslée que de la ruyne et destruction des deux censés et maisons apjjartenans oudit hostel Dieu, lune scituée à Sainct Nicolas aux Champs quy estoit de valleur de nœufmuidz huict septiers de poix, trois septiers de soucrions, une myne de febves, deux pourcheau x, ung cent de waras, cent et demy de jarbées, ung cent de feurre davaine, ung cent de pesach pour mectre es lictz des pauvres av(rucq la moictié des fruictz dicelle maison et aultres commodités déclarieez es lettres de bail de ladicte censé faict en lan mil cincq cens quarante et ung le seiziesme iour de may dont nous est aparu icelluybail passé pardevant notaires royaulx à Monstrœul signé sur le reploy A. de Ileghes et scellé du sceau royal, laquelle a esté bruslée par deux fois par les ennemysdu royalme assavoir oudit an cincq cens XXXVII et en lan mil cincq cens quarante quatre, de laultre maison séant hors la porte du chasteau dudit Monstrœul laquelle a aussy esté bruslée oudit an quarante quatre, laquelle les sœurs dudit hostel Dieu tenoient en leurs mains et y nourrissoient quelques bestiaulx pour leur vivre. Et quand au bien que ledit hostel Dieu pœult avoir es comptez de Boullenoys et Ponthieu, nous nen scavons aucune chose sinon de ce quy est scitué au terroir de Sainct Josse qui paHilt monter environ vingt [cincq livres de rentes par

« chascun an qui est présentement en non valloir tant à raison de 1 « ruyne notoire à ung chascun que pour linnundation de la mer qu « est eschappée par les arches, nocqz et dicgues quy ont esté rompu « par les ennemys durant ledict siège dudit Monstrœul en ledit an m « cincq cens quarante quatre ouquel hostel Dieu paravant lesdite « guerres et ruynes estoieiit receuz plusieurs pauvres et malades ( « y bien traictez. Encores durant la guerre dernière et deppuys y or « esté receuz plusieurs pauvres souldars, pionniers et aultres gen « malades et tant et sy grand nombre que Ion y en povoit logier. Pou « ces raisons sy plaise au Roy nostre dit seigneur de faire quelqu « bien et user de sa grâce et libéralité audit hostel Dieu il nous sembl « quil lèroit belle aulmosne. Fait et achevé oudit Monstrœul le quin « ziesme iour dudit moys de septembre oudit an mil V^ quarante sepi

N. HOURDEL, A. BERSIN, F. DOSTEREL, POSTEL.

Henri II « ayant esgard et considération aux pertes que ont sup « portées les maistre et les sœurs de Ihostel Dieu de Saint Nicolas d « nostre ville de Monstrœul et à ce quilz aient meilleur moyen de s{ « tisfaire et fournir aux charges dudit hostel Dieu et sustentation de « pauvres qui y surviennent» leur accorda par lettres patentes datée à Fontainebleau du mois d'octobre 1547 une rente annuelle et perpi tuelle de 29 livres 12 sous 5 deniers tournois sur les revenus du comi de Ponthieu (1).

Par lettres données à Paris le 15 février 1549, il renouvelait égc lement les lettres de Louis XII reconnaissant à l'Hôtel-Dieu le priv lège sur le sel qui lui avait été accordé en 1213 par Guillaume comi de Ponthieu et de Montreuil (2)

Jehan de Lobel mourut au commencement de l'année suivante (3]

Philippe GRISEL 1550-52

Le 9 juin 1550, les sœurs élirent le frère Philippe Grisel pour go" verneur de leur maison. L'abbé Jacques de Verlincq, notaire apostc lique à Montreuil, Antoine de Heghes, conseiller du Roi, Jehan ( Hautefeuille, licencié es lois ; Jehan Queval, procureur de l'abbaye t Dommartin, et Nicolas Gaudefroy, chanoine de Saint Firmin à Moi treuil, assistaient à cette élection (4). Mais les calamités qui pesaie sur les pays effrayèrent bientôt le nouveau maître ; ne se sentant p: la force de supporter le fardeau des affaires de l'IIôtel-Dieu dans d( conditions aussi difficiles, dés 1552 il se décida à en abandonner direction et se retira à Saint-Omer où on le retrouve comme curé < Sainte Aldegoude en 1569 (5).

A I Case i.

A I Case i et A 4 Case 10.

E 37 Case 9.

E 37 Case 9,

A 6 Case 10.

Nicolas GAUDEFROY 1552-58

Nicolas GaïKlofi^oy, cliaiioiiio de la collégiale de Saint Firmin le marLyi', desservait la chapelle de rAiicieiiiie Maladrerie du Val (1) lorsque la communauté des sœurs de l'Hôtel-Dieu le choisit pour i^^ouYcrueiir leD Septembre 1552 (2).

Ruedu Tongrlg. — L'HOTEL-DIËU^ dans la seconde moitié du XMl siècle

Echelle O.OOo pour 4 mètres.

De son temps l'Hôtel-Dieu éprouva encore bien des maux dans ses possessions par suite du séjour des troupes impériales dans les environs. Les salles regorgeaient de malades et de blessés, les sœurs avec les faibles ressources dont elles disposaient, avaient peine à leur venir en aide. Aussi s'explique-t-on sans peine l'insistance qu'elles apportaient dans leurs réclamations pour l'acquit des redevances aux quelles l'abbaye de Saint André-au-Bois étaient assujettie] envers elle (3).

C'est pendant ces événements que sur le rapport du vénérable fpère Robert, prieur de Notre-Dame-des-Près, le Prieur de la Grande Chartreuse adressa le 23 avril 1554 à Nicolas Gaudefroy et aux sœurs Catherine Pérache et Marguerite Porcq des lettres de participation aux prières et bonnes œuvres de son ordre en considération de l'afieclion que portaient les maîtres et sœurs envers la chartreuse de Neuville (4).

Selon toute apparence, les malheurs que ces deux maisons avaient éprouvés pendant les guerres n'avaient fait que rendre plus étroites les relations qui s'étaient établies entre elles au moment où Maître Poullain mettait en ordre ses Archives. Gomme les sœurs de Montreiiil qui avaient dû aller chercher un asile à Abbeville après le siège de 1537, les Chartreux s'étaient vus contraints à se rendre à la Ghar-

(i) B 35 Case 9.

(2) E 37 Case 9.

(3) Antoine Boubert, Chronique de l'Abbaye de Saint- André-au-Bois*

(4) A I Case i.

treuse de Thiiison prés d'Abbeville dans l'impossibilité où ils se trouvaient de rester dans leur monastère ou d'habiter leur maison de refuge de Monti*euil qm était complètement détruits, et cette com- , mune infortune n'avait fait que contribuer à resserrer leurs rapports. 1 Ainsi le démontre également la présence en 154'^ de Dom Jehan ' Rohault, prieur de Saint-IIononi à l'élection du frère Jehan de J^obol comme gouverneur de l'Hotel-Dieu (1). Est-ce à dire pour cela, comme il a été dit ailleurs (2), que les lettres de participation auraient été accordées aux sœurs pour être venues au secours des religieux privés de toute ressource ? Ce serait, à n'en douter pa.s,. aller trop loin, j Grâce aux aumônes qu'elles avaient recueillies dans te cours de leurs voyages enPicardie et enNormandie,les sœurs étaient de retour à Alontreuil avant qui lesCharlreux eussent reprisp ossession de leur maison. Mais la gi'ande gêne qu'elles mômes éprouvaient dans l'accomplissement de leur mission leur interdisait toute libéralité pécuniaire et l'on ne doit voir dans l'acte des Pères Chartreux qu'un témoignage de leur reconnaissance entre les maître et sœurs de l'Hcjtel-Dieu qui, sans doute pendant l'absence prolongée de ces religieux leur avait rendu des services pour la conservation et la surveillance de leurs biens si exposés aux ravages de l'ennemi. Peut être encore lui vinrent-ils en aide lors de leur retour à NeuA'ille par quelques dons comme ils l'avaient fait déjà dans des circonstances aussi peu favorables en leur fournissant les choses les plus nécessaires telles que « des nappes et « des doubliers » à l'usage de leur chapelle et de leur réfectoire.

La censé de Saint Nicolas qui, le 16 juin 1542, s'était augmentés de 12 mesures de terre provenant de Jehan Bertoult, sellier à Montreuil. et au milieu desquelles passait le chemin de Montreuil à Brimeux, s'accrut encore le 21 août 1556, d'un manoir de quelque importance que l'Hôtel-Dieu acquit d'un nommé Marc Desmarets (3).

Jacques DESMARQUETS

Jacques Pesmarquets, prêtre du diocèse de Thérouanne, fut élu gouverneur au mois d'Août 1558, en présence de Pierre Machecrier, prêtre, notaire apostolique à Abbeville, de Jehan Hanocq, d'Antoine de Heghes et des échevins Henri Lamirand et Hugues UUart. Cette élection fut ratifiée le 8 octobre suivant par Philippe Dey, officiai du chapitre de la cathédrale d'Amiens (4).

Jacques Desmarquets profita des années de calme qui suivirent la signature du traité de Cateau-Gambrésis pour faire disparaître leruines tant de l'Hôtel-Dieu que de la censé de Saint Nicolas. Mais, estil dit dans un titre de 1601, cette maison a maintenant un revenu si faible (sunt nunc redditus ita tenues), les dépenses occasionnées pai l'affluence des malheureux sont si grandes qu'à peine peut-il consa-

(i) E 37 Case 9.

(2) L'abbé Ld&hvTe^Histoire de îaChartreue de Notre-Dame des Pm,p.i6o-i6i

(3) B 29 Case 4.

(4) E 37 Case 9.

SI

crer iiiio partie dos dons dos fidèles au relèvement des bâtiments (1^. Jaccjuos Desmaniuets mourut au commencement de Tannée 150î^ laissant (luolquos rentes à l'IIôtel-Dieu « afiin destj*e es prières et « bieniaictz d'icelluy (2). »

André de la PLACE 1562-83

Le 24 juin 15G2, la Communauté des sœurs élit le frère André de la Place pour «gouverneur (3). L'évêque d'Amiens approuva cette élection et, peu de temps après, il renouvelait les indul<,^ences que ses prédécesseurs et lui môme avaient accordées à l'Hôtel-Dieu en 1540, 1544, 1545 et 1501 (4). En 1502 et en 1564, il fit publier au prône des églises et chapelles des soixante quatorze paroisses du doyenné 4e Labroye que, pour faire usage de lait et de beurre pendant le Carême, chacun payerait 5 deniers à l'Hôtel-Dieu de Montreuil ou 10 deniers

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