MÉMOIRE PHYSIQUE ET MÉDICINAL, PAR THOUVENEL
— Le docteur Thouvenel , homme de mérite et de savoir, chargé par le roi de faire un travail sur les eaux minérales de France , profita de la faculté de Bleton, et Tétudia avec soin. En 1781, il publia un Mémoire physique et médicinal sur la baguette. * Cet
* Mémoire physique et médicinal montrant des rapports évidents entre les phénomMies de la baguette divinatoire , du magnétisme et de l'électricité, par T*** ; Londres, 1781,1 vol in-8«. Trois ans
ouvrage, et tout ce que I'od racontait du sourcier , excita fort la curiosité des habitants de la capitale ; aussi, on peut dire queBleton fut reçu à Paris avec enthousiasme , au printemps de 1782.
BLETON A PARIS. — Il j fit bcaucoup d'expéricnces suivies par un nombre immense de personnes. Celles qui eurent lieu au Luxembourg , au Ghâteau-d'Eau , à Ârcueil, etc., réussirent parfaitement; mais à Sainte-Geneviève et dans quelques autres endroits , Bleton se trompa , ce qui porta un grand préjudice à sa réputation. On peut pourtant as$urer qu'à peu d'exceptions près, les nombreuses fouilles qu'il fit entreprendre eurent d'heureux résultats ; cela vient certainement de ce que, dans les recherches de sources , seul ou entouré de peu de personnes , il n'était point troublé comme dans des expériences publiques où il entendait de toutes parts des quolibets. L'émotion qui , chez beaucoup de personnes , occasionne un tremblement nerveux très fort, pouvait très bien, chez Bleton, annuler l'action des sources, ou du moins devait la contrarier fortement.
Un puissant parti s'éleva contre notre sourcier. A cette époque, il était de bon genre de ne rien croire ; aussi niait-on la baguette sans l'étudier ,
après, parut : Second mémoife physique^ et médicinal, par T*** ; Londres, 1784, 1 vol. jd-S".
et répétait-on ces mots, insérés peu après daos Y Encyclopédie : « On peut être bien sûr que jamais la baguette n*a tourné qu'entre les mains des charlatans et des fourbes qui se sont fait un jeu d'abuser de la crédulité du peuple. ^ » Cependant , comme des personnes instruites, des hommes du monde et des gens de bien jouissaient de la faculté de la baguette , on ajoutait : a Les gens pauvres font tourner la baguette pour gagner de l'argent ; les riches, pour acquérir une petite célébrité ; des personnes de bonne foi, par un effet de l'imagination. » Avec ces quel* ques mots , on répondait à tout , et l'on se dispensait du travail qu'aurait nécessité une étude sérieuse entreprise de bonne foi.
LALANDE COMBAT LA BAGUETTE. -^ Lalaudc , qUt
exerçait un pouvoir despotique sur l'opinion des savants , avait avancé le système d'une nappe d'eau universelle. Les sources détruisaient cette hypothèse ; aussi il combattit vivement la baguette , disant qu'il n'était point*étonnant que les fouilles faites sur les indications de Bieton réussissent , puisqu'il y avait de l'eau partout. Il ignorait donc que sur les indications de ce sourcier , à Mont-Pâté, en Bourgogne^, et
* Encyclopédie méthodique ^ Diciionnaire de physique, 1793 à
* I*' Mémoire de Thouvenel , iii« section.— Noie d*un ancien capitaine.
dans bien d'aatrés lieux , on avait Crouvé de Teau à quelques pieds , tandis qu'à côté , un puits très profond avait été creusé inutilement. 11 ignorait surtout que dans les lieux désignés par Bleton , ce n'était pas une nappe d*eau qu'on trowvaît; ce n'était pas de l'eau arrivant de tous les côtés , mais bien une source, un cours d'eau venant d'un point et s'écoulant par un autre.
Ce célèbre astronome, après que Bleton eut parfaitement indiqué les conduites d'eau du Luxembourg , ne sachant plus que répondre, dit :
— J'ai écrit contre' Parangue , je suis de trois académies , et vous voulez que je croie à ces sottises-là.
Enfin , il était de ces personnes qui avouaient hautement « qu'elles ne croiraient pas même en voyant ; » le fait l'a prouvé.. Ce fut lui qui , par ses écrits et ses paroles imposa son sentiment à Paris et à la France entière. Ce savant, qui régnait sur l'opinion publique, «'est pourtant plus d'une fois étrangement opposé à Ja vérité. Pour preuve , je me contenterai de citer le j)assage suivant , extrait d'une lettre de Lalande aux rédacteurs du Journal de Paris ^ 23 mai 1782 : c< II y a si longtemps, Messieurs, que vous parlez de bateaux volants et de baguettes tournantes, qu'on pourrait penser à la fin que vous croyez à toutes ces folies , ou que les savants qui coopèrent à votre jour-
nal, n'ont rien à dire pour écarter des prétentions
aussi absurdes Il est démontré impossible dans
tous les sens qu'un homme puisse s'élever ou môme se soutenir dans l'air. x> Quelques mois après, d'audacieux aéronautes , couchés dans les nacelles de leurs ballons, vinrent lui donner un démenti formel. Un anonyme lui répondit, dans le même journal, une lettre fort verte. « Au surplus , y est-il dit , si on trouve quelque chose à reprendre dans les écrits de M. Lalande, du côté de la modestie, de la civilité et de la saine logique, il faut considérer qu'accoutumé à errer autour des comètes dans les vastes régions empyrées, il doit être peu familier avec les usages de notre petit monde sublunaire. »
DES PERSONNES FONT TOURNER LA BAGUETTE ARTI- FICIELLEMENT. — Plusieurs personnes réussirent à faire tourner artificiellement la bagyette; bien mieux, le physicien Charles la fit tourner sur les doigts d'un automate. On en conclut que Bleton était un charlatan , ne réfléchissant pas que la baguette n'est qu'un instrument et un moyen accessoire , qui ne tourne que parce qu'elle est tenue dans une position favorable à ce mouvement , et dans un équilibre très instable. Alors , la moindre agitation nerveuse occasionnée par les sources , détermine la rotation.
Bleton , lassé par toutes les tracasseries qu'il éprouvait à Paris , revint en province ^ où , malgré
les savants » il continua à jouir d'une grande réputation. *■
PENNET, SES EXPÉRIENCES A FLORENCE. -^ PeU
d'années après Bleton, parut Pennet, comme lui dauphinois , comme lui éprouvant de fortes sensations sur les sources et les métaux. Le docteur Thouvenel , tout à fait à la fin du siècle passé et au commencement de celui-ci, a fait de nouvelles expériences sur la baguette avec ce sourcier , et il le mena en Italie.
À Florence, l'académie consentit à faire une expérience décisive. On choisit un terrain qu'on divisa en vingt-quatre compartiments ; dans sept ou huit , on cacha de l'or et de l'argent en plus ou moins grande quantité. Pennet devait , avec sa baguette , désigner les carrés qui contenaient le métal , et indiquer l'espèce et la quantité. Le terrain , préparé d'avance , fut entouré d'une forte palissade. Pendant la nuit qui précéda l'expérience , on surprit Pennet
* Tons les joarnanx do temps s'occupèrent de Bleton et de la baguette, Yoici ceux que j*ai consultés.
Observations sur la physique , juillet 1782, p. 58.
Journal de Paris, 1782 , 24 mars , 13, 21, 23, 26 mai , 2, 12, 16, 26, 29 juin , 11 juillet, 12, 16, 18 août, 6, 24 septembre; 1783, 14 et 17 ayril ; 1784, 4 janvier , 22 février , 13 et 20 juillet , 9 septembre.
Mercure de France, 1782, avril, p. 123; 1783, juin, p. 28.
Journal des savants, in -4", 1781, septembre, p. 623; 1782, in'4<» , août , p. 558.
escaladant Tenceinte : on dit aussitôt que la bagaette était une jonglerie, le Dauphinois un charlatan, et Thouvenel une dupe , à quoi jce médecin se contenta de répondre que a le défaut de moralité de Pennet n'avait aucun rapport avec sa faculté physique. »
SENSATIONS Qu'ÉpROuvAiT PENNBT. — Spallanzaui ^ écrivait à Tabbé Forlis, le 24 juillet 1791, qu'ayant assisté à des épreuves hydroscopiques , il a vu à que lorsqu'il se trouvait avoir les pieds sur l'eau courante au-dessous de la surface , Pennet ^^tait en convulsions; que les haitemeais de son pouls dèveuaHent très rapides ; que la prundle de ses yeux se dilatait , et que la baguette , pourvu qu'elle fût mince et flexible, tournait sur ses doigts. x> Voici, d'après l'abbé Fortifi , le portrait deTennet : « Il a d'abord la vue très basse ; il n'est pas «n état d'entendre le bon italien , et bien moins le baragouin lombard ; il a de l'esprit comme un automate , et de l'argent comme un capucin. Au surplus^ il ne faisait pas une spéculation d'intérêt ni de gloire, lorsqu'il se prêtait k faire des expériences; il y allait tout bonnement comme un homme qui croit avoir une sensibilité particulière. ^ »
Pennet est mort à Grenoble, il y a quelques années.
* Mémoires pour VHiitoirê naturelle de Vltalie, par Talibé Fortis; Paris, 1S02, tom. II, p. 200.
* L*abbéForUs, Mém, HUt, natur, Italie, vol. .11, p. 2tl, en note.
MÉMOIRES SUR L*AÉROLOGIE ET l'ÉLEGTROLOGIE.,
PAR THOUVENEL. — Apfès SCS deux Mémoires physique et médicinal , le meilleur ouvrage qu'il ait écrit sur la baguette , Thouvenel publia plusieurs brochures ou volumes sur le même sujet. ^ Eu 1806 , il fit imprimer à Paris des Mélanges d'histoire naturelle • de physique et de chimie ; Mémoires sur Vaérologie et VéleC'trologie, ouvrage divisé en deux parties , par M. P. Th..., 3 vol. in-8^ ; la seconde partie, 2 vol., est entièrement consacrée à la baguette ; elle se compose de morceaux détachés écrits à diverses époques, contenant, au milieu d'une foule de répétitions, des faits très intéressants et des observations curieuses. L'auteur , comme dans tous ses ouvrages , range les phénomènes hydroscopiques parmi les phénomènes électriques , seulement , au lieu de les expliquer amplement par Télectricité ordinaire, il s'efforce à grand' peine de les rapporter au galvanisme , ce qui est bien moins exact.
* Voici la liste de ces Yolomes et brochores. Je ne les ai point vos ; je les indique d'après ce qu'en dit Thouvenel lui-même dans ses Mémoires mr Vaérologie et Vélectrologie.
Réiumè sfêT lê$ expériences d*êleetroméirie , par le docteur T... , a vol. — V vol. 1792 , Milan. — II» vol. 1792 , Brescia.
Trois brochures successivement publiées à Vérone , à Vicence çt à Venise, depuis 1793 à 1796. Enfin, la guerra di dieei anni; pendant ces dix ans de guerre, il ne parut, en Italie, que cinq pamphlets contre la baguette , dont deux anonymes ; parmi les trois autres, il en est un qui est de Spallanzani.
SYSTÈME DE FORMEV. — Précédemment Formey , secrétaire de l'académie de Berlin , avait comparé l'action de la baguette à ^'action du barreau aimanté. *
L'abbé Forlis , l'abbé Amoretti , secrétaire de ïa société patriotique de Milan, le chevalier Lorgna , fondateur et président de la société italienne des sciences exactes, etc.» et Rltter, de l'académie de Munich, étudièrent aussi la baguette et l'expliquèrent au moyen de l'électricité ou dit galvanisme.
MÉMOIRES POUR SERVIR A l'hISTOIRE NATURELLE
DE l'italie, par fortis. — Dàns ses Mémoires pour servir à l'histoire naturelle de V Italie, Paris, 1802 , 2 vol. in-8^ , l'abbé Fortis s'occupe longuement de la baguette ; c'est sans contredit ce qui a été écrit de mieux sur ce sujet. Fortis ne croyait pas à l'hydroscopie. Etant à Naples, il rencontra Thouvenel chez le général de Salis.
— Je sais bien , Monsieur , lui dit le médecin français en l'abordant , que vous n'êtes pas de ma religion.
— Ma religion, répondit Fortis , est toujours celle de la vérité bien reconnue : si vous réussissez à me démontrer celle que vous annoncez , vous pouvez
* Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, arts et métiers, ^i Encyclopédie méthodique , physique » articles Bagaetle divine et Rabdomantie.
compter sur un prosélyte qui ne manquera pas de la prëcber à son tour aux incrédules.
On était à table; sitôt que le repas fut fini « Thouvenel fit faire des expériences à Pennet ; elles furent toutes couronnées du plus brillant succès, ce qui convertît Tabbé Fortis.
AMORETTI ET VINCENT ANFOSSI. Amorctti s'cSt
aussi montré un grand partisan de Tbydroscopie, il la défendit cbaudement avec sa plume. ^ Il possédait lui-même la faculté de la baguette , mais à un faible degré ; pour ses expériences, il se servait d'un petit domestique nommé Vincent Ânfossi. La mère de Vincent , veuve et chargée de quatre enfants , n'avait point d'autre moyen de subsistance, que le métier de jardinière. Âmoretti se chargea du jeune Vincent, alors âgé seulement de dix ans. La baguette tournait très bien entre les mains de cet enfant ; mais à cause de l'étourderie bien naturelle à son âge , il n'avait jamais fait attention aux sensations qu'il éprouvait. Etant un jour avec Amoretti sur une veine d'eau :
— Fais attention, lui dit celui-ci, si par hasard tu ne sentirai» pas l'eau .
* Amoretli a beaucoup écrit sur la baguette. Voy. son Istoria dreve, etc., Histoire abrégée du galvanisme et Opusculi su le scienze e su le arti ; Milan , in-4«>, tom. XVl , XVII, XX. — Fortis , Métn, hist. nat, d'Italie , p. 148, nous apprend qu'en 1802 Amoretli mettait la dernière main à une Histoire critique et physique de la rabdomancie. Je ne sais si cet ouyrage a paru.
— Je n'ai pas de baguette, répondit Anfossi.
— C'est égal» écoute-toi bien ; sens-tu quelque chose dans tes pieds ou dans quelque autre partie du corps ?
L'enfant se recueille , et tout-à-coup il s'écrie en son patois :
— If et me grilla: Je sens un chatouillement aux pieds.
— Je ne te comprends pas, reprit Amoretti : qu'estce que signifie ton chatouillement aux pieds ? A quoi ressemble-il ?
L'enfant, après un peu de réflexion, répartit.
— Il me semble que mes pieds s'enfoncent, comme lorsque je marche au bord de la mer sur le sable mouillé.
— Que tu es bête ! ne vois-tu pas que tu marches sur de gros galets bien secs ? tes pieds ne sauraient s'y enfoncer.
— Je le vois bien , répondit-il; mais malgré cela, ils s'enfoncent du côté des talons.
Il avait alors le visage tourné du côté où fluait la source; en se retournant, il ressentait une sensation qui lui faisait croire que ses pieds s'enfonçaient du côté des doigts. Sur les sources, Anfossi éprouvait de la chaleur aux jambes et son pouls devenait irrégulier. *
* Forlis, Mém, hi»U nat. d'Italie, IV vol., p. 255 €t 187, 188.
UVDBOSGOPfiS OBSERVÉS PAR AMORETTI. AmO-
retti a observé ud grand nombre d*hydroscopes. « Le père Amoretli, septuagénaire, d'une moralité sans facbe, rhonnète dame Gandolfi, le bonhomme Bellone» le chanoine Pizzi , ecclésiastique septuagénaire très estimé , M. Cravari , jeune homme bien élevé , cultivant les lettres , quatre individus de la famille Gassina qui mérite la réputation d'honnête et de cultivée, Tun d'entre eux , homme de lettres connu par différents ouvrages et particulièrement par ses Institutions de philosophie morale ; la marquise IsotteLandi, née Pindemonti , sœur du poète représentant de la Cisalpine, et Tabbé Calamini, professeur de physique à Borgo-San-Donnino. »
CAMPETTI SE SERT d'uN PENDULE POUR TROUVER LES
SOURCES. — Ritter étudia Thydroscopie avec un nommé Gampetti; né sur les limites du Tyrol et de ritalie. Ce fut en voyant Pennet que Gampetti découvrit sa faculté. Non-seulement il se servit de la baguette , comme le Dauphinois , mais encore il employa pour ses recherches un pendule. (Fig. 4.) G^était le plus souvent une pyrite suspendue à un fil. Il fit avec ces deux instruments , en 1807 et 1808, de nombreuses expériences à Munich. *
* Morgan Blatti 1807, joarnal de Tublnge, et les Archives litté^ raires de la même année.
M™® LATAL SE SERT AUSSI DD PENDULE. L'uSage
du pendule s'est conservé, il est encore quelques hydroscopes qui s'en servent. M^^ Latal , habitant la commune de Meylan, près de Grenoble , découvre les sources d'une manière certaine. Son mari a souvent, à ses risques et périls , entrepris des travaux sur ses indications.
Elle se sert d'une boule suspendue à une ficelle de trente centimètres de long environ. Avec le pouce elle tient l'extrémité de la ficelle appuyée sur la partie extérieure de l'index , de sorte que la boule tombe en dehors de la main. Lorsqu'elle approche d'une source, ce pendule qui était immobile, preâd un léger mouvement d'oscillation qui indique de quel côté est le courant souterrain. Arrivé tiessus , le mouvement d'oscillation change de direction et prend de l'intensité, il se fait dans le sens du courant. Cet instrument hydroscopique donne de bonnes indications , mais il est d'un emploi difficile , exige une grande attention si on veut avoir des résultats certains, et surtout demande beaucoup de temps.
H. LE CURÉ GUBIT ET l'aBBÉ CHATELARD. DaUS le
courant de septembre 1849, j'ai eu le plaisir de rencontrer M. Cubit , curé de S(e-Hélènc-du-Lac , en Savoie, qui découvre aussi les sources au moyen du pendule , mais sans s'en occuper d'une manière spéciale et lucrative. Il emploie tout simplement sa mon-
ire (Fig. 4), suspendue à une chaîne formée par des anneaux de métal. Dans la propriété du général Pillet, nous avons réciproquement contrôlé nos indications , et nous nous sommes toujours trouvés d'accord pour le point où coule la source , mais non pour la profondeur.
Il est aussi en Savoie un autre ecclésiastique fort connu, qui parcourt le pays pour indiquer les sources: c'est Fabbé Cbatelard. Il prétend les découvrir au moyen de la géologie, ce qui ne Tempêche pas d*avoir toujours à la main sa montre ou un petit sac noir contenant un corps qu'on ne peut pas voir. La géologie ne donnant pas d'indications certaines pour préciser les points où coulent les eaux , il est tout simple de présumer que Tabbé Cbatelard, malgré son dire, n*agit que d'après les indications du pendule.
MANIERE DE SE SERVIR DU PENDULE. GrâcC aUX
obligeants conseils de M. Gubit, je suis parvenu à me servir du pendule aussi bien que de la baguette. Il faut le tenir suspendu devant soi, en lui imprimant un léger mouvement d'oscillation perpendiculaire au corps. On coupe les pentes, et sitôt que l'on passe sur les sources, la secousse nerveuse qu'éprouve le bras suffit pour faire changer le mouvement du pendule ; il devient alors parallèle ou oblique au corps, suivant la direction que suit l'eau. En continuant la marche, la secousse cesse et le mouvement perpendiculaire re-
commence de lui-même. A une certaine distance, une nouvelle secousse vient momentanément arrêter ou troubler te mouvement ; c'est ce qui indique approximativement la profondeur. Mais j'ai cru remarquer , d'après les expériences que j'ai vues, cpie cette indication est généralement trop faible ; l'eau se trouve très souvent plus profonde que ne l'indique le pendule.
L'usage du pendule , de même que celui de la baguette et de tous les instruments , se perfectionne par Fétude et la pratique ; aussi ne faut-il pas se décourager quand « de prime abord « on ne peut en faire usage qu'imparfaitement.
Depuis que j'ai vu M. Cubtt, je me sers parfois de ma montre pour bien reconnaître la direction des cours d'eau souterrains. Le pendule , dans ce cas , donne de précieuses indications.
AUTEURS QUI ONT PARLÉ DU PENDULE. ThoUVencl
avait, dès 1786 ou 1787, annoncé dans les journaux de Paris une suite d'expériences sur le pendule. L'abbé Fortis alaissé en mourant un curieux Mémoire sur lespendules éleetromètres^ qui a dû être inséré dans le XIIP volume de la société italienne. Quant à Ritter^ non content de faire servir le pendule à trouver des sources ou des métaux, il prétendit par son moyen découvrir quel était le genre d'électricité de chaque corps, et reconnaître des polarités à tous les objets , par exemple, aux deux côtés d'une pomme , d'un
œuf, aux diverses parties^ du corps, etc. Le docteur GerboÎD , professeur à l'école de médecine de Strasbourg , fit des expériences^nàlogues. Il les publia en 1808 , sous le tiii^e de Recherches expèriifnentales sur un nouveau mode de V action électrique. Il y a quelques années, M. N. Uéissas présenta à l'Institut , au nom du chevalier de Briche, ancien secrétaire général de la préfecture d'Orléans, un Mémoire sur le pendule qui , sdon lui , oscille dans le sens du méridien, lorsqu'il se trouve sur le centre de gravité des corps. *
On a reconnu que les diverses indications du pendule , excepté ce qui a rapport aux sources , provenaient de l'intention de l'expérimentateur ; sans le vouloir, il imprimait au fil un léger mouvement dans le sens de ses idées. Cet effet nerveux est constant toutes les fois que l'on tient son esprit fortement tendu et que l'on désire vivement obtenir un résultat.
l'abbé PARAMBLLE tRODVE l'eAU PAR UNE SENSA- TION. — De nos jours , il est un bydroscope qui a une grande réputation, c'est l'abbé Paramelle, du village de St-Géré (Lot). Il n'a pas besoin de se servir d'instrument, du moins d'une manière apparente. Profitant de cet avantage , il met sur le compte de son
* Ce mémoiro a été imprimé p. 178 du IP vol. des Nouveaita; éléments de physique , par N. Afeissas ; Paris , 1838, in-12.
savoir les découvertes qu'il doit i^ une çeusibilité (ouïe particulière.
— C'est au moyen de mes connaissances géologiques, dit-'iU que je reconnais les lîeux où coulent les sources ; bien mieux, ces connaissances me permettent de désigner à peu près la grosseur et assez exactement la profondeur.
Le fait en lui-même est vrai: l'abbé Paramelle indique très bien la position des sources , leur volume , et se trompe rarement sur leur profondeur. De tous leshydroscopes , c'est peut-être celui qui a le mieux obtenu ce dernier résultat. Ses prédécesseurs se trompaient souvent sur ce point ; lui , rarement. Mais ce qui est faux ., c'est l'explication qu'il donne de ses découvertes. Ce n'est point le fruit d'observations géologiques, science dont il ne possède tout au plus que les principes. Et quand bien même il la posséderait parfaitement, il lui serait impossible par son moyen de connaître exactement le lieu où coulent les sources, et d'en apprécier la profondeur ; aucun point de cette science n'est plus obscur. Les maîtres, Elie de Beaumont , Brongniart , Cordier, Constant Prévost , etc., sur ce point, n'en savent pas plus que leurs élèves. Enfin, quelque savoir qu'il ait acquis, s'il trouvait les sources au moyen de ses connaissances géologiques , il tâtonnerait, ce qui ne lui arrive pas. Bien plus , il ne pourrait pas indiquer exactement les sources dans
les lieux où, sur une vaste étendue , comme dans les villes , le sol se trouve bouleversé et rapporté ; il ne pourrait pas non plus, ainsi qu'il le fait, aller dans n*importequeldépartement, indiquer lescouranls d'eau souterrains; le sol changeant suivant les localités, il lui faudrait tout d'abord étudier les terrains de chaque endroit. Comment trouve-t-il indistinctement , sans nouvelles études, les sources aussi bien dans les terrains de formation ignée et volcanique que dans les terrains de formation aqueuse ; dans les roches anciennes et secondaires, que dans les dépôts tertiaires, clysmiens et d'alluvions; dans les terrains les plus durs, les plus solides , que dans les terrains désagrégés et mouvants.
Une dernière considération très forte et plus que concluante , c'est que, comme tous les autres hydroscopes, il indique très bien les sources et ne peut trouver les nappes d'eau, les eaux artésiennes. Pourtant, grâce aux habiles recherches de M. H6ricart-de- Thury, les géologues, qui étaient impuissants pour ce qui regarde les sources , ont sur les nappes d'eau des données presque certaines, données que les nombreux travaux des Dégousée et des MuUot viennent contirmer tous les jours.
Ce qui prouve , dit-on , que Tabbé Paramelle se sert des données géologiques, c'est qu'il indique les sources à distance. Ce raisonnement ne prouve rien.
Sans être obligé d'admettre que l'abbé Paramelle reconnaît Teau par la vue des traînées de vapeur , ce qui expliquerait très bien les indications à distance, il suffit de savoir qu'il n'est pas un hydro'scope ayant fait quelques recherches qui ne parvienne à reconnaître l'existence d'un certain nombre de sources , rien que par les signes extérieurs et surtout par la configuration du sol. L'abbé Paramelle , toutes les fois que l'occasion s'en présente , se sert delà connaissance qu'il a de ces signes et de l'habitude qu'il a de les apprécier» pour éblouir et surprendre les personnes qui l'entourent. Souvent il m'est arrivé de produire le même efiet par le même moyen. BÉTAILS SUR l'abbë PARAMELLE. — L'abbé Paramelle s'occupe de la recherche des sources depuis plusieurs années. Il s'est acquis une grande célébrité dans le midi de la France ; aussi , est-il fort consulté. Quand, dans un département, plusieurs personnes désirent l'avoir , on ouvre une liste de souscription sur laquelle s'inscrivent tous ceux qui désirent faire faire des recherches ; cette liste lui est envoyée ; s'il en reçoit plusieurs , il va dans le département où il y a le plus de souscripteurs. Au printemps ou en automne , époques de ses explorations , il se rend au chef-lieu du pays qu'il doit visiter ; là , il organise ses courses. Le prix varie suivant que le pays est plus ou moins éloigné du département du Lot ; chaque source coûte de 15 à 35 francs.
Cet hydroscope est grand et sec , très origmal. Sitôt qu'il arrive chez un souscripteur, il attache son cheval à un arbre, refusant qu'oB le mette à Técurie, et il ne veut absolument rien accepter ; il s'occupe de suite de son opération , parcourt la propriété en tous sens, à grands pas, regarde bien de toutes parts, dit le nombre de sources qu'il a reconnues; la profondeur à laquelle elles «e trouvent, et s'il y a moyen de les faire fluer ; puis il va chez le souscripteur voisin.
Il parle très peu , on enire dif&cilemenl en conversation avec lui ; aux questions qui lui sont adressées, il répond d'une manière évasive et de suite parle d'autre chose. Vous désirez causer sur sa faculté de découvrir les eaux , il vous racontera l'histoire de Napoléon ; il aime beaucoup parler de l'empire , c'est un sujet qui ssl connu de tous.