‹ Histoire de l'hydroscopie et de la baguette divinatoireChapitre 16 sur 17 · LES JÉSUITES APPRENNENT QUE JE DÉCOUVRE LES · texte numérisé non relu

LES JÉSUITES APPRENNENT QUE JE DÉCOUVRE LES

SOURCES. — C'était pendant les vacances que j'avais découvert ma faculté. Au moment de retourner à Cbambéry, chez les Jésuites où j'étais au collège , ma mère me recommanda fort de ne pas dire que je faisais tourner la baguette, de peur que , renouvelant trop souvent <;ette expérience, ma santé ne vienne à en souffrir. Je gardai le plus strict silence ; mais les pères, grâce au système d'inquisition qui se pratique dans leurs collèges , eurent bientôt connaissance du fait. Le supérieur , le père Teiller, demanda à ma mère la permission de me faire faire quelques recherches ; cette permission lui fut donnée. Je parcourus rétablissement , et j'indiquai un endroit placé sous les cuisines. Des fouilles furent entreprises , et envi-

roD à trois mètres de profondeur , on découvrit une fort belle source qui suffit largement à tous les besoins de la maison, malgré son grand accroissement. Plusieurs fois , avec Mgr Martinet- , archevêque de Cbambéry, on me fit faire des recherches dans les environs de la ville. J'indiquai deux sources aux dames du couvent de Lémenc ; c'était dans un calcaire vif. Elles firent entreprendre des travaux et trouvèrent Teau. Ces dames me chargeaient de bonbons et me faisaient cadeau de jolis objets de piété ; aussi, je prenais goût à aller chez elles. Quant aux pères jésuites ,ils avaient été moins généreux que les bonnes religieuses : la belle source que je leur trouvai me valut une petite image et leur bénédiction.

LE PÈRE BOULOGNE Bf*EX0RCisE. — Une fois en possession de Teau , ces braves jésuites eurent un scrupule. Le père Boulogne , ministre ou supérieur des élèves , me fit venir chez lui. J'avais alors douze ans^

— Mon enfant, me dit-il avec un grand sérieux , êtes-vous bien sûr qu'il n'y a rien de diabolique dans la faculté dont vous jouissez ?

— Je ne crois pas, mon père, répondis-je : jamais je n'ai fait de pacte avec le diable ni eu envie d'en faire.

— J'en suis persuadé , reprit le jésuite , mais le malin esprit est bien fin. Et puis il faut distinguer : il y a la possession et Vobsession. Si l'on invoque le dia-

ble, si Ton fait un pacle avec lui, il s'empare de vous, c'est la possession. Mais parfois il asservit des personnes sans qu'elles s'en doutent, il se mef à leur disposition, c'est l'obsession. Vous êtes peut-être obsédé?

Cette belle dissertation terminée, il me conduit près de la source et me fait renoncer à ma faculté si elle a quelque chose de diabolique. Je répète avec la meilleure intention du monde la formule que le père me récite, je recois sa bénédiction avec recueillement, et après un grand signe de croix, je passe sur l'eau. Ma baguette tourna comme auparavant.

— ^^ Maintenant, me dit le père Boulogne encbanté de ce résultat, vous pouvez chercher de l'eau en toute sûreté de conscience.

J'avouerai que ma conscience était peu alarmée : je pouvais, au besoin, opposer atout scrupule la bienveillance que me montrait Mgr Martinet , excellent homme, qui prenait le plus vif intérêt à suivre mes recherches, et qui, presque toujours, venait me chercher au collège lorsque je devais aller quelque part.

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