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CROYANCE AUX HYDROSCOPES DANS LE DAUPHINÉ

Il m'est souvent , trop souvent arrivé de trouver des incrédules. Pendant que la société de géologie était dans le département de l'Isère, il fut un jour question à table de la baguette: presque tous les convives étaient incrédules; on plaisanta beaucoup et puis tout fut oublié, on ne songea pas même h faire des expériences que j'avais proposées.

QuàDt h ce qui est da peuple des montagoes du Dauphioé, il croit beaucoup à la baguette. Parfois , dans mes courses géologiques, aérant le sac. sur le dos et les marteaux au côté, il m'est. arrivé d'être accosté par des paysans qui me priaient de leur chercher de Teau, pu bien de leur indiquer où était une mine qu'ils espéraient avoir dans leur petit champ. Si je leur répondais que je ne faisais pas tourner la baguette, ils souriaient d'un air incrédule , et me disaient que je ne voulais pas laisser voir mon secret.

Il est dans ces montagnes des hommes qui passent tout leur temps à chercher des filons avec des baguettes ; mais ils ont bien soin de ne pas dire qu'ils s*en servent, parce que les ingénieurs des mines se moquent d'eux et ne veulent pas les écouter. J'ai pourtant entendu dire à Tun des plus distingués, Alex. Bcongniard, professeur au Jardin-des-Plantes, membre de l'Institut, qu'il y avait du vrai dans ce moyen de trouver les filons, mais, ajoutait-il , c'est entouré de beaucoup charlatanisme.

MAMANIÈRE DE TENIR LA BAGUETTE. Quaud je

me sers de labaguette, j'emploie la fourchure dont j'ai déjà parlé, et je la tiens comme les autres hydroscopes. (Fig. 1.) Je pourrais tenir cette baguette de plusieurs autres manières; H suffit , pour qu'il y ait action, qu'elle fasse ressort et qu'elle tende à reprendre sa forme ordinaire. Ainsijepuisla. poser sur les mains.

de sorte que les index appuient sur le milieu des branches en dehors » et les pouces sur les extrémités en dedans ; en écartant les mains , on plie les branches qui tendent à glisser entre les doigts pour reprendre leur position ordinaire. Sur les sources \ ce mouvement se fait naturellement et la baguette saute devant moi.

Une manière de tenir la baguette qui , bien que moins sensible que les précédAites , peut être commode quand on veut faire des recherchejs sans être remarqué , c'est décroiser les branches delà baguette, de sorte qu'elles forment un 8. On met le pouce dans Touvcrture du côté de la tête, et l'index dans celle du côté des extrémités. Ces branches cherchent à se détordre, mouvement qui s'effectue quand on arrive sur les sources.

Je mé suis aussi servi d'une petite baguette droite, mince, de douze à quinze centimètres de longueur. J'appuie les extrémités contre le pommeau de chaque main, de manière à l'arquer un peu , et je la soutiens en Tappuyant sur 4a dernière phalange du médium de la main droite , et en posant légèrement dessus les extrémités du pouce et de l'index de la même main. (Fig. 3.) J'imprime à cette petite baguette un mouvement très libre de rotation de haut en bas ; lorsque j'arrive sur les sources, ce mouvc.ment change, il se fait plus ou moins rapidement de bas en haut ,

et il reprend sa première direction lorsque je dépasse le lieu sous lequel coule Teau. Pour se servir de celte baguette, il faut que la sensation soit déjà assez forte; mais elle est d'un emploi très commode, et il est facile d'opérer sans que personne s'en doute. A une certaine distance de la source , il se fait un nouveau mouvement de rotation de bas en haut , c'est le point de profondeur.

SENSATION QUE j'ÉpftouvE. — Habituellement je ne me sers pas de la baguette ; la sensation que j'éprouve sur les sources suffit parfaitement pour me les faire découvrir, sans que je sois obligé d'avoir recours à aucun appareil, à aucun instrument*

Lorsque j'approche d'une source, je sens une espèce de saisissement, d'inquiétude, d'agitation fébrile qu'il est impossible de bien définir. Arrivé dessus , j'éprouve de fortes secousses nerveuses» qui ébranlent tout mon corps , mais surtout les bras. Mes nerfs et mes muscles se contractent et se roidissent.

Cette sensation a quelque similitude avec celle qu'en éprouve quand , l'hiver , on^sort d'un lieu bien chaud, comme un théâtre, un bal, et qu'on passe dans une atmosphère froide et humide.

Lorsque j'ai les bras pendants , la secousse est peu forte ou plutôt moins sensible. Mais si j*appuie les mains l'une contre l'autre , si je les pose sur mon corps, et surtout si je croise les bras , alors j'éprouve

de vives commotions. On peut facilement les sentir en tenant la main sur mes bras , et on apprécie très bien les points où il coule des sources , sans que je sois obligé de les faire remarquer.

CHOIX DES BAGUETTES. — Tous les bois sout bous pour faire les baguettes ; on doit dans leur choix pré-^ férer ceux qui font le mieux ressort , qui plient sans casser, et surtout qui sont le plus lisses, pour ne pas se faire mal aux mains. Les précautions à prendre en coupant la baguette fourchue la plus usitée , sont de ne pas laisser un bout trop lourd , d'avoir deux branches autant que possible égales en grosseur et en longueur ; en6n , de les couper ni trop longues ni trop courtes: Texpérience seule peut guider sur ce point.

Cependant, comme terme moyen, on peut dire que les branches doivent être un peu moins fortes que le petit doigt , et avoir environ trente-cinq centimètres de long. ,

MOUVEMENT DE LA BAGUETTE. — Lorsque j'ai la baguette fourchue à la main et que j'approche d'une source, je sens, à une certaine distance , d'abord un petit frémissement dans la baguette ; ce mouvement prend peu à peu de l'intensité , se change en un léger balancement, puis en un mouvement de rotation de hautenbas. Arrivé sur lasource, le mouvement s'accélère et change immédiatement de direction, il se fait de bas en haut. En continuant à marcher, il y a un nou-

veau changemeDl de direction dans le mouvement sitôt que j'ai dépassé la source. La baguette tourne comme précédemment de haut en bas , et cela jusqu'à une certaine distance où il se fait un tour de bas en haut, et le mouvement cesse tout à fait. La distance du point où le mouvement cesse au milieu du cours de la source , passe pour indiquer la profondeur. Celle indication est exacte quand le sourcier n'est séparé de Teau que par une seule espèce de terrain; mais s'il y a plusieurs couches , il faut la rectifier , et l'on ne peut y parvenir qu'avec une extrême attention et beaucoup d'habitude; il faut pour cela étudier le phénomène avec le plus grand soin : j'ai été dix ans avant de pouvoir y parvenir, et il m'arrive encore parfois de me tromper.

INDICATION DE SEPT SOURCES. Pour CC qui COU-

cerne mes indications , je me contenterai de citer un passage d'ui} journal publié dans les derniers jours de l'année 1847;

c( Cet automne, M. Gabriel de Hortillet se promenait dans le beau parc du Valenlin, près de Valence , avec le propriétaire , le marquis de Sièyes et ses deux frères, le comte Léo de Sièyes , député de la Drôme , et M. Amédée de Sièyes. Ces messieurs mettaient en doute les sensations hydroscopiques.

— Je liens à vous convaincre complètement , leur dit M. deMortillet ; cela me sera facile. Vous avez

dans ia partie basse du parc que je ne connais pas de fort belles eaux ; vous savez le nombre de vos sources, leur grosseur , et les points d'où elles viennent ?

— Certainement.

— Eh bien! sans voir les sources, je vais vous donner tous ces renseignements.

c( On se rend dans une allée qui bien que parallèle et peu éloignée des pièces d'eau, en est séparée par un épais rideau d'arbres. M. de Mortill^t sent dans cette allée cinq sources. Ce nombre, les points et les grosseurs indiqués se trouvent parfaitement exacts. 11 fallut rendre les armes devant un pareil résultat. Quelques personnes restées au château voulurent aussi assister à une expérience. On pria donc M. de Mor-^ tillet de la recommencer au-dessus d'autres pièces d'eau.

— Je ne sais pas si vous réussirez cette fois , dit M. Amédée de Siëyes, de ce côté il n y a que deux sources très petites.

— N'importe, répondit M. de Mortillet , j'espère les trouver. . . Tenez, il y en a une ici ; c'est en effet la plus petite de toutes celles que vous m'avez fait traverser.

« Il disait parfaitement vrai.

— Cherchez l'autre , reprit M. Amédée ; elle est encore d'un volume bien moindre.

<( M. de Mortillet s'arrête tout-à-coup fort étonné:

—Parbleu! s*écrie-t-ii, vous perdez là aae fort belle source, ou bien vous avez voulu me tromper ; car il y a au-dessous de moi un très gros volume d*eau.

« Tous les assistants se mirent à rire , on n'avait pas pu induire en erreur Thydroscope. »

PRECAUTIONS A PRENDRE. — Lorsquo l'ou vcut entreprendre des recherches bydroscopiques , on doit éviter de se trouver dans certaines dispositions. Toutes les fois que Ton est préoccupé fortement ou intimidé, la sensibilité est bien moins grande ; après un trop copieux repas ou un accès de passion vive, il arrive ordinairement que la baguette ne tourne pas. Un grand vent ou une très forte chaleur peuvent aussi nuire au mouvement. Enfin tout ce qui diminue la seùsibilité, ou ébranle le système nerveux , met ob-« stacle au mouvement de la baguette et à toutes les sensations bydroscopiques.

TOUT LE MONDE n'eST PAS HYl^ROSGOPE. La fa-

culté bydroscopique n'appartient pas à tout le mondes mais les individus qui en jouissent sont assez nombreux. Bien des personnes l'ont sans s'en douter ; il leur faudrait simplement tenter une expérience pour s'assurer qu'ils la possèdent. Tous les hydroscopessont loin de l'être au même degré. Gomme Bleton et Pennet, je puis trouver les sources sans baguette , rien que par l'effet de la sensation ; quelques-uns éprouvent un tournoiement rapide de la baguette» d'autres ne ressentent qu'un léger mouvement.

Ces différences provieooent de ce que la sensibilité nerveuse varie beaucoup chez Thomme. Chez certains individus, elle est très forte , chez d'autres , très faible. Il y a des hydroscopes, comme il y a des épileptiques, comme il y a des histériques. Il n*est pas plus étonnant de voir les uns que les autres ; les deux cas offrent une anomalie de la nature. Une comparaison qui pourra très bien faire comprendre la différence qui existe entre les hommes sous le rapport de l'hydroscopie , est celle de la vue. P4acez un objet fort loin, il est quelques personnes qui le distingueront parfaitement , un plus grand nombre ne le verront que plus ou moins vaguement , la foule ayant moins bonne vue ne le verra pas du tout. Cependant il est des instruments qui aideront à le voir, et qui permettront même à ceux qui ne le voyaient pas de le distinguer fort bien.

M. Benoît Latour , mort il y a peu de temps à Orléans , prétendait que la baguette pouvait tourner à chacun. Suivant lui » il est rare qu'après une heure d'exercice» la personne qui a la baguette aux mains ne ressente rien. Si pourtant il en était ainsi, pour lui communiquer la propriété de la baguette , il suffirait qu'un hydroscope lui touchât les deux coudes avec les deux mains, en l'accompagnant. A partir de ce moment, la personne touchée conserverait la faculté. ^

* M. TurrcI , auquel l'agriculture est si redevable , grùce à la per-

Je n'ai point assez expérimenté pour pouvoir me décider sur ce fait, mais je crains bien que le mouvement qu'éprouve la baguette , après un essai longtemps continué, ne provienne, comme les oscillations du pendule, d'une action nerveuse dépendante de l'imagination. L'expérience seule pourra décider.

THÉORIE DE LA BAGUETTE. — Je termine cetle histoire de l'hydroscopie et de la baguette divinatoire par quelques considérations théoriques.

Les sources , en coulant dans le sein de la terre et en frottant contre les terrains dans lesquels elles se trouvent, développent de l'électricité ; c'est cette électricité qui agit sur les hydroscopes. Les nappes d'eau souterraines n'ont point de frottement , les eaux à la surface du sol en ont excessivement peu , aussi elles sont sans action sur les hydroscopes. Dans les tuyaux et les canaux , l'écoulement des eaux est facile et le frottement faible, aussi les eaux encanardées produisent-elles peu d'effets.

Pour ce qui concerne les métaux , la cause est la même. Les corps métalliques , mis en contact avec d'autres corps, forment une espèce de pile galvanique qui dégage de l'électricité ; c'est pour cela que les hydroscopes les découvrent.

sistabce qa'il a mise à introduire l'usage des bons fumiers , a pti!)Iic en février 1846, dans son journal Le véritable assureur des récoltes, journal des engrais , un article intéressant sur la baguette; il a développé l'opinion de M. Benoît Lilour.

Celle éleclricilé dégagée est positive ou négartive , de là les deux mouyements de la baguetle..

Comme nous l'avons déjà dit , cette électricité agit sur !e système nerveux des hydroscopes , et ce n'est qu'à celle action nerveuse qu'est due la rotation de la baguelle. Aussi, pour que cette rotation ait lieu, il faut tenir rinstrument dans un équilibre très instable , de sorle que la moindre secousse nerveuse puisse le mellre en mouvement. C'est ce qui fait que des sensations trop faibles pour que les hydroscopes en aient conscience isans instrument, se reconnaissent fort bien au moyen de la baguette. La même observation convient à ce qui regarde le pendule.

Ce qui prouve que l'aclion hydroscopique est due à l'électricité , c'est que la soie isole et empêche les crises d'avoir lieu et la baguette de tourner ; il suffit d'en interposer entre le sol et l'hydroscope.

Ce sont là les principales bases de la véritable théorie de la baguette. Plus tard, quand un grand nombre de faits seront venus se joindre à ceux que j'ai déjà recueillis , et lorsque j'aurai complété la série d'expériences que j'ai entreprise , je donnerai à cette théorie tout le développement désirable.

Bien plus, j'espère pouvoir arriver au moyen d'électromèlres extrêmement sensibles, à former un instrument de physique qui reinplacera avec avantage le corps des hydroscopes. Il prouvera d'une manière

certaine rexistence des courants électriques sur les sources, et rendra d'immenses services par les indications qu'il pourra donner. Ces indications seront d'autant meilleures, que les indispositions et les influences de l'imagination ne seront plus à redouter. Ne pouvant seul, faute de ressources pécuniaires suffisantes, entreprendre les essais nécessaires, je me suis adressé à M. de Larive, professeur à Genève ; mais ce savant, bien que s'occupant activement de tout ce qui concerne l'électricité , et ayant une belle collection d'appareils à sa disposition , n'a pas pu me prêter son concours.

CONCLUSION PRATIQUE. — Lcs indications hydroscopiques sont, sans contredit, les meilleures pour trouver les sources; ce sont même les seules bonnes. Malheureusement , personne jusqu'à présent n'a pu arriver à les donner toujours exactes. Quels que soient le soin et l'attention qu'aient apportés leshydroscopes dans leurs recherches, tous , sans exception , se sont quelquefois trompés , surtout pour ce qui concerne la profondeur. Mais cet inconvénient n'empêche pas qq'ils n'aient rendu de grands services et qu'ils ne soient appelés à en rendre de plus grands encore.

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