LE SINGE CHARLATAN
Un singe un jour se mit en tête
De tenter du public la curiosité ,
D*éprouver sa crédulité ,
Et, dans ce dessein, il s'apprête
A rassembler les animaux ;
Il leur dit à peu près ces mots :
« Cette eau produit une merveille
Qui mettra fin à tous vos maux ;
En vous en frottant bien Toreille ,
Vous entendrez venir de loin,
Et sans vous donner d'autre soin,
Les chasseurs qui vous font la guerre ,
Fussent-ils au bout de la terre. »
A peine eut-il dit son secret,
Que chaque auditeur lui demande
L'eau qui produit ce bel effet.
A ses voisins chacun le mande,
Et partout le bruit s'en répand.
Un vieux lion sage et savant.
Qui connu bientôt l'imposture.
Dit : « Vous croyez cet insolent !
G)mmande-t-il à la nature ?
Elle seule a formé nos sens ,
Seule elle a prescrit l'étendue
De notre voix, de notre vue ;
Et s'il parait des impudents
Qui veulent en savoir plus qu'elle,
Ce n'est jamais qu'à vos dépens j
11 faut enfermer la séquelle De ces -efifrontés charlatans, Et plaindre tous ces ignorants, Dont ils ont brouillé la cervelle. »
l'hydrosgope et le ventriloque de l'abbé sauri, ET l'introsgopb. — L'abbé Sauri publia une petite brochure en faveur de Parangue : Uhydroscope et le ventriloque, in-i2, 1772. Il raisonne parfaitement le fait et en donne une théorie fort ingénieuse. De suite on lui répondit par un petit pamphlet intitulé : L'in-troscope. L'auteur anonyme suppose une personne voyant à travers le corps tout ce qui se passe dans Tâme.
parangue trouvait réellement les sources. — Ce qui paraît indubitable dans l'affaire de Parangue , c'est qu'il découvrait parfaitement les sources souterraines et les suivait très exactement. Pour ce qui est de la profondeur , souvent il se trompait. Par quelle espèce de sensation parvenait-il à reconnaître les sources ? Etait-ce réellement au moyen de la vue ? Nous ne saurions le dire; toujours est-il que lorsqu'il les recherchait, il avait son chapeau abattu sur les yeux et il regardai! le sol avec attention.
ROUX voit les sources. — De nos jours, en 184i , un jeune homme de 15 à 16 ans , nommé Fortuné Roux « du village de Brantes , situé dans le Mont- Ventoux (Vaucluse) , prétend aussi voir couler les
sources dans le sein de la (erre. *■ Souvent, dans ses excursions, il remarquait des traînées de vapeur^ ou une fumée, comme il le dit, qui s'élevait à la surface du sol et se prolongeait suivant certaines directions. Plusieurs fois il avait suivi à la trace la direction de ces vapeurs et il était arrivé à des sources. Un jour , il détermine un paysan à creuser sur un des points d'où s'élèvent ces vapeurs, et fait découvrir une source abondante. Dès lors , il n'eut plus aucun doute sur sa faculté , et , d'après ses indications , on entreprit des travaux qui eurent de bons résultats.
Une fois cependant on était parvenu à une grande profondeur sans rencontrer les eaux annoncées. Les ouvriers hésitaient, et Roux lui-même, bien que rassuré par la présence des vapeurs qu'il voyait s'élever à ses pieds, éprouvait quelque impatience. Par un mouvement machinal, il porte ses mains sur ses yeux; à peine sont-ils fermés qu'il aperçoit très nettement la source cherchée , coulant comme dans une tranchée ouverte à une profondeur qu'il peut évaluer et indiquer aux ouvriers. En effet, la source fut bientôt mise à découvert.
Cependant cette vision avait produit sur Roux une impression si violente qu'il en était bouleversé ; il courut tout tremblant conGer au curé du village son émo-
* Almanach phalanstérien pour 1846, pag. 75» Démocratie pacifique y 20 mars 1844 , c*est le mémo article.
(ion et lés alarmes de sa conscience. Celui-ci rassura le jeune hyaioôcepe , et lui dit que la faculté dont il est doué n'est ni infernale ni criminelle.
Cette singulière épreuve apprit à Roux Tétendue de ses facultés et le moyen vrai d'en faire Tapplication. Aujourd'hui, dès qu'il aperçoit tes traînées de vapeur , il va se placer à leur centre , et , fermant les yeux , il voit alors très distinctement le cours d'eau intérieur, son volume et les couches qui le séparent delà surface du sol.
Depuis cette époque, il s'est occupé à chercher des sources dans le département de Vaucluse et dans les départements voisins.
VAPEURS SUR LES SOURCES. — Lcs faîts quo nous venons de rapporter paraîtront moins surprenants , si l'on réfléchit à un phénomène que bien des personnes ont pu remarquer. Il se forme sur les courants d'eau souterrains des lignes ou traînées de vapeur. Ces vapeurs sont surtout visibles le matin lorsque le soleil se lève. Pour les apercevoir plus nettement, il faut se coucher à plat ventre et regarder raz le sol.
Vitruve et après lui tous les écrivains qui ont traité des signes extérieurs qui peuvent faire reconnaître les sources , ont parlé de ces traînées de vapeurs. Ils disent tous que c'est le meilleur moyen de reconnaître Texistence de l'eau souterraine.
BLETON DÉCOUVRE QU'iL A LA FACULTÉ DE TROUVER
LES SOURCES. — Après Parangue , qui poursuivi avec acharnement par les railleries des Parisiens , se contenta des succès incontestables qu'il obtenait dans le midi , il s'écoula plusieurs années sans qu'aucun hy droscope fit parler de lui. Enfin parut Bleton. Né de parents pauvres ^ à St-Jean-en-Royans , dans le Daupfainéy il fut élevé par charité dans une chartreuse. A 7 ans , il portait à dîner à des ouvriers ; s'étant assis sur une pierre , il fut saisi d'un violent accès de fièvre. Les ouvriers le couchèrent à quelques pas de là et la fièvre cessa de suite. Etonné, il essaya plusieurs fois de s'asseoir sur la pierre et y prit toujours la fièvre. Le prieur de la chartreuse, à qui l'on conta ce fait , voulut en connaître la cause. Il fit creuser sous la pierre et y trouva une source si forte qu'on l'employa à faire aller des moulins. L'enfant profita de la faculté qu'il venait de reconnaître en lui de découvrir les eaux, pour gagner sa vie, çt bientôt il acquit un grand renom en Dauphiné. Ce fut lui qui trouva, en 1772, les belles sources de la Grande-Chartreuse qu'admirent tous les voyageurs qui vont visiter ce lieu si pittoresque et si grandement beau. Il remonta aussi les sources d'Aix-les-Bains jusqu'à leur origine.
Plus tard, il parcourut la Provence, le Lyonnais, la Bourgogne et l'Alsace. Il fut dans l'Ile-de-France en 1781, et chercha de l'eau pour Trianon et Versailles. . .
SENSATIONS QU'ÉPROUVAIT BLETON. LeS COUFS
d'eau souterrains déterminaient chez Bleton une agitation nerveuse. Voici la description qu'en donne le docteur Thouvenel : « La première impression que fait éprouver au corps de Bleton la présence de Teau souterraine, se porte sur le diaphragme , en s'étendant vers ses appendices supérieurs ou ses attaches avec le sternum , et produisant un serrement avec de l'oppression dont le siège parait borné à la partie antérieure et supérieure de la poitrine. Un saisissement, un tremblement et un refroidissement général s'emparent en même temps de lui ; ses jambes chancellent, les tendons des poignets se roidissent et entrent en convulsion. Le pouls se concentre et dii^^^ nue peu à peu. En un mot , cet état représente et caractérise l'invasion d'une véritable attaque de spasme convulsif . Il subsiste avec des nuances cependant , et des variations du plus au moins , tant que cet homme reste sur la source , et disparait presque subitement lorsqu'il se place àcôtéy si ce n'est , à ce qu'il dit , un sentiment intérieur de froid et de serrement léger ; au devant de la poitrine ; ce sentiment ne cesse totalement qu'à une certaine distance de l'eau, et cette dis-^ tance exprime selon lui la profondeur de cette dernière
« Le malaise est plus grand et plus difûcile à soutenir en remontant les sources qu'en suivant leur cours
naturel. Lorsqu'elles soot très fortes, le repos devient de temps eo temps nécessaire , et quand cet homme soutient longtemps cet exercice , son corps s'affaiblit , il éprouve, le reste de la journée, un sentiment de lassitude, de courbature et surtout un mal de tète, accidents très ordinaires à la suite des fortes passions nerveuses. Les sensations sur l'eau sont plus fortes et {dus distinctes à jeun qu'après le repas. *- d
SENS^ATIONS I>' AUTRES SOURCIERS. ^Voici quols SOUt
les sensations éprouvées par d'autres sourciers dont parle également Thouvenel. Un ancien capitaine éprouve « un dérangement général dans toute l'habitude de son corps , une variation étonnaote dans son pouls , une contraction prodigieuse dans le système de ses nerfs, lorsqu'il est sur une source. »
£n t735, un sourcier avait « le pouls assez agité. . . de temps en temps des mouvements convulsifs dans les bras... Il était tout en eau, et les gouttes lui tombaient du front. »
Quand le prieur de la Chartreuse de Lyon se trouve sur des sources, « le» pulsations de son pouk deviennent plus précipitées. »
Un curé dauphinois écrivait à Thouvenel : a Lorsque je me trouve sur les sources souterraines , je me sens des frisonnements fort considérables dans les
* l" Mémoire , ii« section.
épaules, dans les mollets des bras » au gras des jambes , et si je restais quelque temps à suivre une source forte , je me sentirais fatigué comme si j*ayais porté longtemps un fardeau. ^ x> -