‹ Histoire de l'hypnotisme expérimental. 1, Les précurseurs, 2, L'œuvre de Charcot à la Salpétrière et de Dumontpallier à la PitiéChapitre 2 sur 9 · HISTOIRE DE L’IIYPNOTIS5TE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE L’IIYPNOTIS5TE

Charcot a trouvé en lui un vaillant continuateur. Sous son impulsion, ThypîTotisme, qui avait été, dans l’œuvre de Charcot, presque exclusivement physiologique et expérimental est devenu franchement psychologique et thérapeutique. En acceptant de présider les assises de ce Congrès, où l’hypnotisme ■apparait surtout sous la forme psychologique et curative, notre savant maître 'Oriente nos travaux dans une voie féconde. M. le professeur Raymond no s’est pas borné à nous apporter l’appui de son autorité et de sa parole éloquente, il nous convie à visiter les divers lal)oratoire3 de son important service, à la Salpêtrière. Demain ses chefs de clinique nous feront les honneurs -de la maison où l’illustre Charcot a accompli sa grande œuvre scientifique. Qu’il me permette de le rèmercier vivement d’une bienveillance dont il m’a •déjà personnellement donné tant de marques, et dont sa présence ici est une nouvelle preuve.

Dumontpallier. '

Le deuxième Congrès international de l’hypnotisme devait être présidé par le D*' Dumontpallier. Beaucoup de nos adhérents ont assisté au premier Congrès. Ils se souviennent de l’autorité et de l’impartialité avec lesquelles il dirigea les travaux de ces assises mémoralùes. Les nouveaux venus me sauront gré de leur rappeler la part considérable qu’il a prise dans l’étude de l'hypnotisme :

En 1876, le D"” Burq demandait à la Société de Biologie de vouloir bien nommer une Commission chargée d’étudier les résultats de l’application des métaux à la surface cutanée.

Charcot, Luys, Dumontpallier furent désignés pour composer celle Commission. Nommé rapporteur, Dumontpallier se mit à l'œuvre pendant deux ans, et travailla avec énergie dans le service de Charcot, à la Salpêtrière. Après * une étude minutieuse, il affirma l’exactitude des faits avancés.

Mais, en même temps qu’il vérifiait les faits énoncés par Burq, des phénomènes nouveaux lui étaient révélés.

Sur les sujets soumis aux applications mélalloscopiques, M. Gellé, qui avait été appelé à collaborer aux travaux de la Commission, remarqua que, du côté où l’acuité auditive était normale au début de l’expérience, celte •acuité auditive, à la fin, avait diminué dans une mesure sensiblement proportionnelle à celle dont elle avait augmenté dans le côté malade sur lequel on avait opéré avec le métal.

En présence de ce résultat, Dumontpallier voulut voir ce qui avait lieu du côté de la sensibilité générale. L’application du métal sur le côté ane.sthésique lui permit de constater que la sensibilité, en même temps qu’elle revenait sur ce côté, disparaissait du côté opposé dans les points homologues. Il proposa à la Commission le mot de Iranslevt pour désigner ces phénomènes, terme qui fut adopté et qui a reçu, depuis, la consécration de l’usage. Les recherches de M. Landolt sur la sensibilité oculaire vinrent •confirmer de tous points ce que M. Gellé avait constaté pour l’ouïe, et -ce que Dumontpallier avait vu pour la sensibilité générale. Quand on rendait la vue à gauche, on la faisait perdre à droite, et cela suivant des ■degrés déterminés.

Dumontpallier, poursuivant ses études sur l’anesthésie des hystériques, ne tarda pas à reconnaître que les plaques métalliques de Burq pouvaient, dans toutes ces expériences, être remplacées par dilférents agents physiques. Les mômes résultats pouvaient être obtenus au moyen de l’aimant,

UISTOIP.E DE L HYPNOTISME

de courants électriques faibles, de vibrations sonores et, en un mot, de tous les agents décrits sous le nom d’œsthesiogènes ; les excitations mécaniques faibles et répétées ayant également une action analogue.

Cest ainsi que les recherches métalloscopiques de Burq attirèrent Tattention de Dumontpallier sur les moditications de la sensibilité déterminées par les diverses excitations périphériques.

Dumontpallier, 1828-1899

Les conclusions des rapports de Dumontpallier sur la métalloscopie eurent un retentissement considérable.

Dans le cours de ses expériences, Dumontpallier avait été successivement conduit à étudier le rôle joué par les agents physiques dans la production des phénomènes de l'hypnotisme. Il arriva à cette conclusion que les manifestations observées dans les états profonds de l’hypnotisme procédaient des modifications périphériques déterminées sur la peau et sur les organes des sens par les agents physiques. Il en fit la démonstration dans un grand nombre d’expériences, où il agissait avec le vent d’un soufflet ordinaire, la chaleur, le froid, les courants électriques, la lumière solaire directe ou réfléchie, les raies du spectre, le son, etc., etc. Toutes ces expériences

HISTOIIIE DE l’hypnotisme

mettaient en évidence Textrôme impressionnabilité réflexe des hystériques en état d’hypnotisme. C’est ce qu’il exprimait, de la façon la plus expressive, dans un Mémoire à l’Académie des Sciences, en disant : « Il ressort de tous ces faits que les hystériques, en état d’hypnotisme, offrent une hyperexcitabilité nerveuse telle, qu’il n’est pas d’instrument de physique qui puisse arriver à un même degré d’actions aussi infinitésimales déterminées par les divers agents physiques. )> C’est la même constatation qui faisait dire à un physicien éminent, M. Jamin, professeur à la Sorbonne, un jour qu’il assistait aux expériences de la Pitié, cette parole que nous avons retenue : « Dans nos laboratoires, nous n’avons pas de réactifs plus sensibles que ne le sont vos hystériques. »

Paul Magnin, élève de Dumonlpallier

Dumontpallier, secondé dans ses recherches sur les agents physiques chez les hystériques par deux élèves dévoués, MM. Paul Magnin et Bérillon, devint bientôt le chef d’une véritable école d’hypnologie, connue sous le nom d’Ecole de la Pitié. Les travaux de l’Ecole de la Pitié ont été publiés, de 1882 h 1887, dans les comptes rendus de la Société de Biologie. Ils ont fait l’objet de deux thèses soutenues à la Faculté de Paris, l’une par M. Paul Magnin, sous le titre : Etude clinique et expérimentale de Vhxjpnotisme. Les excitations périphériques chez les hystéro-épileptiques à l'étal de veille et d'hypnotisme ; l’autre, par M. Bériiion, sous ce titre : Hypnotisme expérimental. La dualité cérébrale et l'indépendance îonclionnelle des deux hémisphères cérébraux.

Pendant quelque temps les expériences de Dumontpallier passionnèrent

HISTOIRE DE L’MYPNOTISME

le monde scientifique. Les représentants les plus autorisés de l’Académie des Sciences lui prodiguèrent leurs encouragements. Pasteur, Chevreul, Milne-Edwards, Paye, Paul Bert, Brown-Séquard, Henri Bouley et beaucoup d’autres vinrent dans le service de Dumontpallier suivre ses démonstrations expérimentales, et apporter à ses recherches l’appui de leur autorité scientifique.

Lorsque Dumontpallier présenta à la Société de Biologie ses communications ^dans lesquelles il démontrait la possibilité de mettre en action l’activité physique ou sensitive d’un seul hémisphère cérébral, Paul Bert qui présidait la séance s’exprma ainsi : (( Depuis près de trente ans, je suis avec le plus vif intérêt tous les progrès de ce que l’on appelait autrefois le magnétisme animal, et que l’on appelle maintenant l’hypnotisme. Eh bien, je ne vois dans les découvertes auxquelles on arrive actuellement rien d’absolument nouveau. ))

Bérillon, élève de Dumontpallier

(( Les observateurs anciens ont vu, plus ou moins, tous les faits qu’on donne aujourd’hui comme nouveaux, et les ont décrits. Il faut reconnaître, cependant, que les observateurs actuels ont le mérite de les étudier avec plus de méthode. ))

(( Le seul fait réellement nouveau, disait en terminant Paul Bert, qui m’a le plus frappé, et que les anciens magnétiseurs n’avaient jamais réalisé, c’est celui de diviser l’homme hypnotisé en deux et d’en faire un individu double. J’estime donc que ces études doivent être poursuivies en raison de l’intérêt exceptionnel qu’elles présentent. »

En résumé, l’œuvre de Dumontpallier en hypnotisme se répartit en deux périodes très distinctes. Dans la première, il ne s’écarte pas du domaine purement expérimental, étudiant, avec la collaboration de ses deux élèves. Ma-

HISTOIRE DE r,’llVI*NOH>MK

gnin eL Bérillcn, le rôle des ngcnts physiques dans la prodiicLion des phénomènes de rhjqiïnolisme chez les hystériques liypnotisablcs. Bans la seconde, il se montre surtout préoccupé de déterminer les applications pratiques de l'hypnose au traitement des troubles fonctionnels et les névropathies. Dans ces deux ordres de recherches, il ne cesse jamais de prouver qu’il sa\'ait unir la rigueur scienlilique d’un physiologiste consommé à la perspicacité d'un clinicien de pi emier ordre.

Il y a quelques mois,le 1)^ Télix Régnault, retraçant le rôle joué par lui dans l’évolulion de l’hypnotisme, après avoii' rappelé que Durnontpallier avait été l'élève favori de Claude Bernai d, s’expriiriait ainsi :

(( Dans ces conditions, expérimentant les phénomènes tiypnotiques avec tente la prudence et la réserve scienliliques qu'on était en droit d’attendre de son passé, il fut convaincu, et, loin de reculer devant le scepticisme universel, il s'efforça de faire partager ses convictions.

Traitement d’une maladie de la volonté par l’hypnotisme

(( Quand la vérilé est contraire aux idées reçues, il faut un grand courage et une gi'ande fermeté de caractère pour l’afTirmer. Durnontpallier eu! ce courage dans plusieurs méinoiies à l’Académie des Sciences, il I eut dans son service, qui devint un ccnti'e de recherches et d'enseignement tiypnologirpics.

(( Si Durnontpallier se fût lu à cette époque, il serait resté l'égal de beaucoup de médecins aux travaux estimables, ^'oila tout. Il parla et se tioina placé hors pair ; il devint un maître. )>

En effet. Durnontpalliei' fut un maître dans toute l’acception du terme. Il a fcrmulé une doctrine el il a fondé une école durable. Son œuvre est continuée par ses élèves qui ont fondé sous son patronage l’Institut psycho-physiologique de Paris. Cet institut destiné à fournir aux médecins et aux étu-

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diarits un enseignement pratique pei'manent sur toutes les questions qui relèvent de l’hypnotisme, de la psychologie et de la pédagogie suggestive, comporte : 1° l'Ecole de psychologie ; 2° un laboratoire de recherches psychologiques ; 3° le dispensaire neurologique et pédagogique ; 4“ le 7nusce de psychologie. Parmi les études dont s’honore l'Institut psycho-physiologique, il convient de citer en première ligne les applications de la suggestion hypnotique à la pédagogie. Ces rechei’ches cliniques ont permis de déterminer les indications précises d’une ncuvelle thérapeutique des maladies de la volonté. C’est par elle qu’on arrive à guérir les hahitudes morbides telles que l’onanisme, l’onychophagie, la kleptomanie, l’incontinence d’urine, les troubles du caractèi’e, l’alcoolisme et les diverses intoxications dans lesquelles rnboulie est toujoui's le syndrôme prépondéi'ant. ‘

Une applicalioii pédagogique de l’iiypnolisme

Le nom de Dumontpallier a été mêlé à tous les principaux événements qui ent marqué en France la lenaissance des études psychologiques. En voici les dates principales : En 1877, il publiait le rapport sur la métallothérapie, qui marque l’entiée de l’hypnotisme à la Salpêtrièi’e. En 1889, il était spontanément désigné par tous pour présider le premier Congrès international de l’hypnotisme.

Le 25 mai 1891, il présidait la manifestation organisée en l’honneur du D'’ Liébeault. Nul n’était mieux qualifié pour interpréter les sentiments de reconnaissance et d’affection qui avaient inspiré les admirateurs du vénéré Liébeault. Il appartenait à l’homme intègre qui, dans des circonstances difficiles, eut le courage de rendie une entière justice à Burq, l’inventeur

HJSTOIRE LE l’hypnotisme

de la métallothérapie, de consacrer les mérites du modeste médecin dont les patientes recherches ont doté la médecine d’une thérapeutique nouvelle : la suggestion.

Enfin, le 20 juillet 1801, Dumontpallier consolidait l’œuvre générale en présidant la création de la Société d'hypnologie et de psychologie dans laquelle viennent se grouper tous ceux que passionne l’étude des rapports du moral avec le physique. Cette Société, imitant en cela ce que la Société de Biologie avait fait pour Reyer, son président fondateur, le nomma président perpétuel.

Traitement d’un alcoolique par l’iiypnotisine

On peut dire qu’un des plus grands services que Dumontpallier ait rendu à la cause de l’hypnotisme fut d’accepter la présidence du premier congrès international de l’hypnotisme expérimental et thérapeutique, tenu à l’Hôlel- Dieu de Paris, du 8 août au 12 août 1880.

En cette circonstance, Dumontpallier fit preuve d’une élévation de caractère peu commune. Plusieurs de ses collègues des hôpitaux l’avaient avisé que le fait d’accepter la présidence du congrès de l'hypnotisme était de nature à compromettre le succès de sa candidature à l’Académie de médecine. Il répondit simplement : « Si le vote de l’Académie pouvait être influencé par des considérations aussi étrangères à l’esprit libéral et scientifique, je préférerais n’en pas faire partie. » L’avenir lui prouva qu’il avait eu raison de ne pas douter du libéralisme des membres de l’Académie de médecine, car il y fut élu par la presque unanimité des suffrages.

L’influence exercée au congrès de l’hypnotisme par Dumontpallier fut

HISTOIRE DE l’hypnotisme

considérable. Le discours qu’il prononça à la séance d'inauguration mérite d’étre relu, car il nous donne une idée très exacte de la clarté de son esprit et de la méthode rigoureuse avec laquelle il avait abordé l'étude de l’hypnotisme. Tout en reconnaissant la part considérable jouée par la suggestion dans la production des phénomènes hypnotiques, il y affirmait nettement la nécessité de recourir à Tintervention des agents physiques pour provoquer les étals profonds de l’hypnose. Dans son esprit, la théorie émise par plusieurs représentants de l'école de Nancy, que l’influence suggestive est uniquement constituée par un élémènt psychique, lui paraissait trop exclusive. A son avis, la théorie de la suggestion et celle de Vexpcclanl atlenllon ne pouvaient suffire à expliquer la plupart des phénomènes qu’il avait observés.

Jules Voisin

En un mot, il considérait que c'était trop limiter le enamp des recherches que de s’en tenir à la théorie de la suggestion. C’est ce qu’il exprimait en disant : « La vérité est dans les écoles de Paris et de Nancy. »

Quelques mois avant sa mort, Dumontpallier rendait à ses collègues un dernier service. Préoccupé d’assurer l’avenir de cette Société, il rappela très opportunément les principes qui avaient présidé à la fondation. (( Il ne faut pas, disait-il, rayer de notre vocabulaire le mot hypnotisme, puisqu’il exprime un état physique qui favorise la suggestion en augmentant la suggestibilité du sujet. Gardons donc l’hypnotisme qui est un moyen, un procédé d'une grande valeur thérapeutique.

(( Quelque théorie que l’on veuille donner de l’élat du cerveau dans l'hypnotisme, quelque doctrine qu'on veuille soutenir sur la suggestion, restons sur le terrain pratique, et si l’on obtient du succès par la suggestion, veilbale ou écrite, parce que « la foi guérit )>, j’ai obtenu des succès plus remarquables et plus constants avec la suggestion hypnotique. C^est

HISTOIRE DE LIJYPNOTISME

donc un devoir pour moi de rester fidèle à Vhypnoiisme dans la pratique de certains cas déterminés où la suggestion à Tétât de veille se trouve insuffisante. » Et i! concluait par ces mots : h La suggestion à Tétat de veille aune action thérapeutique indéniable : la suggestion hypnotique a une action thérapeutique encore plus grande. )>

Tels furent les derniers enseignements du maître. Ce sont les dernières paroles de lui que contiennent les comptes rendus de la Société d’hypnologie. Ses disciples ne cesseront de s’inspirer de la ligne de conduite qui leur a é(é tracée par le plus sage des maîtres. Eux aussi voudront rester fidèles à l’hypnotisme dont Tétiide repose sur des bases véritablement positives. Ils continueront les traditions qui ont permis à la Société d’hypnologie de prendre une place honorable dans le mouvement scientifique actuel.

Dans Texercice de ses fonctions de président, il avait successivement eu à prononcer Téloge funèbre de Charcot, de Brown-Séquard, de Luys et do Mesnet, membres de la Société d’hypnologie, et qui étaient ses amis peisonnels. L’état de sa santé ne lui permit pas d’ôtre l’interprète de ses coifègues lors de la mort d’Auguste Voisin, vice-président de la Société, auquel il était uni par les liens de la plus vive amitié.

La mort d’Auguste Voisin laissait dans le bureau de la Société un vide difficile à combler. C’est aloi’s que Dumontpallier, ayant le pressentiment de sa fin prochaine, songea à remettre en des mains sûres la direction de Tœuvre à laquelle il avait consacré les dernières années de sa vie. Son choix se porta sur M. Jules Voisin, le savant médecin de la Salpêtrière, dont les travaux sur Tépilepsie, Tidiotie et l’éducation des enfants ai'riérés font autorité.

11 eut la satisfaction de le voir confirmer par l’assentiment unanime de la Société d’hypnologie. Le deuxième congrès de l'hypnotisme en désignant M. Jules Voisin pour remplir les fonctions de président du Congrès a témoigné de son intention de s’inspirer des exemples donnés par Dumontpallier et de continuer l’œuvre commune avec le môme souci de la vérité scientifique.

Il nous restera encore un autre devoir à remplir, celui d’élever à la mémoire du maître regretté un monument donnant l’impression que Dumontpallier fut grand à la fois par son caractère, par sa volonté et par sa bonté.

HISTOIRE DE l/llVI'NOTISME

INSTITUT PSYGHO-PHYSIOLOGIOUU DE PAFilS

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