‹ Histoire de l'Ile-aux-Coudres [microforme]Chapitre 22 sur 40 · M. PIERRE-JOSEPH COMPAIN, TROISIÈME CURÉ DE L’ILE-AUX-COUDRES · texte numérisé non relu

M. PIERRE-JOSEPH COMPAIN, TROISIÈME CURÉ DE L’ILE-AUX-COUDRES

M. Pierre-Joseph Compain, ordonné prêtre le 9 du mois de juillet 1774, vint prendre possession de Ï1 cure de l'Ile-aux- Coudres vers le 7 d’uctobre 1775, c'est-àdire un an et près de trois mois depuis le jour de son ordination”

Bien plus heureux que son prédécesseur, M. Berthiaume, il trouva, à son arrivée sur l'Ile-aux-Coudres, une vaste chapelle et un presbytère convenable sous tous les rapports pour le logement d’un curé.

On sait que le bon Père Jean-Baptiste de la Brosse (c’est ainsi qu'il signait son nom sur les registres de l’Ile-aux-Coudres) mourut à Tadoussac, le 11 avril 1782. Ce

+ En l’année 1773, on trouve sur le registre Ja note suivante écrite et signée de la main de Mgr Jean-Olivier Briand : ** Vus et approuvés ‘“les présens régistres commencés en 1767, ‘ dans le cours de nos visites à l’Ile-aux- # Coudres, le ler sept. 1773.” A une date antérieure à cette dernière, le 29 août 1767, le même évêque certifie avoir examiné les registres de l’île, dont il recommande d’attacher ensemble les feuillets, afin de les conserver. Je suis heureux de rendre ici témoignage de la sollicitude de Mgr Briand pour la bonne tenue et la conservation de ces précieux documents.

fut M. Compain qui 1 pelle de cet endroit.

était alors curé de l’Il ment, à cette époque pain a-t-il pu savoir 1 Brosse, et se rendre : sépulture de ce Père {

Voici ce que répon aux-Coudres, et ce qu avec des variantes pet tradition conservée à Je vais laisser parler âgéo, et qui a souvent, entendu raconter cett veilleuse légende dig oubliée :

Le soir du 11 avril 17 jouait aux cartes, à Tadoi du poste, lorsque, sur les “Je vous souhaite le b pour la dernière fois ; corps mort. À cette het ner la cloche de ma cha ne pas toucher à mon chercher M. Comnpain :

main ; il vous attendra l'île. Ne craignez point vait : je réponds de ceu:

Les employés du poste chose arriverait telle que cée, veillèrent, la mont l'heure indiquée. Et, el nuit, la cloche sonna tro à la chapelle et ils tre Brosse appuyé sur son }

Le lendemain, dima ouest soufllait avec une l'eau de la mer poudra Voyant cette tempête, le fusèrent de s'embarquer treprendre de voyager.

ependant, le premie ceux qu’il connaissait êt que 168 autres, leur di à jamais trompé, comm devez avoir confiance qu'il n’y aura pas que voudra obéir à sa derniè

Ces paroles eurent leu se décidèrent à partir, e Et voilà qu'à la grand calme se fit autour d’eu:

+ M. l'abbé Tanguay toire du clergé que le Pèr l'Ile-aux-Coudres et la d'un an, c'est-à-dire dep 1766, jusqu'au 24 du mé vante, 1767. Le Père don à la chapelle de somme de 221 francs, comptes de la fabrique.

canot longeait la terre, la mer s'aplanissait pour | 4 l'Ile. Verte : Si je meurs ailleurs qu'ici,

leur livrer un facile passage. Et ce qui ne les étonnait pas moins, c'est que le trajet se gaisait avec une rapidité incroyable, si bien que, sur les onze heures du matin, ils approchaient déja de l'île, et purent voir M. Compain qui se promenait sur le rivage, un livre à la main. Dés qu'ils furent à la pores de la voix, M. Compuin leur dit : ‘Le Père de la Brosse est mort, Qu'avezvous done fait? voilà une heure que je vous attends.”" Dès que le canot eut accosté le rivage, M. Compain s'embarqua et on descendit le fleuve jusqu'à Tadoussac.

Voilà cette merveilleuse légende que je viens d'écrire dans toute son antique sim | plicité et dans toute sa véracité, telle que mes ancêtres de l’[le-aux-Coudres l'ont! transmise à leurs descendants. |

Mais qui avait appris à M. Compain la | mort du bon et saint Père de la Brosse?!

Encore cette fois la tradition répond!

comme suit: À minuit, la petite cloche!

de la chapelle de l'Ie-aux-Coudres, don-| née, en 1748, par les Pères Jésuites, avait | sonné trois tintons très-distincts les uns!

des autres, comme celle de Tadoussie.

est ce qui fit connaître s1 mort; car le | Père de la Brosse avait fait auparavant à | l'Ile-aux-Coudres la même prédiction qu'à | Tadoussac,

La tradition raconte encore qu'un nommé Dambroise dit Bergeron, chantre de l'Ile-Verte, revenant du moulin, dans la nuit du 11 avril 1782, avait entendu sonner par trois coups la cloche de son église.

Etant rendu à sa maison, 1l remarqua que l'horloge sonnait minuit. M.J. B. Grénier, | curé de Saint-Henri de Lauzon, aftirme qu'en 1828, étant ecclésiastique et en vacances à l’Ile-Verte, il a entendu le vieux Dambroise lui assurer qu'i lavait réellement entendu sonner la cloche de son église à minuit, et que, un peu plus tard, il avait connu que c'était à la même heure et le même jour qu'était mort le Père de la Brosse. Ce chantre était alors très-vieux.

A la date du 18 avril 1870, un homme

très-digne de foi m'écrivait de Saint-Ar- | : sommes considérables,

sène : “ Il y a environ 25 ans, je m'étais

‘“ rencontré avec un nommé Jean Dam-

“ yous aurez connaissance du moment da

ma mort et vous le saurrz certainement.

# Ce Jean Dambroise m'assurait encore te- “ nir de son père, qu'une nuit qu'il reve-

! nait du moulin, il avait entendu sonner

“Ja cloche de l'église vers minuit, et “ qu'après information, il apprit que c'é- “ tait le même jour et à la même heure ‘“ de minuit qu'était mort le Père de la ‘“ Brosse.”

D'autres traditions, que je n'ai pu vérifier, affirment qu'au moment de la mort du Père de la Brosse, les cloches avaient sonné spontanément dans toutes les paroisses où il avait exercé le saint ministère, et notamment aux Trois-Pistoles,

Telles sont les preuves sur lesquelles s'appuie la tradition sur la mort précieuse du bon Père de la Brosse, J'aurais peutêtre pu donner à cette tradition plus de certitude, s’il m'eût été possible de faire des investigitions plus étendues. Cependant, telles qu’elles sont, elles me paraissent bien suffisantes pour donner une haute idée des vertus de cet admirable missionnaire apostolique qui a évangélisé jusque dans la Baie-des-Chaleurs,

Après le départ de M. Créquy, lequel, pour cause de maladie, laissa li cure de la Baie-Saint-Paul au mois de juin 1780, M.

Compain fut chargé de ia desserte de cette paroisse jusqu'au mois d'octobre suivant, époque où M. Pierre-Prisque-Amable Gagnon, ordonné prêtre le 23 septembre précédent, 1789, fut nommé curé de la Baie- Saint-Paul. M, Compain acquitta ainsi, comme son prédécesseur, M. Berthiaume, une partie de la dette que l’Ile-aux-Coudres devait à la Baie-Saint-Paul.

M. Berthiaume, comme on le sait déjà, s'était occupé de faire construire les édifices essentiels à la desserte de l’Ile-aux- Coudres. M. Compain dut pourvoir la chapelle des choses nécessaires au culte divin. Pour ces objets, il dépensa des

M. Pierre-Jos-ph Compain fut curé de

“ broise dit Bergeron, chantre de l'église | l'Ile-aux-Coudres pendant la durée de “ de l’Ile-Verte ; c'était un homime déjà | treize ans, moins un mois et quelques ‘ assez âgé et très-respectable. Il m'assura | jours, ayant quitté cette paroisse au com- “ que son père lui avait dit que le Père | mencement de septembre 1788.

‘, de la Brosse avait souvent répété les pa-| Le premier acte de M. Compain, écrit ‘* roles suivantes pendant qu’il desservait | sur les registres de l'île, est celui du bap-

tème de Dominique-Isaie Harvay, fils de Dominique Harvay, le ler octobre 1775.

Son dernier fut celui du mariage de Louis Tremblay et de Charlotte Savard, le ler septembre 1788.

M. CHARLES-JOSEPH LEFÈBVRE DUCHOUQUET, QUATRIÈME QURÉ DE L'ILE: AUX-COUDRES

M.Charles-Joseph Lefèbvre Duchouquet fut ordonné prêtre le 11 de mars 1786.

Au commencement d'octobre 1788, il vint remplacer M. Compain comme curé de l’Ile-aux-Coudres, qu'il quitta le 7 de mai 1792, après en avoir été curé pendant trois ans sept mois et quelques jours.

Ce fut pendant que M. Duchouquet était curc de l’île, comme je l'ai dit plus haut, qu’eut lieu le terrible tremblement de terre qui dura pendant quarante jours et dont le souvenir s'est conservé dans la mémoire des habitants de l'ile. L'année 1791 n’est pas désignée autrement par eux que par l’année du grand tremblement de terre. La tradition nous apprend que M.

Duchouquet en était autant et même plus effrayé que ses paroissiens, et cela est trèspossible ; car un prêtre, isolé sur une île comme était M. Duchouquet, peut, aussi bien que ses paroissiens, craindre d’être englouti dans la terre tout vivant. Et c’est une crainte suffisante pour etfrayer un curé,

Les anciens de l’Ile-aux-Coudres m'ont appris que l'effet moral produit sur la population avait eu pour conséquence d'empêcher les festins, les courses, les danses et les autres désordres qui avaient lieu à cette époque, pendant la saison de l'hiver. Je suis vraiment peiné de trouver dans le cahier d'annonces de M. Duchouquet que cette crainte n'avait pas duré bien longtemps et que les effets moraux n'avaient eu qu’une impression peu durable sur les insulaires. Voici ce que M. Duchouquet avait écrit et lu à son prône du dimanche, 22 janvier 1792 :

J'ai été témoin moi-même de ecite douleur et de ce repentir. Au moins me l’avez-vous fait paraître. Aussi quand j'ai été chez vous, pendant la quête que j'ai faite pour l'église, vous disiez alors que vous n'aviez pas écouté votre

curé, quand il vous

de venir à la messe p disiez que c'était en sance que Dieu avai terre. Mais le disie le crus alors, mais ; nant.

Il leur reproch se livrer aux dans courses, à la mé parler contre leur

C'est bien ainsi manité ! Dieu la ricorde ! Les chà oublie ses larmes, résolutions, ses ter cours de ses désor point corrigés, nia Et tout cela sans] ne l’eût pas mena

Les habitants « raient cependant ( pour un peu plu terreurs qu'avaien trois grandes secot blement de terre !

époque avaient ou de Dieu, en ce mo des avertissements de salut qu’il n’en seins de misérice avertissements on ricordieuse bonté canadien en géné:

l'Ile-aux-Coudres sans beaucoup de

Comme on vien quet s'était plaint, paroissiens avaient!

avaient même, à « plaintes à son évê chait pas assez s0 mettre ce fait, si je sur son Cahier d’at carême de 1792.

chisme aux enfan une heure et dem trois quarts, et ens au peuple, à trois réglé que la prière matin en famille ‘ avait fait sa premi l’année, et cela, ju fant de la famille comme on voit !

Duchouquet s’occupait de faire le bien | M. Pâquet, comme ot le sait par l'immense dans sa paroisse. desserte qu'il eut plus tard comme euré de Le premier acte de M. Charles-Joseph | Saint-Gervais, comté de Bellechasse, était Lefèbvre Duchouquet, porté au registre, | un ouvrier infatigable. Pendant les neuf est celui du mariage d'Etienne Pedneau | mois qu'il desservit l'île, il y fit neuf et de Josephte Dufour, 6 octobre 1788 ; | voyages, et y demeura chaque fois pluson dernier, celui de la sépulture de Ma- | sieurs jours. M. Pâquet a laissé à l’Ilerie-Madeleine Royer, âgée de 70 ans (#//e |aux-Coudres le souvenir d'un prêtre huou femme, je n'en sais rien), T mai 1792. | main, charitable, de bonne humeur. Il Eee était toujours prêt à rendre service.

VI Le premier acte de M. Perrault, couché sur le registre de l'île, fut celui du bap- M. CHARLES PERRAULT, CINQUIÈME curé pe | tême de Marie-Louise, fille de Jacques L'ILE-AUX-COUDRES Bouchard, 6 octobre 1792, et son dernier, celui de la sépulture d’Angélique, autre M. Charles Perrault fut ordonné prêtre | fille du même Jacques Bouchard, âgée de le 20 du mois de mai 1780. Ce fut vers | 14 ans, du 26 novembre 1792, le 24 du même mois 1792 qu'il vint épis prendre possession de la cure de Saint- VII Louis de l’Ile-aux-Covdres. Il remplaçait M. Duchouquet, qui avait laissé l'ile dans | y, LouIS-ANTOINE LANGLOIS, SIXIÈME CURÉ les premiers jours du même mois. DE L’ILE-AUX-COUDRES La santé de M. Perrault était très-faible, et c'était, dit la tradition, avec des peines | M. Lovis-Antoine Langlois fut ordonné infinies qu’il pouvait remplir les fonctions | prêtre le 14 du mois d'août 1791, Il vint du saint ministère. Je suis sous l’impres- | prendre la desserte de la cure de l’Ile-auxsion qu'il avait été envoyé comme curé de | Coudres au commencement du mois d’ocl'Ile-aux-Coudres dans l'espérance que la | tobre de l’année 1793 +. salubrité du climat serait favorable à sa! Je parlerai ailleurs de la manière dont santé. Ce fut le contraire qui eut lieu. Sa | vivait M. Langlois pendant qu'il était curé constitution continua de se détériorer. | de l’Ile-aux-Coudres. Qu'il me suflise de Dans les commencements de décembre, il | faire remarquer qu’il n'était pas fait pour fut forcé de garder la maison, et quelques | être un curé, mais un religieux contemplajours plus tard, il prit le lit par suite de tif. Il avait un attrait singulier pour la l'épuisement général de ses forces. vie de silence et de prière. Presque tout Le premier de janvier 1793, il cessa de |son temps, hormis celui qu’exigeait son vivre, sincèrement regretté par les habi-| ministère, se passait au pied de l'autel, Il tants de l’Ile-aux-Coudres pour sa piété, | pratiquait des mortifications extraordisa modestie, sa douceur et sa bienveillance. | naires ; ses abstinences et ses jeûnes étaient Le quatre du même mois, il fut inhumé | continuels. dans l’église de sa paroisse, par M. Ra-| Dans la crainte, je pense, d'exposer la phaël Pâquet, alors ruré des Eboulements. | Sainte Eucharistie aux profanations des Suivant l'acte de sa sépulture, il n’était | âmes hypocrites ou impénitentes, il ne pouâgé que de 35 ans 5 mois et 26 jours. Il! vait se résoudre à permettre d'approcher n’y avait que onze ans quatre mois et dix- | de la Table sainte. Quoique les paroissiens neuf jours qu’il avait été ordonné prêtre. | de l’Ile-aux-Coudres fussent comme ceux Il n'avait été curé de l’[le-aux-Coudres | des autres paroisses, il n’en trouvait presque pendant sept mois et sept jours. qu'aucun digne d'approcher de la sainte C’est le premier prêtre inhumé dans | communion, même dans le temps des cette 6: lise, pâques. Pendant quelques-unes des an- Après la mort de M. Perrault, ce fut M. | — x 1 Raphaël Pâquet, curé des Eboulements,| T Ie Réva M. Godfroi Tremblay et moi ; x avons été baptisés par ce vénérable prêtre : M. qui fut chargé de la desserte de l’Ile-aux- Tremblay, le 9 février 1200, et moi, le 10 jan- Coudres jusqu’à l'automne suivant (1793). ! vier 1801.

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ès HISTOIRE DE L'ILE-.AUX-.COUDRES

t nées qu'il fut curé de l’île, il n’y avait que trois ou quatre personnes qui faisaient leur communion pascale. Il résultait de là que les parvissiens de l’île étaient obligés d’aller chercher des prêtres à Québec pour leur faire faire leurs pâques.

Malgré la gêne qui résultait de ne pouvoir faire ia communion annuelle qu'en allant chercher aussi loin des prêtres, la généralité des habitants ne murmuraient point contre leur curé, dont ils respectaient trop la conduite édifiante pour

u'être pas convaincus qu'il n'agissait ainsi |

que par motifs de conscience, et parce qu'ils le regardaient, avec raison, comme un saint.

Quant aux autres fonctions de son ministère et à l'administration des affaires temporelles de son église, tout était fait dans un ordre parfait. Les comptes de la fabrique sont très-bien tenus.

M. Langlois vivait très-pauvrement ; faisant des bonnes œuvres autant qu’il en trouvait l’occasion ; il recevait bien ses paroissiens ; il était d’une réserve extrême avec les personnes de l’autre sexe ; il était grave, ne parlait que dans la nécessité et toujours avec une sobriété de parolos remarouable.

Les souvenirs que M. Langlois a laissés sur l'île sont ceux que laissent partout où ils vivent les prêtres remplis de l'esprit de Dieu, On s'estime heureux, à l’Ile-aux- Coudres, d’avoir eu pour curé ce vénérable prêtre, dont la mort, précieuse aux yeux de Dieu, a été un grand exemple pour ses paroissiens de l’île, et qui est devenu une protection pour eux auprès du trône de Dieu.

M. Louis-Antoine Langlois cessa d’être curé de l’Ile-aux-Coudres le premier jour du mois de septembre 1802, pour aller prendre la direction de la communauté des religieuses Ursulines de Québec. Il avait été neuf ans moins un mois curé de ma paroisse natale,

Le premier acte de M. Langlois, écrit sur les registres de l’île, est celui du mariage d'André Couturier et de Véronique Desbiens, le 7 octobre 1793. Son dernier acte est celui du baptême de Jean Tremblay, fils de Louis Tremblay, le ler septembre 1802,

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