‹ Histoire de l'Ile-aux-Coudres [microforme]Chapitre 24 sur 40 · M. ALEXIS LEFRANÇOIS, HUITIÈME OURÉ DE L’ILE-AUX-COUDRES · texte numérisé non relu

M. ALEXIS LEFRANÇOIS, HUITIÈME OURÉ DE L’ILE-AUX-COUDRES

M. Alexis Lefrançois avait été ordonné prêtre le 28 du mois d'octobre 1795.

Vers le 10 de novembre 1804, M.

Alexis Lefrançois vint prendre possession de la cure de Saint-Louis de l’Ile-aux- Coudres.

Il revenait des missions de la Baie-des- Chaleurs, qu'il avait desservies pendant plusieurs années, lorsqu'il fut noinmé à la cure de l’Ile-aux-Coudres. Pendant les étés de 1805 et de 1806, il retourna dans ces missions. Il partait de l’île de bonne heure, le printemps, et n’y revenait que très-tard, dans l'automne.

dont le caractère était un peu violent et que sa maladie rendait parfois de mauvaise humeur, avait pour usage, après avoir fait un mariage, de dire au nouveau marié, d'un ton fort peu doucereux : Donne-moi six francs ; prends ta bôte et va-t-en, Je demande pardon à qui de droit, mais

| je dois être impartial, en écrivant ce qui s'est

fait et dit sur mon île, comme je le trouve dans ses de ee

+ C'est. M. Lefrançois qui procura à l’église de l’Ile-aux-Coudres les deux statues que l'on voit dans le fond du chœur. Elles furent faites par M. Francois Baillargé, de Québec.

La façon coûta à la fabrique [a somme de Æ£25.0.0, et la darure et le transport de Québec à l'Ile-aux-Coudres, £39.4.3. Le prix total de ces deux statues, dont l'une représente saint Louis, patron de l’île, et l’autre, saint Flavien, est de £64.4.3. Autant que j'en puis juger, elles sont passablement faites, pour un sculpteur canadien de l'époque. Elles sont infiniment supérieures à celles du célèbre Charron, sculpteur de Saint-Jean-Port-Joli, dont monseigneur Plessis ordonnait dans une visite pastorale, à Sainte- Anne de la Grande-Anse, de chusser hors de l'église les quatre chefs-d'œuvre. Ces buches équarries, par lesquelles on avait prétendu représenter les quatre évangélistes, sortaient de la hache ou du ciseau de M, Charron,

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Pendant ses absences, c'était M. Louis Lelièvre qui desservait l’Ile-aux-Coudres.

M. Alexis Lefrançois laissa la cure de Saint-Louis vers le 25 de février 1810, pour aller prendre possession de celle de Saint-Augustin. Ce fut encore l'infatigable M. Lelièvre qui reprit la desserte de l’île jusqu'à l’arrivée de M. Pierre-Thomas Boudreault, dans l’automne de 1811.

Pendant qu’il était curé de l’Ile-aux- Coudres, M. Lefrançois, prêtre d’une mortification incroyable, rappela à ses paroissiens le souvenir des rigueurs que M.

Louis-Antoine Langlois exerçait contre lui-même. Jamais prêtre ne fut plus dur à lui-même que M. Lefrançois. Il couchait sur des planches, ne prenait qu’une nourriture grossière et en très-petite quantité. Il faisait de longues marches à pieds, souvent par les chemins les plus mauvais de la saison de l'hiver. Il ne se ménageait jamais quand il était question de remplir ses devoirs de curé. 1l donnait à peu près tout ce au’il recevait en aumônes ou en bonnes œuvres. Il avait un caractère ferme et décidé et savait se faire obéir, Si on le craignait beaucoup à l'ile, on l’aimait aussi beaucoup. Je me rappellerai toujours quelle impression de douleur causa son départ inattendu de l’Ileaux-Coudres. Je n'ai jamais été témoin d’un départ accompagné d'autant de larmes et de gémissements.

C’est pendant que M. Lefrançois était curé de l’Ile-aux-Coudres (180$), qu'arriva un de ces malheurs qu'on ne se rappelle jamais sans éprouver un serrement de cœur inexprimable, Un jeune homme, pendant la messe paroissiale, en été, se tenait debout dans la grande porte ouverte de l’église. Au commencement de son prône, M. Lefrançois, peut-être avec un peu trop de rigueur, lui commanda d’entrer dans l’église. Le jeune homme refusa d'obéir, M. Lefrançois réitéra le même ordre, une seconde et une troisième fois le jeune rebelle n’en tint pas compte. Son père partit de son banc pour aller lui dire d'entrer dans l’église ; le pauvre enfant n'en voulut rien faire. A l'instant même, il laissa l’église, gagna la maison paternelle, changea d'habits, descendit au rivage, s’embarqua dans un petit canot de bois qui était près de l’eau, et se laissa

mo

entraîner par les eaux du fleuve. Jam on n’en a eu de nouvelles depuis! Pn tion terrible d’une désobéissance pubi{c à son curé et à son père !

Le premier acte de M. Lefrançois 4 sur le registre de la cure de l’île, est se du mariage d’Etienne Desgagner *t Modeste Leclerc, du 12 novembre 80 son dernier est celui du baptême &e I polithe Lapointe, fils de Pierre Lapoir du 25 février 1810.

M. Alexis Lefrançois a été beaucc blâmé, par une certaine classe dep sonnes, à cause de la sévérité dont il us envers sa paroisse pour n’y pas laisser troduire des habitudes de luxe et de fol dépenses dans les habits. Mais, en réal at-il été bieu digne de blâme pour av fait de grands efforts et avoir déployé u grande vigueur contre un fléau destr teur de la pureté des mœurs et du bi être temporel de la population dont avait la charge? Peut-on le trouver b repréhensible, au jugement d’une rais éclairée par les lumières de la foi, pc avoir donné l'exemple d’une parfaite :

dération dans l'usage des vêtements et « biens temporels. Des chrétiens ne sont pas obligés d’user de toutes choses a:

cette modération et cette sagesse qui v lent qu'on se contente de ce qui est :

cessaire pour se nourrir et se couv comme nous le dit l’apôtre saint Paul ?

paroisse de Saint-Augustin, que M. ] françois a dirigée pendant un grand no bre d'années, était-elle moins morale plus endettée que nos autres paroisses on a fermé les yeux et laissé nos popu tions de la campagne suivre le torrent « entraîne le monde dans un gouffre se fond ?

Admettons, si on l'aime ainsi, que Lefrançois a pu faire ou que réellement a fait des excès de zèle; n’en serait-il ] moins vrai qu'il a rendu un immense & vice à la paroisse de Saint-Augusti N'est-il pas généralement vrai de d que des excès dans l'usage des choses ce monde ne peuvent guère trouver remède efficace que dans une grande én gie de répression, surtout quand la sens lité et l'orgueil sont de la partie ?

N'est-il pas encore vrai que ces ext dont la tendance est de devenir extrêm

une fois passés dans les mœurs et dans les usages d’un peuple, deviennent des maux qui n'ont plus de remède? C'est bientôt fait de censurer la conduite d’un vénérable curé comme M. Lefrançois ; de le traiter de fanatique, d'éxtravagant, de rigoriste ; mais est-on toujours bien appuyé de raisons chrétiennes et de principes religieux en jetant ces injures à la face d’un curé qui tient aux règles de la morale chrétienne dont on ne se soucie guère dans un certain monde ?

Si je suis bien informé, on m'a assuré qu’au départ de M. Lefrançois, la paroisse de Saint-Augustin n'avait point de dettes.

Pourrait-on en dire autant des paroisses où on a laissé la population faire, sans opposition sérieuse, toutes les dépenses inspirées par l'amour de la toilette, des modes excentriques et excessives pour ameublement, voitures, bâtisses, harnais, etc., etc. ?

Considérons donc que les maladies morales qui envahissent notre société grandissent toujours, s’infiltrent chaque jour dans les idées et les mœurs de nos populations de la campagne ; que l’orgueil et l’insubordination se débordent comme un torrent qui a rompu ses digues ; que l’aliment qui nourrit et fait grandir ces deux grandes maladies morales, a sa cause dans les habitudes de luxe et de sensualité. Ne soyons donc pas insensés jusqu’au point de ne plus vouloir de remède ou de lever notre tête orgueilleuse contre ceux qui nous condamnent ou qui travaillent à nous guérir. Louons bien plutôt les curés qui, comme M. Lefrançois, ont le courage de se dévouer à combattre nos maladies morales, Si nous ne voulons pas les écouter, ayons du moins le bon sens chrétien de ne pas travailler contre eux, en les diffämant.

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