M. PIERRE DUGUAY, DIXIÈME QURÉ DE L’ILE- AUX-COUDRES
M. Pierre Duguay avait été ordonné prêtre le 9 de mars 1816. Il vint prendre possession de la cure de Saint-Louis de l'Ile-aux-Coudres dans les derniers jours du mois d'octobre de l’année 1819.
M. Duguay, que j'ai bien connu, avait commencé ses études à un âge avancé.
Il lisait fort lentement et prêchait de même. Il avait un excellent cœur et était d'une bienfaisance incroyable,
+ Quand M, Duguay vint curé de l'ile, la fabrique devait encore 680 louis sur les ouviages faits à l'église par M. Boudreault ; il paya cette somme, et mit ainsi la fabrique en dehors de dettes, Il procura à sbn église une chape, une belle étole pastorale et des cartons d'autel avec cadres dorés qui servent encore et sont bien conservés,
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Personne ne fut jamais mieux recevai que M. Dugay. Pendant les vacances, mettait son bonheur à réunir chez lui de écoliers, dont il faisait les délices par :
belle humeur et son dévouement à let faire passer leurs vacances d’une manià fort agréable. Nous nous sommes vi jusqu’au nombre de six dans son presb] tère, et plus ce nombre était grand, pli il était content. Il n'épargnait rien, abs lument rien, pour ‘eur faire plaisir « leur procurer ce qu'un écolier aime tot jours, des fêtes et des promenades dor il faisait partie et qu'il savait rendit délicieuses par l'intérêt qu’il prenait leurs jeux.
M. Duguay avait établi pour règle qu pendant les vacances, il fallait aller pre dre un diner chez M. Louis Lelièvre, cut de la Baie-Saint-Paul. La traversée e chaloupe et le diner étaient, on le pens bien, du plus haut intérêt pour des écc liers de cette époque qui, toujours et tout âge, étaient des enfants de bonne € belle humeur. Pour la circonstance, M Lelièvre avait soin de faire préparer u diner de première classe. Toujours un grosse dinde (ou un dindon) venait se pla cer au milieu de la table. Le diner con mencé, c'était comme un feu roulant. O:
le sait, cette gente écolière est toujour vorace pendant les vacances, Aussi le mêts abondants placés sur cette table dis paraissaient les uns après les autres, o plutôt étaient engloutis dans des goutfre béants qui ne disaient jamais : c’est assez
Le débit des premiers services durui fort longtemps. Puis venaient les dessert d:5 l'abondance ne cédait en rien à cell des premiers services. Mais il arrivai presque toujours, à cette phase du dîner que M. Lelièvre, fatigué autant par 1 longueur du repas que par le sabbat de 1 gente loquace, finissait par s'endormir su sa chaise, Alors, le silence se faisai comme par enchantemeni, et les desserts les friandises, les raisins, les amandes, le
pâtisseries et tous les bonbons disparaissaient de dessus la table, comme du beurre se fond dans une poële placée sur un brasier ardent. Quand M. Lelièvre se réveillait, tout était disparu, excepté les assiettes vides,
Alors on se levait, on saluait M. Lelièvre, on le remerciait de son bon et copieux diner, puis on traversait sur l’île, Et M. Duguay riait aux éclats des prouesses de cette bande d’écoliers voraces qui, disait-il, avaient ruiné le vieux curé de la Baie-Saint-Paul.
Le reste des vacances se passait ainsi bellement et joyeusement avec l’aimable curé de l’Ile-aux-Coudres.
M. Pierre Duguay laissa la cure de l’Ile-aux-Coudres vers le 5 novembre 1822, après en avoir été curé pendant trois ans.
Son premier acte porté aux registres fut celui d: la sépulture de Marie-Thècle Lajoie, ma bonne et respectable mère, du 6 novembre 1819 Son dernier, celui du baptême de Charles Perron, fils de Pierre Perron et de Marie Mailloux, le 4 novembre 1822.
Après le départ de M. Dugnay, la desserte de la cure de l’Ile-aux-Coudres fut
prêtre le 18 octobre de l'année 1818. Il arriva à l’Ile-aux-Coudres vers le premier de septembre 1823, pour en être le curé.
M. Lefèbvre se montra, dans sa conduite publique et privée, toujours paisible, doux et réservé, Il était d'une sensibilité extrême, La moindre contradiction qu’il éprouvait l'affectait profondément. Les opposititions de quelques-uns de ses paroissiens turbulents le plongèrent dans la mélancolie. Cette sensibilité, qui avait sa source dans une bonté de cœur incomparable, lui fit verser des torrents de larmes, et lui créa des ennuis que l'amour et le respect de presque tous ses autres paroissiens ne purent distraire entièrement. Je dois ajouter que ces hommes, en très-petit nombre, qui chagrinèrent le bon et paisible M. Lefèbvre, sont depuis longtemps partis pour une autre vie, où Dieu, j'espère, leur aura fait miséricorde, parce qu’ils ont péché plutôt par un dérangeinent de leur tête que par suite de leur mauvais cœur, J'ajoute, de plus, que ces tristes hommes n'ont pas laissé d’imitateurs de leur conduite dans l’île, et que, je l'espère sincèrement, ils n’en auront jamais, Malgré le chagrin que lui causèrent un
confiée à M. François Labelle, alors curé |ou deux de ses paroissiens, et la peine des Eboulements. M. Labelle était un curé | qu’il en ressentit, M. Lefèbvre ne manqua d'une grande vigueur, d’une rare fermeté | jamais de reprendre le mal quand l’occa-
et d’un zèle fort remarquable. Il garda la desserte de l’île pendant onze mois. Il fit quinze visites à l’île pendant ce temps, et, chaque fois, il y demeurait pendant deux ou trois jours. M. Labelle a laissé dans l’Ileaux-Coudres le souvenir d’un excellent prédicateur, dont la voix forte et sonore
pénétrait profondément dans les cœurs.
C’est lui qui a inhumé le corps de mon
vénérable pére, Amable Mailloux, à qui je
dois rendre le témoignage qu'il savait ad-
mirablement se faire respecter et obéir par
ses enfants, dont il était le modèle par sa
sagesse et sa conduite sans reproches,