VIIL IX JOSEPH-MARIE SAVARD ET PIERRE SAVARD
Je n'ai que le témoignage d'une tradition conservée sur l’Ile-aux-Coudres, pour constater la mort dans les eaux du fleuve, de Joseph-Marie Savard et de Pierre Savard. Ce malheur eut lieu dans le printemps de 1795.
Joseph-Marie Savard et Pierre Savard, deux des habitants de l’Ile-aux-Coudres, étaient traversés au nord pour assister à une noce. Après les joies et les plaisirs de cetto noce, qui, à cette époque, devaient avoir été prolongés pendant plusieurs jours, ils revinrent à leur embarcation pour traverser le fleuve. Par une cause que la tradition n’a pas daigné Lous faire connaître, comme ils arrivaient près de la Grande-Batture, à l'endroit qui se trouve devant la demeure de François Tremblay, le canot qui leur servait à traverser le fleuve futrenversé. Ils tombèrent à l'eau, ne purent saisir l’esquif et restèrent ensevelis dans les eaux, qui ont retenu leurs corps pour ne les rendre qu’à la résurrection générale.
Je n'ai pas besoin de fuire remarquer que ces deux morts lamentables plongèrent deux familles dans une longue amertume de chagrin et de douleur. Ainsi, comme cela arrive si souvent dans ce pauvre monde, le chagrin suivit de bien près la joie ; le deuil et les larmes succédèrent Lien vite aux bruyants ébats d’une noce, ct toute cette scène de désolation ne fit pas mieux comprendre et mettre en pratique cette grande parole de l’Apôtre : ‘“ Ne vous réjouissez que dans le Seigneur ; ” ou bien ces autres paroles qu'on devrait porter gravées dans tous les cœurs : “ Voici donc, ‘ mes frères, ce que je vous dis : Le temps “est court ; et ainsi que ceux qui ont des
“ femmes, soient comme n'en ayant point; ‘et ceux qui pleurent, comme ne pleurant “point; ceux qui se réjouissent, comme “ne se réjouissant point ; ceux qui “achètent, comme ne possédant point ; “enfin, ceux qui usent de ce monde, “comme n'en usant point; car la figure “ de ce monde passe.” (1.Cor. chap. 7, v.
“29.) Oui, la figure des choses passe et nous restons avec cette figure. Mais, une fois que le temps nous aura emportés dans un monde où il n'y a plus de figure, et où tout est réalité, nous n'en reviendrons plus |