‹ Histoire de l'Ile-aux-Coudres [microforme]Chapitre 40 sur 40 · XIX, XX JOSEPH MAILLOUX ET HENRI BOT · texte numérisé non relu

XIX, XX JOSEPH MAILLOUX ET HENRI BOT

Le matin du 21 de mars de l’ant quatre jeunes hommes quittaient Coudres pour traverser aux Ebor Leurs noms étaient: Marcel 1 Simon Guérin dit Saint-Hilaire Mailloux, cousin-germain de M Henri Bouchard. Ils allaient cond la terre du nord, Demoiselle Mailloux, sœur de Marcel Maill devait prendre la direction d'u:

aux Eboulements. Ils avaient ch:

réflexion, un Jlutte beaucoup tro pour être traîné sur les glaces ps jeunes gens seulement, Par mal deux plus âgés d’entre eux étai d'avoir la prudence nécessaire

jiune des œufs qu'il avait avalés avant de | aussi dangereux voyage à tra

se mettre à l’eau et que le cahotage de la voiture avait fait échapper de sa poitrine,

Cette mort, toute pleine de désolation qu'elle fût, avait cependant, pour les amis de Germain Desgagné, son côté consolant.

Ce jeune homme venait de terminer une confession générale pour se mettre en état

| glaces,

A leur départ, ils eurent la € prendre le bon point de lu m comme ils étaient reposés, ils gagner Î1 rive nord. La joi bruyante, et la journée se passa à dans la neige, à aller et venir da:

roiase, c'est-à-dire à s'épaiser de fatigue et à ter lu vigueur dont is avaient un si granil be-oin pour le retour, Cependant, le vent avait tourné à l'est, Appoitaut avec lui uns neige humide ut

débouté le bis de l'ile où il rencontra des courants qui le pou-sèrent vers le cap aux Oies et lui firent ensuite suivre le rivage du nord,

Par un trait admirable de la Providence

collunte, qui allait s'atticher et sur les !qui voulait, ce semble, sauver les deux g'aves et sur le fond du ffte, et rendre le | pauvres enfants, tombés d'épuisement duns

tour beaueoup plus fitiguant que n'avait té le passige au nord. Ne tenant pas umpte du surcroît de lenteur et de faligue qui en devaient résulter, les voyageure n'eurent pas la prévoyance de cale 1ler qu'il leur fallait avancer le moment du départ pour avoir le temps d'arriver au rivage de l'île avant la marée baissante et tombée de la nuit, Tout se préparait peur un grand malheur,

Ils se trouvèrent enfin tous quatre à l'endroit où était leur énorme flu/te, qu'ils luncèrent dans le fleuve au milieu des glaces, Epuisé: par les courses de la journée, ils achevèrent un reste de vigueur en montant et trainaut leur flute qui, cette fois, leur semblait une montagne à faire rlisser,

Ils n'étaient rendus qu'aux trois-quarts do la traversée que Joseph Mailloux, âgé de seize ans, n’en pouvant plus de fatigue, laissait tomber sn aviron et déclarait n'être plus capable de travailler, Quelques minutes jlus tard, Henri Bouchard, âgé de viugt ans, était lui-même aussi épuisé de faiigue et de travail. Il ne restait plus pour continuer ce pénible voyage que les deux plus âgé:, ceux peut-être qui avaient le moins de courage.

Mais un malheur n'arrive jamais sans nn autre, Comme ils étaient dans cette déplorable situation, voilà qu’un brouilard de neige épaisse vint leur dérober la vue de l'ile. Saisis de terreur, les deux d'entre eux qui étaient encore debout dans e flatte s'aperçurent que la marée baissait t que le courant allait les emporter dans e bas du fleuve, sans espérance d'accoster e rivage de l’île, vers le bas de laquelle ls étaient. Manquant à la fois de cœr + d'énergie, les deux qui pouvaient encore ravailler retirèrent leurs avirons de l'eau t se placèrent dans le fond du flute, les ras croisés et tout désespérés!! Les téèbros étuient venues convrir d'un voile pais cette seène de désolation; personne, à l'île, ne put voir le lutte, qui bientôt eût

le fond du Jlitte, il arr.va que le courant entraina leur embareation lo long des bittures de glaces encore fixées sur le rivase, dans l'anse de ln Petite-Mulbaie, C'était vers les dix heures et demie de la soirée, à l'étale de la marée, Joseph Mailloux et Henri Bonchard étaient déjà motits où du moins avaient perdu tout suutiment, Une neige humide couvrait leura corps, étendus dans le fond du lutte.

Dans une des maisons du pied de la côte paraissait une lumière; on pouvait donc avoir du secours, car cette maison n'était pas très-éloignée,

Ce fut alors que Murcol Mailloux, laissant Simon Suint-Hilaire à la garde du

flatte, débarqua sur les battures attenantes

au rivage et se dirigea vers cette lumière dans le but d'avoir de l’aide, Mais il n'avait pas fait quelques perches qu’il entendit venir derrière lui Simon Sunt-Hilaire, qui, par un effet de la peur, at-il dit depuis, avait abandonné la garde du Jlutte, alors qu'une étincelle de bons sens aurait dû lui faire comprendre que le retour de la marée allait séparer l’esquif des Lattures et l'emporter au large avec les deux pauvres enfants qui y restaient, Sans plus de souci, ils se dirigèrent ensemble vers la lumière, Avant de les abandonner ainsi pour aller chercher du secours, que n'’avaient-ils du moins monté le flute sur la batture, ou, si cela ne se pouvait, que n’en uvaient-ils au moins retiré leurs compagnons et ne les avaient-ils placés sur cette batture ! !

Marcel Mailloux et Simon Saint-Hilaire arrivèrent bientôt à la maison où était la lumière. Mais dans leur trouble, ou plus véritablement par suite de leur manque absolu de bon sens, ils no parlèrent pas d'abord de leurs compagnons. Ce ne fut qu'assez longtemps après qu'ils se les rappelèrent ; mais il n'était plus temjs. A cette nouvelle, les hommes chez qui ils étaient s'empressèrent d'allumer un fanul et de courir à toutes jambes vers l'endroit

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où le flatte avait été laissé. Mais le ffatte n'était plus le long de la batture, et il fut même impossible de l’apercevoir, tant déjà il s'était éloigné.

Les deux étourdis comprirent alors toute l'étendue des suites funestes qu'avait eues leur manque de prudence. Le lendemain, 22 mars, ils se firent traverser sur l'île et y apportèrent la nouvelle de ce malheur.

Ce fut un vrai cri de désespoir qui parcourut toutes les maisons.

Le père de Joseph Mailloux ignorait complètement que son fils fût traversé au nord. Il se trouvait alors à plus de deux lieues de sa famille, occupé à tenir une école près de l'église. Son enfant était parti avec la permission de sa mère. Aussi, les dernières paroles qu’on entendit de lui au moment où il tombait d’épuisement dans le fond du jfatte, furent celles-ci: Oh / ma mère / Oh! ma puuvre mére! Oui, cette pauvre mère, elle en a bien versé des larmes sur son enfant, dont le corps a trouvé une profonde fosse dans le fleuve !

Pierre Mailloux, homme remarquable par son intelligence, mais pius remarquable encore par son excellent cœur, tomba comme frappé d’un coup de foudre lorsqu'on vint lui annoncer ce fatal accident.

Dès le lendemain, 23 mars, il s’empressa de traverser au nord, pour essayer du moins à retrouver la dépouille mortellé de son cher enfant. Le soir du même jour, il était rendu à Ja Malbaie, interrogeant tous ceux qu’il rencontrait pour savoir si on avait aperçu le jlatte au milieu des glaces. Tontes ses recherches n’eurent pour résultat que de rencontrer quelqu'un qui lui dit qu’il lui semblait avoir aperçu au large un Jlatte accosté contre une glace et presque renversé,

Ce renseignement, tout pou satisfaisant qu'il fût, engagea Pierre Mailloux à continuer au milieu des neiges, de descendre le long du fleuve jusqu'au Port-aux-Quilles, où personne me put lui donner de nouvelles. Désolé de l’insuccès de ses recherches, il rebroussa chemin et s’en revint à l'Ile-aux-Coudres, où il augmenta la désolation par le récit de l'inutilité de son pénible voyage.

Il y avait à peine huit jours qu'il y était revenu, qu'il apprit qu'au Port-au-

Saumon avait abordé un faite contenant les corps de deux jeunes gens. Sur cette nouvelle, Pierre Mailloux se hâta de retourner au nord, par des chemins affreux et avec des misères de toute espèce. Il vint à bout de se rendre à l'endroit indiqué. Mais, hélas! le Jlatte et les deux pauvres enfants qui y avaienc été abandonnés n'étaient pas venus à cet endroit.

Cette fois, le bon père Mailloux revint à l’île après avoir perdu toute espérance de ne pouvoir faire donner la sépulture chrétienne au corps de son fils.

Pierre Mailloux ne s’est jamais consolé de ce malheur. La plaie ouverte dans son cœur paternel saignera jusqu’au dernier moment de sa vie, De pareilles blessures n'ont point de remède en ce monde pour les pères qui aiment véritablement leurs enfants.

Il n'y a pas longtemps, Pierre Mailloux me racontait ce que je viens d’écrire, les larmes dans les yeux et la voix entrecoupée par ses sanglots ; cependant, plus de vingt-cinq ans s'étaient écoulés depuis le jour où était arrivé ce malheur. Le bon Pierre Mailloux, alors âgé de soixantedix-neuf ans, m'avouait que chaque fois qu'il regardait le fleuve, il cherchait de ses yeux humides de larmes s’il n’apercevrait pas le jlatte où était resté le corps de son enfant.

A peine un mois s'était écoulé depuis que cet accident avait eu lieu, lorsque deux autres habitants de l'île, Joseph et Timothé Tremblay, se noyèrent au milieu d’une tempête, en face du cap Tourmente, comme ils montaient à Québec en chaloupe.

Deux ans plus tard (28 avril 1847), Joseph Savard et Thomas Demeule périrent au bout d'en haut de l'ile pendant une nuit orageuse. L'année suivante (7 juilles 1848), ce fut le tour d'Ubalde Perron, qui périt daus la rivière du Gouffre.

Elie Dufour eut le même sort en 1851 auprès de l’île St. Barnabé, ayant été jeté à l’eau par l’un des baumes de la goëlette qu'il montait, ÆEufin, pour terminer cette longue liste d'accidents déplorables, deux autres enfants de l'île, Louis Lapointe et Etienne Tremblay, disparurent en mer en 1856, pendant qu'ils se rendaient aux An-

tilles, à bord d’un brick qui avait été construit à Saint-André de Kamouraska.

Vingt-huit victimes en tout ont trouvé la mort dans les eaux durant l’espace de cent six ans (1750 à 1856). Sur ce nombre, dix seulement ont été retrouvées.

Depuis 1856 jusqu'au moment où j'écris (1870), on n’a pas eu à déplorer un seul accident, D'où vient cette subite interruption de malheurs qui avaient été si fréquents durant les années précédentes ?

M. le curé actuel de l’île va nous en donner la raison :

‘# Depuis les deux victimes de 1856, on chante à l’île deux grandes messes chaque année, le printemps, pour être préservé des dangers de la navigation. Presque toute la paroisse y assiste, et personne n'a péri depuis, Ceux qui se sont trouvés en dan-

ger ont la conviction d'avoir été sauvés miraculeusement en considération des deux oblations de ia sainte Victime. Mais le bon Dieu écoutera-t-il toujours la voix du divin Agneau immolé sur l'autel} Les gens de l’île le croient, parce qu'ils ont une grande confiance dans le saint sacrifice de la messe.”

Fasse le ciel que leur foi et leur confiance soient toujours aussi vives, et qu’en récompense, les habitants de ma chère petite île ne voient plus s’allonger la liste funèbre de leurs noyés. Que le Seigneur apaise autour de leurs embarcations la fureur des flots, comme il fit autrefois sur la mer de Tibériade, ou comme il applanit les eaux du fleuve devant le canot qui allait chercher l’ancien curé de l'île pour les funérailles du Père de La Brosse.

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