‹ Histoire de l'île d' OrléansChapitre 11 sur 18 · G HISTOIRE DE · texte numérisé non relu

G HISTOIRE DE

journaux du temps. Le nom et le signalement des naufragés furent donnés au complet. Appel fut fait au nom de l'humanité aux habitants des environs du golfe de porter à la connaissance des parents les nouvelles qu'ils pourraient avoir do ce déplorable accident, et de faire les démarches nécessaires dans un semblable malheur. On lira avec intérêt l'article suivant du Canadien, publié à cette occasion :

« Naufrage de la goélette « La St. Laurent^ » n'^ 28, ayant a bord [^pilotes, 6 apprentis et 2 hommes d'équipage.

AU NOM DE l'humanité !

Aux habitants des côtes de l'embouchure du fleuve St. Laurent et du golfe.

« Comme il paraît hors de doute que le terrible et funeste ouragan qui a ravagé certaines parties du bas du fleuve St. Laurent, du 26 au 27 septembre dernier, aurait submergé ou jeté sur les côtes plusieurs vaisseaux et particulièrement la goélette La St. Laurent., no 28, transportant des pilotes au-devant des vaisseaux venant d'Europe ; et que ce fâcheux accident plongerait une dizaine de veuves dans le deuil et l'affliction, plusieurs orphelins dans l'insuffisance des choses nécessaires à la vie et à leur éducation, de nombreux parents et amis dans la plus profonde perplexité sur le sort de ces infortunés ; enfin tous ceux qui auraient eu l'avantage de jouir de leur société, dans les regrets les mieux mérités.

«Toute la paroisse de St. Jean, ou pour mieux dire toute l'Ile d'Orléans et les environs, frappés de la plus cruelle anxiété après une absence de plus de deux mois, et craignant de ne plus revoir ceux qui

leur étaient unis par les liens de l'amitié la plus intime, s'adressent avec confiance et au nom de riiumanité aux personnes bienveillantes et charitables des côtes d'en bas du fleuve, afin que, dans la supposition où quelques-uns des débris de cette malheureuse goélette, ou même quelques-unes des victimes abandonnées aux flots viendraient à atterrer sur les côtes avant l'hiver ou au printemps prochain, tous ceux qui pourraient en avoir connaissance, et en particulier, MM. les missionnaires et ceux qui reçoivent les journaux voulussent bien envoyer les renseignements les plus approximatifs avec toute la diligence possible : adressant leurs dépêches ou à la Maison de la Trinité de Québec, ou à quelque personne recommandable de la ville, ou aux parents et amis sur les lieux, ou enfin au curé de l'endroit. Que si toutefois, quelqu'une des victimes pouvait suffisamment être reconnue d'après les signalements ciaprès donnés, les intéressés souhaiteraient que ceux qui les auraient trouvés, leur fissent donner la sépulture ecclésiastique, au lieu le plus prochain : qu'ils en fissent dresser un procès-verbal en forme et signé du missionnaire catholique, qui les aurait inhumés, ou par qui de droit, et qu'enfin le tout fut adressé aux personnes ci-dessus indiquées. Tous les frais et dépens justes et raisonnables seront remboursés avec gratitude le plus promptement possible, à toutes personnes qui feront parvenir aux intéressés les renseignements désirés.

« SiGNALEi[ENTs. — La goëlettc portait sur la misaine et sur les côtés n» 28, et sur l'arrière La Saint-

Laurent ; la grande voile ayant été trouée par le feu, il s'y trouve au Las une pièce d'environ 8 ijouces carrés.

« Personnes a bord. — De Saint-Jean^ mariés : Jos. Jehan, âgé de 53 ans : taille moyenne, teint brun, médaille et chapelet au col, montre.

a François Gurodeau, âgé de 52 ans : taille audessus de la moyenne, cheveux noirs et frisés, chapelet au col, chemise de flanelle blanche du pays, cravatte de soie noire, bottes sauvages.

« Gabriel Pépin, âgé de 46 ans : taille petite, teint blanc, pantalon d'étofîe du pays, grise, médaille et reliquaire au col, montre et garde dito.

« Joseph Royer, âgé de 45 ans : taille moyenne et robuste, chapelet de job et croix au col.

(1 François Dupuys, âgé de 45 ans : taille moyenne, teint brun, marqué de la petite vérole : très-probablement, médaille au col et chapelet dans les poches, montre sans boitier.

« Pierre Pépin, âgé de 38 ans : taille un peu audessus de la moyenne, teint blanc, tête chauve, médaille au col, chapelet sur lui, montre avec ruban noir, cravatte de laine rouge, chemise et corps de flanelle blanche.

« Louis Servans, âgé de 46 ans : taille moyenne, teint brun, favoris épais, chevelure noire avec l'empreinte de ce signe H sur le bras gauche, médaille et reliquaire au col, chapelet et montre.

« François Royer, âgé de 37 ans : taille moyenne, teint brun, cicatrice à la tête, montre, chaîne d'acier efcgacde dito argenté.

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.1 Laurent Paquet, âgé de 27 ans : teint blanc, cheveux rouges, montre, chaîne de cheveux, garde d'argent, médaille, reliquaire au col, croix empreinte sur le bras.

« Garçons — Jos. Gobeille âgé de 27 ans : taille audessus de la moyenne, teint brun, cheveux noirs, médaille au col, corps de tlanelle rouge, caleçon de flanelle blanche.

« François (Paul) Pouliot, âgé de 29 ans: taille moyenne et robuste, teint brun, cheveux noirs, médaille au col, corps de flanelle rouge, caleçon de flanelle blanche.

(( De Saint-Michel, comté de Belle-Chasse. — Mariés : Joseph Gagné âgé de 36 ans : taille au-dessus de la moyenne, teint brun, cheveux châtains.

« Hubert Chamberland, âgé de 26 ans : taille moyenne, teint brun, cheveux châtains.

« Equipage. — De St. Jean : Pierre Royer, âgé de 39 ans : taille moyenne, teint brun, cicatrice à la lèvre supérieure.

(1 Jean B. Turcotte, âgé de 22 ans, taille grande, teint brun, médaille au cou.

« Pierre Dupuis, âgé de 21 ans, taille au-dessous de la moyenne, teint brun.

« George Paquet, âgé de 20 ans, taille petite, teint brun avec l'empreinte de son nom sur le bras.

« Ambroise Paquet, âgé de 22 ans, taille moyenne, teint brun, cheveux frisés.

« Jean Bte. Jehan, âgé de 21 ans, taille moyenne.

« Thomas Jehan, âgé de 20 ans, taille petite et robuste.

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a Un nommé Chassé de l'Isle Verte, âgé d'environ 22 ans : taille moyenne, teint brun.

« Outre les signalements qui précèdent, il est probable que la plupart des pilotes ci-haut nommés, portaient des pantalons et des gilets de drap bleu ou de patent cloth ; quelques-uns avaient des pantalons d'étoffe grise (1).»

L'année précédente, une autre goélette, la Sioallow, s'était aussi perdue de corps et de biens dans le bas du fleuve. Cinq personnes furent englouties ave celle, sans qu'on ait eu aucune nouvelle sur leur sort. Pierre Forbes, pilote, de St. Jean, était du nombre de ces infortunés (2).

Ce brave citoyen, doué des plus brillantes qualités, méritaient certainement un meilleur sort, lui qui avait soulagé tant de fois les malades et les naufragés, souvent au plus grand péril de ses jours. Quelques années auparavant, il avait exécuté l'action la plus héroïque en sauvant la vie à trois de ses confrères. Ce trait de bravoure sublime mérite d'être consigné ici.

Dans l'automne de 1834, trois jeunes pilotes de St. Jean partirent, par une tempête des plus terribles, dans une petite embarcation pour aller mettre hors de danger une chaloupe que la violence des flots menaçait de briser. Ils n'étaient pas encore rendus à moitié chemin qu'une immense vague entre dans le faible esquif et le fait chavirer.

Un long gémissement se prolonge aussitôt sur le

(1) Canadien du 13 nov. 1839.

(2) Les autres iiaufragéa étaient : Gilbf rt Fortier, Paul Moreau, Thomas Normand et Fabien Moreau.

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rivage. Les parents et les amis se transportent à toute hâte sur cette scène de désolation, et remplissent l'air de leurs lamentations et de leurs cris. Tous jugent leur perte inévitable. Mais, heureusement, il se trouve un ami qui s'est déjà dévoué plusieurs l'ois ijour le salut de ses frères : c'est M. Forbes, le bienfaiteur de l'humanité. Il étaitretenu àla maison par une grave maladie ; mais il avait suivi avec un œil inquiet la faible embarcation. Au moment qu'il la voit verser, il quitte précii^itamment son lit de douleur, et se dirige pour porter secours à ses frères. Son épouse, voyant à quel danger il va être exposé, le supplie de rester tranquille, et de suivre les avis de son médecin qui lui avait ordonné de ne pas s'exposer au froid, et pour plus grande sûreté, elle ferme la porte à clef. Notre héros, sans perdre de temps, ouvre une fenêtre, s'élance dehors, et arrive comme un éclair sur le rivage.

Sans redouter la violence des vagues qui s'élevaient à une hauteur prodigieuse et venaient se briser avec fracas sur la plage, il se précipite dans les flots au grand danger de sa vie, et se dirige d'abord au plus exposé des trois et le ramène sain et sauf. Il retourne chercher les deux autres, et après des efforts surhumains il vient les déposer au milieu de la foule, qui passe du plus grand désespoir au comble de la joie. Tous chargent de bénédictions ce libérateur qui tombe épuisé sur le rivage, et le conduisent au milieu des acclamations à sa demeure pour y reprendre son lit de douleur.

On devait s'attendre que la santé de ce brave, affaiblie d'avance, subirait les plus funestes résultats

à la suite de cette action, et que ses jours mêmes seraient exposés. Il garda bien le lit encore quelques semaines, mais heureusement sa santé se rétablit peu à peu (1).

Deux autres accidente déplorables sont venus consterner les habitants de l'Ile ces dernières années. Le premier arriva le 21 juillet 1819. C'était une chaloupe de St. François, commandée par J. B. Lemelin, qui montait à Québec avec une charge de denrées. Rendue vis-à-vis l'Ange-Gardien, un fort coup de vent la lit chavirer. Sur dix-huit personnes qu'il y avait à bord, neuf malheureusement furent englouties dans les flots. Voici les noms de ces infortunés : Charles Guérard, cultivateur, Marie Deblois et Célina Dompierre, de St. François ; Jean-Baptiste Martineau, cultivateur, Josephte Létourneau, veuve de Jean Labranche et ses deux filles, Marie Labranehe et Delvie Labranche, de la Ste. Famille, et madame Jean Asselin, avec un jeune enfant, de Québec.

Le 18 novembre 1861, une chaloupe de la Ste. Famille, ayant à son bord dix-sept personnes de cette paroisse, arrivait à Québec au commencement de la nuit, lorsque, par malheur, le vapeur McKenzie vint la frapper au côté et la couper presque en deux. Onze des passagers parvinrent à sauter dans le vapeur, les autres n'en eurent pas le temps, et furent engloutis dans les flots. Voici les noms des victimes au nombre de six : Benjamin Turcotte, Pierre Giguère, Xavier Létourneau et son frère Louis Létourneau, Joseph Asselin, cultivateurs, et Flavien

(1) Les ti'ois pilotes qui furent sauvés par ce brave éttùent : Pierre Toussaint, Antoine Fortier et Joseph Baymond.

Drouin, lorgeron, tous de la Ste. Famille. Deux ou trois seulement des corps de ces infortunés ont pu être trouvés. Cette paroisse fut grandement affligée cette année-là ; plus de trente personnes, en y comptant les noyés ci- dessus, moururent. Tous les habitants étaient dans le deuil : il n'y avait pas une famille qui n'eût à déplorer la perte d'un de ses proches parents.

Nous n'en finirions plus si nous racontions tous les tristes accidents qui sont arrivés aux habitants de l'Ile d'Orléans. En voici encore un autre dont nous donnerons les détails en peu de mots.

Au mois d'août 1841, trois jeunes gens de St. François revenaient de la batture de l'île aux Grues dans une chaloupe chargée de foin, lorsqu'une tempête les assaillit au milieu de leur route. La chaloupe fut renversée par la violence du vent, et les trois malheureux furent engloutis dans les flots. Voici les noms de ces jeunes gens, dont les corps furent trouvés quelques jours après cet accident : Urbain Golin, François Golin et Baptiste Lognon.

A part les nombreux naufrages qui ont causé, comme on l'a vu, la mort à tant de personnes de l'Ile, que de tristes aventures sont arrivées à ses marins, surtout aux apprentis-pilotes, dans les voyages qu'ils sent obligés de faire en Europe avant de recevoir leur branche ! Combien de ces jeunes, gens ont perdu la vie dans ces longs voyages ! Combien d'autres que la tempête a jetés sur des côtes désertes, où ils ont eu à souffrir les plus grandes souffrances et les plus cruelles privations ! Voici les détails d'ua

pénible naufrage que deux apprentis de St. Jean, Pierre Toussaint et Joseph Dick, essuyèrent dans un de leurs voyages :

Dans l'automne de 1813, ces deux jeunes gens partaient de Québec ]30ur l'Europe dans un môme navire anglais. La navigation fut d'abord assez heureuse, quoique la saison fût fort avancée. Mais en approchant du golfe la température se refroidit, les vents accompagnés d'épais brouillards se firent sentir et augmentèrent rapidement. Un moment après, la tempête était tout à fait déclarée; les vents soulevaient les vagues à une hauteur prodigieuse, et le navire, balloté sur tous les sens, fatiguait terriblement à la mer. Pour comble de malheur, le capitaine était incapable de diriger lui-même le bâtiment; car, depuis son départ, il avait été dans un état continuel d'ivresse. Le navire est alors abandonné au sort du second et des matelots, qui redoublent d'efforts pour vaincre la tempête. Mais, peine inutile I les brouillards empêchent de voir où l'on se trouve, et la nuit la plus affreuse vient se joindre à cette scène de désolation. Le désespoir s'empare alors de tous les cœurs, et tous jugent leur perte inévitable. En effet, au milieu de la nuit, le vaisseau est jeté sur la côte, et frappe avec une force terrible sur les rochers. Chaque coup, emportant quelques pièces du bâtiment, semble annoncer la mort. On attendit le jour dans la plus grande anxiété, et l'on put se convaincre que le rivage était à peu de distance de soi. Quelques matelots se jettent alors à l'eau et réussissent avec beaucoup de peine à gagner le rivage. Le reste de l'équipage leur fait parvenir un câble du

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bAtimont, rt tout le nioiulo, parco moyon, peut gagner la rive, en choisissant ramortissement des vagues.

L'équipage et les passagers avaient bien la vie sauve ; mais avec quelle douleur s'aperçurent-ils qu'ils se trouvaient sur une terre déserte, l'Ile d'Anticosti, où tant de naufragés ont déjà trouvé la mort ! Ils venaient d'échapper aux plus grands dangers, et ils se voyaient retombés dans une position presque aussi pénible que la mort. Qu'allaient-ils faire sur cette côte déserte, épuisés de fatigue, sans abris, sans provisions, aux approches d'un hiver de plus de six mois ? Un moment de réflexion leur fit voir l'horreur de leur situation, et la perspective de mourir de froid et de misère les glaça de terreur.

Les moins épuisés s'empressèrent de parcourir le rivage pour examiner les alentours. Dans ce moment, le reflux de la mer permettait assez facilement d'aborder les débris du vaisseau. Alors on put recueillir une certaine quantité de provisions et quelques débris de voile, que l'on se hâta de mettre en lieu sûr. Tout le monde se mit à l'œuvre pour couper du bois, et en peu de temps on parvint à élever une petite cabane pour se protéger du froid qui commençait à sévir.

Mais les provisions que l'on était parvenu à sauver étaient loin d'être suffisantes pour nourrir tout le monde pendant l'hiver ; car l'équipage et les passagers formaient vingt et une personnes. Le capitaine, après avoir tout calculé, décida que sept d'entre eux devaient essayer de traverser au sud, afin de diminuer le nombre des bouches et de prolonger les

vivres jusqu'au printemps. Le sort fut jeté sur les deux Canadiens, Pierre Toussaint et Joseph Dick, et sur cinq Américains qui avaient été faits prisonniers dans la guerre de 1812, et que l'on conduisait en Angleterre.

Ces sept naufragés apprirent avec douleur cette décision du capitaine, car ils se crurent sacrifiés pour le salut des Anglais. La mort la plus affreuse se présentait devant leurs yeux ; ils ne voyaient aucun moyen de faire cette longue traversée dans une saison aussi rigoureuse, avec une chaloupe en mauvais ordre et bien trop pesante pour être mancBuvrée par si peu de monde ; mais il leur fallut bien se résigner. Ils partirent donc avec des provisions pour quelques jours seulement.

Trois jours et trois nuits ces infortunés luttèrent contre la mort pour gagner le sud. Le froid était extrême, les vents accompagnés de neige ballotaient terriblement leur chaloupe qui s'emplissaient d'eau continuellement. Ils travaillaient sans relâche à jeter l'eau avec un seau au bout de leurs bras, et contractèrent des douleurs insupportables dans les côtés et la poitrine. Enfin, le troisième jour ils abordèrent au sud : ils se trouvaient à vingt lieues en bas de Matane.

Ces pauvres malheureux, transis de froid et épuisés par la fatigue, n'aperçoivent devant eux aucune trace d'habitation. Ils se voient là sans abri, sans feu et presque sans provisions; enfin leur état est des plus navrants, et déjà les Américains ne se sentent plus capables d'agir. Pierre Toussaint, le plus vigilant d'entre eux, se met en devoir de faire du feu ;

dans cette situation si critique, c'était leur plus pressant besoin. Il voit sur une hauteur des bouleaux desséchés ; il y monte, brise l'écorce d'un vieil arbre et en retire un morceau amadoué (tondre). Il lait alors jouer le briquet, et réussit à tirer du feu. Toussaint revient triomphant vers ses compagnons, qui l'accueillent comme leur sauveur.

Mais guéris de ce côté, les naufragés ressentent un autre besoin : c'est la faim. Les deux Canadiens se rappellent qu'il est resté dans la chaloupe un morceau de bœuf. Ils s'y rendent et trouvent cette viande toute gelée, qu'ils partagent avec les Américains.

Ces infortunés ne pouvaient rester longtemps dans cette triste position : ils remettent leur chaloupe à l'eau, et se décident à remonter le fleuve avec la marée, afin de parvenir à quelque endroit habité. Ils suivent la côte en s'arrôtant de temps en temps pour se reposer, et après deux jours de pénible navigation ils aperçoivent une habitation. Ils s'y rendent en toute hâte ; mais hélas ! ils y trouvent une bien pauvre famille qui a à peine même les provisions suffisantes pour passer l'hiver. Après beaucoup de sollicitations, ils obtiennent un demi-minot de patates qu'ils paient un louis. Ils étaient encore heureux d'avoir ce peu de provisions qui leur permettait de prolonger leurs jours avant de se rendre à d'autres habitations. Ils échangent leur grosse chaloupe pour un canot bien léger, et voyant qu'ils ne peuvent avoir plus longtemps l'hospitalité en cet endroit, ils se décident à remonter plus haut, afin de trouver quelque famille plus fortunée.

Pendant ce nouveau trajet, les Américains entièremeni épuisés étaient incapables d'agir et d'aider à la manœuvre du canot. L'un d'eux, qui était un nègre, souffrait liorriblement. Uu instant après, il meurt et on le jette à l'eau.

On atteignit enfm Mataiio. A leur arrivée, les Canadiens sont encore témoins de la mort de deux autres de leurs compagnons d'infortune. Les survivants sont recueillis par une famille écossaise, dont la vieille mère, du nom de McKinal, se montra très-hospitalière. Ils sont réchauffés, nourris et réconfortés, et leur santé se rétablit peu à peu.

Au printemps Pierre Toussaint et Joseph Dick revinrent dans leurs familles, et racontèrent à leurs parents les tristes détails du naufrage que nous venons de rapporter (I).

(1) Pierre Toussaint est le père de M. F. X. Toussaint, savant professeur de l'Ecole Normale-Laval, et .Toseph Dick, père de M. G^ibriel Dick, notaire et régistrateur de la côte de Beaupré.

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