STE. FAMILLE
Limites de la paroisse «le la Ste. Famille. — Premiers registres de l'Ile. — Preir.iers missionnaires. — Eglises de la Ste. Famille. — Liste des curés de cette paroisse. — Population. — Ecole.
La paroisse de la Ste. Famille, située du côté du nord de l'Ile, vient ensuite de St. Pierre, et a deux lieues d'étendue, depuis la rivière Pot-au-Beurre jusqu'à la terre de Louis Guérard, qui la sépare de St. François.
Elle a été longtemps la paroisse la plus populeuse de l'Ile : c'est là que s'est porté d'abord le gros de la population , et pour cette raison , elle fut fournie d'église et eut son curé résidant plusieurs annéee avant les autres paroisses.
Les premiers registres que l'on commença à tenir à l'Ile d'Orléans se trouvent dans les archives de la Ste. Famille. MM. Pommiers et Morel s'intitulent
(1) Ou avait construit ces deux navires dans le but de les défaire, dès leur arrivée en Europe, afin d'échapper aux droits sur les bois dans le Royaume-Uni,
au commencement de ces registres missionnaires de nie d'Orléans. Le premier acte qu'on y trouve est le baptême de Barthélémy Landry, fils de Guillaume Landry et de Gabrielle Barré, à la date du 12 avril
Jusqu'en 1679, il n'y a qu'un seul registre pour toute l'Ile. L'église de la Ste. Famille est mentionnée ainsi pour la première fois en 1671 dans l'acte de sépulture d'un Français « qui fut inhumé dans un cimetière proche de l'église de la Ste. Famille, dans rile d'Orléans. »
En 1675, on parle aussi de la même manière pour la première fois des paroisses et églises de St. Pierre, St. Paul (St. Laurent) et St. Jean. La division de l'Ile en paroisses a dû avoir lieu à cette époque-là.
L'acte de l'érection de l'Ile en comté, fait le 6 avril 1676, mentionne que l'Ile était divisée en quatre paroisses ou bourgs, et que quatre églises étaient ou construites ou en voie de construction. Nous en extrayons le passage suivant :
« L'Isle d'Orléans a sept lieues de longueur sur deux de largeur, dont une bonne partie est défrichée, et peuplée de plus de mille personnes, qui composent quatre grandes paroisses dans lesquelles il y a une église entièrement construite et deux qui seront parfaites et achevées dans le courant de la présente année, et la quatrième dans Tannée prochaine, de sorte que ce sont quatre gros bourgs et villages dès à présent formés, outre plusieurs fiefs considérables...»»
St. François n'était pas alors érigé en paroisse ; on ne le mentionne comme paroisse que vers 1678, et l'année suivante on commença à y tenir des registres.
Voici les noms des missionnaires qui ont desservi l'Ile d'Orléans depuis IGGG jusqu'en 1G79, époque où l'on commença à tenir des registres dans chaque paroisse :
Hugues Pommiers prêtre, 16G(j
Thomas Morel « de 16G6 à 1671
Benoît Duplein ,< 1671 1676
Gabriel Gauthier « 1673 1674
dis. Amador Martin « 1676 1678
JeanBasset « 167G 1679
La première église de la Ste. Famille, bâtie en pierre dès 1671, avait 80 pieds de longueur sur 36 de largeur ; mais elle était couverte en paille. En 1686, cette couverture de chaume fut renouvelée par une autre en planches. Cet édifice, un des plus considérables du temps, était bâti un arpent et demi environ au nord de l'église actuelle. Il fut élevé, dit-on, par la générosité de plusieurs riches particuliers de Québec, et surtout avec l'aide des messieurs du Séminaire.
La première pierre de l'église actuelle a été posée en 1745, et quatre années après, elle fut consacrée par Mgr. de Pontbriand. Cet antique édifice n'a depuis subi d'autre changement que l'érection de deux tours, sous le ministère de M. Joseph Gagnon. Ses dimensions sont à peu près celles-ci : longueur 95 pieds, largeur 40.
Voici les noms des prêtres qui ont desservi la Ste. Famille depuis 1674 jusqu'à ce jour :
François Lamy prêtre, de 1674 à 1715
Girard Devorlay « 1715 1732
Pierre-Jean Chardon jésuite, 1732 1734
Joseph Dufrost prêtre, de 1734 à 1756
Joseph Frs. Youville « 1747 1748
Gilles Eudo « 1756 1779
Jean-François Hubert « 1779 1781
Jacques Guichaux « 1781 1789
Jean-Baptiste Gatien « 1789 1806
Joseph Gagnon « 1806 1840
Jean-Baptiste Chartré « 1839 1841
Joseph Asselin « 1841 1844
Angustin Beaudry « 1844 1847
M. Denis Marcou « 1847 1848
George-Hilaire Besserer... « 1848 1865
Ulric Ronsseau « 1865
M. Françûis Lamy est le premier curé de la Ste. Famille : il la desservit pendant 41 ans. 11 arriva au Canada en 1673, et fut presque aussitôt placé dans cette paroisse, où il fut rendu inamovible par lettres de Mgr. de Laval en date du 3 novembre 1675. Ce digne curé, qui mourut le 2 novembre 1715, à l'âge avancé de 75 ans, s'est acquis la reconnaissance éternelle des habitants de l'Ile, et surtout de ceux de la Ste. Famille, par la large part qu'il a prise à l'établissement du couvent de cette paroisse. Il employa tous ses biens, et contracta même des dettes, pour procurer aux sœurs un moyen de subsistance, et assurer par là à ses paroissiens le bien que devait produire cette mission pour l'instruction des jeunes filles.
M. Joseph Dufrost de Lajemmerais, qui fut 22 ans curé de la Ste. Famille, était le frère de madame Youville, fondatrice des Sœurs de la Charité de
Montréal. Il mourut au mois de novembre 1756, et fut enterré dans le sanctuaire de l'église. M. Joseph- François Youville, qui l'assista une année comme vicaire, était son neveu et en même temps fils de madame Youville. Il fut plus tard curé de St. Ours, et mourut en 1778.
M. Gilles Eudo^ Français de naissance, naquit, le 27 août 1724, à Lamballe en Bretagne. Il arriva au Canada en 1754, et fut nommé deux ans après curé de la Ste. Famille, qu'il desservit pendant 23 ans et où il mourut en 1779. Il fut inhumé dans l'église le 24 avril : il n'était âgé que de 55 ans.
M. Jean-François Hubert a jeté quelque illustration sur la paroisse de la Ste. Famille, quoiqu'il n'y ait fait qu'un séjour de deux ans. Ce personnage distingué, ordonné prêtre le 20 juillet 176G, fut nommé en 1784 évêque d'Almyre et coadjuteur de Mgr. d'Esgly. Après la mort de ce dernier, en 1788, il prit possession du siège épiscopal de Québec.
M. Joseph Gagnon^ ordonné prêtre le 14 octobre 1787, arriva en 1806 à la Ste. Famille, dont il fut curé 34 ans. Ce vénérable pasteur fit don à sa paroisse de la somme de trois cents louis pour l'établissement d'une école de garçons, et cent autres louis au couvent pour l'instruction de deux jeunes filles qui seraient choisies parmi les habitants les plus pauvres. Il gratifia de la même somme les écoles de la paroisse de St. François, dont il eut aussi la direction pendant 29 ans. Les cendres de ce regretté curé reposent dans le sanctuaire de l'église de Ste. Famille, où il fut inhumé le 16 novembre 1840. Il était âgé de 77
ans et avait été nommé archipretre plusieurs années auparavant.
M. George-Hilaire Besserer^ archipretre, décédé le 9 juin 1865, était curé de la Ste. Famille depuis 1848. Il était âgé de 75 ans, et avait été successivement curé de Ste. Thérèse, de la Valtrie et de Lanoraie. En 1820, il entra au séminaire de Québec et y resta 8 ans. Il fut chargé en 1828 de la paroisse de St. Joachim, qu'il quitta pour venir à l'Ile. Ce digne pasteur, très-regretté de ses paroissiens, avait renouvelé, un an avant sa mort, le cinquantième anniversaire de sa prêtrise.
La population de la Ste. Famille, d'après le recensement de 1861, est de 888 âmes. Cette petite paroisse est composée de 77 cultivateurs, et de 38 occupants d'emplacements. Les cultivateurs, qui sont généralement à leur aise, retirent annuellement une grande quantité de foin que leur fournissent les prairies naturelles qui bordent le rivage : ce qui leur permet d'élever un plus grand nombre de bêtes à cornes que dans les autres paroisses.
Ces prairies ou battures sont partout très-renommées comme un des meilleurs endroits de chasse du district de Québec. Le printemps et l'automne, nombre de chasseurs s'y donnent rendez-vous. Qui n'a entendu parler des brillants faits d'armes des célèbres chasseurs de l'Ile, portant la mort parmi les bandes de canards et d'outardes ? Qui ne se rappelle la renommée acquise par l'un d'eux, le fameux Labranche, dont les coups de fusil portaient si juste ?
L'école de garçons de la Ste. Famille a été établie
en 1830. Outre le don de trois cents louis, mentionné plus haut, fait par le Rév. M. Gaguon pour l'établissement de cette école, une autre somme de cinq cent soixante et quinze louis fat léguée, pour le même but, par M. Joseph Meneuf dit Ghateauneuf. Ge dernier, qui avait été longtemps employé au séminaire de Québec, était natif de la Ste. Famille.
Grâce à ces dons, les cultivateurs ne paient pas un sou pour l'instruction de leurs enfants, ces sommes étant suffisantes pour couvrir les dépenses pour le salaire de l'instituteur, les réparations des écoles, etc., etc.