ST. FRANÇOIS
Limites de la paroisse de St. François. — Eglises de cette paroisse. — Liste des prêtres qui ont desservi St. FrançViis. — Population. — Accident arrivé à Argentenay. — Anecdote fur une jeune fille de St. François. *
La paroisse de Saint-François comprend tout le fief Argentenay, c'est-à-dire toute l'extrémité nordest de l'Ile. Elle a trois lieues d'étendue, dont une lieue et demie depuis la terre de Louis Guérard en descendant au bas de l'Ile, du côté du nord, et une lieue et demie en remontant du côté du sud jusqu'à la rivière Bellehne qui la sépare de St. Jean.
St. François fut érigé en paroisse vers 1678, et fut d'abord desservi par M. François Lamy, curé de la
Ste. Famille. Dès 1683, ?es courageux habitants, quoique peu nombreux, puisqu'ils ne formaient que trente familles, avaient déjà élevé une petite chapelle longue de 30 pieds et large de '20. Cette chapelle, dédiée à St. François de Sales, était bâtie un arpent et demi au sud de l'église actuelle.
La première messe fui célébrée dans cette dernière église au mois de septembre 1736 : cet édifice a 89^ pieds de long sur 38 de large.
St. François n'a pas toujours eu des curés résidants. Il a été desservi plus de 75 ans par les curés de la Ste. Famille ou de St. Jean.
Ci-suit la liste des prêtres qui ont eu la direction de cette paroisse depuis 1679 jusqu'à ce jour :
FrançoisLaniy prêtre, de 1679 à 1688
P. Germain Chabaud « 1688 1690
G. Thierry Erbory « 1690 1692
Antoine Danion « 1692 1693
G. Thierry Erbory « 1693 1698
George Cœur de Roy « 1698 1701
Ovide Calon « 1701 1702
George Cœur de Roy « 1702 1707
Pierre Hazeur « 1707 1712
Jacques Bisart « 1712 1713
Alexis Cloutier « 1713 1758
François Leguerne « 1758 1789
Alexis Pinet (1) ) ,, j^gg j^g-,
Jean Bte. Gatien )
(1) De 1789 à 1797, M. Alexis Piiiet, curé de St. Jean, desservit le côté du sud de St. François, et M. Jean Bte. Gatien, curé de la Ste. Famille, le côté du nord.
Josei)h Gagnon prêtre, de 1797 à 1826
Charles F. Baillargeon « 1820 1827
Ciithbert Loranger « 1827 1830
Jean Bte. Marenda « 1829 1832
François X. Leduc « 1831 1838
Antoine Gosselin « 1838 1839
Joseph Asselin « 1839 1841
Siméon Belleau « 1842 1850
Thomas F. Destroismaisons « 1850 1866
F. Narcisse Fortier ... « 1866
M. Alexis Cloutier fut le premier prêtre qui prît le titre de curé de St. François. Ordonné prêtre en 1713, il fut presque aussitôt placé dans cette paroisse, qu'il desservit pendant 44 ans et où il mourut en 1758. Il fut inhumé le 10 avril dans le sanctuaire de l'église.
M. François Lcguerne^ originaire de la Bretagne, arriva à Québec en 1751. Après quelques années de mission en Acadie et de professorat au séminaire de Québec, il fut nommé en 1758 curé de St. François. Il dirigea cette petite paroisse pendant 31 ans. Par son testament il légua, dit-on, tout son mobilier et tous ses livres au séminaire pour être distribués aux élèves. Il était excellent écrivain et surtout bon poète. Les cendres de ce digne prêtre rei)osent dans l'église de St. François, où il fut inhumé le 8 décembre 17.89.
il/. Jea7i Btc. Marenda, né à St. Laurent, desservit trois ans la paroisse de St. François. Il est mort à Arichat le 10 mars 1850, dit une notice biographique publiée dans les jonrneaux d'alors. Après de bril-
lantes étnrles commencées on 1815 et terminées en 1823, il se destina au saint ministère et gouverna successivement les paroisses de St. Jean et de St. François de TTIe d'Orléans, et du Château-Richoi-, jusqu'en 1835 où il quitta le diocèse pour aller se consacrer au service des Acadiens d'Arichat, à la Nouvelle-Ecosse. On faisait un grand éloge de ce digne et vertueux prêtre, qui par sa vie exemplaire et sa charité, s'était acquis l'estime de toutes les classes de la société. M. Marenda exerçait les fonctions du sacerdoce depuis 24 ans, et il était âgé de 47 ans.
M. Thomas- Fer ruce Destroismaisons dit Picard, décédé à St. François le 5 avril 1866, était curé de cette paroisse depuis 16 ans. Ce vénérable prêtre, natif de St. Pierre, Rivière du Sud, fut ordonné le 17 octobre 1819. D'abord vicaire k St. Hyacinthe, il fut envoyé l'année suivante comme missionnaire à la Rivière-Rouge. En 1827, il fut nommé curé de St. Urbain, où il demeura 6 ans. En 1833, il fut transféré à St. Germain de Rimouski avec la charge des missions qui en dépendaient alors. Ce regretté pasteur fut inhumé le 9 avril dans l'église de St. François, en présence de tous ses paroissiens, qu'il avait dirigés si longtemps avec tant de sagesse et de douceur.
Le recensement de 1861 porte le nombre des habitants de St. François à 561 âmes. Cette petite paroisse est presque exclusivement composée de cultivateurs, au nombre de 61, tous assez à leur aise : il n'y a que 7 occupants d'emplacements.
Deux écoles donnent l'instruction aux enfants de
cette paroisse : l'une est située du côté du nord, et l'autre, du côté du sud. Cette dernière a été donnée avec l'emplacement par une personne fort charitable, madame Lawrence Organ.
Ici, près de l'église de St. François, le paysage est tout à fait enchanteur. Le voyageur qui visite ces lieux, jouit du panorama le plus magnifique. Il peut promener, à perte de vue, ses regards sur le majestueux St. Laurent, large en cet endroit de près de cinq lieues, sur les charmantes îles Madame, aux Réaux et Grosse-Isle, et sur les nombreux villages de la côte du sud. S'il se transporte ensuite du côté du nord par l'agréable route qui traverse l'Ile, il embrassera un autre point de vue non moins magnifique : le cap Tourmente et la longue chaîne des Laurentides, au pied desquelles s'étendent les belles paroisses de Ste. Anne et de St. Joachim.
Les îles aux Réaux et Madame, situées dans le St. Laurent, à une lieue au sud de St. François, font partie de la desserte de cette paroisse. La première fut concédée aux Pères Jésuites, en 1638, par M. de Montmagny. Cette île, qui a appartenu plusieurs années à feu le Dr. Douglass, a deux cent cinquante arpents en superficie, et est dans le meilleur état possible de culture.
On a donné le nom particulier dH Argentenay à une petite partie de la paroisse de St. François, du côté du nord, au bout de l'Ile (1). Les longues batturesqui bordent les terres en cet endroit, sont couvertes de
(1) Neuf cultivateurs seulement ont lapvopx'iété de la partie de St. François appelée Argeutenay.
prairies naturelles que la mer baigne à chaque marée, et où le gibier abonde le printemps et l'automne. Elles sont un des endroits de chasse les plus recherchés.
En 1858, un triste accident arriva sur les battures de TArgentenay. C'était au mois d'août, époque de la récolte du foin. Les cultivateurs, dispersés çà et là, travaillaient avec ardeur à enlever le foin que chacun venait de faucher. Déjà la marée montante couvrait une partie de la plage, qu'une rivière serpente en tout sens, sans qu'on puisse en distinguer le cours lorsque la mer l'a couverte de ses eaux. Les travailleurs se hâtaient d'enlever le foin que les eaux menaçaient d'emporter. Dans cet empressement, un jeune homme tomba dans la rivière, qu'il ne voyait pas, et disparut dans les flots. Son père, qui travaillait à ses côtés, s'élance à son secours. Il reparaît au-dessus des ondes, tenant son fils dans ses bras. Les plus rapprochés s'avancent pour secourir ces deux infortunés. L'un d'eux devance les autres, et reconnaît son maître se débattant contre la mort. Ce brave jeune homme n'hésite pas un instant à exposer sa vie, et se précipite avec ardeur dans la rivière. Ce noble dévouement, par malheur, n'eût pas de succès. Ils devaient tous succomber dans ce gouffre fatal, avant l'arrivée des secours nécessaires. Plusieurs travailleurs arrivent sur cette scène de désolation. L'un d'eux, infortuné fils, veut se précipiter à tout prix dans l'abime pour secourir son malheureux père ; mais il est retenu par ses compagnons, persuadés qu'il est impossible de les
sauver. Tout le monde gagne alors le rivage, et le jeune homme se dirige à la demeure paternelle pour annoncer cette triste nouvelle à sa pauvre mère. Quelques heures après, les ilôts se retiraient, et laissaient à découvert les corps des trois victimes, qui furent retirés du fond de la rivière. Voici leurs noms : Xavier Plante, Siméon Plante, son fils, et Hubert Blanchet, brave serviteur qui se sacrifia pour le salut de son maître.
A une époque très-reculée, une jeune fille de St. François exécuta une action singulière, et en môme temps héroïque, qui mérite d'être consignée ici. Nous empruntons ce fait à l'intéressant Voyage autour de l'Ile d'Orléans^ par le Dr. F. A. H. LaRue.
« Une jeune fille de St. François s'est rendue tristement célèbre autrefois dans l'histoire de la colonie. On était alors en IG95 ou 169G, et le gouverneur de la Nouvelle-France, M. de Frontenac, se préparait à une expédition contre les Iroquois.
« A cet effet, les miliciens avaient été convoqués, et parmi ces derniers, se trouvaient plusieurs jeunes hommes de St. François, entre autres le frère et l'amant de notre héroïne.
(( Cette jeune fille était âgée de seize ans. Les idées belliquCiUses du gouverneur étaient donc loin d'être partagées par cette Philaminte, et voici le stratagème qu'elle crut devoir adopter pour faire avorter le projet du gouverneur, et empêcher, par là, le départ de son amant.
<( Après avou" échangé son habillement de femme pour les vêtements de son frère, et s'être travestie en homme, elle se rend à pied au bout de l'Ile.
(I Là, elle trouve un canotier qui consent à la traverser, en vue des nouvelles importantes qu'elle prétend avoir à communiquer au gouverneur.
« Durant le trajet, elle raconte au canotier qu'elle vient des prisons de Boston, où elle a été détenue pendant trois ans, et d'où elle est parvenue à s'échapper. Elle Ivii dit qu'elle a passé par chez le sieur de St. Gastân, lequel lui a remis un paquet de lettres à l'adresse du gouverneur, et a bien voulu mettre à sa disposition un canot et un sauvage pour la conduire à Québec ; qu'elle a passé la nuit en bas de l'Ile où son canot lui a été enlevé, et que dans l'espoir de le retrouver, elle a monté par le nord de l'Ile, le sauvage, par le côté opposé.
« A tous ces détails, elle ajoute que le Sieur de Villebon est mort de maladie, que d'Iberville étant allé se battre devant Boston même, avec ses deux bâtiments, a été fait prisonnier et brûlé, et qu'ellemême a été forcée de prêter la main à cette barbare exécution. Surtout, elle ne manque pas de faire sonner bien haut que les Anglais, au nombre de 10,000, à 11,000, se dirigent vers le Canada; qu'en passant à la Rivière- du-Loup, elle a vu quatre frégates anglaises à la hauteur de Tadoussac, et que quarante autres doivent partir incessamment de Boston. — En faisant redouter une attaque du côté de Québec, il était clair, pour la jeune fille, que le gouverneur renoncerait à son projet, et qu'elle, de son côté, ne serait pas séparée de son amant.
« Rendue à Québec, elle n'a rien de plus pressé que de répandre toutes ces nouvelles qui ne man-
quent pas de jeter le plus grand émoi dans toute la ville.
■ « Elle se rend ensuite chez le gouverneur pour y débiter les mêmes sornettes ; mais heureusement qu'ici, on ne tarda pas à découvrir son stratagème. Elle fut conduite en prison ; et les détails manuscrits de ce curieux procès sont en la possession de la Société Historique de Québec, où je les ai puisés. »