Histoire de l'île d'Orléans [microforme]
Page 32, ligne 14, au lieu de ‘ Loudigny en Angoulèmt ”, lise “ Londigny en Angoumois ”.
Page 106, ligne 1, au lieu de ‘ vingt”, lisez “ vingt et un”.
Page 134, ligne 16, au lieu de ‘ dix-sept”, lisez ‘ dix-huit”.
L'Île d'Orléans est une des contrées du Canada les plus riches en souvenirs historiques. Elle a été le théâtre d'événements remarquables, de drames sanglants, qui intéressent non-seulement ses habitants,
mais les Canadiens en général. | A Grâce à sa proximité de Québec et à sa prodigieuse 4 fertilité, elle fut un des premiers endroits habités { | Lt
par les Français en Canada, el de bonne heure elle fournit chaque année quelques colons pour le reste du pays. :
. Que d'hommes éminents et distingués elle a aussi fournis à toutes les classes de la société ! Que de familles, et des plus distinguées, comptent pour ancêtres de braves habitants de l’Ile !
Quelques écrivains de mérite nous ont déjà légué de belles pages sur cette charmante Ile. M. H. N. Bowen, notairc, publia, il y a quelques années, une.
intéressante brochure ayant pour titre : An Historical Sketch of the Isle of Orleans. Ce travail fut lu devant la Société Littéraire et Historique de Québec, dont M. Bowen est un des membres les plus marquants. De son côté, le Dr. F. A. H. LaRue, professeur à l’'Université-Laval, donne aussi, dans son Voyage autour de l'Iie d'Orléans, un certain nombre de faits historiques et plusieurs belles légendes de l'ile. Cet ‘ ouvrage, écrit par ce distingué littérateur, que l'Ile ‘d'Orléäns se glorifie de compter au nombre de ses
‘* “enfants, fut publié dans les Soirées Canadiennes en
1861. Enfin, un dernier écrivain, qui signe J. et qu'on dit être un membre äistingué du clergé, a
“‘ critiqué favorablement la brochure de M. Bowen,
dans le feuilleton du Journal de Québec de 1864, et il a enrichi en outre son travail de plusieurs notes historiques. | |
Malgré le mérite de ces trois ouvrages, nous avons pensé, cependant, qu’il y avait moyen de faire autrement, sinon mieux. Des écrits déjà publiés sur l'Ile, l'un est en anglais, et les autres ont paru dans des recueils littéraires ou dans les journaux, de sorte qu'ils n’ont été lus que par un nombre restreint de pérsonnes. La plupart des habitants de l'Île ont donc ‘été privés de la connaissance complète d’une histoire qui les touché à un si haut point.
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La présente brochure remédiera à cet inconvénient, nous osons l’espérer ; tous les cultivateurs pourront se la procurer, car elle ieur est particulierement destinée. De plus, elle contiendra plusieurs renseignements de la plus haute importance, que nos prédécesseurs n’ont pas mentionnés, et qui menacent de tomber dans l'oubli; entre autres les suivants : la liste des premiers colons de l'Ile, les nombreux naufrages dans lesquels ont péri une foule d'habitants de l'Ile, les noms des prêtres qui ont desservi les paroisses, la date de la construction des églises, etc., etc. Enfin, on y trouvera plusieurs petites anecdotes qui auront, croyons-nous, un intérêt tout particulier pour quelques-uns de nos lecteurs.
Les nombreux loisirs dont nous avons pu disposer nous ont permis de faire de longues recherches. Nous avons visité les archives des paroisses et les actes des seigneuries de l’Ile ; nous avons parcouru aussi un grand nombre de documents enfouis dans nos bibliothèques. Les plus grands soins ont été pris afin de donner aux faits l'exactitude la plus minutieuse, et les sources où ils ont été puisés sont indiquées autant que possible.
Nous devons à messieurs les curés et seigieurs de l'Ile, à M. le Bibliothécaire de l’Université-Laval et à
plusieurs autres personnes, les plus sincères remerciments pour les documents et les renseignements qu'ils nous ont fournis, et nous les prions d'accepter ici l'expression de notre vive et parfaite gratitude.
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Etendue et description de l'Ile d'Orléans.—Jacques Cartier visite l'Ile.—Noms donnés à l'Ile.—Séjour des Hurons dans l’Ue.— Massacre de M. Jean de Lauzon.—Anecdote sur Anne Baillargeon.—Disparition d'une jeune fille de la Ste. Famille.
L'Ile d'Orléans, située dans le fleuve St. Laurent, à une lieue et un tiers de Québec, est longue d’environ vingt milles et large de cinq et demi. Elle a 70 milles carrés, ou 47,923 acres en superficie, et est divisée en cinq petites paroisses, qui sont : St. Pierre, Ste. Famille, St. François, St. Jean et St. Laurent.
L’heureuse situation de cette Ile au milieu du inajéstueux St. Laurent et dans le voisinage de l’anvienne capitale du Canada, son élévation en forme d'amphithéâtre au-dessus des eaux, la fertilité de son s0!, son rivage d’un côté couvert d’un beau sable, de l’autre borilé de verdoyantes prairies, où abonde le gibier, ses sites pittoresques, ses points de vue grandioses, en font, sans aucun doute, une des plus belles îles du Canada, et peut-être du monde entier.
Aussi excite-t-elle l'admiration de tous les étrangers, frappés d'y voir réunies tant de beautés et tant de grandeur. Les premiers voyageurs en ont fait, dans leurs relations de voyages, des mentions particulières, des descriptions magnifiques, qu'ils ont refusées aux autres parties de ce pays.
Champlain, premier gouverneur du Canada, visita l'Ile d'Orléans. Voici la description assez exacte qu'il en donne dans ses Voyages :
«Alors on suit le fond, côtoyant l'Isle d'Orléans au sud, qui a six lieues de longueur et une et demie de large en des endroits, chargée de quantité de bois de toutes les sortes, que nous avons en France, elle est très-belle, bordée de prairies du côté du nord, qui inondent deux fois le jour. I y a plusieurs petits ruisseaux et sources de fontaines, et quantité de vignes, qui sont en plusieurs endroits. Au côté du ñord de l’île, il y a un autre passage, hien que en le chenal, il y ait «u moindre endroit trois brasses d’eau, cependant l’on rencontre quantité de pointes qui avancent en la rivière, très-dangereuse et de peu de louiage, si ce n’est pour barques, et si faut faire les bordées courtes. Entre l’île et la terre du nord, il y a près de demi-liene de large, mais:le : chenal est étroit; tout le pays du nord est fort montueux. Le long de ces côtes il y a quantité de petites rivières qui la plupart assèchent de basse mer ;.elles abondent en poissons de plusieurs sortes et la chasse du gibier qui y est en nombre infini, comme à l’île et-aux prairies du cap Tourmente, très-beau lieu et plaisant à voir
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Dans un autre passage, Champlain dit encore : «L'Isle d'Orléans a six lieues de laugueur, très-belle et agréable par la diversité des bois, prairies et vignes qu'il y a en quelques endroits, avec des noyers, le bout de laquelle île du côté de l’ouest s'appelle Cap de Condé» (1).
Jacques Cartier est le premier Européen qui ait foulé la terre de l’Ile d'Orléans, lors de son second voyage en Amérigue. Ce célèbre navigateur, montant en 1535 le St. Laurent pour la première fois, vint jeter l'ancre entre la terre du nord et la grande isle, où il débarqua et trouva une nation qui s’occupait de pêche. A son approche, les naturcis prirent la fuite; mais ils furent facilement apprivoisés, lorsqu'ils reconnurent les deux Indiens Taiguwragny et Domagaya (2), qui l’accompagnaient en qualité d’interprètes. Alors ils se mirent à danser et à faire aux Français de grandes démonstrations de joie.
Dans le cours de la journée, ils se rendirent aux navires de Cartier et lui firent des présents de poissons, de mil et de melons.
Le lendemain, Cartier étant encore vis-à-vis de l'Ile reçut la visite du chef Dannacona, Seigneur de Canada, accompagné de. douze.canots chargés d’Indiens. r
Il se rendit ensuite à la rivière Sainte-Croix (rivière St. Charles), où il plaça ses vaisseaux.
(1) Nous avons cru devoir changer, dans les citatious des anciens ouvrages, l'orthographe de certains mots, afin de rendre la lecture de ces passages plus agréable. Ainsi, au lieu de costé, iour, luy, nous avons écrit: côté, jour, lui.
(2) T'aiguragny et Donageue étaient deux Gaspésiens qu'un chef sauvage avait donnés à Car
tier en 1534.
Cartier commanda alors de préparer les barques pour aller visiter l’Ile, dont la beauté des arbres et la rature du sol l'avait frappé :
«Etant à la dite isle, la trouvâmes pleine de fort beaux arbres, comme chènes, ormes, pins, cèdres et autres bois de la sorte des nôtres, et pareillement y trouvâmes force vignes, ce que n'avons vu par cidevant en toute la terre; et pour ce, la nommâmes l'Isle de Bacchus : icelle isle tient de longueur environ d'uze lieues, et est moult belle terre et unie, pleine de bois, sans y avoir aucun labourage, fors qu’il y a petites maisons où ils (les Indiens) font pêche-
Le nom de Bacchus donné à l'Ile fut presque aussitôt changé. Au printemps de 1536, Cartier la nornme Île d'Orléans, comme le fait voir le passage suivant: «Le samedi, sixième jour de mai, nous appareillâmes du Havre Sainte-Croix. et vinmes poser au bas de l’Jsle d'Orléans, environ douze lieues du, dit lieu Sainte-Croix. »
Cartier ne nous dit pas pourquoi le nom d'Orléans fut substitué à celui de Bacchus ; mais Thévet, son intime ami, et célèbre navigateur, qui visita le Canada quelque temps après lui, nous dit qu’elle fut appelée ainsi en l’honneur du Duc d'Orléans :
«Il est question de savoir», dit-il, «que lorsque cette terre canadienne fut premièrement découverte par les Français, pour y faire nouvelle colonie, et eussent pénétré en la côte ‘= cette terre que environs
(1) Second voyage de jacques Cartier.
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etrivière d'icelle, étant curieux d’immorialiser le nom et la mémoire des rois et princes de France, ayant mis pied à terre en quelque lieu remarquable ou dans quelques isles, leur donnaient le nom de prince ou princesse de France, comme ils faisaient de cette isle, lagnelle ils romuèrent Jsle d'Orléans en l'honneur d’un fils de France qui lors vivait et se nommait lors Valois, duc d'Orléans, fils de ce grand roi de France de Valois, premier de ce nom (François Ier.»
Thévet nous apprend encore, dans un autre endroit, que l’Ile d'Orléans était appelée Minigo (1) par les sauvages :
«J'avais oublié à vous dire qu’une isle nommée des Français Orléans et des sauvages Minigo est l'endroit où la rivière est la plus étroite... L’isle de Minigo sert de retraite au peuple de ces pays pour se retirer lorsqu'ils sont poursuivis de leurs ennemis, et là où ils les mettent, les ayaut pris en vie, pour les garder quelques lunes et jours, pour après les massacrer à la façon et manière que leurs anciens enneînis faisaient d'eux quand ils les ävaient pris, ou sur terre ou sur mer. Autour de la dite isle, c’est la plus belle pêcherie qui soit en tout le grand Océan, et où les baleines y repairent en tout temps. Les Bayonnais, Espaignois et autres y vont à la pêcherie pour y prendre ces grandes baleines (2).»
(1) Lahontan nous dit que les sauvages appelaient l'Ile d'Orléans Baccalaos; mais ce voyageur n'est pas généralement trèsexact.
(2) A. Thévet, le Grand Insulaire.
Lors de leur séjour dans l'Ile en 1651, les Hurons lui donnèrent le nom sacré d'Ile de Sainte-Marie, en souvenir de leur ancienne demeure au pays des Hurons (1).
En 1675, l'Ile appartenant à M. François Berthelot, fut érigée en comté nohle, sous le nom d’Ile et comté de Saint-Laurent (2). À partir de cette époque jusque vers 1770, elle a porté alternativement le nom de Saint-Laurent et d'Orléans. Celui de Saint- Laurent prévalut cependant dans les actes et documents publics. Depuis près d’un siècle, on ne donne plus à l’Ile que le nom d'Orléans (3),
(1) Relations des Jésuites. |
(2) Voir copie notariée de l'acte de l'érection de l’Ile d'Orléans en comté. Le Père Le Jeune, en 1632, donne à l'lie le nom de
Saint-Laurens: ‘ Avant que d'arriver à Kébec, dit-il, on rencontre au milieu de cette grande rivière une isle nommée de
Saint-Laurens, qui a bien sep. lieues de Iong : elle n’est éloignée
du bout plus occidental que d’une lieue de lu demeure des Français. ” Il est probable que c’est par erreur qu’il lui donne ce nom, qu'on ne trouve pas ailleurs avant 1675. | |
(3) On a donné autrefois à l’Ile d'Orléans le nom d'Ile des Sorciers. Deux raisons ont surtout contribué à lui procnter ce titre. La première et la An croyons-nous, est celle-ci: Dans les premiers temps de la colonie, les bâtiments français visitaient en très-petit nombre le port de Québec; à peine trois ou quatre nàvires, et voilà tout. Ces bâtiments étaient parfois attendus avec la plus grande anxiété par les Canadiens, surtout lorsqu'ils devalent lcur apporter des vivres dans un temps de famine, ou des troupes dans un temps desguerre. Dans cette cruelle attente, on s’adressait quelquefois aux habitants de l'Île, très-expérimentés dans l’art de la navigation, pour apprendre d'eux la date préchaine de l’arrivée de ces vaisseaux. Ces braves gens ne 8e laissaient pas longtemps prier et donnaient une réponse quelconque. On assure qu'ils répondirent quelquefois assez juate, et alors on leur décerna tout naturellement le titre de sorciers. C'est-à-dire, comme le remarque le P. Charlevoix, qu'ayant deviné une ou deux {ois, et ayant fait accroire, pour se divertir, qu'ils parlaient Kh HS certaine, on s’est imaginé qu'ils avaient consulté le
iable.
Voici maintenant la seconde raison: L'anguille était autrefois
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Après avoir donné la description et les noms de l'Ilé, nous continuerons à raconter les faits historiques qui ont un intérêt général pour les insulaires, avant de nous occuper des concessions et des pre-
miers étäblisseméents faits dans l’Ile.
En 1651, les Hurons vinrent se fixer dans l'Ile d'Orléans, qu'ils habitèrent plusieurs années; voici dans quelles circonstances :
Cette brave nation habitait, au commencement de l'établissement de la colonie, un vaste territoire avoisinant le lac qui porte son nom. Elle comptait à cette époque environ 35,000 âmes, qui vivaient en paix, et étaient respectées des autres peuplades sauvages.
Les missionnaires évangélisèrent facilement cette nation, qui était sédentaire ; ils y établirent plusieurs missions qui portèrent de grands fruits.
Les féroces Iroquois voyaient d’un mauvais œil la puissance et la prospérite des Hurons. En 1648, ils résolurent de les exterminer (1). Ils commencèrent leur œuvre de destri.ction par l'attaque de la bourgade
très-abondante sur les bords de l’Ile d'Orléans ; chaque cultivateur avait nne pêche à l’extrémité de sa terrs et la visitait tous les jours. À cause de l'heure variée de la marée, on se rendait à différentes heures de 12 nuit un flambeau à la main pour s’éclairer. Le grand nombre de ces lumières, qui allaient en tous sens, se croisaient et se réunissaient quelquefois pour se disperser ensuite, résentaient un coup d'œil tout-à-fait singulier. Les habftants de A côte du snd et du nord, paraît-il, virent dans ces feux quelque chose de merveilleux, et pour ainsi dire de diabolique, et ils s'en effraÿèrent même. Alors, plus de doute; ils pensèrent tout natureliement que l'Ile était peuplée de sorciers, de loups-garous et de foux-follets. :
(1) Le séjour des Hurons dans l’Ile cst presque exclusivement tiré des Relations des Jésuites.
de St. Joseph ; ils détruisirent successivement celles de St. Ignace, de St. Louis et de St. Jean; et, en moins de deux ans, ce pays, autrefois si prospère, fut entièrement dévasté. La famine et les maladies contagieuses décimèrent les Hurons qui échappèrent à ces massacres.
Complètement découragés à la suite de tant de désastres, les Hurons résolurent de se disperser. Quelques-uns se retirèrent dans l’île Manitoualin ; d’autres se réfugièrent chez les nations voisines ; un bourg entier s’annexa aux Iroquois Onnontagués : enfin, une dernière bande supplia les missionnaires de la conduire à Québec pour y demeurer. Les Jésuites y consentirent, afin de sauver les tristes restes d’un peuple que Dieu avait appelé à la foi, et qui pouvait servir de semence pour repeupler le christianisme parmi les nations sauvages. | Le vingt-six juillet 1650, quatre cents Hurons, accompagnés des missionnaires, arrivèrent à Québec, où ils passèrent l'hiver. Au printemps de l’année - suivante, ils furent placés à l'extrémité sud-ouest de l'Ile d'Orléans, à l'endroit appelé Anse du For!’,
. Mike Eléonore de Grandmaison vendit une partie de ses terres cultivées pour l'établissement huron. Le dix-huit avril se fit la distribution de ces terres ; chaque famille eut depuis vingt perches jusqu’à un demiarpent (1} Les Hurons furent satisfaits de ce partage, et ils commencèrent aussitôt à se bâtir des cabanes et à ensemencer leurs terres. Ils adoptèrènt cette nouvelle patrie, à laquelle ils donnèrent, comme
(1) Journal des Jésuites.
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urons, uébec, année est de