‹ Histoire de l'île d'Orléans [microforme]Chapitre 2 sur 20 · partie luron · texte numérisé non relu

partie luron

erres ; là un de ce ir des èrent mme

nous l'avons déjà dit, le nom sacré d’ile de Sainte- Marie, en souvenir de leur ancienne demeure.

Plusieurs familles huronnes dispersées çà et là vinrent grossir cette colonie, que compta bientôt près de six cents âmes.

Deux Jésuites, les Pères Chsumonel et Garreau, accompagnés de plusieurs serviteurs, vinrent se fixer au milieu d'eux, pour continuer à les évangé-

liser (4) Voici ce qu'écrivait un de ces Pères en

« Nous avons aidé ces boties gens à défricher leurs terres, comme vous aurez appris. Ils ont recueilli cette année une assez bonne quantité de blé d'Inde, tous néanmoins n’en auront pas suffisamment pour leur provision. Nous les secourrons comme nous avons secouru les autres, des charités que l'on nous enverra de France. Nous avons fait bâtir un Réduit ou une espèce de Fort, pour les défendre contre les Hiroquois : il est à peu près de la grandeur de celui qui était aux Hurons, au lieu nommé Ahouendaé. Nous avons aussi fait dresser une chapelle assez gentille, et une petite maison pour nous loger. Les cabanes de nos bons néophites sont tout auprès de nous, à l’abri du fort. Les Hiroquois nous obligent de secourir les corps de ces pauvres exilés pour sauver leurs âmes... =

«La dévotion et la foi règnent dans ce er réduit : outre les prières qu’un chacun fait en particulier soir'et matin dans sa cabane, ils DONenL aus

(1) Le Père Ragueneau vint aussi résider quelque temps à la bourgade huronne de l'Ile,

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16 HISTOIRE DE prières publiques qui se font à l'église. A peine distingue-t-on les jours d’oüvrage dû dimanche et des fêtes, sinon par la fréquence des communions que l’on fait en ceux-ci, et par le chapelet que l’on vient réciter sur jour, qu’ils disent hautement à deux chœurs én la place des vèpres

“ La beauté de leur voix est rare par excellence, pärticulièrement des filles. On leur a composé des cañtiques hurons, sur l’air des hymnes de l'Eglise ; elles les chantent à ravir. Cest une sainte consolation, qui n’a. rien de la barbarie, que d'entendre les champset les bois résonner si mélodieusement des louanges de Dieu, au milieu d’un pays, qu'il n’y a pas longtemps, qu'on appelait barbare

« Ce qui a le plus aidé à mettre l'esprit de ferveur dans cette colonie huronne, c’est la dévotion qu’ils ont prise cette dernière année, pour honorer la Vierge. Nos Pères qui en ont le soin, pour les y donner davantage, ont fait une Congrégation où ils n'admettent que ceux et celles qui sont d’une vie exemplaire, et qui par leur vertu se rendent dignes

dé cette grâce. Les dimanches et les fêtes ils sas-

semblent dès le point du jour. Au lieu de l'office de la Sainte-Vierge, qu'ils ne peuvent réciter, ils disent lèur chapelet à deux chœurs, les hommes d’un côté, et les femmes de l’autre

Les Dâmes Ursulines avaient adopté plusieurs

jeunes filles huronnes, auxquelles elles procuraient gratuitement la nourriture et l'éducation. Lors de l'incendie du monastère de ces saintes femmes, les

(1) Relation de 1654.

Huron:

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dans de ques p les cor dèrent chacur trouve s'étaier Louis nom d vant :

« Vo les res plus, I et ron famin.

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Hurons voulurent en cette occasion montrer la compassion qu'ils éprouvaient pour elles, et témoigner leur reconnaissance. Comme la façon des sauvages, dans de semblables circonstances, est de porter quelques présents aux personnes de grand mérite pour les conso:2r dans leur malheur, les Hurons décidèrent de leur présenter deux colliers de porcelaine, chacun de douze cents grains. Ils allèrent donc trouver ces bonnes religieuses, qui depuis l'incendie s'étaient retirées à l'Hôpital. Un capitaine, nommé Louis Taiaeronk, leur présenta ces deux colliers au nom de ses compatriotes, et leur fit le discours suivant :

« Vous voyez, saintes filles, de pauvres carcasses, les restes d’un pays qui a été florissant, et qui n’est plus, Du pays des Hurons, nous avons été dévorés et rongés jusques aux 08 par la guerre et par la famine. Ces carcasses ne se tiennent debout qu’à cause que vous les soutenez : vous l’aviez appris par des lettres, et maintenant vous le voyez de vos yeux, à quelle extrémité de misères nous sommes venus. Regardez-nous de tout côté, et considér?z s'il y & rien en nous qui ne nous oblige de pleurer sur nous-mêmes, et de verser sans cesse des torrents de larmes. Hélas! ce funeste accident, qui vous est arrivé, va rengregeant nos maux et renouvelant nos larmes, qui cornmençaient à tarir! Avoir vu réduite en cendre en un moment cette belle maison de Jésus, cette maison de charité, y avoir vu régner le feu sans respecter vos personnes toutes saintes qui

y habitaient ; c’est ce qui nous fait ressouvenir de Te

l'incendie universel de toutes nos maisons, de toutes nos bourgades et de toute notre patrie. Faut-il donc que Je feu nous suive ainsi partout ? Pleurons, pleurons, mes chers compatriotes ; oui, pleurons nos misères, qui de particulières sont devenues communes avec ces innocentes filles. Saintes filles, vous voilà donc réduites à la même misère que vos pauvres Hurons, pour qui vous avez eu des compassions si tendres. Vous voilà sans patrie, sans maison, sans provisions et sans secours, sinon du ciel, que jamais vous ne perdrez de vue. Nous sommes entrés ici dans le dessein de vous consoler, et avant que d’y venir, nous sommes entrés dans vos cœurs, pour y reconnaître ce qui pourrait davantage les affliger depuis votre incendie, afin d’y apporter quelque remède. Si nous avions affaire à des personnes semblables à nous, la coutume de notre pays eût été de vous faire un présent pour essuyer vos larmes, et “uu second pour affermir votre courage; mais nous avons bien vu que vos courages n’ont jamais été: abattus sous les ruines de cette maison, et pas un de nous n’a pu voir même une demi larme qui ait parudessus vos yeux, pour pleurer sur vous-mêmes à la vue de cette infortune. Vos cœurs ne s’attristent pas dans la perte des biens de la terre, nous les voyons trop élevés dans les désirs des biens du ciel; ‘et, aussi, de ce côté-ià, nou$ n’y cherchons aucun remède. Nous ne craignons rien qu’une chose, qui serait un malheur pour nous; nous craignons que la-nouvelle de l'accident qui vous est arrivé, étant partés en. France, ne soit sensible à vos parents plus

qu'à vous-mêmes; novs craignons qu'ils ne vous rappellent et que vous ne soyez attendries de leurs larmes. Le moyen qu’une mère puisse lire sans pleurer les lettres qui lui feront savoir que sa fille est dernheurée sans vêtements, sans vivres, sans lit, et vañis lés douceurs de la vie, dans lesquelles vous avez été élevées dès votre jeunesse : les premières pensées que la nature fournira à “es mères toutes désolées, C’est de vous rappeler auprès d'elles, et de se procurer à elles-mêmes la plus grande consolation qu'éllés puissent recevoir au monde, procurant aussi votre bien. Un frère fera de même pour sa sœur, ün onclé et une tante Jour sa nièce, et ensuite nous sérôns eñ danger de vous perdre, et de perdre en vos personnes le secours que nous avions espéré pour l'instruction de nos filles à la foi, dont nous avoñs commencé avec tant de douceur de goûter les fruits. Courage, saintes filles, ne vous laissez pas

vaincre pr l'amour de vos parents, et faites paraître

aujourd’hui que là charité que vous avez pour nous, est plus foïte qué les biens de la nature. Pour affer. mir en cela vos résolutions, voici un présent de douze cents grains de porcelaine qui enfoncera vos pieds si avant dans la terre de ce pays, qu'aucun

amour de vos parents ni de votre patrie ne les en: puissé retirér. Le second présent que nous vous

prions d’agréer, c’est un collier semblable de douze cénts grains de porcelaine, pour jeter de nouveaux

fotidéitients À un bâtiment tout nouveau, où sera la:

idisoïi de Jésus, la maison de prières, ét'où seront

vos classes, ‘ds lébquélles vous puissiez insiruire

nos petites filles huronnes. Ce sont là nos désirs, ce sont là les vôtres, car sans doute vous ne pourriez mourir contentes, si en mourant on vous pouvait faire ce reproche, que pour l’amour trop tendre de vos parents, vous n’eussiez pas aidé au salut de tant d’âmes que vous avez aimées pour Dieu, et qui seront votre couronne dans le ciel.»

« Voilà la harangue,» dit le Père Jésuite qui raconte cet incident, «que fit ce capitaine huron; je n’y ajoute rien, et même je n’y puis joindre la grâce que lui donnait le ton de sa voix et les regards de son visage. La nature a son éloquence, et quoiqu'’ils soient barbares, ils n’ont pas dépouillé ni l’être d'homme, ni la raison, ni une âme de même extraction que les nôtres.»

La colonie hurcnne perdit au mois de juin 1652 six de ses meilleurs chrétiens et trois enfants, qui se rendaient à Tadoussac pour échanger de la farine de blé d'Inde contre des pelleteries. Une tempête les surprit au milieu du fleuve et les engloutit dans les eaux, sans qu’on pût jamais retrouver ni hommes, ni canot. Cette perte fut vivement déplorée par leurs compatriotes. É

Les Hurons vécurent en paix plusieurs années dans leur nouvelle demeure. Ils s’occupaient tranquillement de la culture de leurs champs. La seconde récolte leur fournit autant de blé d'Inde qu'ils avaient coutume d’en recueillir dans leur pays. Ils devaient cette prospérité aux missionnaires, qui les avaient presque entièrement nourris les deux premières années, et les avaient dirigés dans leurs tra-

vaux. Aussi comblerent-ils de 1emerciments et de bénédictions ces bons Jésuites, qui leur avaient donné tout ce qu’ils possédaient sans rien se réserver pour eux. Cette vie heureuse leur fit oublier leurs anciens malheurs. Placés au milieu de la colonie française, et protégés par leur fort défendu par plusieurs canons, ils se croyaient à l’abri de tout danger de la part de leurs ennemis.

Mais les Iroquois ne les laissèrent pas jouir longtemps de ce bonheur. Ils cherchèrent à les attirer dans leur pays et descerdirent à Québec en 1654, dans le dessein de conclure la paix avec le gouverneur et les Hurons. A cet effet, il se tint plusieurs assemblées, dont l’une à la bourgade huronne de l'Ile, à laquelle assistèrent M. de Lauzon et plusieurs notables du pays. |

Après avoir fait plusieurs présents de paix, les Iroquois en offrirent d’autres aux Hurons pour les engager à aller habiter leur pays, et ne faire désormais qu’un peuple avec eux.

En entendant une semblable proposition, les Hurons furent très-embarrassés. Ils crurent que c'était un piége qu’on leur tendait afin de les détruire. Après de grandes délibérations, ils demandèrent que ce dessein fût différé d’un an avant de sc décider. En attendant, les Iroquois devaient bâtir dans leur pays une demeure pour les missionnaires et les Français qui désireraient y aller fonder un établissement ; ensuite les Hurons iraient se fixer au milieu d’eux.

L Cette réponse fut reçue avec plaisir par les Iroquois, qui partirent après avoir fait de nombreuses pro-

mésses de garder la paix. On découvrit plus tard que ces délibérations n'avaient pour but que d'attirer les Hurons chez leurs ennemis afin de les miassacrer, puis tomber ensuite sur les Français. Les années suivantes, ils continuèrent leurs courses guerrières dans toute l’étendue du Canada.

Au printemps de 1656, deux Iroquois s'étant cachés dans les bois de l’Ile d'Orléans, déchargèrent leurs fusils sur deux Hurons qui abordaient au rivage. L'un tomba roide mort, et l’autre, quoique grièvement blessé, put néanmoins se sauver heureusement. A cette nouvelle vingt Hurons partirent pour poursuivre les meurtriers. Après une marche de vingt lieues, ils en prirent un, qu'ils emmenèrent à la bourgade pour lui faire subir son procès.

Les missionnaires auraient bien voulu épargner la vie de ce prisonnier. Ils s’en seraient servis pour détourner une bande de trois cents Iroquois qui était en campagne et qui menaçait la colonie huronne de l'Île. Mais les esprits étaient trop échauffés à la suite de ce meurtre. Les parents du jeune Huron tué demandaient justice : c'étaient les plus considérables de la bourgade ; ils perdaient en lui leur fils unique, jeune homme plein de qualités, destiné au grade de capitaine, et qui avait même accordé la vie à cinq prisonniers iroquois. Malgré les avis des missionnaires, le prisonnier fut condamné à mort, et périt dans les plus grands tourments. |

viendraient venger la moït de leur frère. On députa veis eux lé P'Lémoyne pour léur faite des présents,

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afin de les calmer et d’arrêter leurs courses. Ils lui promirent qu'ils allaient se disperser et retourner dans leur pays.

Cette nouvelle rassura un peu les Hurons, toujours en crainte depuis quelque temps. Mais ils ne se défièrent pas assez de l'esprit perfide de la nation iroquoise.

Dans la nuit du dix-neuf au vingt avril, ces misérables, favorisés par un temps obscur, descendirent le fleuve sans être aperçus, et allèrent débarquer un peu au-dessous de la bourgade huronne. fils

se cachèrent dans lés bois environnant des champs

de blé d'Inde.

Les Hurone après avoir assisté à la messe, suivant

leur coutume, se dispersèrent pour cultiver leurs terres. À un signal donné, les Iroquois tombent sur

leurs victimes dispersées et sans armes. Ils en mas-

sacrent plusieurs sur place, et font un grand nombre de prisonniers. Les autres se réfugient dans là maison des Jésuites, qui était bien fortifiée. Après ce coup d’audace, ces traîtrès, emmenant en trionphe leurs prisonniers, passèrent devant Québec en: plein

midi. Le gouverneur ne voulut pas les poursuivre,

parce qu'il craignait par là compromettre le sort de la colonie.

Les habitants de l’Ile d'Orléans qui furent rencontrés dans cette occasion, ne furent ni attaqués, ni

faits captifs par ces barbares, qui respectèrent même les maisons habitées par des femmes. Ils pillèrent

cependant plusieurs maisons abandonnées par léurs

propriétaires. Plus tard, ils fireñit des excuses aux

Français et condamnèreni, d’une part, l’insolence de la jeunesse, difficile à retenir dans la chaleur de la victoire, et reprochèrent, d'autre part, aux Français d’avoir abandonné leurs maisons et pris l’épouvante mal à propos.

. La perte des Hurons dans ce massacre fut de soixante et onze, tant de tués que de prisonniers. Ceux-ci subirent les plus cruels tourments de la part de leurs ennemis. On leur erleva la chevelure ; on leur versa sur la tête nue de l’eau bouillante et des cendres chaudes ; les parties les plus sensibles du corps leur furent brûlées avec des tisons ardents ; des colliers de haches embrasées leur furent suspendus au cou, tourments inventés par les démons mêmes. De plus, on avait le soin de les laisser se reposer de temps en temps pour les reprendre de plus belle, et goûter plus longtemps le plaisir de les voir brûler, et entendre les plaintes que quelquesuns d’entre eux ne pouvaient s'empêcher de pousser. La plupart des victimes enduraient cependant ces cruels tourments sans se plaindre.

Jacques Oachouk, préfet de la Congrégation, et le plus fervent des chrétiens, était du nombre des captifs. Dans le plus fort de ses douleurs, au lieu de chanter ses prouesses de guerre, comme c'était la coutume, il priait Dieu et consolait ses compagnons d’infortune. «Ne me plaignez pas», disaitil, «ne m'’estimez pas malheureux, je serai heureux dans le ciel. Je ne crains pas les feux que mon sang est capable d’éteindre, je crains le feu d’enfer qui jamais ne s’éteindra.» Il déclarait hautement qu’en jetant

es yeux vers le ciel en pron onçant ces paroles : «Jésus, ayez pitié de moi», il sentait chaque fois l’allégement de ses douleurs et un surcroît de force et de courage.

Ces particularités furent rapportées par un des prisonniers, qui était parvenu à s'échapper. On l'avait déjà brülé à demi, on lui avait coupé ies doigts : mais, profitant de l’occasion où ses bourreaux, au nombre de cinquante, étaient tous plongés dans le sommeil, il fut assez heureux de rompre ses liens et de s'échapper. Il marcha quinze jours sans armes, sans provisions, le corps nu et déchiré, st il serait mort sans la rer ontre de quelques Français qui le secoururent. Plusieurs prisonniers furent ainsi brûlés, les autres furent distribués comme esclaves.

Après la défaite des Hurons à l'Ile, ceux qui restaient demandèrent la paix à leurs vainqueurs : elle leur fut accordée, à condition qu'ils iraient tous habiter le pays des Iroquois, pour ne faire qu'un peuple avec eux. Par malheur, ils y consentirent, et les Troquois promirent qu'ils viendraient les chercher au printemps.

Au temps convenu, cent jeunes guerriers, bien résolus, vinrent sommer les Hurons de leur tenir parole. Les Hurons craignaient ave: raison de $e livrer à la merci de leurs ennemis. Ils auraient bien voulu trouver quelque prétexte pour ne pas aller vivre avec eux. Mais il n'y avait plus de moyen ; il leur fallait marcher ou périr. Les helles promesses des Iroquois décidèrent une partie des Hurons à aller vivre avec eux. a ns avoir fait leurs adieux

aux Français et à leurs frères, la tribu du Rocher et celle de l’Ours partirent pour le pays des Iroquois. Il ne restait plus à l'Ile qne la tribu de la Corde (1).

Voici donc le plus grand nombre de ces bons Hurons partis avec les !roquois. On leur avait promis une fidélité inviolable ; on devait les traiter en frères. Ces barbares sont enfin parvenus à leur dessein, qui était de les attirer près d'eux pour s'en défaire plus vite. Ils ont dans leurs mains le gros d’une nation autrefois nombreuse. Il y a bien encore quelques familles dispersées de part et d'autre, mais elles sont annexées à d'autres neuplades, et ne peuvent former un corps de nation, vu leur petit nombre et leur dispersion.

La perfidie des [roquois rc tarda pas à éclater : à un signal donné, on assomma les plus braves des Hurons, les femmes et les enfants furent dépouillés de leurs effets, et distribués à ces traitres comme esclaves. Dans leur captivité ils eurent à eudurer des tourments pires que la mort. Ces pauvres exilés :onservèérent cependant intacte leur foi, et firent là les mêmes exercices de piété qu'ils pratiquaient à l'Ile.

Les Hurons de l'Ile d'Orléans, réduits à un petit nombre nr la guerre et l'émigration, ne se crurent plus en sûreté à leur bourgade; 1ls voulurent se rapprocher de Québec. M. d'Aiïlleboust, le gouverneur, leur permit de placer leurs cabanes près du fort St. Louis. Après un séjour de sept années, ils

(1) Los Hurons étaient divisés on trois tribus: la tribu du Rocher, celle de l’Ours et celle de la Corde.

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furent contraints d'abandonner l'Ile, qui leur avait procuré pendant quelque temps une si paisible demeure.

Ces bons Hurons résidèrent quelques années à Québec. En 1667, ils se transportèrent à une lieue et demie de la ville, et fondèrent la mission de Notre- Dame de Foye. Quelques années plus tard, ils durent encore s'éloigner de cette dernière résidence, afin de se rapprocher des bois et d’avoir des terres plus étendues. Ils se fixèrent à Notre-Dame de Lorette. Bien des années après, ils subirent un dernier changement et fondèerent le village appelé Jeune Lorette (1) Cest là qu'on peut voir ce qui reste aujourd'hui de cette nation autrefois si puissante (2).

L'année 1661 fut une année de malheurs et d’épreuves pour le Canada. Les iroquois, continuant toujours leurs hostilités, n'épargnèrent pas plus cette fois-ci les Français que les Sauvages. Commencçant leur campagne de bonne heure, ils attaquèrent d’abord Montréal, où ils prirent et tuërent dans deux combats vingt-trois colons, puis les Trois-Rivières, où ils massacrèrent également quatorze Français. Trente Algonquins et deux Français, qui remontaient le St. Maurice, fûrent aussi taillés en pièces par un de leur parti. [ls descendirent ensuite jusque à Tadoussac, où quelques Français furent encore

(1) Traduction des Relations du P. Bressani, par le P. Martin.

(2) Les terres qui ont apparteuu aux Hurons pendant leur séjour à l’Ile, sont aujourd'hui en partie la propriété de M. N. H. Bowen, notaire. M. Bowen prétend avoir décauten le lieu précis où avait été construit le fort huron. En faisant, en 1856, des ex-

cavations près de sa demeure, il découvrit un mur de cinq pieds d'épaisseur, couvert alors d'un pied de terre.

tués. En remontant vers Québer, ils se jetèrent avec acharnement sur la côte de Beaupré et sur l'Ile d'Orléans. «Le 18 (juin) à 8 h. du matin,» dit le Journal des Jésuites, «se commença le massacre ou capture de plusieurs personnes à Beaupré et à l’île d'Orléans par les Iroquois descendus de Tadoussac. On parlait ce jour-là de 8 à Beaupré et sept à l’île d'Orléans, ce qui s’est trouvé vrai.» On peut s’imaginer la terreur que causa aux habitants de l'Ile la présence de ces barbares, qui se cantonnèrent plusieurs jours au milieu d'eux. Presque tous abandonnèrent leurs demeures pour éviter le carnage dont plusieurs d’entre eux avaient été les victimes (1).

Lorsqu'on anprit à Québec la nouvelle de ces massacres, M. Jean de Lauzon, sénéchal de la Nouvelle- France et fils à gouverneur, voulut à toute force aller combattre les Iroquois. Cet homme de cœur et de résolution ne pouvait voir les désastres 2t les meurtres que causaient les [roquois sans aller leur donner la chasse. Comme on était peu nombreux pour leur tenir tête, on l'en empècha avec raison. Mais lorsqu'il sut que le sieur Couillard de l’'Espinay, son beau-frère, était à la chasse dans les environs de l'Ile, et que sa dame était depuis ce temps trèsinquiète sur son sort, il résolut d'aller avertir son parent du danger auquel il était exposé, et le secourir au besoin. Il partit dans une chaloupe avec sept autres jeunes gens. Le vent de nord-est le forca de prendre terre à la rivière Maheu, au milieu de lIle d'Orléans. Il envoya alors deux de ses hommes voir

{1} Lettres Historiques de la Mère de l’Incarnation.

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s’il y avait quelqu'un dans la maison de M. René Maheu, pilote. En ouvrant la porte, ils se trouvèrent en présence de quatre-vingts [roquois, qui tuèrent l’un d'eux d’un coup d’arquebuse, et prirent l’autre, qui fut obligé de se rendre après s’ètre bien défencu ; et poussant leur cri de guerre, ils vinrent se présenter aux Français et les cerner de tout côté. M. le Sénéchal vit bien qu'il lui était impossible de songer à fuir, car, par malheur, la marée baissante avait échoué la chaloupe. Les Iroquois étaient si sûrs de leur proie qu’ils sommèrent trois fois M. de Lauzon de se rendre, lui promettant la vie sauve. Celui-ci leur répondit par la voie de son fusil : il connaissait trop bien l’ennemi pour se fier à sa parole, et il préférait une mort glorieuse à une honteuse captivité.

Les Français commencèrent l'attaque par une prière fervente, qu’ils répétèrent trois fois en commun. Ils résolurent de vendre leur vie bien cher; aussi se défendirent-ils avec le plus grand acharnement dans cette lutte si inégale, et tuèrent-ils un grand nombre d’ennemis. Ils furent tous massacrés sur place, à l'exception d’un seul qui, grièvement blessé au bras et à l'épaule, fut emmené captif par les vainqueurs pour être victime de leur fureur et de leur cruauté.

M. le Sénéchal fut un des premiers tués. Les Iroquois le ménagèrent longtemps, ne cherchant qu’à le blesser pour le mettre hors de combat et le faire prisonnier ; mais ils ne purent en venir à bout. On lui trouva les bras tout meurtris et hachés des coups qu'on lui avait donnés pour lui faire mettre

bas les armes. Les vainqueurs lui coupèrent la tête, qu’ils emportèrent comme un trophée dans leur pays. Après avoir fait brûler, suivant leur coutume, les corps de leurs guerriers morts dans cette action, ils se retirerent avec hâte, emmenant avec eux plusieurs prisonniers (1).

M. de l’Espinay, revenant de la chasse, entendit le bruit de la fusillade. Il mit aussitôt à la voile pour avertir qu’il y avait du malheur. Quand il sut que c'était pour lui que ces braves s'étaient dévoués, il pensa mourir de douleur. Le gauverneur envoya aussitôt sous son commandement deux chaloupes bien armées; mais il était trop tard, les Troquois étaient disparus. Il ne trouva que des corps horriblement mutilés, parmi lesquels il reconnut celui de son jeune frère, le sieur Couillard de Belleroche, à peine âgé de vingt ans. Le vingt-quatre, les corps de ces infortunés furent ramenés à Québec. Trois furent enterrés dans l’église : ceux de M. de Lauzon, de Nicolas Couillard dit Belleroche et d’Ignace Sévestre dit Desrochers, tous trois gentilshommes. Le même jour, furent inhumés dans le cimetière les quatre autres tués dans le même combat: Elie Jacquet dit Champagne, Jacques Perroche et deux serviteurs du sieur Couillard, l’un appelé Toussaint et l'autre François. Le massacre de ces héros affligea au dernier point les habitants de Québec. La perte de M. le Sénéchal fut surtout regrettée des Français, qui l’aimaient et le respectaient à cause de sa bra-

(1) Lettres de la. Mère de l’Incarnauion. Relations des Jésuites. Histoire de l'Hôtel. Dieu.

tête, pays.

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dit le pour t que és, il Voya upes quois lOrriui de 1e, à ‘Tps l'rois Izon, b Sé- . Le

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“iles.

voure et de son dévouement. IL gagnait tout le monde par sa bonté et sa familiarité, de sorte que les Français étaient heureux de combattre sous un tel chef. Au moindre signal qu’il donnait, ils étaient prêts à le suivre partout (1).

Dans cette excursion, les [roquois enlevèrent d’une maison de l’Argentenay un grand crucifix, qu’ils emportèrent dans leur pays. Le Père Lallemand donne dans la Relation de 1662 les détails suivants sur ce sujet :

«Je ne saurais mieux terminer que par une rencontre assez illustre, touchant un crucifix de ueux pieds de haut ou environ, que les Troquois Agnieronnons enlevèrent en l'an passé à Argentenay, dans l'ile d'Orléans, quand ils y firent ces dégats que nous avons racontés. Je ne sais si ce fut par moquerie ou par estime qu’ils se saisirent de cette image; quoi qu’il en soit, ils l’'emportèrent jusque dans leur pays et la faisaient voir dans leurs cabanes, comme une de leurs plus précieuses dépouilles des Français ; Garakontié, protecteur des Français, étant allé à Aquié, la vit par hasard; et comme il savait assez le respect que nous portions à de semblables images, il ne voulut pas laisser profaner celle-là. IL entreprend donc de la racheter, il fait un beau présent pour cela, et, pour n'avoir pas de refus;’il fait un éloge de ce crucifix, plus digne de sortir de la bouche d’un prédicateur que d'un barbare : il l'obtient, et par la richesse de son présent et par l’éloquence de ce discours. Retourné qu'il fut à Onontagué, tout triom-

(1) Lettres de la Mère de l’Incarnation. Relations des Jésuites, etc.

phant d’une si belle action, dont il ne connaissait pas tout le mérite, il place honorablement ce crucifix sur l'autel de la petite chapelle, où tous les jours les Français, les Hurons et les Iroquois allaient lui rendre leurs hommages. Et ainsi Dieu s’est voulu servir de la main d’un barbare pour faire triompher sa croix, au milieu de la barbarie.»

Il a été dit plus haut que les Iroquois tuèrent ou firent prisonnières sept personnes de l'Ile d'Orléans. De ce nombre était une jeune fille nommée Anne Baillargeon, dont le père, Nicolas Baillargeon, occupaîit une terre voisine de la rivière Maheu, dans la paroisse de St. Laurent (1). Nicolas Baillargeon, originaire de Loudigny en Angoulème, est l’ancêtre de Mgr. C. F. Baillargeon, évêque de Tloa (2).

La Mère de l’Incarnation rapporte dans ses Lettres Historiques un fait merveilleux au sujet de cette jeune fille :

«Une jeune fille, nommée Anne Baillargeon, ditelle, étant âgée de neuf ans, fut prise par les roquais, et emmenée dans leur pays, où elle demeura près de neuf ans. Elle se plut tellement aux coutumes de ces sauvages, qu'elle était résolue de passer avec eux le reste de sa vie. Monsieur de Tracy ayant obligé cette nation de rendre tous les Français qu’elle tenait captifs, elle se retira dans les bois, de crainte de retourner dans son pays. Lorsqu'elle se croyait en assurance, une religieuse lui apparut, et la menaça de la châtier, si elle ne retournait avec

(1) Voir la carte de l'Ile d'Orléans de 1689. (2) Notes sur les régistres de N.-D. de Québec.

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les Français. La crainte la fit sortir du bois, et se joindre avec les autres captifs que l’on mettait en liberté. Monsieur de Tracy lui donna cinquante écus pour se marier, mais il voulut premièrement qu’elle

fut mise aux Ursulines, pour reprendre l'esprit de :

christianisme qui s'était fort affaibli parmi les [roquois. Quand elle vit le tableau de la Mère Marie de St. Joseph, elle s’écria: Ah! c’est celle-là qui m'a parlé, et elle avait le même habit. Durant toute sa captivité, il ne se peut faire que, vivant parmi des payens, elle ne commit des fautes contraires à la sainteté du christianisme; elle avait néanmoins conservé une très-grande pureté, et l’on croit que cette Mère s'était faite son ange pour la conserver dans cette intégrité, comme elle l’a été de quelques autres dans d’autres rencontres. »

A une époque tr”s-reculée, une autre jeune fille de l’Ile d'Orléans disparut et fut enlevée, mais d’une manière différente. Cette petite fille, âgée peut-être de neuf ou dix ans, appartenait à une famille du nom de Baucher dit Morency ; ses parents, paraît-il, ne menaient pas une vie exemplaire. Un jour, elle partit ponr aller porter à diner à son père, et on ne la revit plus. Plusieurs années après, une lettre fut écrite à l’évêqne de Québec par les Sœurs d’un couvent de la Louisiane. Cette lettre donnait à peu près les détails suivants : Une jeune fille fut un matin trouvée sur le seuil de la porte de notre couvent : Interrogée, elle répondit qu’elle était de la paroisse de la Ste. Famille, dans une île, et qu’en allant porter à dîner à son père, elle fut enlevée par une grande femme blanche qui prit bien soin d’elle, et

la déposa elle-même à la porte du couvent. Les Sœurs eurent pitié de cette petite infortunée ; elles l’adoptèrent et l'instruisirent. Plus tard, elle devint religieuse dans ce même couvent. Cette lettre annonçait en même temps la mort de cette jeune fille, et priait l’évèque de communiquer ces détails à ses parents (1).

Fondation du couvent de la Ste. Famille. — Les sœurs Marie Barbier et Anne Hioux vont demeurer à l’Ile.—Soufh'ances et privations des Sœurs.—Dons de M. Lamy et d’autres particuliers.

C’est en 1685 qu’eut lieu la fondation du couvent de la Ste. Famille, belle institution qui depuis près de deux siècles a rendu les plus grands services aux habitants de l'Ile d'Orléans (1).

M. Frencois Lamy, premier curé de la Ste. Famille, frappé des fruits que produisaient les Sœurs de la Congrégation partout où elles exerçaient leur ministère, résolut d'attirer quelques-unes de ces saintes filles dans sa paroisse, convaincu qu'elles procureraient un bien immense. Il pria Mgr. de St.

(1) Ce fait merveilleux nous a été raconté par feu M. G. H. Besserer, ancien curé de la Ste. Famille.

(1) Les détails que nons donnons sur la fondation du couvent de la Ste. Famille, ont été presque tous puisés dans la Vie de la Sœur Bourgevys par M. l'abbé Faillon. Ce savant historien a emprunté en partie ce qu’il dit de la fondation de ce couvent, à la Vie de la Sœur Barbier, ouvrage que nous n’ayons pu nous procurer.

Les Îles vint an- Île, ses

St. Valier d’en faire pour lui la demande à la sœur Bourgeoys, fondatrice de cette célèbre communauté. La sœur Bourgeoys accorda aussitôt cette mission, qui se trouvait une des premières qu’elle fondait dans les campagnes.

Ce furent les sœurs Marie Barbier et Anne Hioux que l’on nomma pour jeter les fondements de ce nouvel établissement. Elles n’ignoraient pas quelles

difficultés elles rencontreraient et à quelles priva-

tions elles seraient exposées dans une semblable entreprise, où tout leur manquait; mais lorsqu'il s'agissait de faire du bien, ces âmes pieuses n’hésitaient pas à faire les plus grands sacrifices.

Anne Barbier, fille de Gilbert Barbier, naquit à Montréal le 1er mai 1663. Son père ne négligea rien pour lui procurer une excellente éducation religieuse; elle répoudit très-bien aux vues de ses pieux parents. Dès l’âge le plus tendre, elle pratiqua la piété et La vertu. Elle résolut de se consacrer au culte de la Ste. Vierge, et entra, à l’âge de quinze ans, dans la communauté de la sœur Bourgeoys. Elle fit sa profession en 1680, et fut la première fille canadienne qui se consacra à Dieu dans la Congrégation de Notre-Dame. Cette sainte fille fut chargée d’établir la maison de la Providence à Québec et la mission de la Ste. Famille ; mais elle demeura particulièrement à Montréal, où elle remplit avec zèle toutes les charges de la communauté, dont elle fut quelque temps supérieure. Elle était réputée sainte dans tout le pays, et l’on conserva toujours une grande vénération pour sa mémoire.

Anne Hioux, née en France, suivit la sœur Bour-

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geoys au Canada, et fut la première religieuse reçue dans la communauté de Notre-Dame.

La sœur Barbier fut appelée de la mission de la Montagne, à Montréal, pour se préparer à son départ pour l'Ile d'Orléans : «J'avais un pressentiment, » dit cette dernière, «que je serais envoyée à l'ile d'Orléans, et une espèce de certitude intérieure que mon bien spirituel dépendait de là ; que j'aurais occasion d'y mourir à toutes mes méchantes inclinations. Avant mon départ pour la Montagne, M. Guyotte, prêtre de Saint-Sulpice et curé de Villemarie, m’ayant dit par mamère de conversation qu’on n'avait pas encore nommé de compagne pour ma sœur Anne, je lui dis que ce serait moi. Ii en parut surpris, et me dit que cela ne pouvait se faire pour toutes sortes de raisons qu’il m’allégua. Je le priai de n’en rien dire, et qu’il verrait à la fin que c'était la volonté de Dieu de m'envoyer à l’île d'Orléans. Quelques jours après, M. le curé m’avyant dit qu’une autre, qu’il me nomma, était déjà destinée pour être compagne de la sœur Anne dans cette mission, que cela avait été arrêté par la communauté, je lui dis en riant que quand elle serait dans la barque je n’en croirais rien, et que ce serait moi-même. On me fit donc partir pour la mission de la Mcntagne, et où on ne pensait à rien moins qu’à moi pour l’île d'Orléans.

« Cependant la communauté changea de sentiment à l'égard de la sœur désignée pour y aller, voulant envoyer tantôt une sœur, tantôt une autre. Le prêtre qui nous conduisait, M. Bailly, et qui m'avait exclue lui-même du nombre de celles qui pourraient être

envoyées à l’île d'Orléans, fut contraint, afin de

laisser plus de liberté aux sœurs, d'en venir aux suffrages secrets. Toutes, sans le vouloir, me donnérent leur voix, et chacune en particulier croyant qu'il n'y aurait qu'elle qui me donnerait la sienne, il se trouva que je les eues toutes, et tout le monde fut content. On m’envoya donc quéri’ à la Montagne. Je retournai ainsi à la communaut: pour m'embarquer deux jours après.»

Les deux missionnaires souffrirent horriblement du froid en se rendant à leur nouvelle demeure: elles étaient vètues légèrement et n'avaient qu’une mauvaise couverture pour se protéger contre la rigueur de la saison. Toutes ieurs richesses con. sistaient en un petit paquet de lingerie qu'elles portaient bien à leur aise.

Comme il n’y avait pas encore de maison préparée pour les recevoir, elles furent obligées d'exercer d'abord leurs fonctions chez une veuve dont l’habitation était à un demi-mille de l’église. Elles s’affligèrent beaucoup d’être contraintes de vivre au milieu des enfants et des domestiques de la maison. De plus, elles avaient une bonne distance pour se rendre à l’église, où elles allaient tous les jours entendre la sainte messe. Elles en revenaient souvent toutes mouillées et couvertes de glaçons, et elles n’osaient s'approcher du feu.

Un matin, comm: elles revenaient de l’église par un grand vent accompagné de poudrerie, qui les empêchait de voir «ü elles allaient, la sœur Barbier tomba dans un large fossé rempli de neige: «Ma compagne,» dit-elle. «était bien loin devant moi qui

n'en pouvais plus. Je ne pouvais me retirer de ce fossé, n'ayant plus de force, et la neige me couvrait de plus en plus. Alors je priai le saint Enfant Jésus de m'aider, s’il voulait prolonger ma vie pour sa gloire et pour me donner le temps de faire pénitence. J'étais tout enfoncée dans la neige, et il ne paraissait plus que l'extrémité de ma coiffe. Sa couleur noire fit croire à quelques personnes du voisinage que c'était une de leurs bètes qui était tombée dans le fossé. Ils y accoururent promplement, et m’ayant retirée de là avec peine, ils me laissèrent au bord du fossé, d’où j'eus bien de la difficulté de me rendre à la maison. Cela joint au grand froid et à toutes les incommodités que je ressentis durant l'hiver dans cette demeure, me fit contracter des infirmités assez considérables. Pourvu que Dieu en tire sa gloire et que mon orgueil en soit écrasé, j'en suis contente. Les miséricordes de Dieu à mon égard sont trop grandes ; depuis ce temps-là, ce n’est que grâce sur grâce; qu’il en soit béni éternellement.»

Les travaux de ces zélées missionnaires eurent en peu de temps un succès complet. Par leur dévouement et leur patience, elles triomphèrent de tous les obstacles. A part leurs écoles pour les petites filles, elles établirent la congrégation externe pour toutes les jeunes personnes de la paroisse. Tous les dimanches elles les assemblaient et leur faisaient des instructions pour leur apprendre leurs devoirs et la manière de se conduire saintement dans le monde.

M. Lamy fit construire, en 1688, pour l'usage des Sœurs, une petite maison en bois, sur un morceau

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de terre que leur-donna le seigneur Berthelot: ce fut la première résidence des religieuses. IL leur avait déjà acheté une terre de trois arpents de front sur la profondeur de la moitié de l'Ile, avec maison et grange, afin de leur procurer quelque revenu qui assurât la durée de leur établissement; puis il leur fit donation de tous ces biens, le 5 septembre 1692 (1).

À peu près en ce temps un particulier de Québec, nommé Toussaint Le Franc, leur donna trois mille livres, pour servir à la pension d'une pauvre fille qu'elles prendraient chaque année pour l'instruire, et mivelles pourraient employer au ménage de leur maison.

M. Lamy voyait avec plaisir les fruits abondants que produisaient dans sa paroisse ces ferventes missionnaires. Îl voulu leur procurer une demenre plus confortable. En 1699, il leur fit construire une maison en pierre avec dépendances et entourée d’un grand jardin. Pour faire ces grandes dépenses, ce bon curé fut obligé de contracter des dettes.

C'est dans cette dernière bâtisse que les dames de la Congrégation ont exercé depuis leurs fonctions, au grand bien des gens de l'Ile et particulièrement des habitants de la Ste. Famille. Environ soixante jeunes filles y recoivent annuellement une éducation soignée. Depuis pris de deux siècles, combien de générations sont venues puiser &ns cette communauté l'instruction r'ligieuse et classique ! Combien de jeunes filles, torchées de l'exemple de leurs

(1) Un autre arpent de terre de front sur la même profondeur fut encore donné aux Sœurs à peu près dans le même temps.

saintes maitresses, ont abandonné le monde et se

sont consacrées à Dieu pour se livrer elles-mêmes à .

l'éducation et à la sanctification de la jeunesse !

C’est encore le même couvent, bâti en 1699, que l’on voit aujourd'hui près de l’église de la Sainte- Famille. Il a été radoubé et embelli en 1858. C’est bien certainement une des plus anciennes bâtisses de l'Ile d'Orléans (1).

IIT

L'Ile d'Orléans pendant la guerre de 1759.—Evacuation de l’Ile par les habitants. —Wolfe débarque à l’Ile et y établit son camp.—Dévastation de l’Ile par les Anglais—Anecdote 1r une Sœur de la Ste. Famille.

L'Ile d'Orléans est un des endroits du Canada qui ont le plus souffert lors de la conquête du pays par les Anglais, qui en firent d’abord le théâtre de leurs opérations.

Dès qu'on eut appris que la flotte anglaise remontait le fleuve, (dans le mois de mai 1759,) l2s autorités commandèrent aux habitants d’évacuer l'Ile immédiatement et de se retirer à Charlesbourg.

Voici ce que rapporte de l'évacuation de l'Ile un témoin contemporain (2):

(1) Une partie de la cave du couvent est séparée en plusieurs compartiments de quelques pieds carrés seulement, qui présentent l'aspect de petites cellules. On n’a pu découvrir dans quel dessein farent faites ces séparations.

(2) Nous avons emprunté cette citation à l'écrivain de la critique de la brochure sur l'Ile par M. Bowen. Ce savant écrivain

nous a fourni, dans les notes qui accompagnent sa critique, plusieurs renseignements qui sont entrés dans cette histoire.

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