‹ Histoire de l'île d'Orléans [microforme]Chapitre 14 sur 20 · ST. LAURENT · texte numérisé non relu

ST. LAURENT

Etendue de la paroisse ds St. Laurent.—Eglises de cette paroisse. —Liste des curés et desservants de St. ixnrent.— Population. —Trou St. Patrice.— Caverne de Bonte:ys.—Episode de la route des Prétres.

La paroisse de St. Laurent a un peu plus de deux lieues d’étendue, depuis la rivière Maheu jusqu’à la terre de François Marenda, inclusivement, qui la sépare de St. Pierre.

Elle fut en premier lieu érigée sous le vocable de St. Paul, nom qu’elle a porté jusqu’en 1698. Ce fut, dit-on, à la demande de M. Berthelot, seigneur de

l'Ile et comté &e St. Laurent, que le nom de St. Laurent fut substitué à celui de St. Paul.

Une première église, dédiée à St. Paul. fut construite vers 1675 dans cette paroisse, à l'endroit appelé l’Arbre sec, plusieurs arpents à l’ouest de l’église actuelle, au commencement des côteaux. Cet édifice, qui avait 50 pieds de long sur 20 de large, avait été bâti avec bien peu de soin, puisqu'on fut obligé de le remplacer une vingtaine d'années plus tard.

Il n’y a rien dans les archives qui indique la date de la construction de la seconde église de St. Laurent, qui a été démolie ces dernières années. On a pu constater qu’elle existait en 1697. Elle fut allongée en 1702 de vingt pieds, sous M. Poncelet, curé d'alors. Ses dimensions étaient celles-ci : longueur 75 pieds, largeur 22. |

La présente église a été commencée en 1860.

L'année suivante, elle fut bénite et inaugurée solennellement par Mgr. C. F. Baillargeon, évêque de Tloa. Ce magnifique édifice, tout de pierres taillées ét couvert en fer-blanc, a 113 pieds de longueur sur 38 de largeur, en dedans des murs. Il fait grandement honneur .ux habitants de St. Laurent, qui ont fait preuve en tout temps de la plus grande libéralité.

Voici la liste des curés et desservants de cette paroisse depuis 1679 jusqu’à ce jour :

Jean Basset prêtre, de 1679 à 1680

François Lamy 1680 1683

Pierre de Francheville..….… « 1683 1689

Jean-Henri Tremblay... « 1689 1692

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G. Thie:ry Erbory...….…..prèêtre, de 1692 à 1693

M. François Poncelet, jésuite, est le premier qui s’'intitula curé de St. Laurent. Arrivé au Canada en 1699, il fut placé presque aussitôt dans cette paroisse, qu’il desservit pendant douze ans. Il mourut des fièvres scarlatines à l’Hôtel-Dieu de Québec, et son corps fut transporté dans sa paroisse, où il fut inhumé dans l’église le 31 août 1712. IL n’était âgé que de 42 ans.

Trois autres curés ont été inhumés à St. Laurent : M. François Martel, décédé en 1764, à l’âge de 53 ans; M. P. B. de Borniol, en 1818, à l’âge de 77 ans, et M. G. F. Le Courtois, le 18 mai 1828. Ce dernier était âgé de 64 ans, et fut 7 ans curé de cette paroisse.

Mgr. D'Esglis, curé de St. Pierre, desservit lui-même pendant deux ans la paroisse de St. Laurent. Il continua plusieurs années encore à en avoir la direction, mais c’étaient ses vicaires qui administraient généralement aux habitants les secours de la religion.

M. Edmond Burke fut trois ans curé de St. Laurent. Ï avait en même temps la desserte de St. Pierre. En 1817, ce distingué personnage fut appelé à la direction du diocèse de la Nouvelle-Ecosse, qui venait d’être érigée en vicariat apostolique. Il fut sacré à Québec l’année suivante, sous le titre d’évêque de Sion.

Suivant le recensement de 1861, la population de St. Laurent était de 833 âmes. Il y a 130 propriétaires environ, dont 60 sont cultivateurs.

Trois écoles procurent l'instruction aux enfants de cette paroisse. Celle du centre est érigée en académie depuis quelques années.

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la construction des chaloupes ou autres petites embarcations. Plus de quarante propriétaires s'occupent de cet art. Ce sont eux qui généralement fournissent les chaloupes pour l'usage des navires construits à Québec.

“En 1865, on a élevé à St. Laurent une tour qui renferme une lumière pour guider les vaisseaux sur le fleuve. Cette tour est située à peu de distance de l'église, du côté de l’est.

Une demi-lieue à l’ouest de l’église de St. Laurent est le célèbre hâvre ou baie connu sous le nom de Trou St. Patrice, où les vaisseaux qui montent ou descendent le fleuve, viennent chercher un abri commode dans les tempêtes. « C’est une crique sûe et bier-abritée, » dit M. Bouchette dans sa Topographie du Canada, « où les vaisseaux destinés aux pays étrangers, viennent ordinairement jeter l’ancre en attendant leurs instructions définitives pour faire voile.» |

On ne sait pourquoi ce nom lui fut donné. Dès 1689,

il s'appelait ainsi, comme on le voit par la carte de l'He. j

Il y a quelques années, un hôtel était tenu dans cet

endroit par madame Cookson, cette providence des

marins canadiens. Il y avait aussi autrefois, sur les

bords de ce hâvre, un grard chantier de construction, qui a été abandonné depuis une quarantaine d'années,

: À deux milles environ à l’ouest du Trou St. Patrice, sur la terre de François Maranda, est une grotte remarquable connue sous le nom de Caverne de Bontemps. Elle tire ce nom, dit-on, d’un individu

appelé Bontemps, qui vints’y refugier quelquetemps, Cette. grotte, très-intéressante à voir, est située au pied de la côte: elle est taillée dans le roc vif, et peut avoir vingt pieds de profondeur.

A l’ouest de l’église de St. Laurent est la route appelée des: Prétres, qui traverse au nord de l’Iie à St. Pierre. Au commencement du dix-huitième siècle, elle a été témoin d'un épisode intéressant dont nous empruntons les détails au Voyage autour de l'Ile par le Dr. LaRue :

« St. Laurent portait autrefois le nom de St. Paul. Un jour, Monseigneur de St. Valier fit présent à cette paroisse d’une relique précieuse enfermée dans un reliquaire d'argent : cette relique consistait en un petit morceau de l'os du bras de l’apôtre St. Paul.

«Quelques années plus tard, St. Paul ayant pris le nom. de. St. Laurent, St. Pierre prit celui de.St. Pierre et St. Paul. Alors, à la demande de M. Dauric, curé de cette dernière paroisse, le curé de St. Laurent échangea la relique de St: Paul pour une autre que M. Dauric lui donna.

t& Cet échange, fait contre le gré des habitants de St. Laurent, était loin de leur plaire. Aussi, à quelque temps delà, certains habitants de:St Laurent jugèrent-ils à propos d'aller enlever, de nuit, leur précieuse relique, tout en reportant à St. Pierre celle que leur curé avait reçue en échange.

« De là, grande chicane entre les deux partis, La question fut enfin décidée par l’Evêque, qui ordonna que les deux paroisses fussent misesen, possession de . leurs reliques respectives. Pour cela, les habitants

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de ces deux paroisses devaient se rendre en procession, chacun de leur côté, jusqu’au milieu de la Route des Prêtres, où l'échange devait avoir lieu ; c'est ce qu’on fit ; et la grande croix noire quel'on voit aujourd’hui au milieu de cette route, indique l'endroit où l'échange a eu lieu.»

Nous terminerons cet ouvrage sur l’Ile d'Orléans par la narration d’un certain nombre de naufrages dont quelques-uns ont acquis une trisie renommée. Ils devront, nous osons l’espérer, intéresser les habitants. de l'Île, dont la plupart compient des parents au nombre de ceux qui ont perdu la vie dans ces accidents.

Naufrage de P. Curodeau.—Naufrage et complainte des Beaudoin.—Naufrage de M. Hubert.

L'Ile d'Orléans est tristement célèbre par ses nombreux naufrages, qui ont causé la mort à une foule de ses habitants. De temps en temps, des accidents déplorables venaient répandre le deuil et la consternation parmi les insulaires. Voici les détails navrants d’un des plus anciens naufrages de l'Ile, naufrage connu maintenant de bien peu de personnes :

Vers 1756, se trouvait à St. Jean une famille du nom de Curodeau. Un de ses membres, Pierre Cu: rodeau, montra dès son enfance des goûts prononcés pour les voyages. IL parvint, non sans peine, à s'acquérir une certaine instruction (car l'instruction

s’obtenait alors difficilement) pour servir ses goûts et ses projets à venir. Dès que son âge le permit, il s’adonna aux voyages de long cours.

Pierre Curodeau était un homme de confiance, honnête et sobre ; il se faisait surtout remarquer par sa grande douceur de caractère et sa prudence. Il était bien vu, estimé et recherché de tout le monde. |

1] fit plusieurs voyages en Europe et aux Antilles ; et à force de travail, d'économie, et surtout grâce. à sa bonne conduite, il put réaliser une certaine. sonme d'argent qui lui permit de faire l’acquisition d’un brigantin.

Depuis lors, Curodeau voyagea à son compte.

Quelque temps après, il épousa Angélique Gosselin, fille de Gabriei Gosselin, ancien agriculteur de l’Ile. Il continua ses voyages plusieurs années encore avec assez de succès, si bien qu'il s’acquit une petite fortune, dont les revenus lui assuraient un avenir heureux et une honnêie aisance. Le son mariage avec Angélique Gosselin, il eut deux enfants, Pierre et Marie Curodeau.

Dans l’un de ses voyages, il fit connaissance à La Rochelle d’un créole de la Martinique nommé Thomas GCornon, propriétaire d’un brigautin. Ils montèrent ensemble à Québec. Cornon hiverna au ‘Canada, et sur l'invitation de son ami Pierre Curodeau, il alla passer les mois de la saison rigoureuse dans l'Ile d'Orléans. C’est pendant son séjour à l’Ile qu'il connut Françoise Gosselin, belle-sœur de Pierre Curodeau, et l’'épousa.

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Thomas Cornon était un homme au cœur généreux, enthousiaste et aventurier, mais d’un caractère hautain, indépendant, entier dans ses opinions et sa manière de voir, incapable de recevoir un conseil, même de ses plus chers amis; il avait en un mot le caractère des créoles de son pays.

Pierre Curodeau commençait à vieillir ; il ssngeait alors à se retirer du commerce et des voyages. C’est pendant cet hiver qu’il se détermina à vendre son vaisseau, dans un dernier voyage qu'il ferait en Europe au printemps, s’il trouvait un prix raisonnable. Son fils unique, Pierre, alors âgé de 14 ans, manifesta ur grand désir de faire ce dernier voyage avec son père. Quelle helle perspective pour un jeune homme, brillant de santé, bouillant d'imagination, plein de cet esprit dvonturer à qui caractérisait son père, de faire un voyage si extraordinaire pour son âge, franchir les mers, visiter des pays lointains: c'était irrésistible ; les craintes et les inquiétudes de la mère, la tendresse du père, tout fut vaincu et le voyage déterminé.

Au printemps de 1756, Thomas Cornon et Pierre Curodeau partirent donc pour l’Europe chacun dans leur vaisseau. Rendu en France, Pierre Curodeau vendit son brigantin. Il passa le reste de l’année à visiter les villes et les différents ports de France jusqu’au mois d'avril 1757. Alors il demanda à son beau-frère Cornon un passage pour lui-même et son fils à bord de son vaisseau pour revenir en Canada. Thomas Cornon accueillit avec bienveillance la demande de son beau-frère.

On se prépara donc en conséquence, et vers le milieu d'avril on partait de La Rochelle avec un vent favorable. Le temps était magnifique, la gaieté et la paix étaient «ans le cœur de tout le monde; tout présageaii un heureux voyage. On allait revoir bientôt sa patrie, ses parents, ses amis, une épouse et des enfants chéris ; tous se berçaient de ces douces espérances, pendant que le vaisseau s’avançait déjà à très-grandes journées. La traversée fut des plus expéditives.

Avant d’entrer dans le golfe, à une bonne distance encorc des côtes de Terre-Neuve, le capitaine Cornon, présumant du reste de son voyage par l’heureux succès de la traversée, forma le plan hardi et gigantesque de se rendre à Québec pour le premier de mai. Son projet était bien arrêté dans son esprit ; et tous calculs faits, pour peu que le vent le favorisât, il allait accomplir l'expédition la plus heureuse et la plus extraordinaire qui eût jamais été faite jusqu'alors.

1 s’empressa de faire part à son beau-frère de la résolution qu’il venait de prendre. « Frère,» dit-il à Pierre Curodeau, «voilà la plus belle expédition gui se soit jamais faite vers le Canada, il faut aller planter le mai à Québec.» Pierre Gurodeau, qui était . un ancien marin expérimenté, connaissant bien le climat du Canada, la navigation du fleuve, surtout dans la saison du printemps, fit à son beau-frère les observations suivantes, avec beaucoup de tranquillité et de calme : «Gapitaine, il me semble dangereux pour nous de presser notre marche; les glaces à

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cette saison descendent du nord et rendent la navigation bien difficile et très-dangereuse. Je crois qu’il serait plus prudent pour nous de cingler vers le sud et d'aller à petites journées.» Le capiteine Cornon goûta bien peu cet avis: ilne voyait plus qu’une chose, se rendre à Québec au plus vite. C'était son

… goût, son projet; selon lui, il y réussirait. Il intima

de nouveau ses ordres à l’équipage, laissa le bâtiment filer sur la même course et descendit dans sa chambre pour prendre du repos.

Pierre Curodeau demeura sur le pont pensif et sHencieux ; il marchait continuellement, paraissant absorbé dans des pensées tristes et sombres: ce n’était plus le même homme. L’équipage ne tarda pas à s’apercevoir de l’anxiété du vieux marin, et l’un. d’eux lui demanda la raison de son silence et de son état de torpeur. Curodeau répondit qu’il avait beaucoup d'inquiétude et de crainte sur la marche qu’ils faisaient là. «Selon moi, ajouta-til, je crois qu’il faudrait changer la course du bâtiment et le diriger vers le sud, pour éviter les glaces qui vont inévitablement nous. étreindre dans leurs défilés.—- Mais ce moyen, répliqua l’un des matelots tout déconcerté, va-t-il au moins nous tirer d’embarras ?— Je le pense, répondit le vieux marin ; mais il ne faut pas y songer; le capitaine, s’apercevant de citte contradiction à ses ordres, va s’emporter d’indignation contre nous—Peu importe, reprirent plusieurs ‘ matelots, qui étaient témoins de cette conversation. — La vie avant tout, ajoutèrent-ils tous ensemble. » Ils se mettent à l'œuvre, et dans un instant le bâtiment

est dirigé dans une autre course. Mais malgré l’habileté et la prompte exécution de la manœuvre, le capitaine Cornon se réveille soudain, vole sur le pont, jette un coup d'œil en passant sur le compas, et s'aperçoit que le bâtiment est changé de direction. Il s’emporte de colère et d’indignation, et sans attendre les raisons et les explications de son équipage, il décharge son courroux en accablant ses matelots de mauvais traitements. [1 remet le vaisseau dans sa route première, et réitère à son équipage ses ordres les plus stricts et les plus impérieux.

Mais déjà la température était devenue plus froide ; les frimas déposèrent bientôt sur le vaisseau leurs couches glacées, et les vents emportaient avec eux des brouillards épais. Le vieux marin avait entrevu dans le lointain les banquises de glace : une espèce de désespoir s'était emparé de son âme. Silencieux, profondément abimé en lui-même, il marchait sans cesse sur le pont, laissant couler de ses yeux des larmes abondantes. |

Le jeune Curodeau avait suivi et remarqué les actes d'autorité du capitaine Cornon, les anxiétés et les inquiétudes de son père ; il avait compris, lui aussi, le danger imminent qui les menaçait. Depuis longtemps, une tristesse mortelle s'était emparée de son âme, sans qu’il pût s’en débarrasser ; il s’avance alors vers son père et lui demande: «Qu'y a-til donc, mon père, sommes-nous en danger de périr ? —Oui, mon enfant, répondit le père Curodeau, il n’y a plus moyen pour nous d'éviter la mort» ;et en même temps des larmes tombèrent de ses yeux.

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«Comment, mon père, moi mourir si jeune !!...» Le père ne répondit rien.

Après un moment de silence, l’enfant reprit : « Mais, mon père, vous savez comme mon coffre de voyage est bien fait à l'épreuve de l’eau; si vous m'emfermiez dedans, et si vous me jetiez ensuite à l’eau, j'aurais peut-être la chance de prendre terre et de me sauver ainsi.» Et en disant cela, l'enfant se précipite dans la chambre, remonte dans l'instant sur le pont avec sa valise de voyage. Chose incroyable, le père dans ce moment, n'ayant plus sans doute son esprit à lui, se rend au désir de son lis, et sans prononcer un seul mot, il le renferme dans le coffre fatal, et dans son délire le précipite lui-même au milieu des flots.

Les matelots s’aperçurent, mais trop tard, de cet acte de désespoir du père Curodeau. Ils s’élancèrent alors à grands cris vers la chambre du capitaine, et lui annoncèrent ce que le père Curodeau venait de faire envers son fils. Le capitaine Cornon monte à l'instant sur le pont, et s’adressant à son beau-frère : « Frère, dit-il, qu’avez-vous fait, qu’avez-vous fait de votre füis?... Est-ce donc qu'il n’y a plus de salut pour nous ?—Tout est perdu..», répondit le vieux marin.

Alors le capitaine se jette aux pieds de son beaufrère, lui demande mille pardons de sa conduite opiniâtre, et'avoue que son caractèré insoumis et son refus à suivre de sages conseils ont été cause de leur perte.

Mais il était trop tard ; déjà on ressentait une température glaciale; le vent soufflait avec violence, et

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