HISTOIRE 9E
les brouillards ne permettaient plus à l’équipage de rien distinguer devant lui. Il n’y avait plus moyen de faire aucune manœuvre sur le vaisseau, tout était glacé. Un instant après, le bâtiment sombrait au pied d’une banquise de glace. Une partie de la màture s’abima sur le pont à ce choc terrible.
Un cri de frayeur et de consternation se fit entendre, et aussitôt chacun essaya un moyen de salut. Le capitaine Cornon, avec sept matelots, put débarquer sur les glaces, et malgré le froid, la fatigue, il parvint de glace en glace à se rendre jusqu’à terre. Ils ne purent jamais décider le père Curodeau à les suivre dans cette extrémité. Ce dernier resta seul sur la coque du vaisseau, comme un homme privé de sens et de raison.
En mettant pied à terre, les naufragés s’aperçurent qu'ils étaient sur l’île de la Magdeleine. Il n’y avait alors aucune habitation sur cette île. Que vont-ils devenir, épuisés par la fatigue, sans feu, transis par un froid glacial? Il ne faut pas songer à s'arrêter et à délibérer longtemps sur des moyens d'existence ; le froid les pénètre, ils vont périr. Ces infortunés s’aventurent sur le bord du rivage; ils s’aperçoivent là que la mer a déjà jeté sur la rive des débris du bâtiment. Ils s’y rendent sans délai, et entre autres choses, ils trouvent un quart de boisson. Six des matelots s'empressent de l’ouvrir, prennent à satiété de cette liqueur funeste, pensant y trouver un moyen de réchauffer leurs membres glacés; mais ils n’y trouvent que la mort. Un engourdissement général s'empare de leurs corps ; ils ne peuvent plus
ipage de s moyen tout était brait au le la mâ-
se fit ende salut.
ut débaratigue, il u’à terre.
eau à les esta seul me privé
perçurent n’y avait > vont-ils ransis par arrèter et xistence ; nfortunés erçoivent débris du tre autres . Six des t à satiété puver un és; mais dissement avent plus
L'ILE D'ORLÉANS. 125 marcher, et meurent là sur le rivage presque instantanément.
Le septième des matelots, nommé Lachance (1), sans chercher comme les autres à s'abreuver de cette boisson, parcourut promptement le rivage, cherchant à se réchauffer par l’activité ; il recueïllit plusieurs débris de voile, des quarts de biscuits et d’autres provisions, qu’il plaça en sûreté à terre. Il réussit à faire une espèce de tente de ces voiles, trouva le moyen de faire du feu, et plaça auprès l’infortuné Cornon, accablé de soucis et de chagrins, et presque à demi-gelé.
Sur la demande du capitaine, Lachance retourna sur le rivage, à la découverte du père Curodeau et de son fils. Il ne tarda pas à revenir, èt rapporta qu’il avait cru entrevoir le vieux capitaîne sur la coque du bâtiment; qu'il avait retrouvé son fils, le jeune Curodeau, mais qu’il était étouffé, asphyxié dans la valise. Le capitaine Cornôn dans Ce moment avait presque perdu l’usage de ses sens. Lachance l'ävait trouvé les deux jambes appuyées dans le bord du feu ; il était immobile, ses jambes rôtissaient, et la graisse en découlait ; il était enfin dans l’état le plus nâvrant. «Mais, capitaine, vous vous brûlez,» lui aurait dit Lachance en l’apercevant.— Ce pauvre malheureux eut encore le courzze de répondre : «Ah! je re le sens pas.» Il avait les deux jambes gelées jusqu'aux genoux et les deux mains jusqu'aux poignets.
(#) Ce Lachance est l'ancêtre de la famille Pepin dit Lachance, eonnue dans St. Jean sous le nom vulgaire de Guéguenne et Bigon.
À force d'activité et de diligence, Lachance s'était préservé de toute engelure. Il se dévoua alors tout entier aux soins de son infortuné capitaine, et lui procura le plus de soulagement possible. Il avait pu recueillir des vivres pour pius d’un mois; il reconstruisit sa tente pour rendre leur abri plus confortable ; puis ils passèrent ainsi près de trois semaines dans cette île déserte, au milieu des angoisses, des inquiétudes et des plus cruelles souffrances.
Après ce laps de temps, Lachance aperçut un navire qui faisait voile pour l’Europe. Comme il passait assez près de l’île pour être vu distinctement, Lachance s'’empressa de faire des signaux au bâtiment, qui aperçut les naufragés et vint les chercher. Ils reçurent les soins les plus charitables. Ils passèrent en Europe. Là le capitaine Thomas Cornon fut conduit dans un hôpital de marine, où on lui amputa les deux jambes et les deux mains. Ce fut là qu'il donna la relation détaillée de son aventure avec son beau-frère Pierre Curodeau. Il mourut quelques mois après (1).
(1) La veuve Cornon épousa plus tard un colonel allemand qui était dans les troupes régulières à Québec, et qui repassa ensuite en Allemagne. C’est de là qu’elle écrivit plus tard à ses parents de l'Ile d'Orléans.
La veuve Curodesx, sa sœur, restée seule avec sa fille, après le malheur qui venait de la frapper, fut pillée lors de la prise de Québec par les Anglais, et demeura sans avenir. Dans cet état d’indi-
ence, elle alla trouver son frère Gabriel Gosselin, cultivateur, de a paroisse de Verchères, etelle y maria su fille, Marie Curodeau, à un nommé Antoine Hiertin, bon cultivateur de la localité.
Le Rév. M. Antoine Gosselin, qui a fourni les notes du naufrage ci-dessus raconté, a connu personnellement et particulièrement cette Marie Curodeau, fille du naufragé, dont il est question plus haut.
2e s'était aa alors Itaine, et . Il avait mois ; il bri plus de trois des anles souf-
rçut un mme il ctement, au bâtihercher.
Ils pas- Cornon où on ains. Ce on avenmourut
emand qui sa ensuite es parents
e, après le a prise de état d’indi- \vateur, de Curodeau, lité.
28 du naurticulièrest question
Au mois d'octobre 1787, un jeune homme de St. François se rendait, accompagné de quelques parents et amis, à St. Joachim pour y célébrer son union avec une jeune fille de cette dernière paroisse. Le mariage accompli, les époux allèrent chez les parents de la jeune fiancée pour y faire la noce. La journée se passa dans les plus grandes réjouissances, comme c’est la coutume dans de semblables occasions. Le lendemain, le jeune marié s’embarqua avec son épouse, accompagnée elle aussi de plusieurs parents qui venaient la conduire à sa nouvelle demeure.
Pendant le trajet, les passagers étaient remplis de gaieté. Ils s’entretenaient des nouveaux plaisirs qu’ils allaient éprouver à la demeure du marié, où la noce devait se continuer. Ils touchaient presque au terme de la traversée lorsque, par malheur, un coup de vent fit chavirer la chaloupe, vis-à-vis du bout de l’Ile. Deux seulement parvinrent à se sauver, les autres, au nombre de treize, se noyèrent tous à peu de distance du rivage. À la nouvelle de ce triste accident, tous les habitants se portèrent sur le rivage, et retirèrent les corps de ces infortunés, qui furent transportés à la maison des noces au milieu des pleurs et des gémissements.
Quel triste changement venait de s’opérer parmi eux! Un instant auparavant, is se livraient au plaisir qu’ils prétendaient bien continuer à la maison des noces; maintenant, les voilà étendus froids et immobiles sur ces tables qui devaient être le théâtre
dé leurs joies, ét dont les draps leur oùt servi de lmceuil !
Bes personnes suivantes furent inhuméés toutes ensemble le lendemain même de Paccident, le 17 octobre, dans Ie cimetière de St. François: Louis Beâudoin et Agnès Paré, infortunés époux, Joseph Beaudoin, Angélique Toupin, Joseph Guérard, Louis Paré et Prisque Paré.
Le 18 octobre; on inhuma à St. Joachim les autres noyés, dont voici les noms: Marie-Josephe Bolduc, épouse de Joseph Paré, Félicité Paré leur fille, Jacques Talon dit L’espérance, Marie-Josephe Lessart, épouse de Pierre Paré, Marguerite Fugères, épouse de Joseph Boucher et Marie-Josephe Cauchon, épouse de Jacques Fugères.
Cet événement inspira à un jeune homme du nom de Veilleux une complainte destinée à perpétuer le souvenir de ce lugubre accident. C'était une coutume, anciennement bien observée, de composer une chanson lorsqu'un semblable malheur arrivait. Cette complainte, qui comptait une vingtaine de couplets, était autrefois très en vogue ; on la chantait jusqu’à Montréal. Aujourd’hui il n’y a que quelques personnes qui s’en rappellent les principaux couplets. Nous avons pu recueillir de diverses personnes les suivants, que nous donnons tels que la tradition les a conservés :
Péüple éhrétién, écoutez la complainte D'ari honnête hommé qui vient de s’marier ;
Par un dimanche, la veille de ses noces, À la grand’messe on l'a vu communier.
servi de
s toutes tt, le 17 : Louis Joseph d, Louis
s autres Bolduc, ur fille, Lessart,
épouse , épouse
ime du à perpétait une omposer arrivait.
aine de a chanue quelncipaux ses perque la
Après la messe il avertit son monde, Les jeunes gens qu'il avait invités.
Son frère aîné arrivant à sa porte,
Le cœur lui crève, il se met à pleurer.
Ce cher Louison, qui va le recevoir:
‘“ Mon frère aîné, qu'avez-vous à pleurér?
‘“—Ah! mon cher frère, je déplore vot’ sort, ‘“ Que le malheur vous soit pas Comme à moi:
‘ Voilà onze ans que je suis en ménage,
‘ Jamais la paix n’a pu régner chez moi; ‘“ Si vous voulez quitter ce mariage,
“ Je vais payer tous les frais qui sont faits.
Mon très-cher frère, retenez donc vos larmes, ‘“ V'nez avec moi, vous êtes mon aîné. ”
Etant partis, Dieu préserv’ le naufrage,
Les voilà donc à bon port arrivés.
Le lundi vient, faut aller à la messe ; Les mariés les voilà fiancés.
Sont revenus à la maison des noces Se divertir et prendre du plaisir.
Le lendemain, le lendemain des noces,
Quel triste jour et quel fatal retour !
Sont rembarqués tous avec allégresse, Quinze se sont mis dans la chaloupe à Louis.
Ue cher Louison, par trop de complaisance, Laisse gouverner par un novicier.
En déboutant la pointe à Porte-Lance,
Mal gouvernéé la chaloupe a viré.
Un orphelin, qui était dans la barge, S'est écrié: ‘ Mon Dieu, faut-il périr !
‘ Faut-il périr à la fleur de son âge !
‘“ Faut-il périr si près de ses amis !”
Treize ont péri sur le bord du rivage, Treize ont péri dans la mer engloutis.
De tous côtés on voit venir le monde, Gens de Beaupré qui les voient traverser.
Tout le rivage était mouillé de larmes, Quand tout chacun reconnaissait les siens.
On a trouvé le mari et sa femme,
Son frère aîné, l’orphelin avec lui.
Joseph Paré vint ramasser sa femme, Deux de ses sœurs, trois de ses chers enfants. ‘ Ma chère enfant, faut-il que ton alliance
‘“ Nous ait causé tant de mortalités. ”
Ils croyaient bien ce soir souper cpasaple, Se divertir et prendre du plaisir.
La table est mise qu’on l’ôte en diligence, Les draps scront pour les ensevelir.
Le 21 mai 1792, un accident déplorable vint jeter
le deuil et la consternation parmi les habitants de St. Jean. Une chaloupe de cette paroisse, commandée par Barthélemy Lachance, pilote, partait de Québec pour St. Jean, par une forte brise de noridest. Douze personnes étaient à bord, parmi lesquelles était M. Hubert, curé de Québec, qui descendait visiter un de ses confrères de l’Ile. Voyant que la violence du vent ne leur permettait pas de continuer leur route. ils se dirigèrent à la Pointe-Lévis pour mettre à ivre; mais en prenant cette direction, la chaloupe fat remplie d’eau, et sombra à peu de distance du rivage. Les habitants de cet endroit se portèrent en toute hâte au secours de ces infortunés, au péril même de leur vie ; mais ils ne purent sauver que le capitaine et un jeune homme du nom de
t jeter nts de mmanait de nordquelles endait que la itinuer S pour ion, la de disroit se rtunés, sauver om de
Basile Thivierge; les autres, au nombre de dix, furent tous engloutis dans les flots.
Cette nouvelle attrista au dernier point la population de Québec, par la mort de son digne curé, et les habitants de l’Ile, par la perte de plusieurs chefs de famille. La mort de M. Laurent Mauvide, fils du seigneur Jean Mauvide, fut surtout vivement sentie ; car c'était un citoyen respectable et estimé de la population entière de l'Ile.
Tous les habitants abandonnèrent leurs travaux pour chercher les corps de ces infortunés. Celui de M. Mauvide fut presque aussitôt trouvé, et il fut inhumé le 23 mai dans l’église de St. Jean. Celui de M. Hubert ne fut trouvé que plusieurs jours plus tard : il fut inhumé le 6 juin, dans l'église paroissiale de Québec.
La Gazette de Québec, du 24 mai 1792, raconte ce fait de la manière suivante :
«Lundi, le 21 de ce mois, vers midi et demi, une chaloupe pesamment chargée, partie de cette ville pour l'Ile d'Orléans, ne pou sant tenir contre l'agitation des vagues qui menagçaient de la submerger, ayant
tenté de mettre à terre à la Pointe-Lévy, prit une si
grande quantité d’eau qu’elle cala à fond à peu de distance du rivage, vis-à-vis l'endroit nommé Cabane des Pères. De douze personnes qui étaient dans la chaloupe, dix ont péri. Deux seulement ont été sauvées par le prompt secours que leur ont porté quelques habitants de la Pointe-Lévy, qui, au risque de périr eux-mêmes dans celle louable entreprise ont sauvé le pilote Lachance, propriétaire de la chaloupe,
132 HIHKTOIRE DE
et un jeune homme. Ceux qui se sont noyés sont M. Hubert, curé de Québec, M. Mauvide, de St. Jean, Louis Foriier, Joseph Poulin, Pierre Turcotte, Gatiche Pinet, Josephte Lachance, Marie Lapointe et Isabeile Fortier.
«Ce déplorable accident dont plusieurs pères de famille ont été les infortunées victimes, a intéressé plus particulièrement et afiligé plus sensiblement les citoyens de Québec par la perte de M. Hubert, curé de cette ville, que ses qualités estimables à tous égards, tant comme ecclésiastique que comme citoyen, font généralement regretter.»
Naufrage d'une chaloupe de la Ste. Famille en 1838.—Accident du Pot-à-l’eau-de-vie.—Perte de La Saint-Laurent.—Perte de la Swallow.—Chavirement d'une chaloupe de St. François.—Actident arrivé à une chaloupé de la Ste. Famille en 1861.—Perte de trois jeunes gens de St. François.—Naufrage de Pierre Toussaint.
Le 4 novembre 1838, une chaloupe de la Sfe. Famille arrivait à Québec avec une forte tharbe de denrées, poussée par une violente brise de hôrd:'est. Rendue vis-à-vis le marché St. Paul, un tetrible coup de vent la fit verser à quelques pieds séulement du quai. Personne ne put secourir les passagers assez à temps ; de plus, il faisait déjà noir, c’était vers six heures du soir. Un apprenti pilote seulement parvint à se sauver au moyen d’un mât de la chaloupe. Les corps des noyés, au nombre de onze,
sont M.
. Jean, te, Gainte et
ères de téressé ent les +, curé à tous me ci-
Accident rte de la s.—Acci- [.—Perte e Pierre
Ste. Far£e de ord-est.
gtrible séule- > passä- , était lement la cha- ) Onze,
furent aussitôt trouvés à la marée baissante. Voici leurs noms: Pierre Marquis, Joseph Turcotte, Jean- Baptiste Leblond, George Leblond, Jacques Martineau, Joseph-Maxime Drouin, François Marquis, Marcel Dorval, Jérémie Pouliot, Joseph Gosselin et Joseph Hébert. Hs étaient tous de la paroisse de la Ste. Famille.
Le 28 juillet 1839, la goëlette Alexandre-Victoire, descendant dans le bas du fleuve pour embarquer des pilotes à bord des bâtiments étrangers, était mouillée vis-à-vis du Pot-à-l’eau-de-vie. Une partie des passagers voulut aller üans cette charmante île pour y passer la journée. Ils prirent, en s’en allant, un de leurs amis, Moïse Lachance, qui était à bord d’un navire ancré au même endroit. Après avoir passé la journée dans les plaisirs et la joie, ils s'embarquèrent dans leur petite chaloupe pour revenir à la goëlette. L'un d’eux, tout er jouant, fit pencher l’embarcation ; tous les autres se jetèrent alors en même temps sur le côté opposé et la firent chavirer. Sur onze qu'ils étaient, cinq, au moyen de rames, parvinrent avec beaucoup de peine à se sauver ; les six autres, n'ayant aucun soutien pour s’aider, ne cherchèrent, dans leurs efforts à se sauver, qu’à se prendre les uns après les autres, et paralysant ainsi leurs forces, ils se noyèrent tous à quelques pas seulement du rivage. Bientôt la mer se retira, et offrit à leurs compagnons consternés les corps de ces six infortunés avec lesquels, un instant auparavant, ils avaient eu tant de plaisir.
Voici les noms de ces malheureuses victimes:
Moïse Lachance, pilote, Jacob Pédic, pilote, Jean
Le .
tt
Pouliot, pilote, Thomas Pouliot, frère du dernier, apprenti sur le point de recevoir sa branche, Edouard Torney, jeune Irlandais élevé par Edouard Giguère, tous de St. Jean, et Simon Forgues, pilote, de St. Michel.
La goëlette partit immédiatement pour aller remettre aux parents désolés les corps de ces infortunés. Les cinq de St. Jean furent enterrés tous ensemble le même jour en présence d’une partie des habitants de la paroisse, que cet accident avait beaucoup affligés.
Les naufrages que nous avons déjà racontés ne sont rien en comparaison de la terrible catastrophe de la goëlette La St. Laurent, qui se perdit totalement au mois de septembre 1839, englouti::«: .,ec elle vingt et-un pilotes et appreniis, dont dix-sept appartenaient àla paroisse deSt. Jean. Cette goëlette descendait dans le bas du fleuve pour aller au-devant des vaisseaux d'Europe. Elle fut vu2 pour la dernière fois le vingt-trois de septembre, par une autre goëlette de pilote qui vint jeter l’ancre près d'elle. Le lendemain, les deux goëlettes prirent chacune leur direction. Une violente tempête s’éleva presque aussitôt après qu’elles se furent séparées, et on n’entendit plus parler de La St. Laurent. On suppose que ‘5 goëlette qui était très-vieille, fut ouvirte par la :: lence de ce terrible ouragan, et qu’elle fut engiou!: complètement dans les flots.
Les habitants de l’Ile furent dans la plus grande anxiété lorsqu'ils virent que La St. Laurent tardait à revenir. Îls attendirent des semaines, des mois: au-
ernier, douard iguère,
de St.
ler rertunés.
semble bitants aucoup
ités ne strophe lement ec elle ppartecendait es Vaisfois le ette de lender direc- Lussitôt ntendit e Chic ie glou!'?
grande rdait à is: au-
cune nouvelle ne se répandit sur le sort des infortunés pilotes. Accident épouvantable, qui causa un deuil général dans la paroisse de St. Jean.
Qui pourrait peindre la consternation et le découragement des malheureuses veuves, des nombreux orphelins, des parents, en général, de ces victimes ? Qui pourrait imaginer la douleur profonde d’une mère perdant à la fois d’une manière si tragique ses trois fils, d’une veuve se voyant privée en même temps d’un époux chéri et d’un fils bien-aimé ?
On conserva longtemps l’espoir de revoir ces infortunés. Peut-être, pensait-on, ont-ils été jetés sur quelque côte éloignée ; peut-être reviendront-ils dans un an, deux ans; mais vaine espérance ! Les parents n’ont pas eu même la consolation d’apprendre que quelqu'un eût jamais été trouvé, ou reçu la sépulture ecclésiastique. Car, aucun des corps, aucun effet, aucun débris du vaisseau n’a jamais été trouvé.
Les larmes des veuves et des orphelins ne sont pas encore séchées. Tous déplorent encore ce malheur, qui les a privés de ce qu'ils avaient de plus cher au monde, et les a laissés dans la misère et l'insuffisance des choses nécessaires à la vie. «Je pleure encore tous les jours la perte de mon fils aîné, racontait encore dernièrement une mère septuagénaire ; longtemps après cet accident, lorsque je voyais venir quelqu'un de loin, il me semblait toujours le voir arriver. Je ne pouvais jamais croire qu'il fût mort d'une manière si pénible. »
Lorsqu'on fut pre:ique certain de la perte de cette goëletie, on fit conuaître ce fait par le moyen des
journaux du temps. Le nom et le signalement des naufragés furent donnés au complet. Appel fut fait au nom de lhumanité aux habitants des environs du golfe de porter à la connaissance des parents les nouvelles qu'ils pourraient avoir de ce déplorable accident, et de faire les démarches nécessaires dans un semblable malheur. On lira avec intérêt l’article suivant du Canadien, publié à cette occasion :
« Naufrage de la goëlette « La St. Laurent, » n° 28, ayant a bord 13 pilotes, 6 apprentis et ? hommes d'équipage.