‹ Histoire de l'île d'Orléans [microforme]Chapitre 7 sur 20 · ST. PIERRE · texte numérisé non relu

ST. PIERRE

Limites de la paroisse de St. Pierre.—Première chapelle de l'Ile. —Eglises de St. Pierre.—Liste des j:: tres qui ont desservi cette paroisse.—Population.—Pied de St. Roch.—Quai du hont de l’Ile.—Construction du Columbus et du Baron Renfrew.

St. Pierre esi la paroisse de l'Ile d'Orléans la plus rapprochée de Québec. Elle comprend toute l’extrémité sud-ouest de l'Ile, et se prolonge, en descendant

du côté du nord, sur une étendue de deux lieues et demie jusqu’à la rivière Pot-au-Beurre, qui la sépare de la Ste. Famille.

Une première chapelle fut construite dans la paroisse de St. Pierre près de l’anse du Fort par les Pères Jésuites, qui étaient chargés d’évangéliser les Hurons établis dans cet endroit. Cette chapelle, la première quiait été bâtie dans l'Ile d'Orléans, fut commencée en 1651, et fut bénite le ? juillet 1653 par le Père Lallemand, sous le vocable de la Visitation de la Bienheureuse Vierge (1) Elle servait également aux Hurons et aux Françaisétablis dans l'Ile, et des régistres de baptèmes, de mariages et de sépultures y furent tenus pour les deux populations.

(1) Journal des Jésuites.

Ce fut dans ce modeste édifice que le Père Chaumonot maria en 1652 le sieur Jacques Gourdeau de Beaulieu à dame Eléonore de Grandmaison (1). C’est probablement le premier mariage célébré dans l'Ile.

Anrès le départ des Hurons en 1658, cette chapelle paraît avoir été abandonnée. Les missionnaires qui desservaient la côte de Beaupré, allaient aussi à l’Ile d'Orléans, et des régistres furent tenusau Château- Richer pour la population française de ces deux endroits. On continua ainsi jusqu’en 1666, époque où commencent les régistres de l’Ile déposés aux archives de la Ste. Famille.

A part la chapelle des Hurons, dont nous avons parlé plus haut, il fut construit vers 1675 une église paroissiale qui avait 52 pieds de long sur ?2? de large. Ce modeste édifice, bâti en colsmbage, était situé au pied des côteaux, là où passait autrefois le chemin royal. Une deuxième église fut bâtie sur les côtes à deux arpents environ au nord de l’église actuelle. On en voit encore quelques restes.

La présente église a été construite en 1769. L’année de sa construction est gravée sur une pierre frontale. Cet édifice, qui n’a subi aucun changement, a 934 pieds de longueur sur ?8 de largeur.

Les premiers régistres qu’on trouve dans les archives de St. Pierre, datent du 12 juillet 1679. Voici les noms des prêtres qui ont desservi cette paroisse depuis cette époque jusqu’à ce jour (2) :

(1) Notes sur les régistres de N.-D. de Québec.

(2) Cette liste des prêtres de St. Pierre et des autres paroisses de l’Ile a été prise dans les régistres des paroisses.

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Jean Basset...................…. prêtre, de 1679 à 1680 François Lamy..............… « 16860 1681 Pierre de Francheville.…… « 1681 1689 Jean-Henri Tremblay... « 1689 1692 G. Thierry Erbory..….....…… « 1692 1693 Augustin Dauric.......…....…. « 1693 1713 Pacôme Legrand...........… récollet, 1713 1714 Pierre Caillet..…..............… prêtre, 1714 1731 Jean Valois..................... « 1731 1734 Ls. P. M. D’Esgly prêtre et évêque, 1734 1788 Antoine Hamel... prêtre, 1788 1789 Joseph Ducondu...........… « 1789 1791 Edmond Burke............…. « 1791 1794 Joseph Boissonneau.......… « 1794 1813 Charles Berthelot... « 1813 1825 Louis Gingras...…............ « 1826 1832 Philippe A. Parant...…...... « 1832 1842 Joseph Tardif...............…… « 1841

M. Pierre de Francheville naquit à Québec en 1651. Il fut un des premiers élèves du collége des Jésuites et un des premiers prêtres canadiens. Il fut ordonné le 19 septembre 1676, et en 1683, il était chargé de la direction des trois paroisses de St. Pierre, St. Paul et St. Jean. Il mourut à Montréal le 16 août 1713; il était âgé de 02 ans.

M. Augustin Dauric fut le premier curé en titre de St. Pierre. Il desservit cette paroisse pendant 20 ans et fut inhumé dans l’ancienne église le 10 mai 1713. Ses os reposent maintenant dans le sanctuaire de l’église actuelle.

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M. Louis-Philippe-Mariaucheau d’Esgly, ordonné prètre en 1734, fut chargé presque aussitôt de la desserte de St. Pierre comme missionnaire : plus tard, il fut nommé curé de cette paroisse. En 1770, il fut choisi par le clergé canadien pour coadjuteur de Mgr. Briand. Une bulle du pape Clément XIV, du 22 janvier 1772, le nomma évêque de Dorylée in partibus. Au mois de décembre 1784, il devint évêque titulaire de Québec, par la démission de Mgr. Briand. Quoique évêque, Mgr. D’Esgly continua de demeurer à St. Pierre, où il exerça les fonctions de curé jusqu’à sa mort. Il desservit cette paroisse pendant 54 ans, 38 ans comme prêtre et 16 comme évêque. Il mourut à l’âge avancé de 78 ans, et fut inhumé, le 6 juin 1788, dans le sanctuaire de l’église, au-dessous de la porte de la balustrade. Une pierre tumulaire, placée dans cet endroit, indique le lieu où reposent ses cendres.

Ce vénérable prélat, qui appartenait à une famille distinguée, est le premier Canadien de naissance qui ait porté la mître. Il réunissait à une grande simplicité de mœurs un zèle et une charité sans bornes. Il fut très-regretté des habitants de l'Ile et surtout de ceux de St. Pierre, dont il avait acquis l’estime et l'affection par ses bons conseils et par une administration ferme et prudente.

M. P. À. Parent, ordonné prêtre le 30 septembre 1810, fut dix ans curé de St. Pierre, où il mourut à l’âge de 57 ans. Il fut inhumé le 25 février 1845 dans le sanctuaire de l’église, du côté de l’épître. Ce bon curé fit don à sa paroisse de l’école située près de l’église.

Le recensement de 1861 porte le nombre des habitants de St. Pierre à 1022 âmes. Après St. Jean, St. Pierre est la paroisse la plus peuplée de l'Ile. Cette population est composée d'environ 150 chefs de famille, dont 80 sont cultivateurs, les autres sont navigateurs et artisans.

Autrefois, une partie des cultivateurs de cette paroisse étaient bâtis &u pied des côteaux, ià où passait alors le chemin royal. Beaucoup ne sont remontés sur les côtes que ces dernières années. Ce grand nombre de nouvelles bâtisses propres et élégantes qui y ont été construites, en font une des paroisses les mieux bâties des campagnes des environs de Québec.

À un mille de distance du bout de l'Ile, sur la terre de M. Alexis Ferland, se trouve un objet de curiosité naturelle qu'on appelle le Pied de St. Roch. C’est un gros rocher au milieu d’un champ, sur lequel on remarque l'empreinte du pied nu d’un homme qui court dans la direct:on du nord-est au sud-ouest. On y distingue aussi la piste d’un chien qui court dans la même direction et l'endroit où une canne aurait été appuyée par celui qui passait. Ces marques sont encore visibles et bien distinctes. Cette curiosité, qui est presque ignorée aujourd'hui, était autrefois trèsrenommée ; on venait de bien loin pour la voir.

C'est en 1855 que fut bâti par M. H. N. Bowen, notaire, le quai du bout de l'Ile près de l’anse du Tort. Avant cette époque, les chaloupes seules accombplissaient le trajet de l'Ile d'Orléans à Québec. Ce quai, qui a 150 pieds de longueur, laisse une hauteur d'eau de v'agt pieds äâans les plus basses

mers Le premier vapeur qui tint une ligne entre l'Ile et la ville fut le Petit Coq, qui, dès l'automne de la même année 1855, commenca ses traversées régulières de deux ou trois fois par jour.

En contruisant ce quai, M. Bowen avait un autre projet en vue : l’établissement d’un village dans les environs du débarcadère. Il acheta, à cet effet, un terrain considérable, qu'il divisa soigneusement par lots. Déjà plusieurs maisons y ont été construites, et il est probable que dans quelques années un village assez considérable s’élèvera dans cet endroit.

Cet entreprenant citoyen a aussi fait ouvrir un magnifique chemin qui part des côteaux de St. Laurent, et se prolonge du côté du sud de l'Ile jusqu’au quai. Ce chemin, pour lequel il a fait de grands sa. crifices pécuniaires, est très-utile aux habitants de l'Ile.

Il y a eu autrefois à l’anse du Fort un grand chantier de construction de vaisseaux. C’est là que furent construits en 1824 et 1825 les deux immenses navires le Columbus et le Baron Renfrew, les plus grands bâtiments d’alors, qui n’ont été surpassés en grandeur et en tonnage que par le Great Eastern. Ces vaisseaux furent bâtis pour une compagnie écossaise par M. Wood, de Glasgow. Le Columbus fut lancé le 28 juillet 1824, au milieu d’un concours immense de personnes venues de toutes les parties de la province pour être témoins de la lance de ce vaisseau, une des merveilles de construction de ce temps. Voici la description que donne la Gazette de Québec de cette lance depuis si longtemps aitendue :

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.« Le Columbus qui mesure 3700 tonneaux de régistre, et que nous croyons être le plus grand vaisseau qui ait été jamais bâti, a été lancé hier matin vers 8 heures, sans accident.

« La foule qui s'était portée sur les lieux de bon matin et dès la veille, était aussi grande que nous en avons jamais vu en Canada : ilne pouvait pas y avoir moins de 5000 personnes, sans compter un grand nombre qui s'étaient rendues à la Pointe-Lévis, de l’autre côté du fleuve, qui est large d'environ deux milles en cet endroit. Il y avait beaucoup de personnes accourues d’autres parties de la province, Sept bateaux-à-vapeur, qui se trouvaient dans le port, avaient été mis en réquisition pour transporter des passagers, et avaient pris poste auprès du chantier, et une centaine de chaloupes et autres petits bâtiments, qui s'étaient rendus de bonne heure, étaient disposés au devant; ce qui avec l’activité des charpentiers, la beauté des paysages environnants, et la sérénité du jour, présentait une scène tout-à-fait nouvelle dans le pays, et sur laquelle le pinceau d'un artiste aurait pu s’employer avec un avantage. Nous sommes informés qu’il en a été fait plusieurs esquisses par des messieurs qui s'étaient placés à la Pointe- Lévis.

« Le Columbus appartient à une compagnie de marchands en Ecosse, et a été bâti sous la direction d’un M. Wood, jeune homme de Glasgow, qui a montré beaucoup de talent, et qui joint à la pratique une connaissance intime de la théorie de l’art. Ses inquiétudes d’une entreprise toute nouvelle, dont

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les difficultés ne pouvaient pas être bien appréciées, et dans laquelle il y allait tant de capitaux et de sa propre réputation, devaient être bien vives, et il a dû se sentir soulagé beaucoup, lorsqu'il en a vu le terme.

« Le vaisseau se rendit par un mouvement égal et majestueux dans son élément, et n’avança pas à plus de cent toises dans le fleuve. Pendant ce mouvement, la musique du 68e régiment, qui était à terre, celle du 7le, qui était à bord du Swiftsure, jouèrent « God save the King,» ce qui fut suivi d’acclamations générales, et d’une décharge de canon à terre et à bord des bateaux-à-vapeur.

« Le feu prit aux cadres, et se communiqua aux copeaux à l’entour, mais il fut éteint facilement.

« Le vaisseau monta avec la marée la distance d’un mille et demi, où les bateaux-à-vapeur le Mal. sham, le Swiftsure et le Sherbrooke y furent attachés et le conduisirent à l’ancrage près du saut de Montmorency, à environ six milles au-dessous à la vue de cette ville. On dit qu'il sera prêt à faire voile dans environ trois semaines. Quoiqu'il ait une apparence un peu lourde, il est bâti très-solidement, et ne tire à présent que treize pieds d’eau; on croit que lorsqu'il sera prêt pour la mer, il n’en tirera guères plus de vingt pieds. Il a quatre mats avec un beaupré comme les autres vaisseaux, et traversera l’Atlantique à la voile. Il est commandé par un marin expérimenté, et son équipage d'environ quatre-vingtdix hommes est composé de matelots envoyés d'Ecosse l'automne et le printemps dernier.

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« Voici ses dimensions exactes :

Longueur... 301 pieds 6 pouces.

Largeur... D0 «© 7 « Profondeur... 29 « 4 « POL D nie 3690 tonneaux.

« Les plus grands vaisseaux de la marine royale ont environ 240 pieds de quille. Leur largeur et leur profondeur passent celles du Columbus, mais leur tonnage est beaucoup moindre, car des juges compétents nous disent que le Columbus portera 9000 tonneaux de bois... »

Le Baron Renfrew fut lancé le 25 juin 1825. Sept jours auparavant, on avait essayé de le mettre à l’eau, mais il avait été arrêté, parce que le feu causé par la friction avait consumé la graisse sur les cadres.

Il paraissait mieux sur l’eau que le Columbus: il avait huit pieds plus long, et dix pieds plus large ; mais sa forme était exactement la même. Voici ses dimensions :

LONBUEUT.:iréesmcesssreeesss 309 pieds Largeur rise 60 « Profondeur en dedans... 38 « Protondeur en dehors... 57 « JAUPOADÉ sin iashditansene 5888 tonneaux Poids de l'ancre .................. 90 quintaux

Il avait été employé à sa construction 3000 tonneaux de bois, 2500 quintaux de fer et 240 quintaux d’étoupe. Il devait porter 9000 tonneaux de bois lorsque sa charge serait complète ; il en avait déjà 4000 lorsqu'il fut lancé (1).

(1) Gazette de Québec, du 27 juin 1825.

Ces deux navires traversèrent heureusement l'O. céan ; mais ils durèrent bien peu. Le Columbus, dit-on, se perdit en revenant au Canada, et le Baron Renfrew fut totalement brisé sur les rivages de la Tamise, quelques mois après son arrivée en Angleterre. La perte de ces deux vaisseaux causa un dommage considérable aux propriétaires, qui cessèrent d’en construire de semblables (1).

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