R OU
Ro-
Paris, et Pierre Labrecque, de Dieppe en Normandie. L’habitation de ce dernier était dans le petit fief de M. Maheu, au commencement de St. Laurent.
En 1660, plusieurs terres furent données en concession, dont une à Paul Vachon, notaire royal. M. Vachon, originaire de Copechaignère en Poitou, était procureur de M. Charles de Lauzon. Il fut aussi plus tard procureur fiscal de Mgr. de Laval pour les deux seigneuries de l’Ile d'Orléans et de la côte de Beaupré. Il est le plus ancien notaire de l'Ile.
Louis Péronne, sieur de Mazé, acquit en 1661, par concession, de M. de Lauzon un petit fief, joignant le fief Gourdeau, qui consistait en quinze arpents de front au nord de l'Ile. Le sieur de Mazé, qui était membre dn conseil souverain de Québec, donna en 1665 la moitié de son fief à son intime ami, Jacques Descailhaut, sieur de La Tesserie. Ce dernier, qui était aussi conseiller de Québec, épousa dame Éléonore de Grandmaison. Il jouissait d’une grande estime parmi les Français. En 1666, il fut envoyé par l’Intendant Talon comme ingénieur-civil et minéralogiste à la Baie St. Paul, où il découvrit une mine de fer qui lui parut abondante. Il espéra même y trouver du cuivre et de largent (1).
Le fief des sieurs de Mazé et de la Tesserie doit être le même que le fief connu aujourd’hui sous le nom de la Regnardière, qui a la même étendue, et qui fut concédé la même année.
Le fief Mesnu, concédé ie 12 mars 1661, à Jean-
(1) On travaille actuellement à cette mine, d’où l’on tire du fer de ia première qualité.
ô8 HISTOIRE DE
Baptiste Peuvret, sieur de Mesnu, consiste en quarante arpents de front du côté du sud de l'Ile, au nord-est du fief Gourdeau. Ce fief, situé dans la paroisse de St. Laurent, appartient à M. James Motz, avocat.
Le sieur de Mesnu était procureur fiscal de Québec, et fut nommé à cet emploi par la compagnie des Indes Occidentales. Il épousa dame Catherine Nau, veuve de Louis de Lauzou, sieur de la Citière.
Le sept septembre 1661, M. Charles de Lauzon fit aussi une concession de terre à Jean Juchereau, sieur de la Ferté, et à Nicolas Juchereau, sieur de St. Denis, tous deux fils de Jean Juchereau, sieur de Maure, né à la Ferté-Vidame, au diocèse de Chartres.
Il existe encore uu autre fief, celui de la Chevalerie, aujourd’hui la propriété de demoiselle Charlotte Riverin. Il est situé dans la paroisse de St. Pierre et contient environ vingt-huit arpents de front.
Les propriétaires de ces fiefs ou arrière-fiefs reconnaïssaient pour suzerains les seigneurs de l'Ile, auxquels ils payaieut un certain droit et rendaient foi et hommage. Par une convention faite entre les seigneurs Drapeau et Poulin, les fiefs Gourdeau, Mesnu, de la Regnardière et de la Chevalerie relèvent de la seigneurie Drapeau, et celui d’Argentenay, de la seigneurie Poulin.
Nous donnerons encore les noms de quelques Français, ancêtres des principales familles, qui s’établirent entre les années 1660 et 1670, et nous renvoyons pour les autres à la liste de tous les premiers habitants de l'Ile, que l’on trouvera dans lPappendice à la note A.
| quale, au ins la Motz,
1ébec, e des Nau, on fit reau, ur de ur de rires.
hevarlotte re et
econ-
l'Ile, aient e les deau, vent y, de
ques s'éta-
renniers dice
Jacques Asseline ( Asselin), natif de la Normandie ; Jean Baillargeon, d’Angoumois; Emery Bellouin (Blouin } dit Laviolette ; Charles Allaire, du Poitou: Abel Turcot, de Moulleron; Mathurin Chabot, du Poitou; Joseph Bonneau, du Poitou; David Estourneau (Létourneau ), de Saintonge ; René Emond, Île de Ré, Grégoire De Blois, du Poitou ; Nicolas Godbout, de la Normandie; Louis Martineau, de Saint-Onge ; François Marceau, du Poitou ; Germain Lepage; Nicolas Odet dit Lapointe, du Poitou ; Jacques Paradis ; François Noël, du Poitou, Jean Prémon, de la Normandie et Gabriel Royer, du Poiteu (1).
Population de l'Ile à diverses époques.—Détails sur l’origine et l'état des premiers habitants de l’Ile.—Rapport de Mgr. de St. Valier sur une visite à l’Île.—Sol et productions de l’'Tle.—Mæœurs des habitants.
Les premiers Français qui se fixèrent à l'Ile d'Orléans s'établirent en différents endroits. Nous voyons près de l’anse du Fort, dans la paroisse de St. Pierre, Jacques Gourdeau de Beaulieu et Gabriei Gosselin du côté du sud, dans les environs de la rivière Makeu, René Maheu et Claude Charron ; du côté
(1) Les détails que nous avons donnés sur ces premières concessions de l'Ile ont été pris dans les titres que messieurs les seigneurs de l’Ile ont eu la bonté de nous procurer, dans les régistres des paroisses, etc.
du nord, près de l’église de la Ste. Famille, Claude Guyon, Robert Gagnon, Guillaume Beaucher, etc.
Dix ans après, en 1666, l’Ile était habitée d’un bout à l’autre. Suivant un recensement fait par les soins de l’intendant Talon, sa population à cette époque était de 471 âme:. Elle était alors un des endroits les plus populeux du Canada. Longtemps elle dépassa même la population de Québec.
En 1667, la population entière de la colonie se montait à 4312 âmes, et était ainsi répartie : Québec 448, Ile d'Orléans 529, côte de Beaupré 656, Beauport 123, côte $t. François, côte St. Michel et côte Ste Geneviève 187, Notre-Dame des Anges et Rivière St. Charles 458, Cap Rouge et côte St. Ignace 366, côte de Lauzon 113, Trois-Rivières, le cap de la Magde-
leine et la tour Champlain 666, Montréal 766 (1).
Le recen:ement de 1681 portait la population de l'Ile à 1080, et celle de Québec, à 880.
Mgr. de Laval, dans le Plan général de l'état présent des missions du Canada, fait en 1683, donne les détails suivants sur la population des cinq paroisses de l'Ile (2) :
St. Pierre, 34 familles St. Paul, 42 “ St. Jean, 32
St. François, 30
Ste. Famille, 51
Total....189
(1) La France aux Colonies, par E. Rameau.
(2) Voir la note B. de l’appendice.
Nous donnons immédiatement la population de l'Ile telle que l’indiquent les recensements faits à différentes époques :
Les habitants de l'Ile d'Orléans sont pour la plupart originaires de la Normandie, du Poitou et du Perche. Sur 100 chefs de famille dont on connaît le lieu de naissance, 56 appartiennent à ces trois provinces : 21 sont de la Normandie, 25 du Poitou et 10 du Perche. Les autres viennent des provinces d’Aunis, de Saintonge, de la Bretagne, du Maine, etc.
Les nombreuses familles de Lachance, Gossehn, Godbout, Prémont et Asselin viennent de la Normandie ; les Dion, Morency, Gagnon et Pouliot, du Perche ; les Chabot, De Blois, Allaire, Odet et Noël, du Poitou.
Les premiers colons de l'Ile étaient presque tous des artisans honnêtes et vertueux, qui venaient dans ce pays pour se créer une modeste aisance et vivre avec plus de tranquillité. Quelques-uns, mais bien rares, appartenaient à des familles à l'aise et distinguées ; les autres, quoique pauvres, étaient tous gens remarquables par leur probité et leur piété. On avait apporté, comme le dit le Père Charlevoix, une trèsgrande attention au choix de ceux qui s'étaient présentés pour aller s'établir dans la Nouvelle-France,
Ces braves colons éprouvèrent dans les premiers temps bien des difficultés et des privations. Faute de
moulins sur l'Ile, ils étaient obligés de se rendre à la côte de Beaupré ou à Québec pour faire moudre leurs grains. Il n’y fut pas bâti de moulins avant
Les missionnaires ne visitèrent d’abord les habitants de l’Ile qu’à de longs intervalles : ces derniers étaient longtemps privés de leur ministère. Eloignés les uns des autres, ils jouissaient rarement de la société de leurs compatriotes, mais, à mesure que les colons arrivaient, leur courage se ranimait. Bientôt ils furent desservis régulièrement par les missionnaires, et des églises furent bâties en différents endroits. Ce furent d’abord de bien modestes édifices, à la vérité; mais ils leur suffisaient. Le Canadien-Français n’est pas heureux s’il n’a au milieu de lui son curé et sa chapelle : c’est ee son principal bonheur.
Les habitants de l’Ile furent plusieurs années sans acquérir une certaine aisance. Mgr. de St. Valier, dans une visite pastorale qu’il leur fit en 1686 (1), les trouva pauvres, mais tous gens de bien. Voici le rapport qu’il en fit, rapport qui contient des détails précieux :
«dJ’allai durant l'hiver au cap Tourmente, à la côte de Beaupré et à l'Isle d'Orléans qu’on appelle Comté St. Laurent, appartenant à M. Berthelot, secrétaire des commandements de madame la Dauphine, si connu dans le Canada par son zèle pour la décoration des églises, et par l’établissement des petites
(1) Mgr. de Laval avait déjà fait une visite dans l'Ile au mois de novembre 1665.—(Journal des Jésuites.)
der Par suit sist:
Tou ou | les :
Qué besc ou seat mat pres étar
dre à Judre avant
habirniers ignés de la > que imait.
ir les diffélestes t. Le u miprin-
écoles pour les enfants. Je vis tous les habitants qui se trouvèrent sur ma route, les invitant à se rendre chacun dans leurs paroisses à mesure que j'y ferais ma visite, ils s'y rendirent pour la plupart, et j'eus la consolation d'en voir plusieurs assister à nos prières et exhortations, et s'approcher des sacrements, pour gagner les indulgences que je leur por tais.
«Il y a trois cures à la côte de Beaupré, savoir Sainte-Anne, Château-Richer et l’Ange-Gardien, et cinq dans l’Ile d'Orléans, qui sont Sainte-Famille, Saint-François, Saint-Jean, Saint-Pierre et Saint-Paul.
« Ces huit cures sont gouvernées par quatre prètres dont l’un est attaché à Sainte-Anne, lieu de pélerinage où l’on va toute l’année ; l’autre dessert Château- Richer et l’Ange-Gardien; le troisième partage ses soins entre Sainte-Famille et Saint-François, et le dernier est chargé à lui seul de Saint-Jean, Saint- Paul et Saint-Pierre. Chaque paroisse aura dans la suite son curé, lorsqu'elle pourra lui fournir sa subsistance et qu'il y aura plus de prêtres dans le pays. Tous ces lieux n'ont paru pauvres; il n’y a que trois ou quatre églises qui ont été bâties de pierres par les soins et le secours de messieurs du Séminaire de Québec; les autres ne sont que de bois, et elles ont besoin d’être ou répaiées, ou rebâties, ou achevées, ou ornées au dedans, ou pourvues de quelques vais- $eaux sacrés, d’ornements, de linge, de fonts baptismaux, ou accompagnées de cimetières fermés et de presbytères qui manquent presque partout, les curés
étant réduits à se mettre en pension dans les maisons | 4
séculières, où il serait à souhaiter qu'ils ne fussent pas : ils ont pourtant vécu jusqu’à présent avec beaucoup de sagesse, et j'attribue à leur exemple et à leurs soins le bon ordre que j'ai vu parmi les habitants de ces lieux qui sont assez universellement gens de bien, et dont les enfants m'ont paru fort bien instruits.» (1)
A force de courage et d'activité, l’état des habitants de l’Ile devait s'améliorer. La fertilité du sol leur fournissait des grains en abondance. Le Père Charlevoix, dans une visite qu’il leur fit au mois de septembre 1720, les trouva assez à leur aise : « Nous allâmes nous promener, dit ce Révérend Père, à l’Ile d'Orléans, dont les campagnes, toutes cultivées, paraissent comme un amphithéâtre et terminent gracieusement la vue... Je trouvai ce pays beau, les terres bonnes, et les habitants assez à leur aise... Elle produit de bon froment et d'excellents fruits. On commence aussi à y cultiver le tabac, et il n’est pas mauvais. »
Le sol de l'Ile d'Orléans est fertile dans presque toutes ses parties. Sur les hauteurs il consiste ordinairement en une bonne terre légère mêlée tantôt de sable, tantôt de sable et d'argile ; dans les endroits moins élevés on trouve une belle terre noire qui, en approchant du rivage, est pareïillement mêlée de sable (2. Le terrain s’élève graduellement jusqu’au milieu de l’Ile; à part quelques légers monticules, il est très-uni et très-facile à cultiver.
(1) Etat présent de l'Eglise de la Nouvelle-France. (2) Topographie du Canada par M. Bouchette.
Issent beau- > età habiment : bien
habi- Ju sol Père ois de
L'Ile d'Orléans a toujours été reconnue comme un des endroits les plus fertiles du Bas-Canada: les anciennes annales en font foi. En ouvrant les Relations des Jésuites de 1663, on y lit ce qui suit : «L'Isle d'Orléans est remarquable par sa grandeur, ayant plus de douze lieues de tour. Elle est abondante en grains qui y viennent de toutes sortes et avec tant de facilité que le laboureur ne fait quasi que gratter la terre qui ne laisse pas de lui donner tout ce qu’il veut, et cela durant 14 ou 15 ans continus sans avoir reposé.»
Beaucoup d’autres écrivains s'expriment à ce sujet à peu près dans le même sens; tous s’accordént à vanter la richesse de son sol et la qualité de ses produits. Les vieillards se rappellent encore cet heureux temps où toutes les terres produisaient si abondamment, et où tous les habitants vivaient dans la plus grande aisance. Depuis quelques années, un certain changement s’est opéré, et l’ancienne prospérité de l’Ile semble diminuer. Certaines parties de son sol, bouleversées tant de fois depuis plus de deux siècles, sont devenues ingrates, et refusent au laborieux cultivateur la récompense que méritent ses durs travaux. Si cet état continue longtemps, on doit craindre peut-être pour l’avenir d’un certain nombre de cultivateurs. Il faut absolument un changement à l’état actuel des choses.
Si vous voulez conserver, braves agriculteurs, les terres que vous ont transmises vos ancêtres, ces terres auxquelles vous tenez tant, changez votre système de culture. Vos anciennes habitudes ne sont plus à l’ordre du jour. Suivez le progrès, suivez
l'exemple de ceux qui commencent à améliorer leurs terres, en adoptant un tout nouveau système. Vous épuisez votre santé à cultiver certaines pièces qui ne vous rendent presque rien ; laissez-les se reposer, consacrez plutôt tous les ans un temps rai. sonnable à l'amélioration de quelques morceaux de terre que vous négligez, et vous en serez récompensés. Vous direz, peut-être, que vos moyens ne vous permettent pas d'entreprendre ces travaux; eh bien! faites donc en petit ce que d’autres plus fortunés que vous font en grand; essayez du moins, et vous en verrez le résultat. Ce n'est pas un jeune homme sans expérience qui vous donne ces avis, ce sont toutes les personnes sensées qui veulent votre bonheur (1).
Malgré cet état de chosr: les paroisses de l'Ile sont encore relativement floi, -antes; elles ne le cèdent en rien à la prospérité des campagnes environnantes La plupart des cultivateurs vivent avec aisance et font honneur à leurs affaires, et plusieurs mêmes, par leur activité et leur industrie, se sont àäcquis ce qu’on appelle à la campagne une petite fortune.
Le recensement de 1861 donne les détails suivants sur les produits agricoles de l’Ile d'Orléans: blé, 7,074 minots; avoine, 96,499; seigle, 10,222 ; pommes de terre (patates), 77,605 ; pois, 7,477; autres grains
(1) Nous voyons avec plaisir un citoyen de St. Jean, M. George LaRue, notaire, faire depuis quelques années des améliorations considérables sur sa propriété, qui est maintenant dans un état florissant de culture. Nous l'en félicitons grandement, et nous invitons les cultivateurs de l'Ile à visiter sa terre et à imiter son exemple, suivant leurs moyens, s'ils ne peuvent le faire sur une aussi grande échelle.
liorer stème.
pièces les se ps rai.
aux de ‘écomns ne x; eh is forins, et jeune vis, ce , Votre
e sont
et légumes, 10,934 ; en tout 209,811 minots ; de plus, 171,000 fbs. de lard, 55,885 fbs. de beurre, 54,813 Îbs. de sucre d'érable, 4,653 tbs. de fromage, 10,272 ibs. de laine, et 7,085 ïbs. de filasse. Le même recensement portait le nombre des animaux de toutes sortes à 13,637, dont 7,442 bêtes à cornes, 795 chevaux, 3,640 moutons et 1760 cochons. Les bonnes canadiennes de l'Île avaient manufacturé cette même année de leurs propres mains 6,215 verges d’étoffe, 5,447 de flanelle et 7,840 de toile. Ce même recensement constatait encore que 31,730 acres de terre étaient défrichés et 16,192 étaient encore en forêts. Quelques-unes des productions de l’Ile sont en grande renommée dans tout le pays. Le climat tout particulier de cet endroit et la qualité du sol sont la cause de la supériorité de ses produits sur ceux des autres parties du Bas-Canada. Les pommes de terre et les pois viennent au premier rang : nulle partils ne sont d’une aussi bonne qualité; aussi se vendent-ils toujours fort cher sur les marchés. On y prépare bien le lard; aussi est-il très-recherché. Il ne faut pas oublier non plus lesdélicieux petits fromages raffinés, qui sont préférés par les amateurs aux meilleurs fromages d'Europe. Quelques fruits croissent aussi avec avantage. Les prunes de l'Ile sont remarquables par leur douceur et leur suavité ; elles sont mêmes jugées meilleures que celles de Montréal. Quoique inférieures à celles de cette dernière île, ses pommes sont aussi d’une bonne qualité. Les vergers de l’Ile étaient autrefois une source de grands revenus pour plusieurs habitants; mais depuis quelques années, ils
ont été en partie détruits par la sécheresse ou la gelée.
Les habitants de l'Ile d'Orléans, tous d'origine française, ont conservé en partie les mœurs et les coutumes que leur ont transmises leurs ancêtres. Entièrement séparés par la nature des paroisses environnantes, ils ont eu jusqu’à ces dernières années peu de rapports avec la population des alentours. Ces braves insulaires se sont presque toujours mariés entre eux, et un grand nombre pussèdent encore les mêmes terres concédées à leurs ancêtres il y a plus de deux siècles, ces terres s'étant transmises de père en fils. Ces circonstances réunies ont puissamment contribué à ce qu’ils conservassent leurs anciennes coutumes.
Aussi rencontre-t-on encore dans la plupart des familles cette pureté exquise de mœurs, cette franchise si recherchée dans les marchés, cette urbanité et cette gaieté de l’ancien cultivateur canadien. Heureuses les familles qui ont su conserver intactes ces belles qualités et échapper aux vices qui enva. hissent certaines parties de ce pays!
Les habitants de l'Ile sont généralement tempérants. Dans toutes les maisons se trouve cette belle croix de la tempérance, toujours là présente pour leur rappeler les promesses qu'ils ont faites au pied des autels. Ils sont aussi d’un caractère assez doux et paisible ; La paix et l’union règnent ordinairement entre eux dans l'élection de leurs représentants ou de leurs autres officiers publics. On ne voit point parmi eux de ces scènes “iolentes et détestables dont on est témoin en certains endroits. Cet heureux état
ou la
rigine et les êtres.
es ennnées tours.
lariés re leg à plus père ment nnes
t des frananité dien.
actes VA
mpébelle pour pied doux nent LS ou Joint dont état
est surtout dû aux soins et à la vigilance qu’exercent les curés de l’Ile, qui font tout en leur pouvoir pour conserver chez le peuple ces bons sentiments.
L’hospitalité du brave Orléaniste est exercée au suprême degré, et elle est reconnue comme telle par tout le monde. Vous, infortunés voyageurs, vous l'avez éprouvée bien des fois lorsqu'un malheur vous contraignait d'aller implorer sa protection : tout vous était alors procuré, et cela sans aucune rémunération. Vous aussi, touristes et voyageurs de toutes sortes, vous l’avez éprouvée mille fois dans vos promenades, lorsque vous frappiez à sa porte pour vous reposer un instant. C'était avec un bon cœur et une grande joie qu'on vous recevait. Pendant que le cultivateur cause avec vous, le visage toujours riant, sa charmante compagne vous prépare un de ces mets si recherchés ; par exemple, une pile de crêpes sucuulentes, garnies de sucre d'érable, ou bien, un délicieux fromage, mets partout en si grande renommée, et dans la confection desquels ces bonnes Canadiennes déploient une habileté surprenante.
Une autre qualité du Canadien de l’Ile, c’est sa générosité, dont il a fait preuve tant de fois. Qu'il suffise de dire que depuis l'établissement de la Propagation de la Foi, en 1836, il a fourni pour ce'te belle œuvre la jolie somme de douze mille piastres. Il n’y a pas d’endroits où les personnes se secourent plus les unes les autres. Si un malheur, un incendie, par exemple, visite un des insulaires, tout le monde s'empresse à le secourir. Plusieurs jeunes gens laissent annuellement l’Ile pour aller coloniser une
terre nouvelle: s’ils sont pauvres, une collecte est aussitôt faite dans leur paroisse, pour leur procurer des grains et des vivres afin de les aider à ensemencer leurs terres. Cette coutume est des plus louables; il faut espérer qu'on la continuera toujours.
C’est ici le moment de faire remarquer que l'Ile d'Orléans a fourni de tout temps un grand nombre de colons aux autres parties du Bas-Canada. Depuis bien des années ses limites trop étroites ne suffisent plus pour nourrir sa population toujours croissante. Tous les ans, quelques jeunes gens remplis de courage quittent, quoique avec regret, leur île charmante, et vont s’enfoncer dans la forêt.
« De bonne heure,» dit M. Rameau, auteur de La France aux flolonies, «l'Ile d'Orléans et la côte de Beaupré fournirent des émigrés pour le reste du Canada, et peuvent être considérées comme la pepinière de la colonie.» En effet, on trouve des gens de l'Ile ou de leurs descendants répandus dans tout le pays. Dans certaines paroisses du district de Québec, et surtout dans cette dernière ville, ils se trouvent en nombre considérable.
Nous nous occuperons maintenant de chacune des cinq parois: 3 de l’Ile d'Orléans, et nous donnerons certains faits particuliers à chacune d'elles.