‹ Histoire de l'imagerie populaireChapitre 12 sur 64 · XL VI · texte numérisé non relu

XL VI

difficile à cueillir dans les temps modernes, se dégagera un jour de la barbarie, de l'archaïsme et du convenu. Nos artistes savent trop, ils ne savent pas assez. Tant d’œuvres du passé sont sans cesse mises sous leurs yeux qu’ils ne voient plus le présent. Si on excepte les paysagistes, vivant en pleine nature, ceux qui peignent l’homme moderne semblent ne le voir qu’à travers les lunettes de l’antiquité, du moyen âge, de la Renaissance, du dix-huitième siècle.

Les Hollandais, les Italiens, les Espagnols, autant de paravents qui cachent le Français du dix-neuvième siècle.

Ces abus de l’archaïsme, de la tradition, des procédés appris à l’école des vieux maîtres font comprendre les efforts des préraphaélites anglais qui voulaient favoriser une renaissance de l’art par l’étude scrupuleuse et absolue du détail; mais la volonté ne suffit pas seulement dans ces questions.

On n’apprend pas la naïveté. La naïveté vient du cœur, non du cerveau.

Et cependant, que les artistes qui voudraient

XL vili PRÉFACE

cultiver cette fleur vivent en dehors des choses factices du jour, qu’ils ne s’inquiètent pas des succès faciles, comment on les acquiert, qu’ils soient préoccupés de lenr idée sans cesse et toujours, qu’ils se réveillent et s’endorment avec cette idée sans s’inquiéter si son âpreté étonne ; qu’ils aient foi en ce qui bouillonne en eux-mêmes, comme une mère a foi en l’enfant dans son sein; qu’ils soient émus et intéressés les premiers par leur création, et quand sortira d’eux-mêmes, non sans douleur et fatigue, quelque chose qu’ils auront longtemps porté, il y a de fortes apparences qu’ils donneront naissance à une œuvre originale, par conséquent naïve et populaire.

LE JUIF-ERRANT

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