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IMAGES RELATIVES A L’ARGENT

L’imprimeur Pellerin d’Épinal donna, sous la Restauration, une grande popularité à l’image de Crédit est mort ainsi qu’à certaines estampes offrant une parenté avec la légende primitive.

CRÉDIT EST MORT

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Ce fut évidemment un enseignement à l’usage des mauvaises payes et surtout des artistes que le peuple associait dans la représentation d’un musicien, d’un maître d’armes et d’un peintre, au milieu desquels manque, chose bizarre, un poète. Un archet, un fleuret, un appui-mains étaient primitivement les instruments du crime qui servaient à faire passer Crédit de vie à trépas. Les dessinateurs d'Épinal introduisirent plus tard dans le drame un gourmand, serviette au cou, qui, se lamentant, semblait se demander comment il dînerait demain, la maison de M. Crédit étant fermée. Une figure des derniers plans a son importance : un rémouleur, tout en faisant tourner sa roue, rit des mauvais payeurs et n’admet pas que la morale de mon oie fait tout soit la seule et véritable morale.

Ce gagne-petit, personnifiant le travail, témoigne des sentiments de l’ancienne France : travailler beaucoup, gagner peu, vivre content de son sort. En ce sens, Crédit est mort est d’accord avec le conte du Bonhomme Misère.

Une autre image d’Épinal, plus directement enseignante encore, fut une des dernières représentations du drame, semblable à ceux des directeurs de théâtres qui essayent de perpétuer un succès par l’adjonction de décors, de costumes, de trucs et de ballets. L’estampe dès lors offrit deux tableaux distincts sur la même feuille ; le premier consacré à l’action légendaire de Crédit assassiné par les mau-

L’IMAGERIE POPULAIRE

vais payeurs ; l’autre montrant deux débiteurs conduits par la gendarmerie à la prison pour dettes, tandis qu'un troisième sonne à la porte d’un hôpital voisin et qu’un autre en guenilles s’en va mendiant.

Morale un peu vulgaire, le charme des anciennes gravures populaires étant de laisser assez de vague dans la composition pour donner à penser aux esprits naïfs.

A cette mesquine moralité, qui ne parvient pas à cacher son enseignement sous les colorations de figures plaisantes, je préfère l’Horloge de Crédit , une estampe proche parente de Crédit est mort.

— Donnera-t-on quelque chose à crédit? demandent un grenadier, un bûcheron, un hallebardier, un pèlerin.

— Quand le coq chantera , crédit on donnera, répond la légende.

Perché en haut d’un monument sur la façade duquel une horloge est gravée, le coq ne paraît pas soucieux de faire entendre sa voix.

Alors chacun des personnages lui adresse la parole en vers.

D’abord le grenadier :

En attendant l’heure d’entrer,

Je fume ma pipe ;

Si le coq ne veut pas chanter.

Je lui coupe les tripes1.

1. Les modernes éditeurs d’Épinal, rougissant de ces rimes par

l’horloge de crédit, d’après une image d’Epinal.

CRÉDIT EST MORT

Le bûcheron s'écrie :

Si l’aiguille n’avance pas,

Tout à l’heure je me fâche.

Et si le coq ne chante pas,

Je le tue à coups de hache.

Avec moins d’irritation un pauvre hallebardier présente sa requête :

Je suis un pauvre sergent,

Toujours sans argent.

L’aiguille ne veut pas avancer Et le coq ne veut chanter.

Le pèlerin compense par son humilité l’arrogance du coupeur de tripes :

Moi qui reviens lasse (sic)

D’un long pèlerinage,

Je voudrais bien du vin Pour achever mon voyage.

Ainsi se termine le drame qui n’a pas la portée de Crédit est mort ; c’est pourquoi le succès de cette estampe fut modéré; je n’en possède que deux variantes, une du commencement de la Restauration et l’autre gravée vers 1840.

Au même ordre d’idées appartient le Grand diable d’argent , à la queue duquel chacun s’ac-

assonance, ont corrigé le dernier vers ainsi : « Je lui coupe la tripe . >♦

L’IMAGERIE POPULAIRE

croche, et qui vomit par toutes ses ouvertures de larges pièces monnayées. Poète, peintre, cordonnier, marchand de vin, boulanger, procureur, se pressent pour attraper au vol quelques écus.

Cette estampe date du dix-septième siècle, et dernièrement encore Glénarec, fabricant d’images de la rue Saint-Jacques, la réimprimait sur une planche du Directoire qui représente, entre autres personnages, une fille de joie (tel est le texte) dénouant son écharpe pour la remplir des générosités du Diable d’argent. Le symbole de l’image est si clair, qu’un de mes amis en ayant acheté une épreuve à mon intention, m’écrivait : « J’ai trouvé ce trésor dans une échoppe au coin de la rue Vieille-du-Temple. La foule s’extasiait. J’ai eu peur qu’elle ne s’ameutât contre moi, parce que je la privais de son beau spectacle. »

J^es princes admirent habituellement les œuvres didactiques de versificateurs qui, mettant en antagonisme l’Honneur et l’Argent, passent momentanément pour de grands moralistes; les amplifications desdits moralistes disparaissent pourtant, aussi délaissées qu’elles avaient jeté de semblants d’éclat. La curiosité constante du peuple pour les estampes populaires où l’argent joue le premier rôle, témoigne de la supériorité des modestes imagiers qui ont laissé des feuilles volantes plus durables que les ampliücations bourgeoises de ces assommants La Chaussée.

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