‹ Histoire de l'imagerie populaireChapitre 40 sur 64 · DE PICOTIN CRÉDIT · texte numérisé non relu

DE PICOTIN CRÉDIT

Cy gist et repose à l’envers Crédit avec son bonnet pers.

Qui avoit toutes ses richesses Dedans un grand sac de promesses.

Cy gist Crédit qui rien n’avoit Que ce qu’un chascun lui donnoit;

Qui pour quelque chose promise Eust vendu jusqu’à sa chemise.

Crédit vendoit jusqu’à la paille Sans recevoir denier ne maille,

Et pource qu il beuvoit souvent,

Eust un coup d’espée en beuvant,

Et, dict-on, qu’il reçut la playe Du Capitaine Male-paye.

Or, un peu avant que mourir,

Il luy souvint de requérir Qu’on donnast à garder son âme Au cousin germain de sa femme.

TÉTR ASTIQUE

L’autre jour un homme me dict Qu’on avait enterré Crédit.

Crédit est mort, n’en parlons plus.

Qui n’a d’argent, n’a crédit plus.

CRÉDIT EST MORT

« Ainsi donc, l’allégorie de Crédit,, tué d’un coup d’épée en buvant, existait certainement dès les premières années du dix-septième siècle; et elle était très probablement plus ancienne. Remarquez en effet , ce capitaine Malepaye , qui ligure encore dans notre épitaphe comme meurtrier de Crédit, et qui est remplacé, dans les reproductions modernes, par cette plate traduction : les mauvais payeurs. Ce personnage villonnesque n’autorise- 1- il pas à faire remonter au moins jusqu’au quinzième siècle la vieille légende de Crédit est mort ? »

M. Rathery, indulgent pour mes travaux, ajoutait : « M. Champfleury, qui comprend si bien l’intérêt de ces recherches sur l’art et la littérature populaires, parviendra, nous n’en doutons pas, à compléter l’histoire de Crédit, comme il l’a fait pour celle du Bonhomme Misère. »

Le bienveillant érudit avait un peu trop compté sur ma science en ces matières.

Tout ce que je peux ajouter à l’heure actuelle est l’indication d’une gravure de la Chasse à mon oye, tirée d’un almanach de 1679 1 ; mais l’image a été tellement fatiguée par de longs services, qu’elle aurait besoin de l’interprétation d’un dessinateur archéologue pour être mise sous les yeux du public.

1. Recueil d’ Almanachs pour Van 1679, Présenté au Roy parla Veufve Jbamïen Foucault, Imprimeur * et Libraire ordinaire dé Sa Majesté,. \ \ i ;l .

L’IMAGERIE POPULAIRE

Le peu qu’on y découvre donne l’idée de divers personnages faisant des amabilités à l’oie pour l’attirer à eux.

Une courte notice et une pièce de poésie sont jointes à l’image. Alchimistes, docteurs, marchands, courent après la fortune :

Pour posséder cette mon Oye L’on met et corps et âme en proye.

Tel, est à peu de chose près, le thème développé par le poète en une quinzaine de couplets, dont je fais grâce au lecteur. La conclusion doit suffire :

Mon Oye pour quoi t’enfuis-tu?

Trop de gens font de moi leur proye.

Si on aimoit bien la Vertu,

On n’aimeroit pas tant mon Oye.

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