Mémoires de M. de Lavalletle, t. I, p
en France comme en Italie un concert magnifique d'éloges et d'acclamations. Jamais conquérant i jamais négociateur n'avait joui d'une gloire plut éclatante et plus pure ^
Le général Bonaparte employa encore un mois i l'organisation et à l'installation de la république itilionne. Puis, son œuvre terminée^ il se mit en rooto sans sa femme qui prenait une autre direction^ pour la France qu'il avait hâte de revoir, et qui TatteQdait avec tant d'impatience. Son voyage à travers le Piémont et la Suisse fut un triomphe continu. Lespo* pulations faisaient la haie sur son passage , les villei le haranguaient, les jeunes filles lui offiraienl des fleurs. Bonaparte arriva à Rastadt où devait ae tenir
4 . Moniteur du 28 octobre, <— Quelques membres du Directoîie, tenant peu de compte des réalités du moment et des véritables intérêts de la France, auraient voulu imposer à rAutriche des conditions plus dures, ce qui était le renouvellement assuré de la guerre. Gopendant, au bout de quelques jours , le gouvernement fut unanime pour féliciter le négociateur et se féliciter lui-même d'un traité qui assurait à la République une paix si longtemps désirée. C'est ce que constate un article officiel inséré dans le Moniteur du 9 novembre, qui n'a point été utilisé encore que nous sachions, et qui doit trouver sa place ici. Voici cet article :
« On raconte que Bonaparte, aussitôt que la paix fut signée, k 17 au soir, sauta au cou de M. Cobentzel, l'embrassa avec transport, et le félicita de cette heureuse conclusion, avec Teffusion de coeur la plus touchante.
c Pendant toute la négociation , les plénipotentiaires autrichieM ont montré pour le héros de lltalie des égards et une déférence extrêmes. Celui-ci , impatienté des lenteurs de la cour de Vienne ^ et ne concevant pas qu'il fallût tant de temps et de courriers pour donner une seule réponse aux propositions qu'il faisait, les traitait quelquefois un peu cavalièrement. M. de Gallo a prouvé un xèle et une dextérité qui lui font infiniment d'honneur. 11 craignait teUemeot
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un congrès pour étendre la paix à toutes les puissances de rAUemagne ; il y fut reçu par une foule de princes allemands ^ de diplomates et de généraux avides de contempler cet homme extraordinaire, presque aussi populaire chez Tennemi que dans sa patrie. Il n'y demeura que le temps d'ouvrir le congrèS) et il repartit pour Paris où il arriva le 6 décembre à cinq heures du soir, dans le plus strict incognito.
Joséphine ne rentra à Paris que huit jours après son mari . Avant de revenir en France, elle avait désiré aller visiter Rome et embrasser son fils Eugène, envoyé en mission auprès de notre ambassadeur. Parque l'impatience du général en chef lui ftt rompre les négociations, qu'on l'a vu, un jour que celui-ci s'en retournait fort irrité à Passeriano, courir après lui, et disant à un aide do camp : c Rapportez- « lui au moins que je Tai conduit jusqu'à sa voiture. »
c Huit jours avant la« conclusion si désirée , les conférences avaient été suspendues, et tout semblait désespéré. C'était à la suite d'une scène fort vive entre les plénipotentiaires autrichiens et Bonaparte. Celui-ci, dans le cours d'une conversation, s'était emporté contre eux et leur avait dit : c Je porterai ma réponse à Vienne. »
c On a cité quelques autres circonstances moins importantes , et qui avaient cependant été recueillies avec soin. Tout ce qui concerne les événements et les hommes célèbres est digne de l'attention des observateurs. Un caractère particulier de ces conférences a été le secret qui a été observé. Les espérances, les craintes, les doutes, rien n'a été encouragé ni démenti : et c'était un jeune homme de vingt-huit ans qui, placé au milieu de si grands intérêts, et se trouvant pour ainsi dire la clef de la voûte politique de l'Europe, gardait ce secret impénétrable au milieu des efforts de tous les genres pour le lui arracher. Il est vrai que ce jeune homme avait déjà fait des choses bien plus étonnantes encore, et que (si nous en croyons DOS pressentiments et les conseils de la fortune ) sa carrière, déjà si glorieuse et si bien remplie, n'est encore qu*à son commencement. »
tout OÙ elle passa (le Directoire prit soin de le constater dans son organe,) ^ elle fut accueillie avec la plus grande distinction, et on s'empressa de lui donner des fêtes. Ces hommages s'adressaient encore, il est vrai, à son époux; mais une bonne part en rerenait aussi à la manière dont elle avait rempli la mission que sa position lui avait faite. L'Italie honorait en elle ce charme des manières et du cœur, cette bonté toujours égale, cette bienfaisance toujours prête, dont Milan garde encore le souvenir.