‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 129 sur 317 · Chap. V, p · texte numérisé non relu

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qui a donné les premières leçons à Temperenr Napoléon II1\ Elle s'attacha d'abord à développer chez elles, les goûts de la famille , à leur apprendre Tordre, I arrangement, les travaux de femme, la vie d'intérieur et la direction d'un ménage. Mais elle voulut aussi procurer une éducation du monde à des jeunes personnes destinées à vivre et à briller dans la société, si des destins meilleurs, et on les pressentait, étaient faits à la patrie. L'institution de Saint*Germain l'emporta donc encore sur toutes les autres, par l'ensemble des arts d'agrément qui étaient offerts aux élèves , et par le talent des professeurs , les plus célèbres du temps, qui, plusieurs fois par semaine, venaient de Paris pour leur donner des leçons.

Gràee à cette réunieii d'avantages, l'établissement de Mme Campan n'avait pas tardé à devenir le pensîonnat à la mode. On en jugera par les noms qui Tont suivre, et qu'il faut grouper autour de Mlle de Beauharnais, sans flatterie aucune (son institutrice et ses camarades l'ont redit souvent), l'élève la plus distinguée alors de l'Institut de Saint-Germain.

C'étaient d'abord sa cousine germaine , Emilie de Beauharnais, que Mme Campan appelle la douce Emilie, depuis Mme de Lavalette, si connue par son dévouement conjugal, puis, un peu plus tard , la jeune Caroline Bonaparte , devenue Mme Mural et reine de Naples, ainsi que Charlotte Bonaparte, fille de

1 . Corre$pfmdanct inédite de Mme Campan avec la reine Horten$e^ publiée par J. A. C. Buchon. Paris, 1^35, 1*^ vol , p. 2 et 33. — Recueil de MM. Didot, t. II, p' 315.

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Lucien 9 mariée }iu prince Gabrielli; venaient ensuite Mlles Églé et Adèle Auguié, nièces de Mme Campsa, et qui furent, nous rayons déjà dit. Tune Mme h princesse de la Moskwa , Tautre cette 8i regrettée Mme de Broc; Mlle Cochelet, devenue la lectrice et restée Tamie intime de la reine Hortente^ Mlles Aimée I^clerc, sœur du générai beaa*frère de Bonaparte, qui épousa le maréchal Davouat; Zoé Talon , qui fut Mme du Cayla ; Athénaïs de Rochemondy mariée au général d'Arliocourt ; de Syiéi devenue Mme de Nicolal ; Léontine de Noailles, fille di duc de Mouchy, qui épousa son parent, M. Alfired de Noailles; Sophie Marbois, depuis duchesse déliaiaance ; Anna Leblond , mariée au frère de rinfortuié général Duphot; Mlles Clarke, db LaUyToUendal, Félicité de Faudoasy duchesse de Rovigo, Henraa, fiBUuae de Duroc ; les filles du duc de Valence, nièces de Mne de Genlis, et devenues, Tune Mme de Celles, et Tantie la maréchale Gérard ; Mlle Isabey, fille d'un peintie de talent, traité en ami par Mme Bonaparte; Mlles Yictorine Victor, Nancy Macdonald, et Eugéaie Hulot, laquelle, en épousant le général Moreau» devait concevoir pour la fortune de son ancienne amie et pour le rang de sa mère, une de ces jalousiei poussées jusqu'à la haine, qui ne contribua pas peo à la triste fin du général*. Terminons enfin cette liste

1. Nous puisons tous ces noms dans la précieuse de Mme Gampan avec la reine Uortense, publiée par M. Bocboa- Voy. t. I*', p. 1, k, 11, 20, kl, k9, 52, 56, 85, 113, 145, 148, U9: t. II, p. 1, 2, 177 et 237.

déjà trop longue, par le nom de Tune des amies les meilleures et les plus fidèles de la reine Hortense, malgré Tabsence et Téloignement, Mlle Élisa Monroëy fille du ministre des États-Unis près du Directoire , devenu plus tard président de la République américaine, et qui, en mettant sa fille chez Mme Campan, donnait à celle-ci un certificat bien précieux de confiance et d'estime*.

Le système d'éducation de Saint-Germain a été

1. On trouve un touchant souvenir de ces temps de jeunesse dans celte lettre écrite par Mlle Monroë à MmeCampan, en 1819 : c Je n'ai jamais été si occupée de mes anciennes compagnes de classes que depuis qu^elIes ont éprouvé les plus terribles revers. Dites-le, je vous prie, à la chère et si aimable Hortense , à la pauvre Églé (o), mais faites savoir à cette première qu'il y a neuf ans j'ai donné le jour à une petite fille, heureusement plus jolie que moi, car elle a le teint, les yeux et les traits de ma mère. Dites lui que, selon nos usages civils et religieux, le plus grand honneur que nous puissions rendre est de faire tenir nos enfants sur les fonts de baptême; qu'à cette époque, ma mère et mon père se permirent de présenter mon enfant comme s'ils étaient munis des procurations de ma chère compagne et de son estimable frère, que Tenfant porte leurs deux noms. A cette époque, nous envoyâmes M. Morris, chargé de dépêches de noire gouvernement, porter nos hommages et faire savoir ce que nos cœurs nous avaient porté à faire; nous ne reçûmes aucune réponse. Ma fille me parle souvent de son parrain et de sa marraine, et moi je me permets de leur demander à l'un et à l'autre une bonne copie de leurs portraits , qui appartiendront à cette enfant. Les temps sont changés, mes affections ne le sont pas; Pamitié ne doit pas se ressentir des choses d'ici-bas , et à jamais ces deux portraits honoreront ma fille et seront le plus bel ornement de sa chambre (6). »

« La lettre de Mlle Monroë (Mme Hay) n'est jamais parvenue à la reine, j fait observer l'éditeur de la correspondance de Mme Campan, renseigné, à cet égard, par la reine Hortense elle-même.

(«/) La veuve de rioforluné maréchal Ney.

[hj Correspondance de Mme Campan , t. II , p. i37.

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fort attaqué. On a reproché à Mme Campao d'avoir, pour mettre son institut eu réputation^ sacrifié k côté sérieux au côté brillant; d'avoir plutôt développé chez les jeunes personnes confiées à ses soins la vanité que les qualités solides ; de les avoir élevées pour en faire des femmes à succès et non des femmes d'intérieur : de s'être attachée, en un mot, à ne produire que des grandes dames, des princesses et des reines.

C'est l'événement qui a occasionné ces reproches, et Mme Campan a été punie de l'éminente fortune de plusieurs de ses élèves. On lui a imputé à intention ce qui a été réalisé par un avëfair qu'elle ne prévoyait pas davantage que celles dont il a surpris les vœux. Mais la louange eut été plus juste que le blâme, car on est forcé d'avouer que presque toutes se sont trouvées au niveau des situations que le monde leur a faites. I.a liste que nous avons pn^ duite, porte avec elle l'éloge de l'institution de Saint-Germain : elle montre, enr outre, quelles furent les familles dont la confiance honora et soutint Mme Campan.

Celle-ci, au reste, a eu plusieurs fois occasion, même dès ces commencements, de formuler ses idée> sur l'éducation des filles ; elle a même composé un traité sur cet art délicat, de sorte qu'il est trèsfacile de se rendre compte des principes mis en usage à Saint-Germain.

Contrairement aux critiques dont elle a été l'objet, on voit par les écrits de Mme Campan que la chose à laquelle elle attachait le plus d'im]>ortance , c'était le

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développement moral des élèves, cette éducation de 1 ame et du eœur, appuyée sur la religion, sans laquelle les connaissances littéraires sont un vain et parfois dangereux ornement. Elle leur prêche Thabitude de Tobéissanee qui forme le caractère, détruit la rague rébellion de Tesprit, et amène le respect des lois et des mœurs, ainsi que la soumission à toutes les nécessités de la vie^ ; elle leur recommande la douceur y ce charme et cette force de la femme, qui non-seulement ajoute à la beauté et à lattrait des talents, mais survit à ces avantages quand l'habitude a diminué leur pouvoir '; elle les met en garde contre Tamour exagéré des plaisirs du monde, qui énervent l'âme sans la satisfaire , éloignent du goût des jouissances simples , et cessent de mériter leur nom par la satiété , et elle leur signale les pièges couverts de fleurs que ces faux plaisirs et les vices qui les suivent viendront exprès placer sous leurs pas'; elle entreprend de les guider dans la recherche du vrai bonheur, ayant grand soin de les avertir qu'elles ne le trouveront point dans la puissance et la richesse, à moins d'employer crédit et fortune au soulagement des opprimés et des malheureux, et le leur montrant dans la sagesse des projets et la modération des dé- «rs , dans l'emploi utile et varié du temps , dans la bienveillance qui éloigne Tenvie^ dans l'économie qui procure l'aisance, dans la tempérance qui conservo

1. De V Éducation, par Mme Gampan. Paris, 1824. T. I*', p. 457.

au corps la force et l'énergie, à rimagination sa fraîcheur ^ enfin dans la résignation, cette consolation U plus puissante du malheur^; elle leur enseigne U confiance, le respect et la tendresse des parents, ainsi que TaiTection des maîtres, cette seconde famille, qui tous ont fait, avant nous, le voyage de la vie, et en connaissent les sentiers difiiciles, les passages dangereux*; elle cherche à inspirer à leurs jeumescœnn l'amour de la France, Torgueil de la patrie, qui chaque jour grandit. Venant enfin aux choses de l'âme e( aux enseignements religieux , base de toute éducatioo solide : « Accoutumez (redit-elle avec un graifll sens à celles qui viendront après elle), accoutumez la jeunesse à suivre , à révérer j à chérir les dcToirs de b religion, à en parler peu, et, par un sentiment de vénération , à les séparer des autres devoirs , comme le temple du Seigneur Test delà maison paternelle*. >

Certes, il est impossible de professer l'éducation eo meilleurs termes; et, depuis Mme de Maintenon , aucune femme n'en avait ainsi parlé.

A la fin de chaque année , une inspection ou concours général avait lieu avec une grande publicité, trop grande, Mme Campan elle-même l'a avoué plus tard'. Les élèves s'y livraient à des exercices littéraires, àd« représentations théâtrales, terminées par un véritable concert, et cela devant un auditoire, il faut le dire,

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