Mémùires de Constmii, i. è(, p. 3S
DE L'IMPËlATRiCB JOSÉPHINE. i^H
eomme ioséphine avMt, sans dcmte, reça la menue commissioa^ elle s 'en oecopa activement, etdePk»nbières même, elle chargea plusieurs p^sonnea de cenfianoe, de parcaarir la banlieue de Paris, pour y déeouvrir une terre conveDable^ On lui eu indii^ deux, Ris et Malmaison. De retour des eaux, elle les rit elle-même, et après aToir hésité quelque temps, eDe se décida pour cette dernière qu'elle acheta de M. Lecoulteux de Canteleu, membre du Conseil des Anciens, depuis sénateur, pour une somme de cent soixante mille francs*, payée en partie avec sa dot et en partie avec les fonds du général. Elle y fit quelques premiers trayanx nécessaires pour rendre habitables les appartements qui ayaient élé fort né- ^igés, et elle y passa le reste de Taulomne et toute la belle saison suivante, heureuse de pouvoir enfin pleinement satisfaire son goût si vif pour la natore^ ipti n'avait trouvé qu'une satis&bctîon médiocre dans son jardin de la rue de la Vi^oire.
Quoique donnant la ^[nréférenee à. ht Malmaisony Mme Bonaparte, pendant celie guerre d'Egypte, passait CBssi une partie de son temps à Paris, et eontinnait à recevoir les personnes de son monde habitudl qui s'araîent pas suivi son mari, afin de iiiaintenir octte position sociale qui pouvait être utile a œlai^i. Mons ne créons point à plaisir ce rôle de ioséphine dans la société parisienne du commencement de ce siècle. Avant le départ du général Bonaparte pour l'Orient,
1. l/émotres de Constant, 1. 1", p. 38. S. Mémoiru de BounieBae, 1. 1¥, p. ^.
3( HISTOIBB
on pouvait croire que c'était sa renommée aenle qui avait formé et maintenait ces réunions littéraiies de la rue de la Victoire. Mais on les voit contimier pendant l'absence du général , aussi firéquentéet , aoin intéressantes : il est donc bien pemus de dire qne Mme Bonaparte y était pour quelque chose. On troine dans les Souvenirs de l'un des honunes les phi naïvement sincères de ce temps , un chapitre entier consacré aux soirées de Thôtel Bonaparte à cette date, et qui peut servir à compléter ce qui concerne la situation de Joséphine avant le Ck)n8ulat.
« Joséphine^ dit M. BouillyS était restée à PHrii, dans un modeste hôtel, rue Chantereine^ surnommée depuis, rue de la Victoire. Elle y fut entourée de Um ceux qui recherchent la puissance, bien quMls oeciipeut les premiers rangs de la société. Sa grâce natarelle et son inépuisable bonté donnaient encore plu d'éclat au rang élevé qu'elle prenait dans le monde» et semblaient offrir, chaque jour, un nouveau degré de perfection.... J'eus Thonneur d'être admis au réunions qui se formaient chez elle, tous les jeudis. Ce n'était plus ce ton d'élégance et de séduisante gilanterie, que j'avais trouvé dans les cercles de 1788. Toutefois on retrouvait dans les réunions ches Joeéphine quelques restes précieux de ces parfaits modèles de grâce et de bon ton. »
M. Bouilly fait connaître quelques-unes des femmes qui y en plus grand nombre qu'au retour d'Italie, fo^
1 . Mémoires et Souvenirs ou mes Récapiiulaiio9i$ , l. U, p- 1^^*
DE L'JMPËRATRICE JOSÉPHINE. 37
maient la société de Mme Bonaparte. Il nomme les sœurs du général; Mme Fanny de Beauharnais; Mme la comtesse d'Houdetot , célèbre par son esprit et l'amour de Jean-Jacques Rousseau; Mmes Caffarelli, Damas et Andreossi, dont les maris combattaient en Egypte ; Mme Taliien et Mme Regnault de Saint*Jean*d'Angely presque aussi belle. On y voyait en un mot, pour laisser son style au narrateur, a un essaim de femmes aimables et distinguées, appartenant aux lettres et aux arts, » parmi lesquelles , ton-* iefoisy il ne cite que Mme Bourdic-Viot, d'abord marquise d'Entremont, dont les œuvres avaient été louées par Voltaire. Quant aux hommes, outre ceux que nous connaissons déjà, Ducis, Arnault, Legouvé, il mentionne Gérard , Girodet, Lesueur, Gherubini, Lebrun^Pindare , HofTman, Désaugiers, Deschamps, le futur secrétaire des commandements de Tlmpérairice, auteur des paroles de l'opéra des Bardes ^ Des* près qui remplit les mêmes fonctions auprès de la reine Hortense, et enfin Piis, Barré, Longchamps, . Despréaux, catégorie d^illustres dont Bouilly trop intéressé atteste la célébrité : « Tous ces personnages, ajoute-t-il, concouraient à former la réunion la plus rare et la plus variée. »
C'étaient toujours les mêmes occupations, les mêmes lectures qu'avant le départ du général. Mais nous laissons dire notre enthousiaste homme de bien, qui cependant, on le verra par son trait final, sait trouver au besoin une griffe sous son gant du plus doux velours
de IISTOIBK
« Ce fut cliez Joftépkine que Ltgoové fit k première lecture de plusieurs fragments de son éb/uwÊÊak pofime du Mérite des femmes^ eL L'effet ipCik produit me fit envier le litre de son ami. ia robtin» oa lilm cher et sacré, par la lecture que )e is à nutt tom dans ces bdies réuniooe^ de mon drame de i^MkHê rÉfiée qui, sous peu de mota, devait être lOfHMasIl sur la scène française... • De toutes les personnea qm avaient entendu la lecture de mon ouvragiSy Innfphiat ne fiit pas celle qui lui porta le moina d'iAléffêi..BHa me promit d'assister à la première repréaeBlatioB si d'y conduire tous ses amis. Je reçus les féticitalîoaa de touA mes auditeurs , exoq^ d*un seul qai gpida le plus morne silence et semblait éviter mes ringards: c'était Amault, devenu bientôt et à si )«ate titra membre de l'Académie française. Cauatiq«o et a*mquiétant peu de blesser par un bon mot, il a^ait d4* coché sur moi plusieurs traita de sa verve satiriqai^ et j'avais osé prendre ma revanche. Un jour qu*il ré* citait chez Joséphine une de ses fables, avec sa grosse voix sépulcrale, sa grosse figure d'ailleurs très^eipressive et ses gros yeux voilés , il m'échappa paroles que je proférai tout bas à l'oreille d'une mable rieuse j qui les lui reporta : c< Lorsqu'Amanlt lit ses poésies légères, il me semble voir un bonf broutant des violettes \ » L'auteur de fÀbbi de VÉfk ajoute qu'à partir de cette innocente épigramme, Ar- ■ault le laissa tranquille.