Mémoires et Souvenirs, t. li, p
DE L'IMPÉIUTfilCS JOS£PfllNE. 99
TeW éteMftt Wft fMse^tooipa à» Wa» Bonaparte^ pendant que les erowèjreft aoglaiaee empèduMAt ^ucActuefoîa dumoi dee moia entiers les nouveltes de aiw mari et dtf soa ûUf de venir la sou^aûre ^ ses perpétuelles inquiétudes. Secondant avee un gmnd taet Tai^ien de ses deux bsaux^ frères , Joseph et lu- <âen, pour maintenir entière» la popularité et la posi*tie» du glorieux absent, Joséphine allait parfois aipi Luxembourg, dans le but surtout de reeonnaitre les pensées et les desseins du Direetoircu Déjà aœueilGe, avant la eampagee d'Italie, avee empressement et déférence dans ce palais, non-^seulsment par Barras, mais par les autres membres du gouTornement , Yé^ poiise du général de Tarmée d'Egypte y trouvait, quoi* qu'on s'en défiât un peu, toutes las prévenanoes aux^ queUea elle avait droit. Elle sa lia plus particuliteement alors avec la femme de Tun des directeurs, Gohier, et sa finesse réelle sut tirer de ces relations une grande utilité pour les intérêts de son mari.
Au mois de mars 4 799, Joséphine eut euGn d*amples et certaines nouvelles d'Egypte, par Louis Bonaparte^ qui avait heureusement déjoué la surveillance an* glaise et que son frère envoyait pour apporter les trophées de ses nouvelles victoires, et réclamer les moyens de donner plus d'extension a sa Qo^quÀtei^ Louia rassura sa belle^srœur. La général se portait bien, et Eugène avait jusqu'alors échappé a^x périls bien grands pour ceux qui faisaient un servies pisir* sonnel auprès de Bonaparte*
L^a actions du général Bonaparte en âgypte sont
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assez célèbres pour qu'il devienne kintile de les tionner ici. Mais on nous permettra d'entrer daat quelques détails sur les débuts militaires da fila de Joséphine qui, nous le répétons, est Tun des person* nages essentiels de son histoire.
Eugène Beauhamais avait été de ceux qui tomA débarqués pour s'emparer de Malte, et des cinq dnpeaux enlevés à l'ennemi, il en prit un. En entrante Alexandrie que Ton* venait d'emporter de vive fiMte, il précédait de quelques pas son général, qaand ds premier étage d'une maison voisine, on leur tira phh sieurs balles dont l'une rasa la jambe ganche de Bonaparte. Eugène suivi de quelques chasseurs, s'âsofi dans l'escalier le sabre au poing, : parvenus dans la chambre d'où étaient partis les coups de feu, ils n'j trouvèrent qu'un vieux Turc, entouré de fasils que m femme et ses enfants lui chargeaient et lui tendaient avec une singulière aptitude ; on s'en assura ainsi qse de sa famille, et Eugène empêcha qu'ils ne fussenl maltraités. Le jeune sous-lieutenant prit sa part de b bataille des Pyramides ; mais ce fut à la révolte di Caire qu'il courut les plus grands dangers. L'un des aides de camp du général en chef, Sulkowski, y péril en exécutant un ordre dont Bonaparte avait hésité os instant à charger Eugène. Ce n'est pas qu'il ménageit son beau-fils, et s'il lui accordait une préféreoce, c'était, au contraire, pour les missions les plus périlleuses, qu'ambitionnait du reste celui-ci dont l'ardeur de s'instruire et de se distinguer avait besois d'être modérée: « Il faut se contenter (loi disait soo
beau-père, quand il demandait à marcher hors son tour) de faire bien son devoir à Toccasion, sans courir au-devant du danger, »
Dans l'expédition du général Bon contre Suez, Tavantgarde fut confiée à Eugène qui montra, dans cette circonstance, de la prudence et de la résolution. Quelques jours après il faillit périr aux côtés de Bonaparte, dans la mer Rouge, en allant visiter les sources de Moïse et le mont Sinaï. Â ce retour de Suez, Eugène Beauharnais reçut Tépaulette de lieutenant; il n'avait pas dix-huit ans. A son brevet était jointe une lettre dans laquelle le chef d'état-major de l'armée, Berthier, lui exprimait toute la satisfaction du général en chef pour ses services ; cette approbation officielle fut pour Eugène une récompense plus douce que son grade précoce, car il répondait par une espèce de culte à TafTection vraiment paternelle de son glorieux mentor.
Quelque temps après , Mme Bonaparte connut les détails de la périlleuse campagne de Syrie qui avait suivi la conquête de l'Egypte , et elle eut à trembler encore pour ceux qu'elle aimait et qui se trouvaient exposés, si loin, à tant de fatigues et à tant de dangers. Envoyé de Ramleh en reconnaissance dans la vallée de Jérusalem, Eugène parvint jusqu'en vue de la ville dont il trouva les approches gardées par une forte colonne d'Arabes; il ne put y entrer, mais il se félicita d'avoir été le seul officier de l'armée qui eût aperçu la ville sainte. A la prise de Jafla, il se trouva mêlé aux combats acharnés qui se livrèrent dans les
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Fues étroites de cette place, et ce fut lux qui tnt choîai, le lendemain , pour faire cesser le ■tusnacro qui m poursuivait dans les mosquées. A la veille d*alteindre Saint4ean d'Acre, but de TexpédilioBy à CUf* fa, il arait été sur (e point de faire prisonnier le eo» mandant des forces anglaises sur la rade de Syrie» il Sydney Smith dont la coopératioEt à U défeuft èà cette contrée , nous fut si préjudieiabla : il m b manqua que de quelques minutes*
Durant Théroïque, mais inutile siège de Seint-tei d*Acre Eugène fieauhamais, comme les autres aidesdi camp de Bonaparte , n'avait eu aucun repca dent mi pénible et périlleux service. Dès le premier jour, el pendant que le général en chef étudiait du haut d'ui énûnence la situation de la place, Tenneoii jeta nr il tertre quelques obus dont Tun arriva si juate qal s'enterra à trois pas du général , entre Eugène é l'aide de camp Merlin. Au premier assaut, qui fut Toi des plus meurtriers, un éclat de bombe vint frapper le jeune lieutenant à la tète ; il tomba et resta quelqitf temps enseveli sous les décombres d'un mur que h bombe avait renversé. Bonaparte , toujours si maîlit de lui, laissa échapper un cri de douleur; il V%wi cru mort : Eugène n'était que fortement blessé, et, au bout de dix-neuf jours, il demanda à reprendre son service aQn de participer aux autrea assiaU, qui , renouvelés dix-sept fois , ne purent nous àmr ner cette ville. Enfin, dans la pénible retraite qai ramena l'armée en Egypte, Eugène n'avait cessé di mériter les éloges de son général par son actif ité^
énergie , son sang^froid et une gaieté dans les pmationa, particulière k wa âge et à son caractère. Cm Dou^elles deft débuta de son fiU causaient à Joséphine autant d'alarmes qued'orgueiU L'apprentissage, en effet, était rude autant que glorieux ; des huit aides de camp amenés par Bonaparte en Egypte quatre y périrent : Julien 9 Sulkowski, Creisier et Guiberi; deux furent blessés : Duroc et Eugène Beaubarnais ; seuls, Merlin et Lavalette, s*en sortirent sains et saufs'.
Nous ne nous appesantirons pas davantage sur cette campagne d'Egypte qui entoura le nom de Bonaparte d'un nouveau prestige. Mais un £ait de cette époque de sa vie appartient à notre histoire ; nous voulons parler de la bouffée de jalousie qui s'empara du vain* queur des Pyramides et lui fit croire à des imprudences ou à des torts de la part de Joséphine, doublement desservie auprès de lui par ses ennemis de Paris et par ceux qu'elle avait en Egypte,
C^est, sans doute , sous l'empire des sentiments provoqués par ce zèle indiscret , que le général écrivit à son frère Joseph cette courte et singulière lettre où respirent un dégoût de la gloire et une soif de l'obscurité bien étonnants chez un homme tel que Napoléon, si cela voulait signifier autre chose que Tamer découragement d'un amour qui se croit trahi :
1. Les commencements du 6lg du général Beaubamai« sont atto^ lés par M. de La valet te (JMMotres, t. II, p. 260-319). Le prince fiugjèoe a auMÏ raconté, dana son style simple et modeste, cea deux premières années de sa carrière militaire (voir le précieux, mais trop romt fimjiineDl de ses Mémoires ^ placé en télé de sa Correspondance par son habile éditeur, M. du Casse).
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« J'ai beaucoup de chagrins domestiques. Ton amitié m'est bien chère; il ne me reste plus pour deTenir misanthrope qu'à la perdre et à te voir me trahir. C'est une triste position d'avoir à la fois tous les seotiments pour une même personne dans un mène cœur. Fais en sorte que j'aie une campagne à nx» arrivée, soit près de Paris, soit en Boui^;ogne; je compte y passer l'hiver et m'y enfermer : je sois ennuyé de la nature humaine. J'ai besoin de soUtode et d'isolement; les grandeurs m'ennuient^ le sentiment est desséché. La gloire est fade à yingt-neof ans, j'ai tout épuisé, il ne me reste pins qu'à devenir bien vraiment égoïste*, n Heureusement pour la France, que ce dégoût de ses hautes destinées s'éteignit dans le cœur du grand capitaine, en même temp* qu'y revint la confiance en celle qui dominait ainsi sa pensée*.
1. }fémoire!i et correspondance du roi Joseph. Lettre de Napolt-.^n à son frère, 1. 1", p. 188.
2. Nous ne connaissons, et nous y avons regret, aucune lettre dr» eux époux pendant la campagne d'Egypte. Seulement nous liso!^
dans les Mémoires du prince Eugène (t. I'% p (i2), un souvenir qui trouve nalurellemcnt ici sa place, c Vers cette époque, dit-il. le^ néral en chef commença à avoir de grands sujets de chagrin, soii i cause du méconlentemcnt qui régnait dans une partie de rarmff.i^ surtout parmi quelques généraux, soit à cause des nouvelles qu'il recevait de France, où Ton s'efforçait à troubler son bonheur doute*tique. Quoique je fusse fort jeune, je lui inspirais assez de confiaocf pour qu'il me fît part do son chagrin. C'était ordinairement le tM qu'il me faisait ses plaintes et srs confiJences, en se pronienaBti grands pas dans sa tente. J'étais le seul avec lequel il pût libreneit s'épancher. Je cherchais à adoucir ses ressentiments ; je le coittoiai^ de mon mieux, et autant que pouvaient le permeUre rooo Ige H k respect qu'il m'inspirait, i
Mais quelque temps après Bonaparte se décida à quitter TÉgypte, pour venir au secours de la France ^ dont la lecture des journaux anglais lui avait fait connaître la position critique. La guerre s'était rai* lumée j et nos années reculaient sur le Rhin et sur le Yar. Le général fit ses adieux à ses soldats par cette merveilleuse victoire d'Âboukir qui anéantit l*armée turque , et après avoir ainsi assuré sa conquête , dont il laissait le gouvernement à Kléber^ il B*embarqua avec son beau-fils et quelques amis privilégiés. La fortune, son étoile ^ ou plutôt la Providence même dirigea à travers les croisières anglaises sa course prédestinée. Après quarante jours de traversée y il débarqua à Fréjus. De ce port jusqu'à Paris ce ne fut qu'une acclamation, un triomphe, et le 16 octobre, aux cris de Vive le libérateur de la France ! Bonaparte fît son entrée dans Paris, qui allait lui donner le pouvoir en attendant la couronne.
Les mémoires du temps parlent tous d'une scène conjugale pénible qui eut lieu rue de la Victoire, lors de ce retour d'Egypte. Le prince Eugène s'en est expliqué et, il nous semble, en toute franchise. « Par un contre-temps fâcheux, dit-il , ma mère qui, à la première nouvelle de notre débarquement, était partie pour venir au-devant du général jusqu'à Lyon , prit la route de Bourgogne tandis qu'il passait par le Bourbonnais. De cette manière , nous arrivâmes à Paris quarante-huit heures avant elle; en sorte que les ennemis de ma mère eurent le champ libre et mirent ce temps à profit pour lui nuire dans l'esprit de son
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foam. J en jugeai ainsi à la froideur àm i'aconeil (p'il loi fit , et je vis avec chagrin qu'il arait ^onserfé km mauvaises impressions que je m'étais efforcé de détruire lors des confidences qu'il me faisait en Ég^ypte.» De fipès-bcone heure, en effet, on vit se former eovti^ Joséphine une ligue (le mot ne dit pas trop) dans b* quelle entrèrent A diverses reprises quelques meuAm de la famille Bonaparte qui depuis l'ont r^reHé. Le général n'eut pas de peine à démêler ce qn'il y vnà au fond de cçlte insistance , aussi, après nu premier emportement bientôt calmé, il rendit à sa femme a confiance et son affection, et, à partir de ce moflMat, il ne cessa de vivre avec elle dans la plus entière union et la plus parfaite estime.
Trois semaines après son arrivée, Bonaparte était le maître de la France.
Tout le monde connaît les détails de ce Dii-hui( Brumaire qui mit fin à un régime sans grandeur et sans force, et que facilitèrent les mesures déjà prises, les relations nouées par les amis et la familie de Bonaparte avec les personnages les plus distingués, les plus inQuents d'alors. Joséphine, liée plus particulièrement avec Gohier et la femme de ce président du Directoire, fut d'une réelle utilité à son mari dans cette circonstance, et la manière dont elle avait vécu à Paris pendant l'expédition d^Egypte, et qui avait soulevé contre elle ce lointain orage aujoord'faui apaisé , n'avait pas peu contribué à entretenir au milieu d'un peuple enthousiaste mam oublieux, la popularité de Bonaparte. Les hommes politiques, les
militaires , les savants , les artistes , les gens de lettres, qu'elle recevait chaque jour dans son salon de la rue de la Victoire ou à la Malmaison , n*en furent que plus aisément et plus promptement en communauté de sentiments et d*idées avec ce nouveau César, lorsqu'il se fut décidé à renverser un gouvernement qui ne pouvait plus rien pour la France au dedans et la comprmmttHît si gravement au dehors.