‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 138 sur 317 · Mémorial, l" partie, p · texte numérisé non relu

Mémorial, l" partie, p

ivrante atmosphère de sollicitations , de prières et iractions de grâces. Plusieurs même s'ingéniaient a se trouver avec elle , soit par sa propre famille , soit par les nombreuses alliances des Beaubarnais, quelques liens de parenté que Ton tenait ^ quoique parfois très -fugitifs, pour très -prochains et surtout pour très-précieux. De la mère ces hommages se reportaient sur la fille, et Mlle Hortense de Beaubarnais, définitivement sortie de pension, était presque plus courtisée, car on la disait encore mieux disposée pour les royalistes et la royauté , et Ton s'occupait de son établissement dans plus d'une grande famille du faubourg. Le Premier Consul fermait les yeux. A quelques exceptions près, l'ancienne noblesse ne se présentait point dans les réunions publiques des Tuileries, moins par répugnance que parce que le Consul f-iit craint d'effaroucher la révolution : on la voyait surtout le matin , dans l'appartement particulier de Joséphine. Mais Bonaparte permettait que sa femme et sa belle-fille se rendissent à des dîners et même à des bals que ce monde à la fois satisfait et hésitant leur offrait.

L'une des solliciteuses les plus assidues auprès de la mère et de la fille, était l'ancienne femme de chambre de Marie- Antoinette, sollicitée à son tour à Saint- Germain , pour le crédit réel qu'on lui supposait sur son élève et sur Mme Bonaparte. Hortense avait laissé là de vieilles amies, Mmes de Beauveau, de Poix, de THôpital , etc., qui dans cette retraite par elles

choisie^ vivaient fort intimement avec son grandpère et sa ^rand'tante*.

Cette situation porta au plus haut point les îUq-

1. On trouve dans la correspondance de Mme Campan «vec mm élève de norabreuâes traces de ces sollicilMion». Nous pienoni av hasard :

a Dites à votre chère maman que Mme de Poix, qui a passé la matinée avec moi hier, lui recommande bien madame.... pourto pr^ ^ mière radiation ; elle est veuve, n*a rien eo France, aime aoo pa|t ^ pour ses amis; il n'y a réellement nulle conséquence à pressH'iQA affaire » (t. !•', p. 77). « Ma chère Ilortense, vous trouverezci-joiDie une lettre do Mme de Lostanges, qui parait avoir à réclamer auprèsde votre maman un service bien essentiel pour la radiation dé&aitive de M. de Nicohiï, son oncle, le seul des trois frères qui ne soit poiat tombé souà la hache de Robespierre. Je lui ai conseillé d*a!ler vov voir 0 {ibid, p. 116). c M. Gruel, neveu de Mme de 1 Bô|)ital, mackôe Hortcnsc, a été arrêté, ily â dix à douze jours, par mesure de sùrHé, comme chouan amnistié ; mais il a été interrogé, et j*ai la certitnde qu'on ne trouvera en lui qu'un étro fort innocent, rentré uniquemeol pour avoir du pain par la famille de sa femme. J'en ai déjà parlée votre maman : je lui demande dans cette lettre de le rccommaiider vivement pour une prompte sortie» (ibid. p. 137). c Je joins ici une lettre que l'ancien évéque de Saint-Malo m'a priée de vous envoyer pour ces mêmes darnes qui vous ont déjà fait parvenir la peinturP de leur malheur. Il assure qu'elles ne sont nullement coupable, mais seulement imprudentes par des liaisons avec des gens qui cachaient comme leur plus ^et^ele pensée, le plus exéciable de tous les projets (l 'allenlal du 3 nivôse). J'ai souligné ce qui vous est necessaire de lire » (ibid. p. 167).

Nous devons joindre ici cette curieuse anecdote racontée par Mme Campan u\\ ni;ui de l'une de ses élèves les plus chéries, chez lequel, sous la Restauration, elle se retira pour mourir, et qui s'est fait son chroniqueur honnête et ûdè!e :

« En 1801, M. Dubreuil, médecin, et Mme de l'Uôpilal, tous deui habitiinis de Sainl-(ierniain, furent arrêtés et conduits au Temple, le premier |K)ur avoir tàté le pouls de l'enfant de M. Tak>n, éniigre. la seconde pour Ta voir reçu plusieurs fuis. La présence quoiqsi^ cachée de M. Talon, avait donné de romhra^je au gouvernement. La police rusée d'alors ne put le saisir; ayant manqué le but principal, elle se rattacha aux circonstances. Je me rendis de suite aux Taiie*

DE L*IMPÉIULTR1CB JOSÉPHINE. Sd

sioDs qui , même dans les plus mauvais jours de la révolution^ n avaient jamais abandonné Is parti royaliste. On voyait le Premier Consul rétablir Tor-

ries. Dès que le Premier Consul m'aperçut : « Vous venez, me dit-il, me parler pour les habitants de Saint-Germain. Votre dame de l'Hô* pilai est une intrigante. — Permettez, général; on a pu lui reprocher d'être autrefois un peu légère, mais à soixanle-dix-huit ans, il n'en reste rien. Pour intrigante, non ; un peu de coquetterie siérait mieux à son e^'prit, mais elle est aveugle. Elle reçoit quelques personnes tous les soirs, et dans la crainte de manquer de poliiesse, elle fait la révérence même aux absents. »

« Lon>que Napoléon eut appris ces deux ctrcenstaices, il devint furieux» et me dit eu prë.-ence de Joséphine : c Une femme de soixante-dix-huit ans, aveugle, est toujours innocente en politique. Le sQiBÎBtre acommisun acte barbare, indigne dte mon gouvernement. Quand Fouché s'entendrait avec mes ennemis, il n'aurait pu mieux faire ; c'est dans un accès de délire qu'il a commis cette faute. Je n'entends pas que mon autorité soit employée pour consommer de tels actes. Je veux que la raison puisse avouer tout ce qui émane de mon pouvoir ; un gouvernement doit avoir des vues grandes et dfes idées généreuses.... Qu'a fait le médecin ? — Général, il a donné 4es soins à l'enfant de M. Talon ; il visite tous les jours, depuis bien des années, sa compagne d'infortune au Temple. — C'est incroyable ! un médecin a le droit de lâier le pouls de mes amis comme de mes ennemis, sans qu'un ministre puisse le trouver mauvais ; celte proiession n'imprime pas^ comme les places, une opinion de commande. L'abus déconsidère raulorilé et la compromet; je vais m'en expliquer avec le ministre et faire sortir les deux victimes. « Crispé de colère, il sonna avec violence, et ordonna qu'on allât chercher Foii^ ché qui» pour me servir d'une expression bien vulgaire, reçut un fameux galop. Cependant les prisonniers ne sortirent que trente heures après cette conversation, tant le ministre blessé mit de lenteur et de mauvai:ie volonté à remplir les formalités qui devaient procurer leur sortie. Une voilure de Joséphine alla les prendre ; ce qu'apprenant Mme de l'Hôpital, elle s'écria : « E?t-ce le bel attelage blanc de Mme Bonaparte? — Eh! qu'importe, madame, qu'il soii blanc ou noir, reprit M. Dubreuil avec humeur, pourvu qu'il nous éloigne d'ici! » {Journal an ecdotiq ne de Mme Campan, ou Souvenirs recueillis dans ses entretiens, par M. le docteur Maigne, p. 12.) Nous aurons d'autres emprunts à faire à cet intéressant ouvrage.

dre : oa lui prêta le deâsein de relever le trftDe; et, comme respérance s'enivre d'elle-mâme» od cb viat bientôt à croire quHl allait rétablir la monn^ chie au profit de la maison de Bourbon. La ci^ constance du mariage du dictateur de la France aTse la veuTC de Tun des membres de raristocratie dW trefois; la vénération notoire que professait Joséphiae pour le roi et la reine si cruellement immolés; ki craintes qu'il était si facile de deviner dans celte âne inquiète des périls que pouvait faire coarir i m époux bien-aimé tout accroissement d'une fortase déjà portée si haut; tout cela fit penser aux chefs flt aux agents du parti que Ton pouvait, dans la pou^ suite d'un but si désiré, compter sur la femme di Premier Consul lui-même.

Déjà, dès les premiers jours du Consulat, den des plus honorables membres du comité royaliste^ MM. d'Andigné et Hyde de Neuville avaient demandé à être présentés au général Bonaparte, dans le deiF sein de sonder ses intentions. Il les reçut polimeol, et accueillit leurs insinuations en homme qui a le sentiment de sa force , et ne veut être le serviteur d'aucun parti ^ Après, vinrent les tentatives diieelfli des princes exilés, et les lettres dans lesquelles le chef de la maison de Bourbon, le conviant au rôle de Monck, lui promettait les plus hautes récompenses. On connaît la réponse faite par le Premier Consul : elle devait ôter tonte espérance. Mais les Bourbons qui

1. Histoire du Consulat et de V Empire, (var M. Thiers, t. I^^p. 36.

DE L'IMPÉRATRICE JOSÉPHINE. Gl

croyaient à Bonaparte la puissance de les rétablir^ ne

pouvaient se figurer qu'il n'eu eût pas la volonté. Le comte d'Artois voulut aussi de son côté entamer avec lui une négociation , par Tintermédiaire de Mme Bonaparte. Voici le récit de cette tentative où est directement mêlé le nom de Joséphine, telle du moins que la rapporte le Mémorial,- à qui nous laissons toute la responsabilité de ces détails.

« L'ouverture de M. le comte d'Artois eut plus d'élégance et de recherche encore. Il dépêcha la duchesse de Guiche, femme charmante, très-propre, par les grâces de sa figure , à mêler beaucoup d'attraits à l'importance de la négociation. Elle pénétra facilement auprès de Mme Bonaparte j avec laquelle toutes les personnes de l'ancienne cour avaient des contacts naturels ; elle en reçut un déjeuner à la Malmaison, ety durant le repas i parlant de Londres, de l'émigration, et des princes, Mme de Guiche raconta qu'il y avait peu de jours , étant chez M. le comte d'Artois , quelqu'un parlant des affaires , avait demandé au prince , ce qu'on ferait du Premier Consul, s'il rétablissait les Bourbons, ce prince avait répondu : (c D'abord connétable et tout ce qui m 8*ensuit, si cela lui plaisait. Mais nous ne ne « croirions pas que cela fût encore assez ; nous u élèverions sur le Carrousel une haute et magni- « fique colonne, sur laquelle serait la statue de •r Bonaparte couronnant les Bourbons. » Le Premier Consul arrivant quelque temps après le déjeuner, Joséphine n'eut rien de plus pressé que de lui rendre

es HISTOIRE

<sette circonstance, ce Et as-tu répondu, lui dit son mari, ff que cette colonne aurait pour piédestal le cadaTR « du Premier Consul ? » La jolie duchesse était eocore là : les charmes de sa figure, ses yeux , ses paroki étaient dirigés au succès de sa mission. « Elle était u heureuse, disait-elle; elle ne saurait jamais awi ir reconnaître la faveur que lui proearait en tt « moment madame Bonaparte, de Toir el d'ea* « tendre un grand homme , un héros. » Mais tout fat vain ; la duchesse de Guiche reçut dans la nuit l'ordre de quitter Paris, et les charmes de réobsaire étaient trop propres à alarmer Joséphine, peur qu'elle insistât ardemment en sa faveor : le lende main la duchesse de Guiche était en route pour b frontière*. «

Mais les princes ne pouvaient se décider à raws* cer à cette chance favorable que semblait knr avoir préparée la Providence, d'un pouvoir asseï fort, pensaient-ils, pour disposer de la France, et l'entraîner où il voudrait la conduire. Maisjé la réponse du Premier Consul , le comte de Lille n'anit pas désespéré. On le voit par cette lettre curieuse pour noti*e sujet, qu'il écrivait de Varsovie, au mardis <k Clermont'Gallerande , un de ses plus habiles agents, qui avait accès aux Tuileries, et dans laquelle il insistait sur la considération des périls qui entouraient Bonaparte, considération bien plus faite pour toucher Joséphine dont c'était là, en effet, la préoccu-

1 Mémorial de Sainfe-Hélént, !•• partie, p. 34,

DE L'IMPÊRATRiCE JOSÉPHINE. 63

paiioD constante, que le Premier Consul peu Efieile à émouvoir*

rc Assis sur un volcan, Bonaparte sera tôt ou tard renversé, s'il ne se bâte d'en fermer le cratère...; assis, au contraire, sur les premières marches du trône qu'il aurait relevé, objet de la reconnaissance du mouarque, il recevrait de toute la France des vœux d'autant plus purs, qu'ils seraient le fruit de Tadmiration et de Testime. Personne ne peut mieux l'en convaincre que celle dont le sort est lié avec le sien, qoi ne peut être beureuse que de son bonheur, honorée que de sa gloire. Je regarde comme un très-grand bien que vous ayez pu vous mettre en communication avec elle. Ce n'est pas d'aujourd'hui que je connais sa façon de penser. Le comte de VioméniP, dont assurément les sentiments ne sont pas équivoques, m'a dit plus d'une fois qu'à la Martinique, il lui avait souvent représenté que son royalisme allait jusqu'à l'imprudence; et Tappui qu'elle donne aujourd'hui à ceux de mes fidèles sujets qui ont recours à elle, lui mérite bien le surnom d'ange de bonté que vous lui donnez. Faites donc connaître mes sentiments à madame Bonaparte; ils ne doivent pas la surprendre, mais, ou je me flatte, ou son âme en jouira*. »

Si le Premier Consul repoussait sans hésiter de telles avances, il n'en était point de même de José-

Page 1