T IH, p. 225 et
DE L'IMPËRATRICB JOSÉPHINE. ii9
si, par fois I Joséphine croyant pouvoir risquer une innocente tricherie, tentait d'introduire au salon quelque robe de mousseline anglaise , sous la trompeuse dénomination de linon de Saint-Quentin, Bonaparte, quand il s en apercevait avant la venue du monde , la déchirait délicatement mais impitoyablement du haut en bas, et renvoyait sa femme désolée aux soieries de Lyon qu'il disait préférer à tout et qu'il voulait encourager, ce qu'il affichait aussi par son goût à porter le bel habit dont la fabrique lyonnaise lui avait fait présent ^
Telle était Texistence consulaire aux Tuileries; nous sommes loin d'en avoir achevé la peinture; mais l'espace nous manque, et, d'ailleurs, ce tableau se complétera par ce que nous allons dire de la Malmaison.
Nous en avons mentionné Tacquisition , pendant que le général Bonaparte était encore en Egypte. Il faut faire connaître avec détail cette résidence privilégiée dont le nom est inséparable des noms de Napoléon et de Joséphine : c'est là qu'a brillé l'aurore de la grandeur consulaire , et c'est là que Joséphine a passé la majeure partie de sa vie. Afin d'en donner un tableau d'ensemble, nous serons obligé de
1 . La soie et les modes décentes : ce fut le mot d'ordre du Consul aux femmes, à son avènement. On lit à cet égard dans le Moniteur du 4 nivôse an viii (25 décembre 1799) : c Les femmes reprennent les étoffes de soie. La mode veut bien s'accorder avec la décence. On assure que Bonaparte a témoigné plusieurs fois qu'il n'aimait pas les femmes nues dans un salon, ot l'on s'habille aujourd'hui pour plaire. »
itO HISTOIRE
tenir compte de travaux qui n'y furent exéealét que sur la fin du Consulat , et même sous TEmpire; mais, pour rintelligence des lieux et la rapiditi do notn récit I nous aimonp mieux tout dire en cet endroit, et n'avoir plus à y revenir.
Située tout auprès de la petite et jolie ville de Rueily sur la route de Normandie , la Malmaison se trouvait à égale distance, c'est-à-dire à trois lieoes de Paris, de Versailles et de Saint*Germain. Son ncmi lui vient sans doute de MoUa Mansio , soit à cause de soo origine marécageuse , soit parce qu'antrefois, aasimt-on , ce lieu était un repaire de brigands , de firaaes routiers. D'autres disent que ce nom lai avait été donné à une époque plus ancienne encore, par soik des ravages des Normands, qui avaient didsi on point rapproché sur la rive de la Seine, pour lien ordinaire de leur débarquement dans les terres de IHe de France ^ Quoi qu'il en soit, au xiii* siècle, on voit Malmaison classée au nombre des fiefs de l'abbaye de Saint-Denis. En 1622, Christophe Perrot, conseiller au parlement de Paris, en était seigneur et en portait le nom. II y fit construire le modeste château qui 8*est conservé jusqu'à nous, pendant que son puissant voisin, le cardinal de Richelieu , édifiait à Rueil même, à deux pas de la Malmaison et sur la même col lise, un palais vraiment royal, qui ne tarda pas à éclipser
1. Voir sur ces origines : Dulaure, Histoire dês envinmM de Pmit, seconde partie , liv. 1'% chap. ii ; et l'intéressant ouvrBf^ publié pv MM Jacquin et Duesben;, en 18^5, sous le titre de Rueiiy le ehàumi de Hichelieu et la Malmaison. 11 nous a élé du plus jrrand seooon*
DE L'IMPÉRATRICE JOSÉPHINE. 42i
la simple demeure du. magistrat. Avant la Révolution qui la confisqua , la terre de la Malmaison , devenue la propriété de la famille du Mole S était citée comme un des plus agréables séjours des environs de Paris. L'abbé Delille, au commencement de sa carrière^ y vint plus d'une fois chercher la tranquillité et l'inspiration ; c'est là qu'il composa une partie de sa traduction des Géorgiques. Dans l'une de ses poésies légères, il a chanté les frais ombrages et les vertes prairies de cette campagne, dont il a aussi consacré le souvenir dans les notes de son poëme des Jardins*.
1. Cette famille n'avait rien de commun avec les Mole de Champlâtreux.
2. Voici les vers de Delille avec le titre qu*il leur a donné :