‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 186 sur 317 · Mémoires mr le Consulat y p · texte numérisé non relu

Mémoires mr le Consulat y p

les changements très-prochains; après-demain , demain peut-être. Il y a eu hier ici une assemblée de plusieurs Sénateurs et des Consuls, depuis midi jusqu'à cinq heures. Il s'agit toujours de nommer aussi à vie les deuxième et troisième Consuls; il est question de réduire le Tribunatet d'augmenter le Sénat, de donner à Bonaparte le droit de présenter au Sénat trois candidats pour le premier consulat; je tiens cela d'une personne sûre. Bonaparte ne m'en dit mot; mais lorsque je le mets sur la voie il ne s'en défend que faiblement. On m'a assuré que le projet était trèspopulaire. Je ne cesse de recommander à Bonaparte de ne rien ajouter à son pouvoir , et de rejeter tous les nouveaux titres qu'on lui propose; de bien se garder surtout de désigner de son vivant son successeur. S'il en vient à le désigner, ce sera Joseph ; Bonaparte le présentera avec deux mannequins. Cambacerès m'a dit : « On répand que vous ne voulez ni de roi Yii « d'empereur. » Je lui ai répondu : « On a tort si l'on « prétend que je l'ai dit; on a raison si Ton croit m'aa voir devinée. » Enfin il faut attendre le résultat de cette grande affaire. »

Ce résultat fut connu la semaine suivante. Le 18 thermidor (6 août 1802) le Moniteur publia le sénatus-consulte organique voté la veille par le Sénat. Nous n'avons point à nous occuper de ses dispositions relatives au corps électoral, au Sénat, au Conseil privé, au Conseil d'État. Par un article, les second et troisième Consuls éUiient comme Bonaparte nommés à vie; quant au Premier Consul le

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sénatus-consulie lui donnait le droit de choisir les juges-de-paix et les magistrats municipaux, jusqu alors élus, celui de présider le Sénat, de nommer directement le tiers de ses membres, et de présenter des candidats pour les deux autres tiers; la constitution révisée lui accordait encore le droit de grâce etcdai de faire la paix et la guerre , et enfin la faculté de désigner son successeur.

Huit jours après, le 1 5 août, jour de la fête de Napoléon Bonaparte, célébrée alors pour la première / fois, toutes les autorités, tous les corps vinrent loi présenter leurs félicitations sur les changements opérés. Ce furent, dans Paris et dans toute la France, des démonstrations extraordinaires. Les adresses affluèrent aux Tuileries. Tous les évèques publièrent des mandements et firent chanter des Te Deum*. Le 21, le Premier Consul alla présider le Sénat , cheminant entre deux haies de troupes qui bordaient la roule, des Tuileries au Luxembourg. C'était, maintenant, un roi sauf le titre. L accueil qu'il reçut lui eût permis, ce jour-là, de se faire proclamer s'il l'eût voulu; car, en général, loin de blâmer, on se ]>laignait qu'il se fut ainsi montré discret et timoré. Mais, plus que jamais, Bonaparte était bien décidé, dans ses aspirati«ins plutôt que dans ses projets arrêtés, à donner le pa* et même une assez forte avance à l'opinion publique: il désirait être appelé, poussé par elle dans toutes te phases d'une grandeur méritée, dont il avait le près-

l. Mémoires sur le Consulat, par M. Thibaudeau, p. 304.

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sentiment, sans en éprouver l'ardeur trop impatiente et l'audace inconsidérée.

On ne doit pas trop reprocher à Joséphine, influencée par ses craintes conjugales, son appréhension de l'avenir, ses préoccupations personnelles et sa lutte avec ses ennemis, de n'avoir point eu, dans toute cette crise, une nette et suffisante appréciation de cette faveur publique qui était la force et la loi de son mari, et de n'avoir pas mieux compris ce que pouvait et devait alors le Premier Consul. Au reste, c'est un reproche qui n'est pas commun que celui qui consiste à dire d'une femme aux prises avec la plus brillante destinée, qu'elle a péché par trop peu d'ambition et par un excès de modération.

La désignation du successeur avait passé, mais l'hérédité était restée en chemin, et avec elle la question de séparation et de divorce que les plus impatients et les plus haineux n'avaient pas craint d'agiter prématurément et sans trop de mystère. Bonaparte avait repoussé ces tentatives peu séantes avec une promptitude faite pour rassurer Joséphine, quoique troublé et malheureux parfois de se voir sans enfants de cette femme toujours aimée, quand, à un horizon déjà si distinct et si rapproché, brillait la couronne qui semblait l'appeler.

Pendant que la France se réjouissait , Mme Bonaparte restait avec les blessures qu'elle avait reçues dans cette sorte de lutte. Avec sa disposition d'esprit, elle vit presque un échec personnel dans la chute de Fouché, envoyé au Sénat par suite de la suppression

de son minislère de la police. Joséphine avait conçu pour lui un véritable attachement, parce qu'elle croyait pouvoir compter sur son dévouement, mais beaucoup plus parce qu*elle avait une entière confiance en sou habileté un peu vantarde, et dans son bonheur, qu*il lui exagérait, pour déjouer les tentatives ourdies contre Bonaparte. « Et puis (disait-elle à son fidèle conseiller d'État) il dit la vérité et n*est point flatteur'.» Le Premier Consul voyait , au contraire , avec peine l'influence envahissante que cherchait à prendre ce ministre sous le couvert de fonctions peu définies, qui lui permettaient de toucher à tout , et le poussaient même a vouloir indiscrètement se rendre important dans sa famille. L'administration générale delapoliee fut attribuée au département de la justice , à la tète duquel fut placé Régnier. « Je crains bien (ajoutait Joséphine à M. Thibaudeau*) que la suppression du ministère de la police et le renvoi de Fouché n'aient des suites fâcheuses. » Cependant elle rendait justice à rhonnéteté de son successeur : w Le Premier Consul, lui dit-elle quand Régnier fut lui rendre visite, a fait en vous un bon choix; il pouvait en faire un aussi bon, il ne pouvait en faire un meilleur; mais je vous conseille de lui dire toujours la vérité et de ne pa» le flatter. » Dans sa persuasion, elle donna à Fouché au moment de son départ, les plus touchantes manques de sympathie ; à cinq ans de là, celui-ci Ten ncompensait à sa façon, en lui faisant, h» premier,

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