I. Mémoires et Correspondance du prince Eugène, U 1", p
et y jusqu alors, je n'avais connu d'autre métier que celui des armes. Je dois avouer cependant que si l'Empereur m'eût fait oCTrir la place de gnmd écuyer , je l'aurais peut-être acceptée , parce qu'il y avait là des chevaux que j'aimais passionnément, et quelque chose qui ressemblait à un régiment ^* Loin de s'offenser de ce refus , Napoléon , au mois de septembre, servant son beau-fils de son goût, le nommait à l'une des trois places de colonel général, qui venaient immédiatement après les maréchaux de France , rétablis et désignés en même temps au nombre de vingt y et le mettait à la tète de l'arme des chasseurs, où il avait commencé sa carrière. <( Cette nomination , ajoute Eugène , me fit le plus grand plaisir , puisque , en me donnant une dignité aussi éminentC; TEmpereur me laissait pourtant dans mon élément*. » Ce choix fut agréable à l'ar mée , et le public se plaisait à y découvrir Tannonce de plus hautes dignités. On voyait s'élever les enlants de rimpératrice Joséphine avec la même satisfaction qui avait accueilli l'élévation de leur mère.
Restait à organiser la Cour, la maison de l'Empereur 'et celle de l'Impératrice. Ici les compétiliocï étaient grandes , les candidats nombreux. LVIan était donné. On revenait à la monarchie avec lentraînement particulier aux réactions françaises, f- Ton se précipitait vers les riches et nombreux euh
]. Mémuires et CurresiHjndancc du prince Eugène, l. !•'. p. ^-
2 Ibid.
' DE L'JMPÉRATRICE JOSÉPHINE. 261
plois de palais qui allaient être créés, car Napoléon voulait entourer son trône d'un éclat qui ne le cédât en rien aux époques les plus fastueuses de la monarchie française , et qui éclipsât toutes les cours des puissances actuelles de TEurope. Il y avait sans doute là de la vanité (permise toutefois), mais il y avait aussi le désir de placer, même en ces choses secondaires, la France au-dessus des autres peuples, et la volonté de faire honorer dans sa personne la qualité d'élu et de représentant de la grande nation.
C'est dans un chapitre suivant que nous voulons offrir le tableau de la cour impériale , comme nous l'avons fait pour la cour consulaire. Nous nous contenterons ici d'en citer les principales charges , en indiquant leurs titulaires. L'oncle de l'Empereur, devenu cardinal Fesch, fut nommé grand aumônier ; M. de Talleyrand, grand chambellan; Berthier, grand veneur; M. de Caulaincourt, grand écuyer; M. de Ségur, l'ancien ambassadeur de Louis XVI auprès de Catherine , grand maître des cérémonies; et pour conserver à cette cour son cachet militaire , Duroc fut maintenu à la tète de l'administration intérieure, avec le titre supérieur de grand maréchal du palais. Aux dames qui étaient déjà auprès de Mme Bonaparte , on en ajouta plusieurs autres, et , au premier rang, comme principale dame d'honneur, fut placée une alliée de la famille de Beauharnais, Mme la duchesse de La Rochefoucauld. Des grands officiers furent aussi attachés à la personne de l'Impératrice, et, soit pour la maison de l'Empereur, soit pour celle
de Joséphine , on vit bien des noms de rancieniie noblesse, et bien des personnages que la démocratie avait comptés dans ses rangs, demander à Tenvi à faire partie de la nouvelle cour, ce Tous les choix étaient connus avant d'être inscrits au Jfoniteur , publiés de bouche en bouche j au milieu des discours intarissables des approbateurs ou improbateurs , qui avaient fort à faire pour dire toot ce que leur inspirait un si singulier spectacle. Qncun applaudissait ou blâmait , suivant ses amitiéi, ses haines, ses prétentions satisfaites ou déçues, presque personne suivant ses opinions politiques, car il n*y avait plus d'opinions politiques alors, excepté chez les royalistes entêtés , ou chez les républicains implacables*. » Fouché avait mis à pousser à l'Empire Tardeur qu'il employa , dix ans après , à poursuivre sa chute. Le ministère de Ii police fut recréé pour lui. L'Impératrice Joséphine, par les motifs que nous avons fait connaître, travailla beaucoup, et sûrement contribua un peu à sa rentrée dans le Gouvernement'. »
L'élection nationale, l'unanimité populaire donnaient certes à Napoléon tous les droits et toute l'autorité qui lui étaient nécessaires; mais il voulut , comme aux avènements royaux de Tancienne mouarciiie, faire consacrer par la religion son sceplre et sa couronne. Ce qui était grand , extraordinaire l^ séduisait. Il demanda à être sacré pai' le Pape, et cej