‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 223 sur 317 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

DE L'IMPÉRATRICE JOSËPHINE. 27i

solennitéi c'est-à-dire au 1*' décembre. Joséphine qui avait plu au Saint-Père, par une espèce de dévotion toute semblable à celle des femmes italiennes, Joséphine avait pénétré auprès de lui, pour faire un aveu dont elle espérait tirer grand parti. Elle lui avait déclaré qu'elle n'était mariée que civilement à Napoléon, car, à l'époque de son mariage, les cérémonies religieuses étaient interdites. C'était, sur le trône même, un étrange témoignage des mœurs du temps. Napoléon avait fait cesser cet état pour sa sœur, la princesse Murât, en priant le cardinal Caprara de lui donner la bénédiction nuptiale; il n'avait pas voulu le faire cesser pour lui-même. Le Pape, scandalisé d'une situation qui, aux yeux de TEglise, était un concubinage, demanda sur-le-champ à entretenir Napoléon, et déclara dans cet entretien qu'il pouvait bien le sacrer lui, car l'état de conscience des Empereurs n'avait jamais été recherché par l'Église, quand il s'agissait de les couronner, mais qu'il ne pouvait, en couronnant Joséphine, donner la consécration divine à un état de jconcubinage. Napoléon irrité contre Joséphine de cette indiscrétion intéressée, craignant de violenter le Pape, qu'il savait invincible sur les affaires de foi, ne voulant pas, d'ailleurs, changer unecérémonie dont le programme était déjà publié, consentit à recevoir la bénédiction nuptiale. Joséphine vivement réprimandée par son époux, mais charmée de ce qu'elle avait obtenu, reçut, la nuit même qui précéda le cou* ronnement, le sacrement du mariage dans la chapelle des Tuileries. Ce fut le cardinal Fesch, ayant pour

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témoins M. de Talleyrand et le maréchal Berlhier, qui, dans le plus profond secret, inaria TEmpereuret rimpératrice. Ce secret fut fidèlement gardé jusqoau divorce. Le matin, on apercevait encore surlesyeai rougis de Joséphine, les traces des larmes que lui avaient coûté ces agitations intérieures '. »

Nous ne nions pas que l'Empereur n'ait lena quelque compte de Tinconvénient de retirer du programme du Sacre, une partie aussi considérable que celle qui concernait le couronnement de son épouse. Mais il dut tenir compte aussi du sentiment pénibk qu'éprouverait Paris, qui avait accueilli avec tant de faveur la victoire (on rappelait ainsi) de sa populaire Impératrice; ou plutôt Napoléon, en donnaotcette dernière satisfaction à Joséphine, n'obéissait quao penchant de son cœur. Depuis un an , en effet, il avait voulu qu'elle restât sa femme devant les hommes; il avait voulu qu'elle s'assît sur le trône: il avaii voulu qu'elle fût sacrée avec lui; il voulait maintr^ nant qu'elle devînt son épouse devant Dieu : triompha véritable et complet pour Joséphine , plus fièns cependant, de l'amour de son époux que des honneurs dont il la comblait.

Le 2 décembre parut enfin, et, de bonne heure, ton' Paris fut sur pied au bruit du canon qui annomaiî ce grand jour. On a souvent décrit cette merveilleuse solennité du Sacre, et nous devrions peut-être im'^î^ en abstenir ici, renvoyant le lecteur aux mémoire? Jj

1. Devant des affinnalions aussi précises, il faut renoncer jv'* ■le Mémorial 3ur le mariage religieux de Napoléon en 1796.

temps et surtout à la grande histoire qui nous sert de' guide. Mais le moyen de supprimer de tels détails dans ce livre ? Joséphine a eu deux journées dans sa vie, le Sacre et le Divorce. Son histoire politique est dans ces deux mots. L'un est le triomphe, l'autre la défaite; ce sont deux tableaux qui font pendants; ils se complètent et s'expliquent Tun par l'autre. Nous allons donc essayer de cette journée du 2 décembre 1804, une description plus détaillée et plus précise que celles qui en or\t été données , surtout en ce qui concerne Tlmpératrice Joséphine \

Malgré le temps froid et brumeux , dès le matin , le peuple envahit les rues par où devait passer le cortège, ainsi que les alentours de Notre-Dame, dont, à six heures, les portes avaient été ouvertes pour les personnes munies de billets, et la portion du public libre que les vastes dispositions prises avaient permis d'admettre. Quoique depuis plus de quinze jours on eût employé à la décoration de la vieille basilique un millier d'ouvriers, les préparatifs n'étaient point terminés, et l'on ne cessa d'y travailler que quelques moments avant l'arrivée du cortège.

Aux Tuileries, le mouvement était général chez le Saint-Père, chez l'Empereur et dans l'appartement de l'Impératrice. La cour pontificale fut la première prête. 11 n'y avait là rien à innover. Le Pape, les cardinaux qui l'avaient suivi , ses officiers ecclésiastiques et civils, tous vêtus et rangés d'après le céré-

1 . Nous indiquons à la fin du chapitre les principalei» sources ou nous avons puisé.

monial usité au Vatican, attendaient' a^ant IVorek moment désigné pour se rendre à la méiropolei ci le Souverain Pontife allait attendre Napoléon.

Ce ne fut pas une petite afiEaire que de revêtir Yïs^ pereur des costumes éclatanls, moitié anciens et moitié modernes que David avait dessinés ponr loi. L*iib, le petit habillement f devait lui servir ponr monter oi voiture àTaller et au retour de Notre-Dame, fl ne devait prendre le grand habiUemmUf c*e8t-à«dire la rok et le manteau des Empereurs, qu'à rarchevéché, u moment d'entrer dans l'église. Voici la descriptisi du premier costume, fiedte avec une minutieuse oomtitude et une science toute technique , par eeloi àm serviteurs de Napoléon , chai^ de Tliabilkr, et qiit dans cette matinée, exclusivement consacrée i la toilette impériale, se trouvait être le premier persoimigi de la cour ^ : a Bas de soie brodés en or, avec U couronne impériale au-dessus des coins ; brodequios de velours blanc, lacés et brodés d'or; culotte de velours blanc, brodée en or sur les coutures, aveé bootooseC boucles en diamants aux jarretières ; la veste aussi (k velours blanc, brodée en or, boutons en diamants; rhabit de velours cramoisi , avec parements en T^ lours blanc, brodé sur toutes les coutures, feriBé par devant jusqu'au bas, éclatant d'or; le demi* manteau aussi cramoisi, doublé de satin blanc, cou* vrant Tépaule gauche, et rattaché à droite sur la poitrine avec une double agrafe en diamants. On afai>

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