‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 224 sur 317 · Conslant, t. H, p · texte numérisé non relu

Conslant, t. H, p

adapté à la chemise des manchettes d*UDe superbe dentelle ; la cravate était de mousseline la plus parfaite, et la collerette aussi en dentelle; la toque^ en velours noir, était surmontée de deux aigrettes, la ganse en diamants, et pour bouton, le Régent. » Sur les dessins on voit un chapeau à plumes et non une toque. L'Impératrice avait revêtu une magnifique robe traînante de brocart d'argent semé d'abeilles d'or, ornée par devant des plus riches feuillages brodés en or, et de plus, garnie au bas d'une large frange et d'une crépine de même ; les épaules seules étaient découvertes; de longues manches à broderies d'or et dont le haut était enrichi de diamants, enserraient les bras et couvraient la moitié de la main. 11 fallait à Joséphine tout son art et une grâce indélébile pour ne rien perdre de son élégante dignité avec ce vêtement façonné dans le goût de l'époque, sans ampleur et sans taille, et, de plus, rehaussé de la fraise des Médicis, en dentelle lamée d'or, qui lui avait été imposée afin d'assortir par quelque détail historique sa toilette au costume renaissance de Napoléon. Un ruban d'or, enrichi de trente-neuf pierres roses, attachait sous son sein cette robe tunique. Son goût pour les parures antiques se trahissait par les précieuses pierres gravées qui composaient ses bracelets, ses boucles d'oreilles et son collier. Enfin, sa belle et riche chevelure était enserrée et retenue par un superbe diadème, œuvre de M. Marguerite, qui avait aussi fourni la couronne que l'Impératrice allait recevoir à Notre-Dame, où, comme Napoléon, elle de-

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vait compléter sa toilette, en attachant sur tes épnlesi par une torsade d'or et une agrafe en diamaatii le manteau impérial.

Pendant que tout s'apprfttait ainsi anx Taiferiflit les corps et les personnages inTités s'étaimit mdoi successivement à Notre-Dame.

L'antique cathédrale de Paris , sous Thabile din^ tion de MM. Fontaine et Percier , avait été disposée d'une manière digne de la solennité inouïe dont dk allait être témoin. Devant les trois portes de la fitçade, mutilée alors par les ravages réyolntionnaim, s'élevait une décoration en charpente peinte, figurast un vaste porche gothique à quatre ares qui soatonaient les statues des trente-six bonnes vMes dont lei maires étaient députés au couronnement. A droite et à gauche on voyait assis Clovis et Charlemagne, k sceptre en main; au-dessus, entre deux aigles d'or, brillaient les armes de TEmpire. Ce portail, uniquement afTecté à l'entrée des cortèges du Pape et df l'Empereur, communiquait avec les salons voisins de rarchevêché, au moyen d'une grande galerie couverte, en bois, ornée à l'intérieur des plus belles tapisseries des Gobelins.

Le vaisseau de la cathédrale avait été entièrement tendu d^étoCTes de drap, de velours et de soie cramoî* sies, ornées de franges d'or, et portant brodées itoi» les coins , les armoiries de l'Empereur. De chaquecôté de la grande nef et dans tout le pourtour du choeor. régnaient trois rangs de tribunes également décorées de tentures de soie et de velours frangées d*or.

avec des trophées de drapeaux à chaque pilier, et au-dessus des victoires ailées et dorées portant des girandoles garnies d'une profusion de bougies. Vingtquatre lustres suspendus à la voûte éclairaient encore Téghse dont toutes ces dispositions avaient complètement assombri le jour.

Le chœur, fermé par une balustrade à hauteur d appui et distribué en plusieurs rangs de gradins, était réservé pour le clergé. C'était là qu'allaient se passer les cérémonies du Sacre. A droite de l'autel était placé le trône pontifical, élevé de onze marches et surmonté d'un dôme doré, et de plus décoré des armoiries de 1 Église. Vis-à-vis et de chaque côté de la chaire du Pape, des banquettes à dossier attendaient le collège des cardinaux et les prélats. Plus rapproché de la nef, en face de l'autel, sur une estrade de quatre marches, on voyait le petit trône, c'est-à-dire les deux fauteuils à la romaine où l'Empereur et l'Impératrice devaient s'asseoir pendant la première partie de la cérémonie, ayant devant eux chacun un prie-Dieu recouvert de velours. Le grand trône impérial, exhaussé sur une vaste estrade en demi-cercle, à laquelle on arrivait par un large escalier de vingtquatre marches, se trouvait au bout de la nef, adossé à la grande porte du milieu qu'on avait condamnée, et, par conséquent, faisant face au maître autel. Il était placé sous un baldaquin en forme d'arc de triomphe, soutenu par huit colonnes dorées et orné de bas-reliefs également dorés, de rideaux de velours et de drapeaux aux armes de TEmpire. Ainsi situé ,

ce trAue s|Aendidfl dominait toute l'église et était Tn de tons. Le pourtour et les marches du trône, la nef, le sanctuaire «t le chœur étaient en outre courcrts, dans toute leur étendue, de tapis bleus à aWilles.

^ir les deux côtés de l'estrade impériale avaient été dîsposéB des sièges et des banquettes pour les [mncipaux personnages. Près du trôoe , à droite, dans le premier arceau de la nef, était la tribune impériale; en foce, celle du corps diplomatique et de princes étrmgers. Plus bas, de chaque oûté de la gnuide nef, od avait établi des gradins richement décorés, destinés aux corps et aux principales députatioDB, en laissant au milieu un espace suffisant pour les évolutions du cortège. Venaient d'atwnl, en i>artant du trfine, le conseil d'État divisé en deux groopes, l'un à droite, l'autre à gauche ; les me-nibnsdn ^Sénat, du Corp» législatif, du Tribunal et des autfa corps parisiens également moitié d'un c^té UMHtïé de l'autre; puis les députations civiles, judiciaires et oiilitaires de toute la France et de l'Italie, jusqu'à l'entrée du chœur. Les deux premiers rangs de tribunes établies dans la nef et autour du chœur, étaioit occupés par les femmes de tous les grands officias, ministres, fonctionnaires supérieurs, membres do assemblées, généraux, etc., et par les dames étno* gères invitées. Les tribunes supérieures étaient iffcetées à l'armée et à la garde nationale. Dans les tni»septs, on avait construit deux vastes amphilhéâtra i l'extrémité desquels se tenaient deux orchestres, M qui contenaient, en outre, une masse de speetatout

ainsi étages de chaque côté du sanctuaire. D'autres gradins, tout aussi surchargés de monde, s'élevaient enfin dans les bas côtés j sans compter la foule debout dans les autres parties de Téglise. Aussi Ton peut évaluer (c'est le chiffre donné par les témoins qui en ont écrit) à plus de vingt mille le nombre des assistants.

A neuf heures, suivant le cérémonial convenu, Pie VII, vêtu de blanc, quitta les Tuileries pour se rendre à la cathédrale , dans une voiture attelée de huit chevaux gris-pommelé, et surmontée de la tiare et des autres attributs de la papauté, en bronze doré. L'un des camériers, monté sur une mule blanche, portait une grande croix de vermeil devant le Souverain Pontife, lequel, en suivant les quais, arriva lentement à l'archevêché , au milieu des vivais de la foule qui s'agenouillait et qu'il bénissait. Neuf voitures accompagnaient la sienne, contenant les cardinaux, les prélats et les officiers italiens arrivés de Rome avec lui. Des détachements de cavalerie précédaient et suivaient ce premier cortège.

Sa Sainteté fut reçue à l'entrée de l'archevêché par le cardinal du Belloy, métropolitain de Paris, qui l'introduisit dans la grande salle du palais où l'attendaient tous les cardinaux, archevêques et évoques français, ainsi que le nombreux clergé appelé à fonctionner dans la cérémonie. Pendant que le Pape se revêtait de ses ornements, Tarchevêque de Paris s'était rendu dans sa cathédrale pour le recevoir. Bientôt on vit entrer le cortège pontifical par les

deux purtm latérales de In fai^ade. Les deuxi après avoir contourné le Iroiie impérial, se rejoi-^ gnaient daoa la nef. En L&te s'avanti-nit la < apostolique, suivie de sept acolyles portant les Mpl 1 ohandeliera d'or; après marcliaient deux à deux,* chape et en mitre, plus de cent évèqiies, archi ou cardinaut; venait enfin le Saint-Père, qui rerin lamarclie, ia tiare sur la tAle, et placé entre dm cardiuaux, qui, de chaque càté . soutennieDt les bordfl de sa chape d'or. Il était, eu outre, entntirè par uoe garde d'honneur nombreuse et hriltanle.

Après avoir pris de l'archevêque de I*ari9 l'aui bénite, le Souverain Pontife, pendant que tout If clergé chantait l'hymne Tu es Prtrus , fut conduit 80ÙS un dais jusque devant lu maître autel, où il s'agenouilla quelques instants, puis il alla dans sa chaire pontificale qu'entourèrent ses gram ofGciers. Les cardinaux, les évèques et le clergé [oirent leurs places, et tous, en attendant, commeDcèrent l'office de Tierce. A son entrée et en se rendint au sanctuaire. Pie VII reçut plus d'une marque de cet affectueux respect qu'il avait déjà su inspirer à tonlei les classes de la population.

Pendant ce temps, ceux qui devaient accompagner l'Empereur : sa famille, les grands digoitûiet, la grands ofQciers, sa maison militaire et civile, t'é* taient réunis au palais des Tuileries. Malgré tous les soins et les ordres les plus précis , il y eut quelque retard dans tes préparatifs, et le cortège ne put pa^ tir qu'une demi-heure après l'heure ûxée, au gnaJ

déplaisir de Napoléon, très-fâché de faire attendre le Saint-Père. Lorsque toute cette heureuse famille, parée de son luxe et de ses attributs princiers, se trouva rassemblée dans Tappartement de son glorieux chef^ ce fut chez elle, tous débats fâcheux oubliés, un élan de reconnaissance qui commençait pour Napoléon d'une manière bien douce à son cœur, celte journée réservée aux plus enivrantes émotions. On lui a prêté, à cette occdsron, des mots d'orgueil, permis peut-être s'il comparait sa grandeur présente à ses modestes débuts. Mais non, il en faut croire le simple et ûdèle confident de sa vie privée. « Ce retour à des temps plus obscurs (dit M. de Menneval> en parlant de la matinée du Couronnement), se décela seulement par cette apostrophe au plus cher et au plus intime de ses frères. En considérant les attributs de la puissance dont ils étaient revêtus, il lui échappa de <Jire : a Joseph , si notre père ^ous voyait ! » réflexion inspirée moins par Torgueil que par un sentiment de famille qui survivait, dans le cœur de Napoléon, à Tenivrement de la gloire et aux éblouissements du rang suprême *. »

A dix heures et demie, au bruit d'une salve générale de l'artillerie placée dans le jardin des Tuileries, le cortège impérial se mit en m/irche. Il était précédé par vingt escadrons de cavalerie de toutes armes, ayant en tête le maréchal Murât. Dix-huit voitures à six chevaux, contenant tous les personnages desti-

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