‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 227 sur 317 · T. VII, p · texte numérisé non relu

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n'en ai vu qui m'imposassent davantage que Joséphine. C'était de Télégance et de la majesté ; aussi , une fois qu'elle avait après elle son manteau de cour» il ne fallait plus chercher la femme du monde peu arrêtée dans ses vouloirs; elle était convenable de tous points, et jamais reine ne sut mieux trôner sans l'avoir appris. Je vis tout ce que je viens de dire dans les yeux de Napoléon. Il jouissait en regardant l'Impératrice s'avancer vers lui ; et lorsqu'elle s'agenouilla, lorsque les larmes qu'elle ne pouvait retenir roulèrent sur ses mains jointes , qu'elle élevait bien plus vers lui que vers Dieu, dans ce moment où Napoléon était pour elle sa véritable providence , alors il y eut entre ces deux êtres, une de ces minutes fugitives, uniques dans toute une vie et qui comblent le vide de bien des années. L'Empereur mit une grâce parfaite à la moindre des actions qu'il devait accomplir pour la cérémonie. Mais ce fut surtout lorsqu'il s'agit de couronner Tlmpératrice. Celte action devait être accomplie par l'Empereur, qui, après avoir reçu la petite couronne fermée et surmontée de la croix, qu'il fallait placer sur la tète de Joséphine, devait la poser sur sa propre tête, puis la remettre sur celle de l'Impératrice. Il mit à ces deux mouvements une lenteur gracieuse qui était remarquable. Mais lorsqu'il en fut au moment de couronner enfin celle qui était pour lui, selon un préjugé, son étoile heureuse , il fut coquet pour elle, si je puis dire ce mot. Il arrangea celle petite couronne qui surmontait le diadème en diamants, la plaçait, la déplaçait, la remet-

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tait encore ; il semblait jqu'il youlût lui promettre que cette couronne lui serait douce et légère !... Cet dififérentes nuances ne purent àtre saisies par les personnes qui étaient loin de Tautel. Sans doute le &it fut raconté parce que d'autres yeux que les mieitt Tout vu comme j*ai pu le voir; mais peu Gependsst ont été placés comme je Tétais ; et cette position m*a révélé bien des choses pendant ces heures merretlleuses, rejetées maintenant par beaucoup de gens dans les temps de féerie. »

En recevant I devant la France et l'Europe assemblées, une telle couronne d'ane telle main» la première pensée de Joséphine fut, à coup sûr, ooe prière à Dieu pour le bonheur et la gloire de cet époux bien-aimé qui la comblait de tant d'honneurs: reportant ensuite forcément sa'pensée vers son ImiH tain et modeste berceau, elle dut se dire aussi, i rimitation de Napoléon et par un même élan de cœur : a Si ma mère me voyait ! »

Le couronnement terminé, le cortège se remit en ordre comme à son arrivée. L'Impératrice, la première, se dirigea vers le grand trône, où devait se faire la proclamation solennelle. L'Empereur suivit, tenant son sceptre et sa main de justice : devant lui marchaient les insignes de Gharlemagne. Napoléon s'assit sur ce trône resplendissant; à sa droite et un degré plus bas, sur un fauteuil semblable au sieo, se plaça Tlmpératrice ; à un degré plus bas encore, se mirent les princesses sur de simples siège?. A gauche de l'Empereur et plus bas que lui de deux

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degrés, s'assirent les princes et les grands dignitaires; puis y de chaque côté de Testrade, se rangèrent les maréchaui, les grands officiers et les dames de la cour. •

Le Pape, entouré de cardinaux et de prélats, s'achemina aussi vers le trône, et, parvenu au haut de l'estrade, il prononça, en étendant les mains sur les deux souverains, ces paroles latines, formule antique de l'intronisation : In hoc solio confirmet vos DeuSj et in regno œterno secum regnare facial Christus. Il baisa ensuite l'Empereur sur la joue; puis, se retournant vers les assistants, il dit à haute voix : Vivat Imperaior in œtemum! A cet instant, la vaste cathédrale retentit des cris répétés avec une énergie extraordinaire, de : Vive V Empereur! Vive Vlmpératrice! auxquels l'un et l'autre répondaient par une émotion profonde quoique contenue. Descendu du trône, le Pape revint au sanctuaire, pendant que la musique jouait le Vivat Imperator demeuré célèbre , de l'abbé Rose, qui avait eu, dans cette circonstance, uoe véritable inspiration. Arrivé devant l'autel, le Saint-Père entonna le Te Deum , exécuté par les quatre chœurs et les deux orchestres. Après ce chant d'action de grâces, la messe continua.

A la fin de V Évangile ^ le grand aumônier alla prendre le texte sacré, le porta à baiser à l'Empereur et à l'Impératrice, puis le reporta sur l'autel. A ï Offertoire ^ suivis seulement des princes et des princesses, les souverains couronnés vinrent remettre eux-mêmes au pontife leur offrande, composée d'un

I itour duquel étaienl incrusiées t

d'un pain d'argent, d'un pain d'or et d'un »mï

forme antique en vermeil, portés jusqu'au unt-

tuaire par les dames de l'impéralrice. Revenu» mit

ir trône, la mesae continua. A V Élévation, le grand

r 6ta la couronne de l'Empereur , et le mare-

rat celle de l'impératrice : l'un et l'autre te

il genoux el reprirent leur couronne «i m

relevant.

La messe finie, on la alors à ce qu'on peal

appeler la cérémonie civile, c'est-à-dire à la preUtion du serment politique l'Empereur. Le carijiiul Fescli, grand aumônier, ouvrit devant lui le livre dt? Évangiles. Les présidents d Sénat , du Corps léaiiUtir, du Tribunal et du cor il d'État, lui apportrtwil la formule du serment insc nie dans la Constitution. Assis, la couronne sur la tèle et la main étendoo, N»poléon, d'une voix fenne et entendue de IMU, pnoonça cet engagement soleouel de sauvegarder W plus sages conquêtes de la Révolution, de maiDtenir l'intégrité du territoire, et de gouverner en vue de l'intérêt, du bonheur et de la gloire du peuple bnçais. Un héraut s'avança alors sur le bord de l'estrade, et s'écria selon l'ancien usage : Le tris-^ rieux et très-auguste Empereur Napoléon, Empertm des Français, est couronné et intronisé. Vice l'Et^ reur! Des cris prolongés de Vire l'Empereur, Virt l'impéralrice ! se firent encore entendre et duriral plusieurs minutes , pendant qu'une salve de ^a^ tillerie placée derrière l'égliBe , répétée par celle d«

Tuileries et des Invalides, annonçait au dehors la proclamation définitive de Napoléon et de Joséphine.

\insi se termina cette solennité unique dans Thistoire, constamment empreinte de grandeur et de majesté, et qui est restée populaire dans le souvenir des habitants de Paris.

L'Empereur, l'Impératrice, et^ quelques instants après y le Pape, revinrent au palais de l'archevêché, avec le même cérémonial qu'à leur arrivée ; puis, au bout d'une demi-heure, les deux cortèges se dirigèrent vers les Tuileries, mais par un autre chemin, en suivant le marché Neuf, la place du Châtelet, la rue Saint-Denis, les boulevards, la rue et la place de la Concorde, le pont Tournant et la grande allée des Tuileries. Il commençait à faire nuit, car la cérémonie avait duré près de cinq heures. Toutes les maisons s'étaient illuminées, et cinq cents torches éclairaient la marche du cortège. Pendant tout ce long parcours, PEmpereur et l'Impératrice recueilli- , rent de plus vives marques d'affection et de dévouement qu'en se rendant à Notre-Dame, de ce peuple qui leur avait donné ces ornements impériaux qu'il admirait sur leur personne. Joséphine s'abandonnait à toute son émotion , et Napoléon ne retenait plus la sienne.

A sept heures, enfin, le cortège arriva aux Tuileries. L'Empereur avait hâte de retourner à son simple uniforme de colonel des chasseurs de sa garde. Joséphine soupirait aussi après le repos; mais elle rentrait radieuse dans ce palais d'où on avait voulu

SM nrrOUE de L'IHPÊRATRICB iOSÉPBIHB.

b bumir, hod parce qu'elle y rapportait &iir n iHe la cooroime prédite à son enfance, mais parce qu dk se croyait alors liée d'une manière indissoluble i llMHnme qu'elle aimait par-dessas tout*.

1. Yoid les priod|Mles autorités que nous ayons ooosultcsipov œ lédt do GoQroDDenieni : Histoire du Consulol el de FEmpin, pir M-Tlyen, t. Y« p. S63-26S; Mémoirm ds M. de Buissel, 1. 1« p. ft, ell?»p. 118; JfémotriideCoiisUuii, t. II, p. 108-116; MUeAviiikm, i. I*, p. 118; Mme d'Abrantès, t. ?II, p. 249-262; Mémoim da prinee Eugène, 1. 1«, p. 93; Mémoirm du comte Miol deSéiiiOt U U, p. 2%5; Sovotnin da baron deMeoneval, t. I", p. 185; Jtîé vérifier ks dotes (oootiniuition, 3* ptrtie), t. V, p. 149 ; mais nrtoil le Yolinne dédiéso prince Harat, publié en 1805 , sur la sotenniiééi 2 décembre, par H. Dobray, qui y a ingéré leprocès-YerbaloflkKl;d le magnifique in-folio manuscrit, contenant les dessins origpsaai et HM. Isabey, Percier et Fontaine, qui reprodoiaenl tons les détail de la céréinoniê. C'est là qu*on voit la preuve bien évidente qiebi insignes, dits Aonneurt de Cftarfema^iie, n'ont point été portés pv Napoléon. En effet, dans le dessin représentant ronction pontifink. on aperçoit sur Tautel tous les ornements dont s'est dépouillé FEbpereur et notamment son sceptre, son épée et sa couronne de lairier; pendant ce temps les trois maréchaux , restés auprès da petit trône, conserveDt sur leurs coussins, l'épée, le sceptre et lacoorosK de Charlcma^ne. Même chose dans la scène du couronnemeot, œ Ton voit Napoléon placer la couronne de laurier sur sa tête : et, de plus, à ce mumcnt, l'archi trésorier tient le sceptre de Napoléon surmonté d'un aigle, bien distinct de celui de Charlemagne, ao bii^ duquel cet empereur est représenté assis. Enfin, c*est encore la ooaronnede laurier^ et non celle de Charlemagne, que l'Empereur proclamé porte sur sa télé, pendant la prestation du serment, K r'n^ bien son sceptre à Taigle qui est auprès de lui.

Nous avons dû à la gracieuse obligeance de M. le comte Uonce de Viel-Caslel, la communication de ce précieux volume, couene au Musée des Souverains; nous sommes heureux de lui en tènx»gner ici notre reconnaissance.

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