I . MémoWt» du prince Eugène, t. 1", p
partirent pour l'Italie où Pie VII les avait précédés,* désappointé de n'avoir pu obtenir de Napoléon les concessions religieuses et politiques dont il s'était flatté, mais cependant heureux pour le bien de la religion de Teffet produit par sa personne en France, et reconnaissant des parfaits égards qui lui avaient été témoignés par les nouveaux souverains. Avant de partir, comme gage de ses dispositions, il voulut baptiser lui-même à Saint-Cloud , en présence de toute la nouvelle cour, le second Gis de Louis Bonaparte et d'Hortense de Beaubarnais.
L'espace ne nous permet pas de raconter ce voyage d'Italie qui dura près de trois mois : ni les ovations de Lyon , de Turin , de la capitale de la Lombardie surtout, et des autres villes du royaume italien; ni l'émouvante revue de la garde sur le champ de bataille de Marengo, où l'Impératrice vit un simulacre de cette mémorable victoire ; ni les cérémonies du sacre lombard , auquel Joséphine assista sans y prendre part. Milan n'avait pas oublié la reine du palais Serbelloni ; il le lui prouva avec cette chaleur que les Italiens seuls savent mettre dans leurs hommages. Pendant que Napoléon visitait les frontières et les places fortes, bien connues de lui, de son nouveau royaume, Joséphine voulut revoir aussi les lieux auxquels étaient restés attachés les meilleurs souvenirs de son premier voyage: le lac de Côme avec sa villa Julia et la maison de Pline, le lac Majeur et les îles Borromées, les palais de l'Isola-Bella et de risola-Madre; tous ces bords et ces sites enchantés qui
l'avaient cliarmée, lorsque en 1 796 (
son époux si épris , jetait dans cette poétique Italie In
fondements de sa gloire et de sa suprême puissance.
En lui mettant la couronne impériale sur la iHt, Napoléon avait prouvé à sa femme que sa tendresse ne faiblissait point. 11 lui en donna ^ avant de quitttf la Lombardie, une nouvelle et considérable marque dans la personne de sou fils.
Lorsqu'il constitua le royaume d'Italie, l'Enijterçrir avait eu le dessein d'y établir son frère Joseph. Pco ambitieux de sa nature, ou ne voulant pas reuonceri la position et aux chances magnifiques qu'il avait en France, celui-ci refusa énerg quement. C'est alors qw Napoléon s'était décidé à mettre sur sa tête la couronne lombarde. Mais par la constitution du nouvel État, il fut décidé que les deux couronûfts <fc France et d'Italie ne semient réunies qu'une seule fois et pendant ce premier règne sur la tête de Napoléon. Pour son successeur, la plus grande latttadehii fullaissée. Pourvu qu'il prit un Français ou un Italien, il pouvait , par la voie de l'adoption , choisir qui bon lui semblait; il pouvait même nommer son soccesaeur de son vivant, mais seulement après la paii continentale. C'est en présence de cette constitution si propice aux espérances, que le 7 juin , l*Empemr fit reconnaître le prince Eugène pour viee-rm in royaume d'Italie. En le voyantchoisïr ainsi scobesn- Gls qu'il n'avait .pas encore légalement adopté, tout que devant le Sénat il avait déjà quaU6é d'enfant Jt son adoption, on pensa que son intention était de loi
laisser plus tard le sceptre des Lombards , s'il se montrait digne de ce haut rang\
Heureuse de Téminente position faite àsonfils, mais en même temps affligée de se séparer de lui, l'Impératrice Joséphine quitta Milan trois jours après sa proclamation. Un mois entier se passa en nouvelles fêtes à Bergame, Vérone, Mantoue, Bologne, Modène, Parme et Gènes qui, dans cette circonstance, fut réunie à TEmpire. Napoléon et Joséphine devaient séjourner quelque temps à Turin. Ils en partirent brusquement sur Tavis que reçut l'Empereur qu'une nouvelle coalition se tramait entre les puissances de l'Europe, et ils arrivèrent le 11 juillet au château de Fontainebleau.
Justement effrayée des derniers et formidables préparatifs de l'expédition iie Boulogne que, du sein des fêtes de son double couronnement, Napoléon avait poussés de toute l'ardeur d'un homme qui voulait et espérait en finir avec une irréconciliable ennemie , l'Angleterre, la bourse à la main comme on Ta dit, avait recruté partout des alliés, afin de créer sur le continent une diversion qui allait être son salut. Les grandes puissances de l'Europe, traditionnellement jalouses de la France, devaient l'être surtout en la voyant si grande et si prospère. L'Autriche et la Russie entrèrent les premières dans cette ligue : la Prusse se réservait. Napoléon eut la preuve de ce concert entre les Empereurs de Russie et d'Autriche
1. M. le baron du Casse, notice du livre H des Mémoires et correspondance du prince Eugène, p. 10^.
à la (in du mois d'août. Obligé , en frémissant , de renoncer à son projet de descente en Angleterre , il prit sur-le-champ ses dispositions pour faire anÎTer sur les bords du Rhin Tarmée qui couvrait la plage de Boulogne. Quinze jours suffirent pour ce grand mouvement.
Le 23 septembre. Napoléon expose au Sénat la conduite hostile de rAutriche, et annonce son départ prochain pour marcher à la défense de Vallié de la France, TÉlecteur de Bavière, que les Autrichiens Tenaient de chasser de Munich. En effet , cinq jours après, il part pour Strasbourg avec Tlmpératrice qui, afin d'avoir des nouvelles plus fraîches, voulait se rapprocher du théâtre de la guerre. Il trouva son ar mée déjà réunie avec une promptitude merveilleose , grâce à la précision de ses combinaisons , sur la riîe droite du Rhin, sous les ordres des maréchaux SoqIu Davoust, Ney, Lannes, Murât, Marmont, BiTnadotte et Bessières, dignes chefs de la grande armée.
Nous ne vouions certes pas raconter , même dan? l'abrégé le plus réduit, cette merveilleuse camj^ague qui, en deux mois, fit disparaître comme par enchantement les armées sur lesquelles TAutricheet la Russie appuyaient leurs prétentions. Ce qui nous importe seulement, et ce qui pour nous est d'un grand prix, c'est de connaître et d'étudier, à côté de ces grands événements , les intimes relations de cet homme >i simple et si affectueux toujours, malgré son éléNation et SOS vîisles desseins , avec la compagne aimée de»
vie aji;itee.
DE L'IMPI^RATRICR JOSI^PHINE. ' 313
Nous possédons le moyen , comme nous Pavons tenté pour la première campagne d'Italie, de faire, avec leurs propres lettres , cette histoire du cœur de Napoléon et de Joséphine. Ce moyen nous est fourni par le même recueil peu répandu de la reine Hortense, qui nous a été si utile déjà, et dans lequel on trouve la correspondance authentique et suivie de l'Empereur avec l'Impératrice, de 1805 à 1809, pendant ses trois mémorables campagnes d'au delà du Rhin et son expédition d'Espagne. C'est là que nous voulons et devons puiser à pleines mains, sans craindre d'être accusé de chercher à abréger et à simplifier notre travail , car il serait aussi facile pour l'écrivain que fastidieux pour le lecteur , et surtout irrévérencieux pour le personnage qui est en scène , de traduire en d'autres formes, mais en fades équivalents, une correspondance originale qui fait figurer dans cette histoire, avec son individualité propre et saisissante, avec son langage même, ses expressions et ses tours, celui que l'on a dépeint avec tant d'éclat comme politique et comme guerrier, mais que nous étudions, c'est un droit et une obligation de notre sujet, comme homme privé et comme époux. Ce système, d'ailleurs, nous a déjà valu de la part des lecteurs de notre premier volume, des approbations qui nous engagent à le continuer.
On ne rencontrera point ici cette exubérance, cette amoureuse exagération des premières lettres. L'amant de vingt-six ans en a maintenant trente-sept; le général à son début est aujourd'hui empereur. Là, sur le
sol nllemand, <l'iiiie main il gouverne son f, pire, de l'aulre il conquiert l'Europe : il est rartool à son pénie, mais il est encore à son cœur. On trvfl'f dans ses billets (c'est plutôt cela que des lelires; 1* laconisme, la précision dn guerrier en plein pnfanie> ment. Toutefois il n'existe aucun changement dant! !( ton, dans les habitudes épistolaires ; c'est toujoun li familiarité conjugale, la cordiale bonhomie, le luloir-
ment d'autrefois ; etl' cbarmé de voir et si naturel langu d'iéna, d'Ejlau, de F plissent de tant de
"' "u même temps êlonnèel i. lU courant d'unsislm^Jt rands noms d'Auslerliu, d, de Wagram, qui rem- L et d'éloquence les bullelii»
militaires de la grande an e. Nous connaisson.om immortelles guerres :oi ées par l'Empereur i France et à TEiirop i allons les connaltn
contées par le mari à ime'.
Le 1 " octobre , Napoléon avait pris le comman^ ment de son armée. Dès le lendemain , de Manheim, il entame son exacte correspondance avec Joséphine : » Jf suis encore ici eu Louue santé. Je pare pour StuU^uti o£i je serai ce soir. Les grandes manœuvres conuw* cent. L'armée de Wurtembei^ et de Bade se réaiàl* la mienne. Je suis en bonne posiUoD et je t'aiv- Napoléoh*. " Le i, l'Empereur arrive à Loaisbonigi
1. Ëvidemmeut rous ne ïooloas ni ne pouvons inatm ïfi M** les lettres écrites par Napoléon penilant »■ quatra aiinéM;tMif prenons ce qui nous paraît autOsant pour les Décessitéa et HHM de ce livre.
2. LeUres de Napoléon à Jotipkitu, httm de Jtiêiplùmt i iV^aii*tt de t'i même à ta fille, cher. Firmin Didot, t. 1*', p. 133.
résidence d'été de l'Électeur duc de Wurtemberg, qui lui fit une magnifique réception. «Je suis à Louisbourg, écrit-il. Il n'y a encore rien de nouveau. Toute mon armée marche. Le temps est superbe. Ma réunion avec les Bavarois est faite. Je me porte bien. J'espère avoir dans peu de jours quelque chose d'intéressant à te mander. Porte-toi bien , et crois à tous mes sentiments. Il y a ici une trèt-belle cour, une nouvelle mariée fort belle, et, en tout, des gens fort aimables, même notre Électrice, qui paraît fort bonne, quoique fille du roi d'Angleterre \ » Ce quoique fille du roi (T Angleterre est bien la marque de ce caractère et du temps, (c Je pars à l'instant, ajoute-t-il le lendemain, pour continuer ma marche. Tu seras, mon amie, cinq ou six jours sans avoir de mes nouvelles; ne t'en inquiète pas, cela tient aux opérations qui vont avoir lieu. Tout va bien, et comme je le pouvais espérer. J'ai assisté ici à une noce du fils de l'Électeur avec une nièce do roi de Prusse. Je désire donner une corbeille de trente-six à quarante mille francs à la jeune princesse. Fais-la faire , et envoie-la par un de mes chambellans à la nouvelle mariée , lorsque ces chambellans viendront me rejoindre. Il faut que ce soit fait sur-leebainp. Adieu, mon amie, je t'aime et t'embrasse*. » Napoléon ignorait alors que la Prusse se fût liée secrètement avec la Russie, et il était en coquetterie avec la famille du roi Guillaume.
Conime il l'avait annoncé, l'Empereur resta cinq